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De là, comme d'un point élevé, surveillant les provinces de l’Empire romain, il envoyait ses disciples avec le flambeau divin vers les nations qui marchaient dans les ténèbres, et bientôt il put voir les mille feux de la lumière céleste s’allumer à la fois dans la nuit du paganisme.
Les traces diverses et les nombreux souvenirs de ces trois voyages, conservés dans les écrits des Pères et dans la tradition des Églises, sont cause de la difficulté qu’on éprouve à préciser quelle voie Pierre a suivie en venant à Rome pour la première fois. Pise et Naples se disputaient l’honneur de l’avoir reçu à son arrivée d'Orient. La méditation des grandes vérités chrétiennes est, sans doute, préférable à ces recherches inutiles, et peut-être faudrait-il subir comme une leçon l’impossibilité où nous sommes de satisfaire une vaine curiosité. Après mûre réflexion, il paraît vraisemblable que, dans son impatience d’arriver à Rome, Pierre n’a pas quitté la voie de mer. R est entré dans le port d'Ostie et il a remonté le Tfbre. Le souvenir de ses premières années l’a peut-être conduit vers les pêcheurs qui approvisionnaient les marchés de Rome. II n’a pas dédaigné de les aider dans leurs travaux, car il vivait du travail de ses mains, et peut-être a-t-il renouvelé dans les eaux du fleuve la pèche miraculeuse du lac de Génésareth.
On se le représente entrant dans la cité des Césars, porté sur une méchante barque, et perdu dans le grand mouvement du commerce établi sur ces deux larges voies qui, à droite et à gauche du Tibre, facilitaient les communications entre Rome et la mer. Les jardins, les palais, les ateliers et les temples, les magasins et les villas, les fermes et les villages s’élevaient en si grand nombre et si rapprochés, principalement sur la rive gauche du fleuve, que Rome paraissait s’étendre jusqu’au port d’Ostie.
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En arrivant prés des jardins de Servilius, là où l'Almon se perd dans le Tibre , Pierre vit se développer devant lui -les splendeurs de la ville éternelle. A sa droite, les chantiers de construction, les magasins immenses, les entrepôts de Ybnporiurn, et au-dessus les temples et les monuments qui couronnaient l’Aventin; à gauche, les jardins et le grand bois de César, dominés par la forteresse du Janicule. Les pêcheurs remontèrent le fleuve juqu’au Vélabre, à la hauteur du marché aux poissons, où le voyageur mystérieux les quitta.
Ce sont là des probabilités plus ou moins acceptables. De notre ignorance sur ce point précis et restreint, on a conclu * que les voyages de Pierre en Italie étaient douteux, on a osé dire qu’il n’était jamais entré dans Rome. Ainsi le témoignage de toute l’antiquité chrétienne est non avenu, ainsi l'existence de l’œuvre ne prouve pas celle de l’ouvrier; on ne discute pas de telles assertions. Exiger qu’un homme agissant dans un ordre de faits tout divins, procède avec des apparences et des façons purement humaines, c'est une grande erreur. L’arrivée de Pierre à Rome ne doit avoir rien de commun avec l’entrée d’Alexandre à Babylone. Ce Juif, qui travaille humblement et sans bruit, n'a d’autre préoccupation que d’obéir à Dieu, le grand spectateur de notre petit monde. Par cet oubli de la gloire si contraire aux prétentions des conquérants, il a une grandeur morale qui étend démesurément la portée de ses actions et qui projette dans l’infini le résultat de scs travaux.
Rien de commun dans la conduite de cet homme modeste avec la fière altitude de ceux qui marchent au son des trompelLes; de ces derniers, le nom est grand, l’œuvre est petite et passagère ; dans la destinée de l’apôtre, au contraire, l’œuvre est immortelle, gigantesque et plus éclatante que le nom.
Pierre alla s’établir dans le quartier des Juifs, entre le Jani-
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cule et le Vatican. Scs disciples l’y suivirent ainsi que les saintes femmes de sa famille et d'autres encore, compagnes de son apostolat. Toutes lui étaient d’un grand secours dans l’exercice de son ministère1; au nombre des premiers coopéraleurs venus d’Orient avec Pierre, on mentionne Rufus évêque de Gapoue, Pancrace évêque de Termina, Marcien évêque de Syracuse, Appolinairc à qui l’apôtre confia l’Église de Ravcnne, et Martial qu’il envoya dans les Gaules. Martial était, dit-on, l’enfant désigné à J. -G. par un de ses apôtres, lui disant : Il y a là un enfant qui a cinq pains d’orge et deux poissons*. Mais quand on réfléchit à l’existence séculaire de toutes ces Églises de l’Occident, qui, dans les Gaules, dans les Espagncs, en Afrique et en Italie, ont supporté des persécutions, élevé des temples où sont conservés les restes de leurs fondateurs, supporté l’épreuve des révolutions et le poids du temps, et qui, chaque année dans un jour solennel, protestent, et proclament que Pierre les a instituées lui-môme ou par ses disciples envoyés de Rome, on reste saisi de respect devant l’unanimité du ces témoignages imposants.
Pierre vint à Rome, cette première fois, pour s’opposer à Simon le Magicien. Il vit alors le savant docteur juif Philon, et saint Jean Ghrysoslômc assure qu’ils se lièrent d’une étroite amitié : ce fut comme le prélude de la protection spéciale que les papes ont toujours accordée aux Israélites. Pierre se mil aussi en rapport avec les Orientaux établis sur l’Esquilin et sur le Viminal. C’est là qu’il connut et convertit à la religion nouvelle le sénateur Pudcns, Claudia sa femme, et toute sa famille. Le sénateur offrit à Pierre l’hospitalité dans sa maison et Pierre l’accepta, soit pour s’èloiguer des Juifs, dont les plus