Pline. Histoire nalur., liv. XIX, ch. xxxui
2. Nero (guoniam ila diis pla?uil), princeps, lamina pcclori iinposila. sub ea cantica exclamans, alendis vocibus dcmonslravit ralionem. Pline. Histoire nat., liv. XXXIV, ch. L.
puis en ordonnant qu'on épargnât la vie de tGUs les gladiateurs qui combattraient dans son amphithéâtre du Champ-de- *
Mars. Le voici qui s’éloigne pour la troisième fois du cirque et de scs égorgements, tant la vue du sang lui fait horreur. Il célébra les jeux de la jeunesse dans les bois de César, sur la naumachie d’Auguste, aux pieds du Janicule. Les chants et les danses, les récitations et les comédies furent les seuls amusements de la fête : il est probable que la férocité romaine en murmura. Ce qui n’est pas douteux, c’est que parmi les historiens, les philosophes et les lettrés du temps qui reprochent à Néron de s'ôtre prostitué sur la scène, pas un ne rend justiceà son humanité. On dirait que les princes doivent partager les passions mauvaises et les goûts dépravés des peuples, pour s'assurer une grande popularité.
Néron parut enfin sur la scène, entouré de sa maison, suivi de ses ministres, escorté des prétoriens. Il chanta devant un public d’élite, en s'accompagnant de la harpe, des morceaux travaillés avec soin. À ses côtés Burrhus et Sénèque donnaient, en agitant leur toge, le signal des applaudissements. Les Augpstaux et les amis du prince y répondaient par des acclamations enthousiastes; Néron obtint un véritable succès et nous sommes autorisés à le croire, pour celle bonne raison que tontes les assemblées sont peuple et qu’elles s'abandonnent à leurs impressions.
. Néron avait choisi ses invités dans toutes les classes; de grandes salles et des boutiques construites dans le bois d'Auguste, autour de la naumachie, offraient tout ce que le luxe a de plus attrayant; on distribuait de l’argent à chacun pour acheter les objets qui étaient le plus à son gré. Ce mélange de toutes les classes fui un scandale et occasionna de grands désordres, au dire de Tacite, dont la fierté patricienne est blessée.
Les amis des bonnes mœurs et de l'austérité républicaine, gémirent de voir des magistrats, des chevaliers rivaliser avec dîs pantomimes; des femmes de distinction et des sénateurs, chanter dans les chœurs quand ils étaient incapables de jouer un rôle. Une vieille matrone de quatre-vingts ans, osa se montrer cl danser sur la scène. On peut le déplorer, niais rendre le seul Néron responsable deccs misères, c'est oublier que depuis longtemps les vertus romaines avaient disparu et qu’à cette époque de décadence les amusements préparés par cet empereur de vingt ans, furent acceptés avec plus d’empressement encore qu'ils n’étaient offerts.
Dion Cassius, que l’honnête Grevier nomme quelque part l’éternel calomniateur des Romains, nous donne, à propos de la fêle célébrée dans Te bois d'Auguste, des détails tels qu’on doit les reproduire pour le convaincre de partialité. Au dire de cet historien, ce fut à l’occasion de la mort d’Agrippine que Néron donna ces jeux, lui qui redoutait et repoussait ce terrible souvenir. On vit alors un éléphant extraordinaire monter dans les combles de l’amphithéâtre et de là, sur un câble qu’on avait tendu, se risquer et courir en portant son cornac. Les plus grands noms de Rome, s’il faut en croire l’historien grec, lurent alors traînés dans l’arène par la volonté du prince ou du consentement de ceux qui ies portaient. Là se trouvaient en même temps les représentants des peuples vaincus, qui voyaient avec joie, réduits à cette humiliation, les petits-fils des consuls quiavaientdôlruitleurnalionalité. C’étaient lesFurius, les Fabius, les Porcius, dégradés dans la personne de leurs descendants: Voici, disaient les Macédoniens, un petit-fils de Paul-Emile; voici un Mommius, (lisaient les Grecs. Les Siciliens montraient du doigt un Appius, les Épiroles un Appius, les Asiatiques un Lucius, les Carthaginois un Africain. A
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merveille I ceci ferait très-bien dans nn roman ; mais l'histoire ne comporte pas une si belle symétrie*.
Dion poursuit et s’abandonne à son imagination : Il nous raconte quc'Néron força les premiers du Sénat à ligurerdans les chœurs pendant les Juvenales. Iis espéraient du moins rester inconnus à la faveur du masque, mais voilà que ce public d’élite reçu par César, manifeste le désir de les connaître et devient aussi exigeant que la populace du cirque. Sur sa demande, Néron va sans ménagement arracher le masque de tous ces visages. On ne faisait subir un pareil outrage qu’aux histrions de condition servile quand on voulait les punir d’avoir mal joué leur rOle.Ces malheureux patriciens, ainsi livrés à la risée publique regrettent de n’avoir pas subi le sort de leurs amis. Ces amis sont quelques sénateurs que Néron a fait lapider par les prétoriens parce qu’ils refusaient de concourir à ses jeux. Ceci est un mensonge grossier. L’historien ajoute que Néron, pour couronner la fête, donne au peuple un grand festin et monte sur une galère dans la naumachic d’Auguste; il passe de la naumachie dans un grand canal creusé au travers d’un quartier de Rome pour joindre le théâtre au fleuve, puis il traverse le Tibre cl rentre au Palatin.
Quand on invente avec cette largeur, on devrait ne pas négliger la vraisemblance. Tacite et Suétone, si malintentionnés contre les Césars, ne disent rien des faits que Dion nous raconte, ni du grand canal creusé, ni de quelques sénateurs écrasés sous un tas de pierres. Or, des événements de celte étrangeté et de cette importance, n’ont pas pu être omis dans l’histoire d’un règne vide de faits, par des écrivains haineux jusqu’à l’injustice et exacts jusqu'à la minutie.