‹ NéronChapitre 97 sur 205 · Tàcitï. j4nn.,liv. XIV, ch. lvii · texte numérisé non relu

Tàcitï. j4nn.,liv. XIV, ch. lvii

patriciens à César et de César à ses victimes. Un des affranchis de Plantas gagna de vitesse le centurion chargé d’exécuter la sentence. Ses amis de Rome conseillaient à Plaulus de se défendre avec courage. Déjà le bruit courait par la ville qu’il allait se réfugier auprès de Corbulon; son beau-père lui avait écrit pour l’exhorter à chercher dans la guerre civile une voie de salut.

Mais toutes ces excitations furent inutiles. Il y avait dans la puissance des Césars une sombre et fatale majesté qui pétrifiait les victimes: l'obéissance de l’univers pesait sur elles de tout son poids. Plautus, qui avait le courage de mourir, n’eut pas la force de se révolter. On le tua sous les yeux de Pélagon, l’eunuque de l’empereur qu’on avait envoyé pour présider à l’exécution. Quand la tète de Plautus fut apportée à César, il la regarda avec une sorte d’étonnement : « Quel nez! s’écria-t-il ; je ne savais pas qu’il eût un si beau nez! » Voilà l’homme nouveau, tel que l’ont fait la dépravation de Tigellin et les artifices de Poppée, secondés puissamment par la défection de Sénôque et le stoïcisme de Thraséas. Thrasêas n’aura plus à déjouer les plans combinés par Néron, pour faire briller sa clémence; désormais César sera tout à l’orgueil, à la haine, à la débauche, à l’implacable dédain de sa puérile bonté.

Tacite ne dit rien de l’atroce plaisanterie que Dion Cassius attribue à Néron quand on lui présenta la tète de Plaulus; d'après le grand historien, voici les paroles que Néron aurait prononcées : « Maintenant qui empêche César, libre de toute » crainte, de répudier Octavie malgré sa vertu, et de célébrer » son mariage avec Poppée? »

On peut conclure de ces paroles, que Néron avait soupçonné dans Plautus et dans Sylla, l'intention d’épouser Octavie s’il la répudiait et d’acquérir ainsi de nouveaux droits à l’empire.

Néron, délivré de celle crainte par la mort de ces deux prétendants, eut grandement raison de compter sur la patience et sur les respects du sénat. Celle illustre compagnie poussa la condescendance jusque au ridicule. Elle répondit à la lettre de Néron, qui lui dénonçait les complots de Plautus et de Sylla, par un arrêt où le sénat rendait grâce aux dieux et chassait de son sein ces deux grands coupables, que Néron avait déjà chassés de la vie.

Rien n’est comparable à la facilité qu'a César pour faire exécuter une sentence de mort. Sur un ordre, sur un signe de lui, soixante soldats, pris au hasard, vont annoncer au chef d’une grande famille qu’il doit mourir. Le condamné livre sa tête, le sénat approuve et Rome se tait. Quel crime a donc commis Sylla? Quel crime Plautus? on l'ignore. Ils sont coupables puisque César les a condamnés.

Ce pouvoir exorbitant de vie et de mort, déjà si terrible sous la tente, quand le consul décimait ses soldats, était monstrueuxquandils’exerçaitunedansvilleen paix. Fussent-ilsmille fois coupables, les hommes exécutés sans qu’on les juge deviennent innocents; mais que dire de ces têtes coupées, souvenir des proscriptions, trophées de la haine offerts à César! Il fallait donc les préparer pour les apporter de Marseille et du fond de l’Asie; il fallait les remplir d’aromates pour empêcher la putréfaction, les accommoder et les peindre pour conserver la ressemblance et une certaine image de la vie! Y a-t-il quelque vraisemblance à ces horreurs? Et ne vaut-il pas mieux s’arrêter à ce passage de Tacite, quand il nous assure que Néron, moins cruel que Domitien, ordonnait des supplices, mais qu’il détournait les regards *.

i. Nero tamen subira* il oculos, jussii sellera non speclavit. Tacit.:. Fi/ d’Agritola, ch. ilv.

Page 1