‹ NéronChapitre 95 sur 205 · Tacite. Ht. XIII, ch. xxxit · texte numérisé non relu

Tacite. Ht. XIII, ch. xxxit

après tant de crimes, traînant dans les splendeurs du Palatin le pressentiment de sa mort prochaine. Il est permis de concevoir pour elle une espérance, en songeant que Poppée, protectrice avouée des Juifs, comme la reconnaissance de Josèphe le prouve, favorisait peut-être les ennemis des chrétiens, pour s’opposer en toute chose à cette malheureuse Octavie dont elle convoitait les honneurs.

Les nobles caractères et les grands esprits de la société païenne se réfugièrent dans le nouvel asile de la religion chrétienne avec d’autant plus de joie qu’étrangers aux prospérités de l’empire, ils n'avaient autour d’eux rien qui pût captiver leur cœur. La résignation est plus facile aujourd’hui : notre croyance dans la vie future amoindrit l'importance des choses humaines, revers ou prospérités; mais alors que les plus grands génies doutaient, comme Tacite, de l’immortalité de l’âme ou s'arrêtaient au matérialisme de Pline l’Ancien, qui perdait le présent avait tout perdu : de là cette avidité implacable et cette rage désespérée avec lesquelles on se disputait les honneurs, les richesses et le pouvoir. Dans cette lutte les plus indignes étaient les plus heureux ; mais, en infligeant à tous les proscrits les rigueurs d'un siècle de fer, le dieu des chrétiens sut les réduire à la douce nécessité de se jeter dans ses bras.

Page 1