L.CCIEX. Mort de Peregriii us, ch. lxviii, J
rie chrétienne un long enchantement. Le bonheur d’espérer, de ne plus haïr, d'aimer et d'ajouter l'immortalité à tous les nobles sentiments faisait passer des visions divines devant leurs yeux. LA s'ouvraient, pour ces esprits purifiés, des perspectives inattendues dans les profondeurs de l'infini. Leurs âmes s’abandonnaient aux premières émotionsde la fraternité humaine, aux ravissements de l'extase, aux enivrements mystiques de l'amour. dé Dieu, passion Nouvelle aux cœurs des hommes jusqu'alors tremblants sous un ciel irrité. Au moment où tous les déshérités de la famille humaine rentraient en possession de leurs droits, quei spectacle que cette vie commune toute de nobles sentiments et de généreuses émotions ! quel charme d’étudier celle rénovation sociale et do voir dans les altitudes èt dans le langage les premières lueurs de la beauté idéale qu’allait revêtir l’humanité I Les diacres et les diaconesses furent institués à Home comme à Jérusalem, pour instruire les néophytes et assister les malheureux. C’était comme une légion armée contre la misère et contre la douleur qui s’engageait chaque jour dans la mêlée furieuse de la vie païenne. Ils allaient secourir des inconnus. Dans le choix des personnes chargées de ces emplois toutd'humanilé^on tenait grand compte de la condition, du sexe et de l’âge pour rendre leur intervention plus douce aux malheureux. Les diaconesses étaient envoyées vers les jeunes filles ; les enfants, recueillis avec soin, étaient confiés aux vierges consacrées, qu’attirait celte maternité sans hymen ; les jeunes diacres servaient les infirmes et les vieillards; la vérité se faisait belle et la charité devenait séduisante pour les charmer. Grâce aux préceptes de la loi nouvelle, qui ordonnait de proportionner le secours à la détresse et les consolations aux douleurs, les plus misérables étaient le plus recherchés, et de tout cet
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immonde rebut de la société païenne, l'Église faisait son plus cher trésor; la richesse de saint Laurent.
Dès le commencement de la République on avait divisé chaque tribu en plusieurs curies, on en comptait dix par tribu. Elles avaient des édifices particuliers destinés au culte et à la célébration des soleranités religieuses; les habitants du quartier étaient tenus d’assister à ces fêles et d'honorer les dieux de la curie. Les prêtres qqj desservaient ces paroisses païennes se nommaient curions, d’où nous avons fait nos cures et nos curés. A côté de ce culte spécial étaient lés temples des grands dieux protecteurs de Rome, et que tout le peuple adorait aux grands jours.
Pierre et ses coadjuteurs acceptèrent cette organisation : ils choisirent dans les divers quartiers de Rome des lieux de réunion destinés à la célébration des saints mystères et aux repas de charité. La curie romaine avait aussi ses repas solennels institués par Romulus pour maintenir l’union et qu’on nommait Charistia. Ainsi l'Église s'accommodait partout aux usages et aux mœurs des peuples, acceptant de leur organisation civile et religieuse tout ce qui ne blessait point la vérité. A Rome comme à Jérusalem elle conservait tout ce qui devait rendre facile le passage de l’ancien au nouveau culte; elle se substituait à l’erreur, sans brusque changement et sans révolution, elle pénétrait partout insensiblement comme la lumière et la vie sans trop modifier l'apparence des choses, et ces détails avaient sans doute bien peu d'importance quand elle renouvelait l’esprit et l’âme de l’humanité.
Ce fut pendant le premier séjour de Pierre à Rome que Marc, son disciple, écrivit son Évangile. Parmi les nouveaux convertis, quelques-uns, affligés des absences fréquentes de Pierre, prièrent Marc de renfermer dans un document le té-
moignagc et l'enseignement de son maître. Il céda à leurs instances, et son Évangile, écrit conformément à la doctrine de Pierre, émane de son autorité souveraine dans la forme simple et précise qui caractérise le prince des apôtres. Le côté merveilleux de cette histoire, c'est qu'elle semble composée pour mettre en lumière les fautes et les défaillances de Pierre qui l'inspire. Rien n'y est raconté plus au long que son reniement et ses faiblesses. Cette loyauté d'historien dans Marc l’évangéliste, et l'affection de Pierre pour le juif Philon, sont les effets d’une vertu exceptionnelle que nous ne retrouvons pas ailleurs.
Philon était venu à Rome plaider devant César la cause des Juifs d’Alexandrie. Quand il revint en Orient, Pierre fit partir avec lui Marc, son disciple, qu’il envoyait en Égypte fonder l'Église d’Alexandrie. Cette Église fut aussitôt avec Jérusalem et Antioche, un des grands sièges de l'Orient *,
L’hérésie de Simon le Magicien avait, comme on l'a dit, attiré le grand apôtre en Italie. Le soin de préserver l’Église de cette mauvaise influence dut le ramener à Rome et l’y retenir. Il avait déjà rencontré l’hérésiarque en Orient, dans
i. On s'explique difficilement dans le système de nos frères schismatiques et protestants, comment les grands sièges de Jérusalem, d'Antioche, d’ Alexandrie et de Home, reçurent de Pierre, leur fondateur, une suprématie qu'il n'avait pas lui-mème. On devrait se demander pourquoi Paul, Jean, Matthieu, aussi grands que Pierre par la doctrine et plus recommandables peut-être par le génie, ne donnèrent pas aux Églises fondées par eux une importance égale aux prérogatives des chaires instituées par Pierre. Si on veut enfin justement apprécier l'autorité et l'assurance avec lesquelles saint Léon réprima plus tard les prétentions de l’Église de Constantinople, irrégulièrement manifestées au quatrième concile de Calcédoine, rien ne paraîtra plus évident que la divine puissance du souverain-pontife. Il fallait que le monde chrétien fut aussi convaincu de la suprématie du pape que 3ainl Léon luimême, pour qu'un prélat ambitieux subit une décision qui s'opposait à la fois aux volontés de l'empereur, à l'avis des pères du concile, à l'esprit envieux des Grecs, éternels ennemis du génie latin.
la ville de Samarje. Simon, étonné des progrèsde la religion nouvelle, embrassa d'abord le christianisme; mais bientôt, égaré par l'ambition et voyant les prodiges accomplis par Philippe, un des sept diacres, il inventa le crime qui a gardé son nom, en offrant de l'argent pour obtenir les dons du Saint- Esprit par l’imposition des mains. Pierre l’ayant repoussé avec horreur, Simon, blessé dans son orgueil, résolut de disputer à l'apôtre l’empire des âmes. Cet homme, qui est l'aïeul et comme le patriarche dé toùs les hérésiarques, comprit que le genre humain allait devenir chrétien. !l voulut être le chef de celle révolution religieuse et il courut à Rome pour y établir son autorité.
C’est aux intrigues de Simon, ainsi qu’à la haine des Juifs, qu’il faut attribuer la première persécution dont les chrétiens furent l’objet pendant le règne de Claude. Les chréliens et les Juifs sont réunis dans une même appellation par les historiens latins qui les méprisent trop pour les connaître assfiz. Certains quartiers do Rome furent troublés par des querelles et des séditions, dont les magistrats durent s'émouvoir. Entre les Juifs et les disciples de Pierre sfagilait la question de savoir si ce Jésus qu'on avait crucifié était le Messie attendu par les nations. Claude, qui fut instruit de ce tumulte, condamna les perturbateurs à sortir de Rome. A celle occasion, les chrétiens, Juifs de nation, furent recherchés pour être expulsés de la ville. Claude et ses ministres ne semblent pas s'être fort inquiétés de savoir quel était le sujet de la querelle, ni d'établir une distinction entre les séditieux. L’ignorance et le dédain du gouvernement impérial se retrouvent dans Siiélone qui note, en passant, la mesure rigoureuse dont leschrétiens furent l'objet.
« Claude, dit-il, chassa de Rome les Juifs qui, par l'impui- » sion de Chrest, excitaient des tumultes. » Ainsi, Suétone
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lui-même, cet historien précis, exact et minutieux, ne distingue pas les Juifs des chrétiens et aLtèrc le nom de Jésus- Christ. Il parle même du Dieu nouveau comme s’il était là, dans Borne, excitant lui-même le tumulte, erreur qu'il faut attribuer, soit à son ignorance des faits, soit à une fausse interprétation du dogme do la présence réelle.
Cette croyance en la présence réelle de la divinité fut toujours le fondement des religions et comme la condition nécessaire de tous les cultes. Si les philosophes ont éloigné autant qu'il leur a été possible les hommes de l’être suprême relégué dans les profondeurs du ciel, les grands peuples et leurs législateurs ont partout obéi à l’instinct naturel qui nous pousse a nous rapprocher du père commun. Les païens regardaient les statues des dieux comme les dieux eux-mêmes ; ils les en» chaînaient au besoin ; ils les faisaient asseoir à des festins. Les dieux se cachaient dans leurs sanctuaires sous la formo d'un serpent ou de tout autre animal, tant le besoin est violent pour I humaine nature d'habiter avec l’être supérieur qui est son principe et sa fin. Il ne faut donc pas s’étonner que la présence réelle soit le grand mystère et le fait principal du christianisme, qui est la religion par excellence, et que cette présence soit constatée dès l’origine môme par ses ennemis. Nous retrouvons l'expression de cette vérité dans les invectives des païens reproduites par Minucius Félix. « Le pouvoir de ce Dieu est si * peu de chose, ditCécilius en parlant de Jésus-Christ, qu’il i > est maintenant captif des Romains avec tous ses peuples', • Suétone ne parle pas autrement; et Suidas nous représenta Néron cherchant à découvrir parmi les chrétiens qui l’entourent quel pourrait bien être le Christ*.
I SJivi'CiDs Félix, Irait, de Perrot d'Ablancourl. Paris, 1660, p. il.
î. Sum.K. Iliilm ùr. verbo Néron.
Pierre s’éloigna pour fuir la persécution et continuer ses longs voyages à travers l’empire. Il allait d’Oricnt en Occident revoir les églises qu’il avait fondées, opérer de nouvelles conversions, et pousser ses conquêtes jusque chez les barbares. Quels travaux a dû s’imposer pendant les vingt-quatre ans de son apostolat ce rude ouvrier, cet homme du peuple simple et sublime, maintenu dans son héroïsme par le doux souvenir de Jésus! Les chrétiens do Rome, sortis de la gentilité pour entrer dans l’Église, se bornèrent alors à mettre plus de secret dans leurs réunions. La célébration des saints mystères, les assemblées nombreuses, les funérailles, furent dérobées aux regards des païens. Le peuple nouveau chercha le silence et la nuit des catacombes et les grottes abandonnées du Vatican lui furent d'abord un asile assuré.
Une sorte do terreur religieuse éloignait les Romains de cette colline où la maladie décima plus tard les soldats de Vilellius campés dans ces lieux malsains1. Sous le règne de Claude, un serpent énorme s'était caché dans cette caverne, et l'on trouva, quand il fut tué, le corps entier d'un enfant dans le ventre du monstre *. L’entrée du souterrain était peut-être ombragée par le grand chêne dont Pline nous a conservé le souvenir; on le disait plus ancien que Rome; une inscription gravée sur une plaque d’airain en caractères étrusques attestait que l’arbre séculaire était de temps immémorial un objet de vénération1. Les chants et l’inspiration des prêtres qui rendaient là des oracles avaient fait donner à cette colline déserte le nom de Vatican, vatis cantas *. Ainsi par une de ces coïncidences qu’on