‹ NéronChapitre 50 sur 205 · AGRIPPINE ET POPPÉE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE ET POPPÉE

l’oppca Sabina. — Néron 1 aime avec passion. — K n’ose répudier Oclavio. — Salvius Oilion vient on aide à César son ami. — Pacte singulier. — César cst trompé. — Patience inexplicable de Néron. — Un envoie Olhon gouverner la Lusitanie. — Néron reste seul possesseur de l’oppée. — Pille le tourmente pour se faire épouser. — Dépit d'Agrippine. — Pille pense à l'inceste pour ressaisir le pouvoir. — Ses fureurs secrètes et scs projets. — Néron songe au parricide pour se défendre.

Les événements lugubres que nous avons à raconter s’offrent à l’esprit comme une voûte obscure cl basse qui conduirait à l’initiation des mystères les plus terribles. C’est la lutte de l’inceste et du parricide détruisant la famille impériale par le fer et par le poison. Elle nous révèle une telle perversité dans l'humaine nature, elle entr'ouvre 1’abi.ne de notredépravation à de telles profondeurs, qu'au moment d'y descendre on s’arrête saisie d'une horreur indicible, prêt à s'écrier comme le poète latin1: « Dieu, qui avez l'empire des ûmes, » qu’il me soit permis de produire à la clarté du jour les

I. Di quibux imperium est animarum, umbræqua silentes Et chaos

Virgile. F.ncul-, liv. VI. vers. ÎÔl et suiv.

» monstres cachés dans les ténèbres du cœur humain. »

Parmi les plus jeunes et les plus belles femmes qu'on admirait alors dans le grand monde de l'aristocratie romaine, brillait au-dessus de ses rivales Lollia Poppea, fille de Lollius, ami de Séjan. Sa mère, Poppea Sabina, la plus belle femme de son temps, avait péri sous Claude, victime de la jalousie de Messaline. La fille, mariée à Crispiîms, chevalier romain, préfet des cohortes prétoriennes, avait abandonné le nom de Lollius, son père, pour prendre celui de son aïeul maternel, PoppeusSabinus, personnage consulaire honoré des ornements du triomphe. Elle était alors connue à Rome, comme elle l’est dans l’histoire, sous le nom de Poppée.

Les rares avantages et les qualités exquises qu’on voyait réunis en sa personne rendirent Poppée bientôt célèbre et fixèrent sur elle tous les regards. Elle avait l’attrait de la jeunesse, une naissance illustre et de grandes richesses, pour entourer de luxe son extrême beauté. Son éducation parfaite et son esprit délicat donnaient un tour facile et une pente agréable à son entretien, elle ajoutait enfin au charme et à l'instinct de séduction qui attirent les cœurs, le génie féminin qui sait les retenir dans l’invisible réseau des fascinations.

Les mœurs rigides du foyer n’exist3ient déjà plus ef la discipline domestique des vieilles familles romaines s’était alTaiblie. Avec la femme autorisée à plus de licence, de nouveaux désordres s’étaient introduits dans la cité; les divorces, toujours la cause, le moyen ou le prix du crime, devenaient chaque jour plus fréquents; et les excitations du paganisme que les lois ne contrariaient plus, décomposaient vite celle société.

Poppée, que Tacite et d’autres historiens nous donnent comme une femme impudique et méchante, avait néanmoins

quelque chose des délicatesses et des vertus de son sexe *. Elle appréciait le charme de la modestie, elle savait le charme de la pudeur. Quand elle se montrait en public, au théâtre, au Champ-de-Mars, sous les portiques et dans les basiliques, elle était toujours voilées, peut-être par respect pour sa beauté qu’elle cachait au vulgaire, peut-être parce qu’il y avait plus dé séduction à se laisserentrevoir. L’historien des Juifs, Josèphe, nous la représente comme une femme compatissante et pieuse. Il faut tenir compte de son témoignage, et dire que Poppée appréciait la vertu comme un ornement, en usait comme d’une parure et s’embellissait parfois de larmes et de pitié 3. Celte opinion s’accorde avec le témoignage de toute sa vie, passée dans un long culte d’elle-même. Les soins qu’elle donnait à sa personne ressemblaient à des travaux, et par celte froide adoration d’elle- même qui la garantissait de tout autre sentiment, elle était redoutable à ceux qu’elle voulait séduire.

Quand Agrippine avait consulté les astrologues pour connaître l’avenir de son fils: Il régnera, lui dirent-ils, mais il attentera aux jours de sa mère. Eh bien! qu’il me tue, et qu’il règne! répondit-elle. Poppée eut aussi sa démence: le désir unique et absolu de Conserver ses charmes. La seule prière quelle adressai! aux dieux, c’était de perdre la vie plutôt que ta beauté. Le ciel les exauça toutes deux. Entre ces femmes nées pour la domination, la rivalité devait être terrible, sans pudeur, sans trêve, sans pitié, et bientôt Agrippine regretterait de n'avoir pas fixé Néron près d’Actô l’afTranchie qui lui

1. Hinc malien concis alia fuere prêter honestum animum. Tacite, .trm. liv. XIII, ch. XLv.

2. Rarus in publicum epressus, itlque velala parle oris, ne satiarct aspcctum, vel quia sic dccebat. T vcite. .4nn., liv. XIII, ch. xlt.

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