Épilre de Paul aur Plùlippiens, ch. iv, venol
est bien difficile à prouver, le doute et la foi ont ouvert un débat qui dure encore. Il est certain que les soldats et les gens du prétoire eurent à se préoccuper de leur prisonnier, que celui-ci leur prêcha sa doctrine, et que Burrhus, ayant à.juger son appel à César, dut en connaître et arrêter son attention sur ce point. Saint Paul nous avertit lui-même qu’il eut toute liberté pour professer la doctrine nouvelle, et que ceux qui l’entouraient suivirent son exemple, les uns par conviction, les autres par malice pour aggraver ses chaînes.
11 est aisé de reconnaître dans ces derniers les Juifs, intéressés à faire ressortir ce que les vérités chrétiennes avalent de repoussant pour les païens. Ils comptaient provoquer ainsi la condamnation de Paul et justifier leurs frères de Jérusalem qui l’avaient persécuté. Qu’importe? s’écriait-il avec joie, pourvu que de toute façon, soit par hasard, soit avec intention, le nom de Jésus-Christ soit annoncé.
Quant aux relations d’amitié et à la correspondance épistolaire qui auraient existé entre Paul et Sénèque, bien que cette question soit encore agitée de nos jours, l’Église n’a jamais admis ces épîtres dans les livres canoniques; le? Pères et les écrivains ecclésiastiques ne les ont jamais acceptées.
A l’avènement du christianisme, l’indépendance de l'esprit humain dut s’exercer en sens divers : les uns, y voyant la vérité, se soumirent et lui furent dévoués jusqu’à la mort; les autres le combattirent énergiquement comme un ennemi; d’autres enfin, les beaux-esprits, l’acceptèrent comme une doctrine philosophique digne d’être étudiée et classée parmi les systèmes. De ce nombre, furent, sans doute, Épictète et Sénèque; Épictète surtout qui, vers ce môme temps, esclave inconnu d’Épaphrodite, secrétaire de Néron, était en position de goûter les maximes d’humanité qui faisaient tout le fonds de
la religion nouvelle. On retrouve, en effet, dans ces deux auteurs, des préceptes, des sentiments et jusqu’à des expressions qui n’existaient pas dans le langage philosophique avant l'apparition du christianisme.
Il est donc impossible de prétendre que toutes les écoles de morale et toutes les religions ayant attiré l’attention des philosophes et agité la pensée humaine, la plus grande de ces révolutions, celle qui a modifié la société jusque dans ses profondeurs, soit passée inaperçue, quand elle était si fièrement annoncée par Paul et si énergiquement pratiquée.
On reconnaît jusque dans les œuvres des savants et des poètes les plus inaccessibles à l’influence de la doctrine nouvelle, les premières traces du travail secret qui transformait les esprits et les cœurs. Martial se plaint amèrement, il est contrarié dans ses plaisirs, un ennemi secret est venu troubler on foyer domestique. Admis aux petits soupers du lugubre Domitien*, familiarisé avec tous les vices de son temps5, il humilie sa femme par des préférences coupables; il la néglige et lui dit adieu : Domitien lui avait accordé le privilège des trois enfants. Plus tard, il revient à sa femme; mais la pureté du lit conjugal lui est insipide : c’est une courtisane et non pas une épouse qu’il lui faut. Que de reproches injustes et que d'injures! quel beau latin, et que de grossières pensées 1 on se sépare enfin. Trente-cinq ans après, nous retrouvons Martial dans son pays; calmé par la vieillesse, purifié par les champs, ému de son bonheur, il préfère aux jardins d'Alcinoiis, que lui olTrirail Nausicaa elle-même, les eaux vives et le verger, la tour blanche et les colombes, les viviers et les champs,