I. Ovide. te» Amours, liv. III, Eleg. n
arméo d’esclaves distribue des rafraîchissements aux frais de l’empereur et se répand dans la foule avec des corbeilles pleines de fruits eide pâtisseries. De grands voiles tendus audessus des spectateurs couvrent d’ombre cette multitude. De nombreux tuyaux lancent des eaux parfumées qui retombent en pluie fine et odorante; par intervalles on arrose l'arène pour abattre la poussière, etdansune infinité de petits canaux, pratiqués derrière chaque ligne de gradins, on fait couler des eaux vives qui répandent la fraîcheur. Quelquefois on mettait le comble à la joie populaire par une loterie. L’édile traversait la foule par la précipction du milieu, sorte de couloir qui courait entre les gradinU et, comme un laboureur qui ensemence son champ, il jetait autour de lui, par grandes poignées, de petites boules .qui portaient chacune un numéro. Ceux qui étaient assez adroits ou assez heureux pour saisir une de ces boules, allaient se présenter chez les intendants du prince et le lot correspondant à leur numéro leur était délivré. C’était des meubles, des objets d’art, vases, statues, tableaux; c'était une somme d’argent, un esclave, des armes de prix ; c’était même des maisons et une villa : la fortupe et ses hasards étaient toujours pour quelque chose dans la vie du peuple romain.
Il est donc aisé de comprendre pourquoi les gladiateurs les [dus braves, les athlètes les plus renommés, les cochers et les écuyers les plus habiles, venaientde toutes parts à Rome où les attendaient les plus belles récompenses sur le plus grand théâtre de l’univers. Martial célèbre dans ses vers la force herculéenne de Carpophore, qui a tué vingt bêles féroces dans un seul jour *. Il est vrai que le plus grand nombre des bestiaires
i. Ilerculcæ laudis numcrctur gloria : plus est Dis denas parilcr perdomuissc feras.
Martial. Da S/ieclacle/, ch. ni.
eldes gladiateurs sortaicntde l’arène par la porte de Libiline, déesse des funérailles, traînés morts avec des crocs; et que d’autres étaient portés mourants sous les voûtes du spoliaire où les jeunes apprentis les achevaient. Là quelque épileptique, espérant retrouver la santé, venait boire le sang à ces coupes vivantes1. Ceux que le héraut proclamaient vainqueurs, recevaient des palmes, des couronnes, la liberté, une grosse somme d'argent, et sortaient par la porte triomphale, couverts d'applaudissements.
La société romaine, qui avait commencé par le brigandage et s'était fortifiée par des luttes séculaires au dedans et au dehors, recherchait les égorgements du cirque dont l'horreur était le prolongement de la guerre. Ces combats sanglants résumaient la vie humaine comme la comprenait le peuple-roi: avoir la force de vaincre ou le courage de mourir.
I. Sanguinctn quoque gladiatorum hibuot, ut vivenuLius poculis, comitiales morbi. Pline. Mis/, nat., liv. XXVIII, cli. il.
JEUX SCÉH1QUES. — ART TI1ÉATRAL
Commencements de l'art dramatique à Rome. — Danses des histrions venns de l'Étrurie. — La jeunesse romaine ajoute des vers libres à ces danses.
— Origine des Satires et des Atellanes. — Acteurs de tragédie et de comédie méprisés comme esclaves. — Les Romains inities en 5U à l'art des Orées par l'esclave Andronicus. — Cirque permanent, théâtres provisoires.
— Construction du Théâtre Pompée. — Grands comédiens honorés. — Les auteurs en relation avec les magistrats d'un ordre élevé. — Société des auteurs à Rome. — Son esprit d'indépendance. — Fierté du poète Accius devant César. -—Abaissement de l'art dramatique accommodé auv gotlts des Romains. — Aspect de la scène aussi repoussant que le cirque. — Le théâtre moyen rapide do démoralisation s il n'est bien dirigé.
Après les jeux du cirque où brillaient la force physique, le courage et l'adresse, on célébrait les jeux scéniques consacrés aux exercices de l'esprit. Ces plaisirs, qui depuis plus d'un siècle faisaient la gloire des Grecs et leurs délices, n'avaient aucun attrait pour les Romains. La nécessité seule put les leur imposer et ce fut la peste qui les introduisit dans lenr cité. Rome était ravagée par une épidémie, c’était en l’an 391 de sa fondation. Ni les prières ni les sacrifices n’avaient désarmé la colère des dieux; le fléau ne s’arrêtait pas. Poussés par la superstition, avertis par un oracle, cl n'ayant pas d'antre
moyen pour fléchir la colère céleste, les Romains inventèrent de célébrer des jeux scéniques.
Rien n’était moins en rapport que cesjcux avec le carac- • 1ère d’un peuple guerrier. Il ne connaissait d'autre amusement que les courses de chariots et les combats du cirque. Ni la poésie ni l'action dramatique ne furent pour quelque chose dans ces premiers essais. Des histrions venue de l’Étrurie exécutèrent des danses au son de la flûte avec des poses et des mouvements gracieux à la mode de leur pays'. La jeunesse romaine imita ces danses qui l’avaient charmée. Elles furent son divertissement le plus agréable aux fêtes des champs que les Romains, peuple agriculteur par excellence, célébraient avec passion. Dans la joie d’une riche’ moisson serrée à propos dans les granges, animés par les vapeurs du vin, ils improvisaient des vers libres ’ ; ils s’abandonnaient à leur franche inspiration, essais rustiques où les gestes grotesques, les poses lascives et les railleries grossières se mêlaient avec plus d'entrain que de goût. Ces premiers rudiments de poésie furent appelés vers fescennins 1 * 3 . •
Les danses étrusques, ainsi accommodées à la romaine, constituèrent les Satires et les Alellancs; ces prodigieuses bouffonneries devinrent un amusement national. Rome les préféra toujours à la tragédie et û la comédie qui étaient d’origine grecque. Dans les entr’actes des grandes pièées jouées par les comédiens de profession, presque toujours esclaves et méprisés comme tels, les citoyens libres se réservaient le droit do venir