‹ NéronChapitre 67 sur 205 · Suétoxe. Vie d'Oueave, ch. xliii · texte numérisé non relu

Suétoxe. Vie d'Oueave, ch. xliii

i. Denys d'Halicarnasse, liv. VIII, ch. xitl, para;;. 4.

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portaient une épée au côté, une lance courte à la main : les hommes avaient des casques d’airain ornés d'aigrettes; ainsi vèttjs ils dansaient la Pyrrhique ; chaque troupe était conduite par un chorège qui marquait la cadence.

Des chœurs de Satyres et de Silènes venaient après; les Satyres couverts de peaus.de bouc et coiffés d’aigrettes en poil, les Silènes vêtus de tuniques grossières et velues. Ils parodiaient d’une façon grotesque lc§ danses sérieuses, au son d’une musique adaptée à leurs gestes plaisants et à leurs contorsions. Les dieux s’avancaient les derniers, précédés d’un grand nombre de ministres subalternes employés dans les temples. Les statues étaient portées dans des litières ou sur des chars attelés de quatre chevaux que des enfants nobles conduisaient par la bride. Ces jeupcs écuÿgrs, couronnés d’une branche de chêne ornéede perles, étaient vêtus de robes de pourpre et d’or. Les quatre collèges de pontifes fermaient la marche. Le cortège s’avançait dans les rues jonchées de fleurs, couvertes de»grands voiles, entre les temples et les maisons ornées de teflpres, au milieu des parfums brûlés dans des cassolettes d’argent. *

' Tandis que la pompe triomphale- traverse le Forum et le Velibre, tout un peuple enfermé dans le grand cirque attend avec impatience. De l’Euripe1, qui la sépare de l’arène, à la colonnade qui couronneje monument, la multitude assise sur les gradins de pierre s'agite dans l'immense pourtour; le tonnerre des vociférations gronde dans la vallée Murcia au-dessous du -Palatin calme et dominateur. Le moment est solennel. Tous les regards sont ramenés vers l’arène que la poudre de

1. L' Eu ripe était un canal assez large qui entourait l'arène du grand cirque four mettre les rangs les plus bas des spectateurs, hors de l'atteinte des in unaux.

pierre spêculairc fait briller comme une prairie couverte de neige. Sur celte grande scène et sur ce sol uni, qu'aucun pas, aucune goutte de sang n’ont encore tachés, se développe la pompe triomphale et apparaît enfin la statue d’or de la Victoire aux ailes d'or. Cent cinquante mille spectateurs se lèvent à la fois; ils accueillent avec des cris d'enthousiasme la compagne fidèle de leurs lon^s travaux, la complice séculaire de leur empire.

Aussitôt que la procession sacrée a fait le tour de l’arène, on offre un sacrifice aux dieux, leurs statues sont placées ou sur la Spina, large mur à hauteur d’appui qui sépare l'arène dans sa longueur en deux parties égales, ou dans le Pulvinar, petit temple qui leur est destiné. Les magistrats, les sénateurs et les vestales montant sur la plate-forme qui s’étend au-dessus des carcèrcs. Les jeux vont commencer.

L’édile curule tient une pièce d'étoffe rouge roulée dans sa main. 11 lance vers l’arène ce lambeau de pourpre qui se déploie dans toute sa longueur, comme le jet de sang d’une blessure; c’est le signal. Les trompettes sonnent et quatre chars, renfermés dans les carcères, s’élancent dans l’arène d’un seul mouvement.

La première journée suffisait à peine à la course des cfüai»; les jeux qu’on donnait au peuple duraient parfois trente, quarante, jusqu’à centjours. Impossible (Je décrire avec détails ces divers genres de spectacles, les rivalités des cochers, les courses des sauteurs qui voltigeaient sur plusieurs chevaux, les luttes des athlètes, les combats sanglants des gladiateurs, par couples cl par troupes, à pied cl à cheval. Deux champions s’élancent sur les écailles d’airain de la tortue que trente de leurs compagnons forment au-dessus de leurs tètes en joignant leurs boucliers. Leurs pas font retentir ce terrain mobile et dur tout

composé d'armures, et leur sang arrose bientôt ceux qui ont porté le combat. A ces duels succédaient de vraies batailles et de longs égorgements entre des troupes*dc gladiateurs. Les bestiaires combattaient les animaux féroces; les Thraces à cheval venaient chasser les taureaux sauvages; les éléphants, chargés de tours garnies de soldats, étaient assiégés comme des citadelles. On prodiguait au peuple romain les douleurs et l’agonie, on le rassasiait de sang. De moments en moments

des pigeons enfermés dans des cages étaient rais en liberté: ils s’élevaient dans le ciel à. une grande hauteur, hésitaient un instant pour s’orienter, puis ils partaient comme un trait vers un point de l'horizon. Ils«8Haicnt au delà des mers annoncer au patricien retenu loin de Rome la victoire de son esclave ou de son cheval.

De tous les coins de l’univers les bêtes les plus féroces et les plus grands criminels étaient envoyés dans la ville éternelle pour s'y livrer un dernier combat. L’océan était dépeuplé de ses monstres ainsi que le désert, car la naumachie avait ses batailles navales et ses luttes sanglantes qui ne le cédaient en rien aux horreurs du i^rquc. Ce sont en Orient, dansles sables qui entourent- I-Égypte dans les déserts de la Mauritanie, des Chasses continuelles pour alimenter les viviers. On épuise la nature pour assouvir l’insatiable cruauté des Romains qui, sous un ciel clément, passent au théâtre les plus belles journées

• à voir engorger des hommes et des animaux.

Il est vrai que dans les enlr’actes, pendant qu’Ovide vient

* s’asseoir près d’une belle jeune fille plus curieuse des courses que de sa galanterie1 , et que Martial médite dans un coin une êpigramme qui fera peut-être sourire le sombre Domilien, une

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