‹ NéronChapitre 55 sur 205 · MORT D’AGRIPPINE · texte numérisé non relu

MORT D’AGRIPPINE

Néron rêve au moyen de tuer sa mère. — Une machine de théâtre lui donne l’idée qu'il cherchait. — Néron annonce qu'il veut se réconcilier avec Agrippine. — Il l’invitp à venir à Baïa, — Golfe do Baia. — Néron donne nn festin à sa mère. — Kl le est avertie du danger qui la menace. — Néron la reçoit cordialement. — Leurs derniers embrassements. — Agrippine part, son vaisseau s'enlr'ouvre, elle se sauve à la nage. — Burrhus et Sénèque mandés chez l'empereur. — Leur silence. — Anicet so charge de Unir ce qu'il a commencé. — Arrivée d'Agérinus, envoyé vers Néron par sa mère. — Agrippine reste seule et abandonnée. — Son courage à l'aspect des assassins. — Sa dernière parole est un cri sublime. — Funérailles d'Agrippine.

La lutte depuis longtemps engagée entre Agrippine et Néron touche enfin à son terme, et ce drame horrible, qui dès le début "n’est qu’un enchaînement de crimes où la mère ose recourir à l'inceste pour usurper le pouvoir, va être dénoué par le fils qui ne recule pas devant le parricide pourconservcr l'empire. L’odieux projet une fois arrêté, Néron n’hésita plus. Le souvenir de tout ce qu’il devait à sa mère, si coupable qu'elle fût, et la piété filiale qui n’était pas étrangère à son cœur, ne le ramenèrent pas à une résolution moins inhumaine. D’abord il essaya du poison et à plusieurs reprises; mais Agrippine en fut préservée par Locuste qui l'avait munie

d un antidote. Néron parut alors inquiet et préoccupé; il assistait au théâtre d'un air distrait et comme attentif à des objets placés hors de ses regards. César, maître du monde, poursuit en rêve une chimère qui semble lui échapper, une espérance... Le parricide. Un jour qu’il donnait au peuple des jeux nautiques, parmi les machines que les Romains, nos maîtres en ces sortes da spectacles, faisaient mouvoir sur la scène, on lança un vaisseau qui, s’entr'ouvrant tout à coup, fit sortir de ses flancs quelques bêtes féroces, et, par le jeu des ressorts, reprit à •l’instant sa première forme1. Néron reste étonné. Ce vaisseau qui s'entr’ouvre, voilà le moyen sûr de faire disparaître Agrippine sans être soupçonné. S’il pouvait, en effet, l’engager dans un voyage le long des côtes de l’Italie, d'Antium à Baïa où elle possédait des villas magnifiques, les écueils et les orages, périls de la mer, seraient responsables du malheur, et les Ilots absorberaient le crime.

Néron s’arrête à cet expédient, il fait part de son projet au préfet de la flotte de Misène, à son ancien pédagogue Anicélus, et l'ordre est donné de construire une galère liburnienne, en s’inspirant du vaisseau qui avait fonctionné dans la naumachie. Dans une représentation théâtrale digne d'un grand peuple, l'inspiration d’un vrai poêle aurait inspiré des remords à Néron en élevant son cœur et son esprit; mais ces spectacles de la décadence, dont les machines grossières et les obscénités souillaient les imaginations et les regards, étaient les complices obligés d'un tel crime.

Anicétus se souvenait d’avoir vu Néron, d'abord abandonné par sa mère et tyrannisé plus tard; il détestait cordialement Agrippine, ainsi que tous les affranchis de la gens üomitia. Il

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