‹ NéronChapitre 64 sur 205 · D. Nissan. Poêles de la Décadence, tom. I, pag · texte numérisé non relu

D. Nissan. Poêles de la Décadence, tom. I, pag

cieuscmcnt, c’est qu’il se souvenait sans doute d'avoir obtenu de ce prince un patronage qu’il ne retrouva- plus.

Quant à Pétrone, Lucain, Titus et Labôon, ils firent certainement partie de la société littéraire organisée par Néron. Cette société devait être fort nombreuse ; l’empereur eut la pensée de faire écrire une histoire romaine en vers : projet ridicule peut-être, mais du moins national et motivé par la nécessité d’occuper et de réunir tous ces divers talents en les appliquant à -une œuvre commune. C’estsansdouteà cette pensée de Néron que nous devons la Pharsale de Lucain. L’intérêt actuel du sujet et sa grandeur fixèrent sur ce siècle l’attention et les travaux du poêle. Son œuvre, où l’histoire, la philosophie et la politique occupent la plus grande place au détriment des fictions cl de l’invention poétique, est tout à fait selon le plan de Néron.

11 s’exercait lui-même dans des genres différents. Les vers légers, les chansons et les petits poëmes qu’il composait étaient chantés dans les quartiers populeux, dans les tavernes et aux bains *.

Quand Apollonius de Tyane vint à Rome avec ses amis, le jour même de son arrivée, pendant qu’il prenait son repas dans une taverne, un homme aviné, mais d’une voix agréable, s<? posa fièrement devant lui. « Cet homme faisait le tour de » Rome en chantant les vers de Néron; il vivait de cette in- > dustrie, et quand on l’écoutait avec négligence il vous pour- » suivait pour crime de lèse-majesté.... Il portait dans une » petite boite une corde usée à force de servir, qu’il disait

» venir de la cithare même de Néron Il préluda par un

» hymne du maître, puis il déclama des morceaux de I Orestie

i. M. Castil-Dlùze, dans un article de la Revue de Paris, attribue l’air de la Roulangère à Néron.

» et A' Antigone, vocalisant et imitant loulcs les intonations » hasardées de l'empereur. * »

Il est absolument impossible de se faire une idée juste du lalent de Néron, comme versificateur, sur ces données incomplètes, aucune citation un peu importante ne venant à l'appui. Mais la bienveillance de César pour les lettres de son temps est manifeste, et son intention bien formelle d'atteindre un but élevé ressort victorieusement des faits. On peut affirmer de Néron qu'il a connu et encouragé tous les hommes distingués de son temps, et ce n’est pas un mince éloge qu'on puisse faire d’un souverain ; il faut donc reconnaître, pour être juste, qu’il fut le promoteur de cette grande. époque de la littérature latine qui compte Sénèque, Juvénal, Lucain et Tacite, moins pure sans doute que le siècle d’Auguste, mais plus énergique, plus originale, et par cela même supérieure peut-être.

Les maîtres de la sagesse vinrent à leur tour proposer à Néron leurs enseignements. Il consacrait aux philosophes les loisirs du soir après le repas. 11 aimait à entendre exposer et discuter les systèmes. Il pouvait compléter ainsi son éducation philosophique, fort négligée par son précepteur. Sénèque ne lui avait fait lire que ses ouvrages. Tacite cependant aurait pu rendre justice aux intentions libérales du jeune prince qui ouvre sou esprit à la vérité, honore ceux qui font profession de la dire, les reçoit u sa table et les écoute avec une bienveillance parfaite; mais l'âpre historien se contente de nous dire à ce propos qu’on vit alors des gens de mine et de morjle austères, heureux de se faire voir dans les splendeurs de la cour *. Li politique libérale de Néron n’en est pas moins certaine; son

I. Pbilostrate, Vu if Apullon.us de Tyanc, liv IV, c!i xxm. î. N'ec deerant qui, ore vuliuque tristi, inler oblcclamcata reifia speelari cuperent. Tacitk. /tnn,, liv. XIV, cia. xvi.

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projet de régénérer Home par les arts n’en est pas moins glorieux, et la postérité doit reconnaître que ce prince, d’odieuse mémoire, a voulu clore définitivement la période sanglante des haines et des proscriptions, pour engager l’humanité dans une voie tonte d’intelligence et de paix.

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