‹ NéronChapitre 53 sur 205 · Plutarqi'E. Vie de Galba, ch. xxm · texte numérisé non relu

Plutarqi'E. Vie de Galba, ch. xxm

Néron, dont la seule mémoire inspire encore tant d’effroi, fut traité comme un Georges Dandin. Il eut beau prier, menacer et se plaindre, on fut sans respect pour son rang et sans pitié pour sa douleur.

Est-ce bien là ce Néron qui fut, au dire de quelques historiens, un monstre de cruauté dès le ventre de sa mère? Sa patience nous étonne à cette occasion beaucoup moins que la témérité de son rival; l’audace de ce dernier prouve à quel point on pouvait abuser de la mansuétude de César. On rencontre à toutes les époques de sa vie des traits semblables, qui prouvent son bon naturel. A mesure qu’ils se présenteront, on n’oubliera pas de s’y arrêter, car l'humanité de Néron et sa douceur, sa facilité même à pardonner les injures personnelles, sont des faits assez généralement ignorés pour qu’on doive les mettre en lumière.

Après avoir subi une si cruelle déception et s’ôlre vu trahir par son ami d’enfance, quel homme n’eût tiré vengeance de cette perfidie?... Tout frémissant qu’il était d'indignation et de jalousie, Néron se souvint des relations intimes qui l’unissait naguère avec Salvius, Sénèque intercéda pour ce dernier; le mariage qui l’unissait avec Poppée fut déclaré nul, et l'homme, qui sous un autre règne aurait reçu l’ordre de mourir, fut éloigné de Rome sous un prétexte honorable. Le prince crut devoir respecter en lui le souvenir de leurs premières relations, il fut nommé gouverneur de la Lusitanie. Le départ d’Othon laissa Néron seul possesseur de Poppée ou plutôt le livra seul à l'influence fatale et aux fascinations de celte femme. Avec le bonheur et l’amour de Néron, s’accrut en même temps l’empire de Poppée sur lui. Elle comprenait bien que la protection d’Agrippine maintiendrait Oelavie au Palatin et qu elle n priverait au lit impérial qu’en éloignant la mère

de César. Dès ce moment il fut aisé de voir que tous ses efforts tendaient uniquement à ruiner Agrippine. Elle n’eut plus pour Néron que des plaintes, des récriminations et des larmes; si bien qu’il ne trouva que des chagrins cuisants dans un amour où il avait cherché tout le bonheur de sa vie . Poppêe lui reprochait d’étre encore sous la tutelle d’Agrippine qui protégeait surtout dans Octavic l'ennemie de Néron; tandis qu’une femme dévouée comme elle el prête à combattre la tyrannie d’une mère ambitieuse, serait éloignée de César par celle qui voulait tout dominer. Après avoir irrité Néron contro Agrippine, Poppêe le tourmentait avec le souvenir d’Olhon. Le dévouement et la munificence de l’exilé se trouvaient avec éloge dans tons ses discours. Les ennuis de sa position présente semblaient la rejeter vers un bonheur digne de tous ses regrets; si Néron refusait de la placer au rang où sa naissance lui permettait de prétendre, qu’il la renvoyât vers Othon. Cet ami sùr méritait bien par son amour généreux qu'on le suivît aux extrémités de la terre.

Ce n’était pas encore assez : après avoir parlé à son orgueil et à sa jalousie, l’artificieuse Poppêe faisait appel à la pitié do César. Elle implorait sa protection contre Agrippine qui tramait sa perle, elle le savait; si on l'abandonnait à la haine de son ennemie, la seule femme qui eût aimé Néron irait rejoindre toutes les victimes d'une ambition implacable; et alors, les terreurs feintes, les évanouissements et les larmes, épouvantaient un amant depuis longtemps autorisé à craindre et à mépriser sa mère. Malheureusement pour Néron, quand Poppôo accusait Agrippine, pas une voix ne s’élevait pour la défendre. La cruauté, l’orgueil de celte femme et ses machinations l’avaient rendueodieuse à ceux qui servaient le prince par intérêt ou par devoir. Tout concourait à faire entrer dans le cœur du

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