CHAPITRE
Néron veut effacer son crime. — Ennemi de la guerre, il cherche l’éclat de son régne dans lea arts. — Les hommes do mérite en tou! genre sont appelés au Palatin. — Néron travaille avec les lettrés. — Il compose des pièces de vers. — Quels poètes furent admis dans sa familiarité. — Néron chansonnier. — Mérite du poète incertain. — Qualités du prince incontestables. — Philosophes admis & sa cour.
Par deux fois dans des circonstances analogues, après l’empoisonnement de Urilannicus et après le meurtre d'Agrippine, Néron témoigna le désir sincère de faire oublier ses crimes et de prouver par le noble usage de son pouvoir le droit qu'il avait eu de le défendre contre toutes les rivalités. Vainqueur en Occident et en Orient, maître absolu de Rome et des Provinces, il voulut donner au monde une paix dont il ne jouissait pas lui-mème ; et ses remords lui furent un motif do plus
de poursuivre avec une nouvelle ardeur l'application de scs idées au gouvernement des hommes.
En même temps que Nérçn avait au plus haut degré l’amour de la gloire et le besoin le plus impérieux de popularité, il délestait If guerre autant par humanité que par mépris pour ces jeux de la force brutale si inférieurs aux purs travaux de l’esprit. On ne le vit jamais céder au plaisir d agrandir l'empite; il fut même tenté do retirer ses légions de la Grande-Bretagne, quand cette province se révolta contre Suédonius *. Il était donc forcé de chercher l’éclatdcson règne dans le maintien de la paix universelle, dans la splendeur des arts, dans les merveilles de la civilisation; projet d’autant plus admirable qu'il lui était inspiré parun vifsentiment d'humanité, et qu’il proposait à son ambition la gloire la plus difficile à conquérir. Ces idées et ces sentiments étaient une tradition de famille; son aïeul Agrippa, ministre laborieux d’Auguste, les avait exprimés dans son magnifique discours sur les expositions publiques*. Après tant de guerres et de triomphes, * l'univers conquis et apaisé, quel autre système pouvait se présenter à la pensée des Césars? Le génie romain avait accompli sa tâche et nous voyons les plus grands esprits languir sans espérance et se replier vers le passé. Tacite lui-même, n’ayant pas d’avenir auquel il aspire, célèbre l'égalité primitive et se retourne vers l'âge d'or3. Néron obéissait donc autant à sa nature qu’aux exigences de sa situation quand il prétendait régénérer le monde par les travaux pacifiques de l’intelligence. Lui seul pouvait conduire dans cette voie la société païenne si elle avait assez de force pour accomplir denouveaux
t. Suétone. Néron, ch. xvm.
î. Pline. Hisl. n at., îiv. X.XXV, ch. ix.