‹ NéronChapitre 56 sur 205 · Dioü Cassics, liv. LSI, eh. xil · texte numérisé non relu

Dioü Cassics, liv. LSI, eh. xil

s’engagea dans le complot, il poussa l’entreprise avec tout sou dévouement pour le fils et toute sa haine contre la mère.

La galère liburnienne fut construite à Misène, avec le plus grand soin, Néron en fit une merveille pour l’offrir à sa mère, avec laquelle il méditait de se réconcilier; les sculptures, les bois de senteur, les draps d’Orient, l’or et la soie, furent prodigués pour dissimuler l'instrument du mort. Cette galère, de forme allongée, dont la proue et la pot^e se terminaient en pointe, avait plusieurs rangs de rames, un grand mât au milieu avec une voile levantine au lieu de la voile carrée des Latins.

Ces préparatifs achevés Néron quitta Home pour aller à Baïa célébrer les fêtes de Minerve qui devaient durercinq jours. Il annonçait publiquement son intention de se réconcilier avec Agrippine, et il exposait les raisons qui devaient les réunir. Quelque grave dissentiment qui séparât le fils et la mère, la piété filiale, disait-il, les rapprocherait tôt ou tard. 11 savait que ces paroles seraient exactement répétées à sa mère. Quand il put croire qu'elles avaient produit leur effet, il lui écrivit pour l’engager à venir le joindre à Baïa. La solennité des fêtes qu’on allait y célébrer consacrerait leur réconciliation. Les femmes, dit Tacite, se persuadent aisément ce qui les flatte. Agrippine Vint à Baïa . Veut-on admettre qu’elle y soit venue sans défiance?... Il faut alors repousser l'accusation portée contre Néron soupçonné d’avoir tenté par trois fois de la faire mourir par le poison. Après tant de preuves de haine et tant d’injures, après les efforts d'une lutte secrète ajoutés aux affronts publics, quelle confiance pouvait renaître entre de tels ennemis?...

Soit curiosité, soit mépris du péril, Agrippine osa venir à Baïa. Néron s'avança pour la recevoir jusqu’aux bords de la mer vers le cap de Misène. Quand elle descendit de son vais-

VIE DE NÉRON l#o

HMD, il la reçut dans ses bras, et ils allèrent ensemble jusqu'à Baules où la villa d'Agrippine était située. Néron invita sa mère à un grand repas qu'il donnait le soir même pour fêter leur réconciliation; puis il se retira discrètement et la laissa se reposer.

Déjà sous la république les plus grands personnages avaient établi leurs habitations sur les coteaux qui dominaient le golfe, de Pouzzoles au cap de Misènc, dont le double port renfermait la flotte de la Méditerranée. La vogue des eaux chaudes ne fit qu'augmenter sous l'empire. La jeunesse élégante de Rome et les plus belles courtfsanes de tous les pays aimaient ces rivages consacrés au plaisir. Il était de mode dans le grand monde de l'aristocratie romaine, d'aller à Baïa au-devant du printemps. Mais ce n'était pas sans danger pour les jeunes matrones vouées à la pudeur patricienne. Plus d'une, au dire de Martial, arrivait Pénélope et revenait Hélène 1 On se disputait les terrains sur les coteaux couverts de maisons particulières, de théâtres, de palais, de temples et de bains, si rapprochés les uns des autres qu’ils avaient l’aspect d'une ville. Sur le rivage on exécutait do grands travaux, soit pour construire des piscines d'eau salée, soit pour jeter dans la mer des promontoires couronnés de terrasses et de galeries où l’agitation des vagues rendait l’air fortifiant et pur. Horace et Virgile lui-même nous en ont conservé le souvenir * .

Du haut de la colline ou s'élevait son palais, Agrippine voyait manœuvrer dans le golfe de nombreux vaisseaux au milieu desquels se faisait remarquer, par sa magnificence, la

I. Incidit in ûammas, juvenem que secuta, rclicto Conjuge; Pénélope venit, abit Ildcne.

. Martial, livre I, épijràmmt 03.

i. Virgile, Énritle, liv. IX, vers. 710.

galère liburnicnne qu’on venait de lancer. C’était la nouvelle du jour, et l'on disait que Néron voulait en faire présent à sa mère. Elle pprcourait du regard les monuments qui proclamaient la gloiredeson nom. Le port de Misène était l’ouvrage d’ Agrippa, son aïeul. Il avait rénni le lac Lucrin à l’Avernc par un canal creusé par vingt mille esclaves. La grande jetée qui séparait le lac Lucrin de la mer, la voie souterraine qui allait de l’Averne à la ville de Cumes étaient au nombre de ses travaux, sans compter les théâtres, les temples et les bains. Agrippine retrouvait la gloire et les souvenirs de sa famille partout autour d’elle, jusque* dans les piscines où tant de curieux venaient admirer une murène parée de boucles d’oreille attachées par son aïeule Antonia, fille de Drusus*. Sur la colline, au-dessus de Baules, la villa du divin Jules s'élevait comme une forteresse, et dans la pensée d'Agrippine , la fortune de César protégeait son audace et justifiait son ambition. Séduite par le bon accueil de Néron, elle put se croire au moment de ressaisir sa première influence.

Au moment où elle se disposait à partir pour se rendre à l'invitation de son fils, on vint la prévenir en secret du danger qui la menaçait; elle ne témoigna ni crainte ni surprise; seulement au lieu de monter sur la galère qu'on lui avait préparée, elle se fit porter en litière à Baïa , curieuse de voir par elle-même quelles étaient les intentions de ses ennemis ; calme par l’habitude d’affronter ces sortes d’épreuves et cédant à la séduction provocante que les grandes âmes trouvent dans le danger.

Son cortège nombreux, où se faisaient remarquer Agérinus

t. In eadem villa, Anlonia Drusi, morænæ quam riiligobat inauresaddidil. enjus propter famam nonnulti Baulos videre concupiverunt. Pline. H ù taire nal., Iit. IX, ch. txxxi.

et Mnester, deux de ses affranchis prêts à mourir pour elle, traversa la foule émue de joie par la fêle de Minerve. On la célébrait dans ce pays de civilisation grecque avec plus de pompe qu’en tout autre lieu de l’Italie. Quatre jours de vacances ôtaient donnés aux écoliers en l'honneur de la déesse; les maîtres recevaient leur salaire, et tous les enfants se livraient loin de leurs pédagogues à ces petites saturnales de la jeunesse. L'affluence et l’animation étaient accrues par les négociants étrangers qui venaient à Pouzzoles, où l’on voyait les costumes de tous les pays, et par les soldats dfc la (lotie de Miséne qui s'exerçaient sur le miliscole ou qui manœuvraient dans le port. Au milieu delà foule joyeuse, et dans le tumulte de la fête, Agrippine n’était pas femme 5 se souvenir que la déesse, fille de Pallas, avait tué son père qui voulait la souiller par l’inceste , et que Minerve Athénienne présidait au jugement de l'aréopage quand le parricide Oreste fut absous. Si sa bannière blanche brodée d'or, où les actions mémorables de la déesse étaient représentées passa sous ses yeux, elle ne fut pas étonnée d’y voir glorifier le châtiment du crime quelle avait commis, et le pardon de celui qui la menaçait.

Néron reçut sa mère avec la pompe et les respects qui devaient plaire à sa fierté. Il lui prodigua les caresses les plus tendres pour écarter de son esprit tous les soupçons. Dans la salle du festin, où ils étaient seuls assis à la môme table, il lui donna la place d'honneur, le lit du milieu, et lui-même, se couchant à ses pieds, se mit au-dessous. Après"Ies premières dispositions prises pour rendre la réconciliation plus facile, Néron demanda conseil à sa mère sur des affaires de la plus grande importance et parut recourir à son expérience. 11 lui confia même des secrets d’État pour lui prouver qu’elle allait reprendre son autorité. À celte déférence qui flattait l'orgueil

d’Agrippine, succédèrent les épanchements et les plus douces conGdences. A mesure que la joie du festin gagnait les convives, Agrippine prenait conGance. Son Gis semblait relrouver près d'elle quelque chose des naïves familiarités de l’enfance. Il la comblait de faveurs et la défiait d’épuiser sa générosité.

Pourquoi celte odieuse et basse hypocrisie? pourquoi celte dissimulation féroce contre sa mère? elle était en son pouvoir : Néron voulait peut-être tenter un dernier effort pour la ramener; au moment de commettre un si grand crime il dut hésiter, et s’il pouvait provoquer l’expression d’un regret, s’il avait la preuve d’un retour sincère, s’il retrouvait quelque chose de l’amour maternel, il pouvait s’arrêter.

Quand il dévoile à sa mère, dont il connaissait les complots, les secrets d’État connus de lui seul, ne semble-t-il pas lui dire : « Vous-même n’avez-vous rien à m’apprendre? Ses plus tendres caresses et scs témoignages d’affection la rassuraient en même temps contre les suites de pareils aveux; mais Agrippine. qui ne craignait rien et qui eût peut-être pardonné, ne voulut pas subir la honte d'un pardon. Soit déGance, soit Gerté, soit fidélité envers ceux qui la servaient, elle se tut, et les séductions de son Gis la trouvèrent inflexible. Rien do loyal et rien d’humain n’attendrit leurs embrassements; ils ne s’étaient rapprochés que pour sentir la haine qui les séparait.

Cependant la galère fatale s’avançait dans l'ombre ; Burrhus et Sénèque observaient Néron en silence. Tandis que le repas se prolongeait dans la nuit et que les esclaves renouvelaient l’huile parfumée des lampes, Anicet donnait au dehors les dernières instructions aux meurtriers; l'instrument du crime, dissimulé sous la forme d’un vaisseau, abordait sans bruit au

ond des grands escaliers de marbre qui descendaient vers la mer.

Agrippine se leva pour se retirer : elle était séduite par les caresses de son fils, ou du moins elle feignait de l’ètre. César reconduisit sa mère ; ils sortirent ensemble, la nuit était splendide. Une population joyeuse répandue dans les tavernes, sur les terrasses et les jardins qui s’avançaient dans la mer, entourait le golfe d’une ceinture de lumières. Il était sillonné de barques qui se croisaient en tous sens, avec des formes et des couleurs différentes; une atmosphère tiède et parfumée résonnait de chants voluptueux dont les molles cadences se mariaient aux balancements des (lots. De joyeux convives et des amants silencieux jetaient les roses du banquet dans ces vagues languissantes qui roulaient sans cesse des couronnes de fleurs. Ainsi, la sérénité du ciel, le calme de la mer et la joie de la fête allaient être comme souillés par un parricide dont cette nature clémente faisait ressortir l'horreur.

Quand vint le moment de se quitter, Néron fit à sa mère les derniers adieux avec un redoublement de tendresse : il baisait son front, ses yeux et son sein; il la tenait serrée contre son cœur. « Je vis en vous, ma mère, lui disait -il ', et c’est par vous que je régne. • Il semblait ne pouvoir pas s’en séparer, soit par un mouvement involontaire de piété filiale, soit par la curiosité féroce d'une ilrae dépravée qui veut expérimenter toutes les émotions du crime. Impossible de rien voir distinctement a celte profondeur dans l'abîme du cœur humain.

Agrippine s'éloigna du rivage par cette belle nuit, la mer paisible, le ciel étoilé : deux de ses familiers étaient près d'elle ; Gallus à son côté, Acôronia, une de ses femmes, assise à ses

t. Dion Cassii'S, lir. LVI, ch. xui.

pieds. On s’entretenait de l’accueil qu'elle avait reçu de César et de son crédit renaissant; la galère arrivait à peine au milieu de la rade. Tout à coup, au-dessus d’Agrippine, étendue sur un lit de repos, le plancher qu’on avait chargé de plomb, s’écroule avec fracas. L’homme est écrasé; mais le dais qui couronnait le lit préserve les deux femmes. Cependant le vaisseau ne s’entr’ ouvrait pas, et c’était un grand désordre parmi les matelots et les rameurs; le plus grand nombre ne comprenait pas et contrariait les ordres donnés^» ceux qui étaient dans le secret; tandis que les uns pèsent d’un côté, pour faire sombrer le vaisseau, les autres font contre-poids et rendent la chute des naufragés plus douce. Acéronia appelle au secours, et s’écrie qu’elle est Agrippine, pour qu'on se hâte de sauver la mère de César. Elle est aussitôt assommée à coups de croc et de bâtons, elle disparaît; mais Agrippine, qui a tout compris, s’éloigne et nage en silence ; elle reçoit un violent coup de rame à l’épaule, et rien ne défaille dans celle virile nature, ni le courage ni la force : elle se dissimule et s’échappe du naufrage. Aux cris des matelots et à la nouvelle de l'événement, des barques s'avancèrent de tous côtés; Agrippine fut recueillie dans l’une de ces barques et se fit conduire au fond du golfe, vers le lac Lucrin. Aux bords de la mer s’agitait la multitude, éclairant le rivage avec des torches. Agrippine fut reconnue et accueillie par la foule, toujours accessible aux nobles émotions, elle se fit porter en litière à sa villa de liaules. Le piège où Néron l'avait attirée par scs lettres pressantes était dévoilé, le crime dissimulé d’abord par des caresses était devenu flagrant. Toutefois, cette femme intrépide n’en fut aucunement troublée; mais administrant ses dangers "et ses revers comme elle aurait pris soin des intérêts les plus vulgaires, elle fit dire à son fils que la fortune de l'empereur l’avait sauvée

d'un grand péril cl qu’elle le priait d'ajourner sa visite parce quelle avait besoin de repos. Elle fit mettre un appareil sur sa blessure, réchauffa son corps par des fomentations, et ordonna de mettre les scellés sur le bien d’Acêronia.

Néron attendait à Baïa des nouvelles de l’événement. Le bourreau, plus troublé que la victime, était impatient et agité; on vint lui annoncer qu’Agrippine avait échappé au danger, de façon à reconnaître l’auteur de l’attentat. Néron n’avait rien à craindre d’une femme qui était en son pouvoir et que ses crimes rendaient odieuse, mais il redoutait l’opinion publique. Il se hâta de faire appeler ceux qui connaissaient les intentions et les complots de sa mère, Burrhus et Sénèque, qui l'avaient encouragé à sévir contre elle; il voulait donner à • chacun sa part de responsabilité, et n'êlre pas seul à porter le fardeau. Ils arrivent et la situation leur est exposée. Aucun de ces deux hommes, qui devaient leur élévation à la mère de César, ne dit un mot pour sa défense ni pour conseiller la pitié. Il suffisait de la reléguer dans une lie. Néron, populaire, pouvait impunément contre la seconde Agrippine, si détestée, ce que l'odieux Tibère avait osé contre la première, objet do vénération.

Après un long silence, Sénèque regarda Burrhus et lui demanda s’il ne fallait pas en finir et ordonner le meurtre aux prétoriens. Burrhus répondit en homme exclusivement préoccupé de l’honneur du soldat : ses cohortes étaient trop dévouées à toute la famille des Césars, trop fidèles à la mémoire de Germanicus pour attenter à la vie de sa fille : qu’Anicct achevât ce qu’il avait commencé. Celui-ci s’offre sans hésiter, et Néron accepte, s’écriant qu'il règne enfin, et qu’un affranchi lui a donné l’empire. Sur l'ordre de César, Anicet prend avec lui les hommes les plus résolus et marche vers Baules

pour accomplir le parricide. En même temps on annonce à Néron qu’un affranchi de sa mère vient lui porter des nouvelles. La grande préoccupation de Néron était d’échapper à la responsabilité du crime, et de paraître se défendre contre Agrippine dont il avait ordonné la mort. Il reçoit Agérinus et parait l’écouter attentivement; mais pendant que l’affranchi lui parle, il lui jette un poignard dans les jambes, se lève et s’écrie qu’Agérinus est envoyé par sa mère pour l’assassiner. Cet homme est saisi et tné à l’instant. Toutefois il faut ajouter, pour être juste, que Néron doit être écouté quand il accuse sa mère d’avoir armé contre lui cet Agérinus. Elle était femme à tenter ce dernier coup, et sa maison se composait d'esclaves dévoués, prêts à commettre les plus grands crimes pour la servir.

Tandis que, à Baïa, Néron accusait sa mère, à Baules un grand concours de peuple l’entourait ; ceux qu’avait attirés le bruit de sa faveur renaissante, et ceux qu’une vie oisive rend les spectateurs curieux de la fortune des grands, étaient là, réunis, recueillant avec avidité tout ce qu’on racontait du naufrage d’Agrippine et de sa blessure. Mais quand ils virent arriver Ànicet avec sa troupe, l'air menaçant et la démarche résolue des soldats qui n'exprimaient rien que de sinistre, celte foule inconstante se dissipa comme la fumée.

Pendant que les meurtriers prenaient leurs précautions au dehors, Agrippine, entourée de ses gens, était restée couchée sur son lit : elle attendait avec impatience le retour d’Agérinus et des nouvelles de son (ils. Les rümeurs et les cris de la foule, qu’elle entendait s’agiter autour de sa maison, ne la rassuraient pas. Tout à coup le bruit cesse; ceux qui la servaient la quittent sous divers prétextes, le silence et l’isolement se font autour d'elle; une seule esclave était restée près

d'eile et celle-là s'éloigne à son tour. « Toi aussi, tu m'abandonnes, » lui dit-elle; et la mère de César, qui avait dominé Rome cl le monde, resta seule dans sa chambre à peine éclairée par une lampe.

Agrippine pouvait fuir, sans doute, mais cette idée ne lui vint pas : Anicet parut à la porte, deux hommes armés le suivaient : un trierarque et un centurion de la flotte ; il les avait choisis. L’aspect féroce do ces hommes, conduits par son ennemi mortel, ne troubla pas Agrippine. Elle parla la première : « Si tu viens pour me voir, dit-elle, annonce à César mon rétablissement. Si tu viens pour le crime, je ne croirai jamais que mon fils ait ordonné le parricide. » Les meurtriers entourent son lit; le trierarque la frappe à la tête d’un coup de bâton, et le centurion tire son épée; c’est alors que cette femme, bien digne d'admiration et d'horreur, prouva que malgré tous ses crimes l’héroïsme était le fond de son âme. Elle se dresse, découvre ses flancs, et sans pitié pour elle comme sans pudeur: « Le ventre! dit-elle, frappe au ven Ire! * et elle expira percée de plusieurs coups *.

La nuit même, son corps fut brûlé à la hâte, étendu sur un lit de festin, sans respect et sans pompe; on avait hâte d’en finir avec ce souvenir redoutable. Mncster, un de scs affranchis, ne voulut pas lui survivre, il se poignarda sur son bûcher, témoignant ainsi par sa fidélité envers Agrippine de la puissance qu’ont les grands caractères pour provoquer le dévouement. Ses cendres restèrent à la même place, cachées pour ainsi dire sous un lumulus sans nom, pendant le règne de son fils. Plus tard, les gens de sa maison honorèrent d'une sépulture plus digne ses restes oubliés. Le monument qu'ils lui

I. Ventrem feri exelamavit, multis quo vulneribus confccta est. Tacite. à»»., lie. XIV, cb. vin.

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élevèrent était situé sur le chemin de Misènc, près de la villa de Jules César. C’est là qu'on visite encore aujourd'hui quelques ruines désignées sous le nom de tombeau d’Agrippine.

Ainsi finit la fille de Germanicus, dans toute la vigueur de son caractère, dans tout l’éclat de*sa beauté, que le vice et le crime n’avaient pu flétrir. Son audace, sa fierté, son besoin de domination la rendaient redoutable. Son fils fut toujours tremblant devant elle, et toujours obsédé par son souvenir. Elle fut le type le plus complet de ces femmes supérieurement perverses et belles qui propagent et rendent irrésistible l’empire du mal sur terre. L’ascendant de leur caractère joint aux fascinations de leur sexe les entoure d’esclaves qui adorent leur servitude. C’est aux époques de décadence que ces reines de scélératesse et de beauté apparaissent entourées d’un éclat sinistre comme la lumière des astres malfaisants. Aussitôt l’idôlatrie renaît autour de ces déesses: elles usurpent la prééminence abandonnée par les hommes, se rient de leur supériorité illusoire, et, les jugeant indignes, brisent à chaque pas un de ces cœurs dégénérés.

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