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(ils les mauvais sentiments qu’inspirail la mère, Elle-même, par un de ces excès qu'il est impossible de passer sous silence et qu'on ose à peine raconter, vint mettre le comble à l’horreur dont elle était l’objet.
Cette épouvantable pensée lui vint à l’esprit de reconquérir par l'inceste son influence perdue, pensée bien digne d’une femme que son frère Caligula avait livrée enfant à Lépidus après l’avoir flétrie; qui avait épousé son oncle au mépris des lois divines et humaines, et que l’innocence de son fils n’avait pu fléchir. Tous les historiens s'accordent à dire qu’en plein jour, au moment où Néron était dans le vin, Agrippine, en costume de courtisane, osa prostituer sa beauté aux regards de son fils. Les amis du prince voyaient déjà les caresses et les baisers précurseurs du crime, Sénèque en fut épouvanté.
Dans l’entreprise abominable d’Agrippine, ce ministre craignait beaucoup plus le succès que le crime; il combattit le mauvais génie de la mère par une autre influence, et lit intervenir Acté, la première maîtresse de Néron. Celte affranchie, abandonnée pour Poppéc, était restée fidèle à Néron. Elle lui découvrit les intentions d'Agrippine, qui se croyait certaine du triomphe, elle lui fit entrevoir l'opprobre qui allait souiller sa gloire et l'indignation des soldats qui refuseraient de lui obéir.
Néron eut horreur du danger qu’il avait couru : de honteux souvenirs vinrent ajouter à l’indignation que lui inspirait sa mère. Après avoir rompu brusquement avec elle, il admit au nombre de ses concubines, une femme qui ôtait le portrait vivant d’Agrippine, prouvant ainsi par celte odieuse image de l'inceste, qu'il ri’avalt pas besoin de recourir à la réalité *. En
t. Merctricein ijuam fama erat Agrippinæ siouillimam inler concubinas recepit. Siétusk. Vie île Néron, cli. xxvm.
vu; DE NÉRON
môme temps il rechercha soigneusement tout ce qui devait éloigner sa mère. Quand elle parlait pour la campagne, il la félicitait d’aimer la retraite; quand elle revenait à Rome, il ne négligeait rien de ce qui devait lui en rendre le séjour insupportable : on lui suscilait des procès; on chantait des vers injurieux pour elle autour des jardins et des maisons qu’elle habitait *. Les amis de Poppée ne mettaient point de mesure dans les outrages dont ils poursuivaient incessamment la mère de César. Les nombreux partisans des victimes immolées à son ambition, laissèrent éclater leur haine quand ils connurent sa disgrâce; enfin sa dernière tentative pour ressaisir l’empire par l’inceste, mit le comble à l’exécration et au mépris publics.
Plus Agrippine voyait s’affaiblir l’influence qu’efle avait eue sur Néron et tomber son autorité, plus son orgueil réagissait contre la position infime où elle était descendue. A quel ténébreux projet, à quelle infernale conjuration eut-elle recours? On l’ignore. Mais il n’est pas douteux que vers ce môme temps, Néron s’arrêta à l'épouvantable projet d'un parricide pour se préserver des complots de sa mère.
Agrippine, outragée dans sa dignité, dédaignée comme femme, chassée du Palatin et livrée aux railleries de la multitude, a-t-elle subi patiemment ces humiliations, après avoir conquis par le crime l'empire qu’elle possédait comme son bien? On ne peut pas le supposer. Ce qu’Agrippine avait fièrement annoncé qu’elle ferait, quand elle n’avait aucun sujet de plainte, elle dut le comploter résolument dans le silence, quand elle se vit sans pouvoir et sans honneur. L’impérieux besoin de la vengeance dut l’entraîner à tous les excès. Quel complot a-t-elle tramé contre son fils? A-t-elle offert l’empire à Cor-
bulon, à Virginius, à Galba, à ceux des patriciens dont on la vit se rapprocher après la mort de Britannicus? Il est impossible d’en douter. On découvrit alors ses menées secrètes, et comme il était également difficile delà contenir et de la juger, Néron et ses ministres résolurent sa mort. Dion affirme que Sénèque excita Néron contre Agrippine. Plus tard, il écrivit au sénat pour accuser la victime, et s’il justifia le parricide, il avait pu le conseiller '. A la réprobation générale dont Agrippine était l’objet, au souvenir de tant de crimes, au danger qu’elle faisait courir à son fils, ajoutez les obsessions de Poppée, ses prières, ses larmes, et peut-être pourrezvous comprendre que Néron se soit arrêté au projet de tuer sa mère.