‹ NéronChapitre 30 sur 205 · I. N-c defuit fuies Tacite. Ann,, liv. XIII, rfi. v · texte numérisé non relu

I. N-c defuit fuies Tacite. Ann,, liv. XIII, rfi. v

Il eut d’autant plus de mérite à se prononcer pour la bonne cause et pour le bon droit, que Sénèque, avec sa philosophie et son autorité de pédagogue, continuait à régenter scrn élève, et n'avait rien de fort attrayant. Il pria Néron de l'excuser s'il mangeait seul, chez lui, pour donner plus de temps aux allaires, au lieu de paraître à la table de l’empereur; il l’avertit même de n’avoir plus à l'embrasser quand ils seraient en public1. Burrhus, de son côté, était d'une franchise un peu rude. Néron eut à lui présenter une affaire importante dans un sens qu’il désirait faire prévaloir; il trouva le préfet du prétoire tout à fait contraire à son opinion et il n’insista pas. À quelque temps de là, croyant le moment favorable, le prince fit une seconde tentative auprès de Burrhus; celui-ci l’arrêta tout court : « Quand j’ai donné mon avis sur une question, lui ditil, inutile de m'en parler une seconde lois. »

Tels étaient les hommes que Néron, jeune, entouré de flatteurs et de séductions, secondait et maintenait contre l’ambition féroce d'Agrippine, pour faire prévaloir une bonne administration *.

Parfois il eut à défendre la majesté de l'empire que sa mère foulait aux pieds. Un jour que César, assis sur son trône, recevait les ambassadeurs du roi d'Arménie, on vit arriver de loin en grande pompe Agrippine qui venait prendre place auprès de Néron. Pour sauver de cet outrage la dignité impériale qui allait être avilie devant ces étrangers, Sénèque se pencha vers le prince et lui dit quelques mots à voix basse : Il fut compris. Néron se leva tout à coup et, feignant d’aller au-

4. Dion Cassius dit : liv. LXl. ch. x, qu'il ne comprend pas pourquoi Senèque voulait échapper aux soupçons qui avaient poursuivi Socrate, à propos d'Alcibiade.

5. Cerlanien utrique unum erat contra ferociam Agrippinæ. Tacite. Ann., liv. XIII, ch. ii.

devant de sa mère pour l’embrasser, il l’éloigna respectueuse* ment du trône où elle prétendait s’asseoir.

Une entente si prompte et dans un pareil moment contre une personne du caractère d’Agrippine, prouve que César et ses ministres s'étaient déjà concertés pour réduire dans de justes limites l’influence de cet esprit dominateur.

C'est ainsi que Néron, après avoir sauvé l'État et lui-mème de la tyrannie maternelle, donna la prépondérance à des hommes plus capables d’exercer l’empire que d’ôtre agréables à l’empereur. Autour de lui, cependant, s’agitaient en grand nombre les flatteurs et les ambitieux qui auraient voulu l’affranchir de ses ministres et d’Agrippine à la fois. Non-seulement il sut résister aux influences de ses amis, mais il maintint aux affaires Sénèque et Burrhus qui gouvernèrent dans l’intérêt public. * Néron avait naturellement de la grandeur d’âme, * de la libéralité jusqu a la profusion, il ne manquait ni de » cœur, ni de vivacité d’esprit, ni de capacité pour apprendre. »

L’historien recommandable par sa vaste érudition et sa haute probité, qui juge ainsi Néron après avoir recueilli et pesé tous les témoignages*, l’accuse en môme temps d’aimer les plaisirs et de s’y livrer avec touto la fougue de son tempérament et de son âge. Pouvait-il en être autrement? Néron était placé de manière à n’avoir près de lui pour régler sa conduite ni l’exemple, ni les leçons, ni le frein.

Burrhus et Sénèque ne trouvaient pas mauvais que le prince vécût avec ses intimes dans une licence secrète et contenue qui l’éloignait de plus grands excès. Agrippine seule, indignée de voir diminuer son crédit, blâmait une conduite légère qui échappait à son influence, elle qui aurait approuvé des

I. Lf Nais lie Tillemont. Histoire des Empereurs Romains, Néron. lom.I". pa?. ÎH1.

crimes commis sous sa direction. Sollicité par ses joyeux amis, encouragé par la faveur du peuple, enivré de sa gloire et de son pouvoir, Néron se laissait entraîner sur une pente irrésistible.

11 n’était pas entouré de ce que la jeunesse romaine avait de plus considérable dans les grandes familles patriciennes : les héritiers des vieilles races, débris des proscriptions et négligés par l'empire, se tenaient à l'écart, silencieux, inutiles et mécontents; des hommes nouveaux, des familles d’une illustration récente, formaient la jeune cour de Néron, et comme il s'était vu, dés l origine, abandonné à des subalternes et pour ainsi dire jeté dans la foule, les nécessités politiques qui éloignaient de lui la haute aristocratie romaine ne blessaient ni sa fierté ni ses goilts. Ses amis d'enfance, plus tard adolescents associés à ses études, devinrent les familiers du prince. Jeunesse intelligente, inslrnitc, passionnée; mais ayant plusd'éclat et de fougue que de noblesse et de gravité.

Quand Agrippine ou Sénèque, chacun à son heure et pour des motifs différents, venait troubler Néron dans ses plaisirs, les amis du jeune prince n’oubliaient rien de ce qui devait l'exciter à secouer le joug. » Pourquoi souffrez-vous ces re- * proches? lui disaient-ils; les craignez-vous? ignorez-vous » que vous êtes César?' » Rien de plus facile pour Néron que d'affirmer sa puissance et de faire prévaloir sa volonté. Burrhus et Sénèque l’avaient affranchi de sa mère, Agrippine et Pallas auraient, sür un signe de lui, brisé Sénèque et Burrhus; scs amis impatients l'auraient, s’il l'eût voulu, sauvé de scs ministres et de sa mère. C’est donc une opinion fausse, énergiquement repoussée par les faits, que de montrer Néron

t Oios Casmi s. liv. LXI, ch. îv.

tout à fait étranger aux améliorations et à l'esprit nouveau qui signalèrent le commencement de son règne. Agrippine, qui dominait tout, eût absorbé le règne si Néron n’avait pas imposé ses volontés.

Telle est la pensée de Tacite, qui laisse ordinairement à Néron la responsabilité de scs actes; telle est l’appréciation de Trajan qui, dans l’éloge presque exagéré qu’il faisait des premières années do Néron, en attribuait tout le mérite à Néron lui-même. La vérité qui ressort des faits est celle-ci : du jour où Néron fut empereur, Néron fut le maître. Nous allons le voir frapper des corps terribles sans prendre conseil que des circonstances et de son intérêt, tandis que sa mère, Sénèque et Burrlius, resteront impuissants, inutiles, et témoins épouvantés de son audace.

Quand les familiers de Néron, irrités des grands airs d’Agrippine et de l'austérité de Burrhus, lui disaient pour l’exciter contre son ministre et contre sa mère : Ignorez-vous que vous êtes César?... c’était une parole d'une grande portée. Il faut donc expliquer celte parole ; avant de raconter le règne d’un empereur de dix-sept ans, il convient de faire connaître le pouvoir dont il était revêtu et les circonstances dans lesquelles il eut à l'exercer. On manquerait de justice envers lui si on négligeait de dire les exigences de sa position, l’étendue de sa puissance et d’exposer clairement ce que c’était alors qu'être César.

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