‹ NéronChapitre 52 sur 205 · RS · texte numérisé non relu

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nom. Il était entendu qu'Othon recevrait chez lui Poppée et qu’il la garderait intacte pour César. Ces amitiés exclusives et violentes qui prétendent s’élever à des prodiges de fidélité, se manifestent d'ordinaire dans les sociétés en décadence où il n’y a plus de sûreté dans les rapports ordinaires de la vie : des pactes élranges remplacent les lois. La confiance absolue que Néron accorde à son ami pour une affaire si délicate, est l'indice d'une grande passion et d’un bon naturel; dans celte circonstance, du reste, ce terrible Néron fut joué et traité comme un enfant *.

Aussitôt que Salvius eut reçu chez lui Poppée, il la traita comme sa femme et ne tint plus aucun compte de ses conventions avec César. Il est aisé de comprendre qu'Othon, ayant admis dans sa maison une femme aussi belle que Poppée, forcé qu’il était d’y vivre en apparence comme son mari, se soit bientôt délié du pacte secret qu’il avait conclu avec Néron. Il est probable que Poppée elle-même se tint pour outragée par les hésitations du prince qui n’osait pas braver sa mère pour l'obtenir. Elle était blessée de voir qu’il prétendit posséder dans l’ombre et ravir secrètement comme un larron une beauté qui méritait d’être conquise au grand jour. Elle se servit adroitement de Salvius pour provoquer la jalousie de Néron et pour lui en faire un tourment. Othon, naturellement fastueux, déploya tous lesrallinemenlsdu luxe autour de Poppée. Le commerce de l’univers aboutissait à Rome et l’immense fortune d’Othon lui permettait de réaliser des prodiges. Grâce à lui, Poppée put se produire devant César dans un état de maison splendide, couverte de perles et de diamants, entourée de soins exquis, et traitée de manière à lui faire comprendre que l'empire n'ajouterait rien à son bonheur.

t. Suétone. Vie d'Othon, ch. m.

Quand Salvius était convié à la table de César, au lieu de prolongerdans la nuit, comme de coutume, le repas, l’entretien, et les divertissements, il se levait pour rentrer chez lui *. Néron cherchait en vain à le retenir. Il ne pouvait rester plus longtemps loin de sa chère Poppée, trop de bonheur l’attendait près d’elle pour qu’il lui fût possible de s'arrêter au Palatin un instant de plus. Parfois il donnait à César des leçons d’élégance et desavoir-vivre, il lui faisait part de ses innovations, et ne craignait pas de l’éclipser. Un jour il apprit à Néron à parfumer ses pieds avant de se coucher sur son lit de festin. César avait cru lui être agréable en jetant sur ses habits quelques gouttes d'un parfum précieux; le lendemain Salvius invita Néron à dîner, et, dès qu’il entra dans la salle du festin, ce même parfum, abondamment versé par des tuyaux en argent, coula autour des convives sur le marbre des mosaïques *.

Cependant, Néron, de plus en plus amoureux de Poppée, pressait Salvius de tenir sa promesse ; mais Salvius était heureux, il ne se croyait plus lié par ses engagements. César, dont tous les droits étaient dans un pacte secret qu'il ne pouvait faire valoir qu’auprès d’Othon, vit son ami devenir son rival et tromper indignement sa confiance. En l'absence d’Othon, Poppée refusait de recevoir le prince, il obtenait bien rarement la faveur de voir sa maîtresse, Salvius en avait fait sa femme. Outré de cette perfidie, égaré par son amour, Néron oublia sa dignité; il alla frapper à la porte de son heureux rival, il le fit appeler au milieu de la nuit et le somma d'exécuter leurs conventions. Non-seulement Salvius refusa de livrer Poppée à Néron, mais il ne voulut pas lui permettre de la voir. Il laissa l'empereur se morfondre au seuil de son palais ; et ce terrible

t. Tacite. Ann., liv. XIII, ch. Cxvi.

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