‹ NéronChapitre 45 sur 205 · BON HEUR DO MONDE — FAITS DIVERS · texte numérisé non relu

BON HEUR DO MONDE — FAITS DIVERS

Gouvernement littéral de Néron. — 11 se déguise pour courir les taTernes la nui:. — Le sénateur Montan le frappe sans le connaître. — Amphithéâtre bâti par Néron. — Dédain de Tacite pour ces matières. — Rare humanité de Néron. — Ses efforts pour inspirer l’urbanité grecque aux Romains. — Néron promoteur d'un grand siècle littéraire. — Générosité de Néron) qui veut abolir tous les impôts. — Il rend au Sénat et au peuple tous leurs droits. — Image de la république. — Paix profonde dont Tacite s'indigne. Silence des historiens, bonheur des peuples. — Absence d'événements, faits isolés. — Gouverneurs des provinces plus tenus par l'empire que par la république. — Esprit de justice de Néron. — Majesté de la paix romaine, complot de Sylla. — Faits divers.

Par la disgrâce de sa mère, Néron avait conquis sa liberté, il avait assuré son pouvoir par la mort de son frère, et le crime, prélude nécessaire de ce despotisme, l'ayant initié à l'empire, il régna, ün eût dit, à le voir s'abandonner à ses bons instincts et revenir aux inspirations libérales desj’premiers jours, qu’il voulait effacer le souvenir du fratricide, et par l'exercice généreux de la toute-puissance, faire oublier l'iniquité des moyens qui l’avaient affermie dans ses mains.

Néron avait dix-neuf ans; l'imagination charmée par les plus belles espérances, le cœur ouvert, loyal dans ses amours, sûr dans ses amitiés, admirateur passionné des œuvres d'art,

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et préférant la gloire des lettres à celle des armes, il brûlait de se dévouer avec éclat au bonheur du peuple qu’il aimait. Nous allons le voir gouverner en artiste et rechercher les progrès les plus inattendus sans consulter la raison d’Klat.#On dirait que le prince veut associer la ville et le monde aux joies de sa jeunesse, convier le peuple à son bonheur et faire des aspirations généreuses de son cœur les lois politiques de l’empire.

Sa volonté souveraine intervient dans l’administration des affaires, et tout à coup, comme par enchantement, les jeux publics se multiplient avec une magnificence inconnue jusqu'à lui. Dans les distributions de vivres, faites au, peuple à des époques plus rapprochées, il consulte sa munificence bien plus que les ressources du trésor. Le public est admis à voir ses < exercices dans le stade du Palatin ; il veut que la plus eulière liberté règne au théâtre, et les prétoriens chargés de veiller à l’ordre pendant les spectacles sont renvoyés au camp. On l’avait confié pendant son enfance à deux esclaves qui le traînaient sur les gradins du cirque et dans les tavernes; les impressions qu'il en reçut alors et les goûts qu'on lui donna, ne s’effacèrent jamais de son esprit. Dès qu’il fut le maitre, il voulut se retrouver au milieu de la foule, soit pour apprendre ce qu’on pensait de lui, soit pour retrouver les plaisirs et la gaieté dont il conservait le souvenir.

La nuit venue, il se déguisait en esclave, et, suivi d'Othon, son ami, de Sénôcion et de Pétrone, sans gardes pour le défendre, il courait les rues, les tavernes et les mauvais lieux.

Ses familiers et lui pillaient les boutiques, attaquaient les gardes de nuit, et bernaient, sur des couvertures, les sénateurs attardés; toutes distractions indignes d’un prince, mais qui paraissent presque innocentes auprès des mœurs infâmes

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d*! ce temps. Au théâtre il allait aussi prendre sa place dans la foule, il se passionnait pour les pantomimes qui se disputaient la faveur du peuple; payant de sa personne dans les rixes qu'excitaient ces rivalités, d s’emportait jusqu'à jeter des pierres aux magistrats.

Parfois, dans ce^ excursion^ nocturnes, il rencontrait de rades adversaires qui te traitaient comme un simple malfaiteur. Il rentrait au palais contusionné, le visage meurtri; l'embarras était grand Hors quand il fallait le lendemain siéger au sénat ou recevoir les ambassadeurs du roi de Perse. Heureusement qu'il avait pour ces occasions un onguent particulier qui le guérissait presque subitement, lui permettait de se montrer et l’autorisait à démentir les bruits qui couraient sur son compte*. Quoiqu'on doive blâmer Néron de pareils excès, il faut tenir compte de sa jeunesse et lui savoir gré de n’avoir pas fait inlerveuir les prétoriens dans ces divertissements de mauvais goût. Le sénateur Moulan, dont ii avait voulu embrasser la femme, l'assomma bel et bien et le laissa pour mort sur la place \ Néron se tiut pour battu et l'idée ne lui vint pas de se venger. Malheureusement on apprit au sénateur que l’homme frappé par lui et renversé dans le ruisseau était Néron iui-mème. il eut l’imprudence d écrire à l'empereur pour lui demander pardon des coups de bâton qu’il avait eu le malheur de lui administrer. L’excuse parut une offense: Eh quoi ! dit Néron, cet homme a frappé César et il vit encore! Le mot revint à Montan qui se tua" Tacite affirme qu’il fut conlraiulde se donner la mort; Dton n'en dit

I. Thapsia, Nero Cæsar clariludinem ci dedii initio imperii. Nocturnis gra»sauombus, couTcrlieratam facicm illinens sibi cum thure ceraque, et >e<|ueuti die contra fainam culem sincerato circumferens. Pline. Mit. mil. tir. XIII, ch. iLin.

J. Suétone, Vie de fféru», ch. xxvi.

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rien '. Je doute que Néron ait cru devoir, sans nécessité, sacrifier Montan à la majesté impériale. Nous le verrons bientôt se contenter d’exiler à Marseille Sylla, qu’on accusait d’avoir voulu attenter à sa vie; c’était pourtant la seconde fois qu’il se voyait menacé de ce prétendant. Quoi qu’il en soit, il est juste de constater l’humanité «de Néron, jjuand on sait que pour lui, l’existence d’un sénateur n’était pas plus sacrée que la vie d’un homme, et que pour les stoïciens du sénat la vie d’un homme n’était rien.

Néron fit élever dans le Champ-de-Mars un amphithttre en bois qui servit de modèle au colysée des fia viens. Pline-le-Naturaliste ne dédaigne pas de nous apprendre qu’on utilisa, dans la construction de cet édifice, le plus grand arbre qui ait jamais existé. C’était une poutre de mélèze de cent vingt pieds de long et d’une grosseur uniforme de deux pieds i. Tacite, au contraire, estime que ces détails sont tout au plus dignes d’occuper les 'journaux. Aurait-il ignoré que ce qui louche aux mœurs d'un peuple a souvent plus d'importance que les événements politiques et la forme des gouvernements?.

Les journaux et les spectacles surtout étaient la vie môme du peuple romain. Le grand code des solennités religieuses et politiques, ce furent les spectacles, passion capitale et premier besoin de la multitude. Par eux se maintenaient l’ascendant des Césars sur le peuple et la suprématie de Rome sur le monde. Quant aux journaux, bien que leur action fût restreinte aux classes élevées, parce qu’il ne sortait des ateliers de copistes qu’un petit nombre de ces feuilles, il n’y avait pas

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