‹ Néron [microform]Chapitre 3 sur 9 · II. — LA PHILOSOPHIE. — SÉNÈQUE · texte numérisé non relu

II. — LA PHILOSOPHIE. — SÉNÈQUE

J^hésite en parlant de Sénèque. Je vous ai trahi l'autre jour quelques faiblesses de ce philosophe ; et , sans doute , ce fils d'un rhéteur espagnol , élevé au milieu de l'emphase paternelle et de la corruption de Rome sous Tibère ; ce parleur à la mode, qui essaye de tout, plaidoyers, poèmes, dialogues; ce confident d'Agrippine , panégyriste officiel de Claude , précepteur et faiseur de discours de Néron , enrichi par son terrible élève , ne se présente pas dans l'histoire avec l'aspect presque mythologique d'un Pythagore, ni même (quoique Platon n'ait pas été sans faiblesses) avec l'aspect grave et antique d'un Platon. Ce n'est pas une vertu dégagée de toute concession aux petitesses humaines. Il faut songer en quel monde il vécut et quelle place il tint en ce monde.

Ses ennemis lui disent : « Pourquoi la vie est-elle si inférieure à tes discours? Pourquoi celte villa si ornée, ces repas que la philosophie ne rè^le

LES CÉSABS.

point, ce vin plus vieux que loi, ce patrimoine dune riche famille suspendu aux oreilles de ta femme? C'est un art que de te servir à table ; il y a chez toi une science pour disposer ton argenlerie sur les buffets, un talent pour dresser. Tu as un écuyer tranchant passé maître. « Sénèciue lui-même fournit à ses ennemis tous ces reproches . . Ajoutez encore , leur dit-il, des biens dont je ne sais pas le compte, des esclavesqueje ne connais pas tous. « Et il répond avec une modestie rare chez les anciens , et que j'estime au-dessus de la pauvreté orgueilleuse de plusieurs: « Je ne suis pas un sage; que votre jalousie soit contente, je ne le serai jamais. Je ne prétends pas être égal aux meilleurs d'entre les hommes j je tâche de valoir mieux que les pires. Je me contente de retrancher chaque jour quelque chose de mes vices, de reprendre chaque jour quelqu'une de mes erreurs. Je me sens encore profondément enfoncé dans le mal... Je fais l'éloge de la vertu et non de moi. Quand j'attaque les vices , j'attaque les miens tout les premiers (1)... »

L'homme qui parlait ainsi eut le mérite de chercher le bien sans parti pris. La plaie sociale était grave. Élait-ce aux atomes crochus de Démocrite que le philosophe en demanderait le remède? les nombres de Pythagorelui viendraientils en secours? s'occuperail-il , avec les stoïciens , à prouver à son siècle que la vertu est un animal , et que , quand un Iipmme est écrasé sous une pierre , son âme est si gênée qu'elle ne peut sortir? La métaphysique des Grecs, et en général toute la partie dogmatique de leur philosophie était ou trop incertaine , ou trop spéculative, jeu d'école , vaine escrimede la pensée, d'où le monde malade n'avait à espérer aucun remède. Or Sénèque,en cela plus clairvoyant que bien des modernes, mit le doigt sur la plaie, sentit que l'intelligence humaine avait donné tout ce qu'elle pouvait, que le mal et le remède étaient dant le cœur de l'homme , qu'il ne fallait refaire ni la métaphysique ni la politique ,

mais la morale.

11 entre dans cette voie sans esprit de secte , attaché au stoïcisme , qui , de toutes les doctrines grecques , avait conservé la morale la plus pure et la plus efficace , et , depuis deux siècles environ, sous Panaetius et Posidonius , s'était tourné vers l'enseignement des devoirs; mais ne jurant pas sur la parole du maître , citant sans cesse Épicure et le cynique Démétrius ; combattant l'absurde métaphysique des stoïciens , leur fatalisme et la matérialité de leurs

dogmes.

On prétend qu'il connut saint Paul , qu'il lui écrivit. Je ne veux ni soutenir ni rejeter cette tradition : un rare et surtout un singulier génie de notre siècle (2), qui abuse parfois de la vérité qu'il possède, a discuté celte question, et n'a pas voulu avoir raison jusqu'à l'hyperbole. Ce qui me semble évident , c'est que Sénèque, esprit curieux et bien placé pour tout connaître, n'ignora pas entièrement le christianisme , qui se développait dans Rome , qui avait franchement parlé sur toutes les places publiques de la Grèce, devant tous les préteurs, et entre autres à Corinthe devant son frère Gallion ; le christianisme, dont l'apôtre avait deux fois paru devant Néron , que les contradictions qu'il

(1)D« ntà heatâ, 17.

(2) De Matstrc, Sûh'ées de Saml-Péienbourt/, ji.e cuir.

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rencontrait commençaient à faire saillir (1). Il ne le connut pas dans son entier et n'en sut pas le mot suprême, ce n'est que trop clair ; mais des idées sur la Divinité plus pures et mieux arrêtées que celles mêmes de Platon , une foule dénotions empreintes de l'esprit chrétien, de nombreux passages qui ne sont qu'une traduction plus élégante du texte grec des Écritures , parfois même remploi du style évangélique , prouvent évidemment qu'il avait compris quelque chose du langage de « cette immense muUiiude d'hommes (2), » dont Néron faisait des torches pour éclairer ses jardins.

Sénèque n'admet plus le dieu aveugle, impuissant, corporel, des stoïciens. « Appelez-la destin, nature, fortune, providence; il y a une volonté supérieure, incorporelle, indépendante, cause première de toute chose, auprès de qui toute chose est petite, et qui est à elle-même sa propre nécessité, qui a faille monde, et qui, avant de le faire, l'a pensé (3). » Ce dieu n'est pas indifférent aux choses du monde; il aime les hommes, « nous sommes ses associés et ses membres (4). Entre lui et les hommes de bien , il y a amitié, parenté, ressemblance ; leurs âmes sont des rayons de sa lumière ; nul n'est homme de bien sans lui, et, quand la vertu nous a rendus dignes de nous unir à lui, il vient à nous, il vient près de nous ; ce n'est pas assez, il vient en nous. Dans le coeur de tout homme vertueux demeure je ne sais quel dieu ; un dieu y demeure (5). »

Ainsi a l'âme céleste de l'homme de bien , vivant avec les hommes , reste attachée à son origine , comme le rayon qui nous éclaire n'est pourtant pas séparé de son soleil. Elle tient à Dieu , le regarde, reçoit de lui sa force; son dieu est son père (6); comme lui, elle vit dans une joie que rien ne peut interrompre (7); comme lui, elle est heureuse sans les biens de la terre. La richesse, le plaisir, sont-ils des biens , puisque Dieu n'en jouit pas? •

Que l'homme accomplisse donc sa noble destinée. « Qu'il imite Dieu (8) ! Qu'il crée en lui l'image de Dieu. L'image de Dieu n'est pas d'argent ou d'or. De ces métaux grossiers on ne fera jamais rien qui ressemble à Dieu (9). Le bien suprême n'est autre chose que la possession d'une âme droite et d'une claire intelligence. Que l'homme souffre avec patience , car Dieu n'est pas

(1) Nous savons de cette secte qu'on la contredit de tous côtés. ( Act. XXVIII, 22. )

(2) Multitudo ingens. (Tac, Annal., XV, 44.)

(3) De Benef., VI, 1,— Quœst. nat.procem. — Ibid, I, 1, III, 45. —Benef. VI, 23.

(4) Hujus socii sumus et membra. (Ep. 93. ) — Vos estis corpus Christi et meinbra de membre , dit saint Paul. ( 1 Cor. XII , 27. )

(5) Sénèq., Ep. , 41, 73.

(6) Deus etparens noster. (Ep. 110.)

(7) Gaudium quod Deos Deorumque xmulos sequitur , nunquàm interrumpitur. (Ep. 60.)— Et saint Paul : Réjouissez-vous toujours; semper gaudete.

(8) Satis Deos coluit qui imitatus est. (Sénèq., Ep. 95. ) — Estote imitatores Dei. ( S. Paul , Ephes., V, 1 . )

(9) « Te quoque dignum finge Dec. » Finies autcm non auro nec argenlo. Non potest ex hàc materià exprimi imago Dei similis. (Ep. 12.) —«Nous ne devons pas estimer, dit pareillement l^apôtre, la chose divine semblable à Tor, à l'argent , à la pierre , À la matière façonné* par l'art. » ( Act. XVII , 29. )

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pour Iiii une mère ïcmlre et nveugle. Dieu raimc forlement, Dieu raime en père. Nous regardons avec un certain plaisir d'admiration un brave jeune homme qui lulle avec courage contre une bète féroce. Spectacle d*enfant! voici un spectacle digne de Dieu , un duel dont la contemplation mérite de le distraire de ses œuvres, l'homme de cœur aux prises avec l'adversité (1). »

Au moins cette philosophie ne rabaisse-t-elle pas l'homme, au moins a-l-elle le mérite que tant de philosophies n'ont pas eu, de se placer dans le côté de la balance vers lequel notre nature ne penche pas, et de faire contrepoids à toutes nos faiblesses, sur lesquelles d'autres ont trouvé pins commode d'ajouter le poids de leurs doctrines. « Non, Épicure, ne confondez pas la vertu et la volupté : la vertu est quelque chose d'élevé, de supérieur, de royal , d'infatigable, d'invaincu ; la volupté est basse, servile , fragile , misérable ; elle a pris domicile aux tavernes et aux lieux de débauche. La vertu est au temple , au forum, A la curie, devant les remparts , couverte de poussit^re, le visage enflammé , les mains calleustis ; la volupté se cache , elle recherche les ténèbres , elle habite les bains, les étuves , les lieux qui redoutent la surveillance de l'édile ; elle est efféminée, sans nerf, toute détrempée de parfums et de vin , (K\le de ses excès, rouverte de fard, toute plâtrée de couleurs étrangères (2). »

Voilà le fonds de cette morale. Dans le détail, je trouverais des choses dignes de remarque; il y a un sentiment, je dirais volontiers d'égalité chrétienne. u L'esprit divin peut appartenir à l'esclave comme au chevalier romain. Qu'estce que ces mots esclave , affranchi , chevalier? — Des noms créés par la vanité et par le mépris. Du recoin d'une cabane , l'âme peut s'élever jusqu'au ciel (3). La vertu n'exclut personne, ni esclave, ni affranchi , ni roi. Tout homme est noble , parce qu'il descend de Dieu ; s'il y a dans ta généalogie quelque échelon obscur, passe-le, monte plus haut, tu trouveras au sommet la plus illustre noblesse j monte à notre origine première , nous sommes tous (ils de Dieu (4). »

tt 11 faut être juste , disait sèchement Cicéron , même envers les gens de la condition la plus vile ; la plus vile condition est celle des esclaves ; il faut les traiter en salariés , exiger leur service, leur donner le nécessaire. »> — Sénèque parle bien autrement : « Ce sont des esclaves? Dites des hommes, dites des commensaux, dites de moins nobles amis, dites plus, des compagnons d'esclavage , car la fortune a sur nous les mêmes droits que sur euxj celui que tu appelles esclave est né de la môme souche que toi.... Consulte-le, admets-le à tes entretiens , admets-le à tes repas , ne cherche pas à le faire craindre; qu'il te suffise , ce qui suffit k Dieu, du respect et de l'amour. «

Enfin , quel ancien, quel Romain surtout, avait plaint l'homme , « chose sacrée, •» quand on le jette aux bêtes et au fer de l'amphilhéûtre? Qui avait osé reprendre le peuple romain , lorsqu'il tue sans crainte , sans colère , afin d avoir quelque chose à regarder? Qui avait senti, en soi I humahité assez

{i)DeFrovhientiâ,^.

(2) De f itâ ùealâ , 27.

(3) Ep. ôl.

{\)DeBenef.. 111,18.29.

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— Ep. 44.

forte pour s'écrier : « Cet homme est jeté aux bêtes ; il a , dites-vous, commis un crime, mérité la mort. C'est bien; mais vous , quel crime avez-vous donc commis pour mériter d'être spectateur de son supplice (1) ?

En vérité, cet homme, qui est si loin d'être pur des souillures de l'antiquité, était destiné pourtant à lui reprocher tous ses vices.

Voilà sans doute de nobles idées. Il est beau , mais il est facile rie demander à la vertu humaine de grands sacrifices, il faudrait faire comprendre qu'ils sont nécessaires ; il est beau d'imposer de sévères devoirs, mais il faudrait en dire le motif. Senèque est dur à l'homme ; il ne croit pas notre courage faillible. 11 a pour nos souffrances des consolations pires que la souffrance. « Tu es malheureux : courage ! la fortune t'a jugé son digne adversaire ; elle te traite comme elle a traité les grands hommes (2). — On te mène au supplice : courage ! voilà bien les croix, le pal qui va déchirer tes entrailles, et tout le mobilier du bourreau ; mais voilà aussi la mort. Voilà l'ennemi qui a soif de ton sang ; mais auprès de tout cela, voilà aussi la mort (3). Que la mort te console. »

Voyez de quelle étrange façon , dans son exil, ce tendre fils console sa mère : il lui rappelle tous ses autres malheurs , la perle d'un mari . celle d'un frère , et «ce sein qui avait réchauffé trois petits-fils recueillant les os de trois petitsjll8, » — « Me trouves-tu timide? J'ai fait étalage de tous tes maux devant toi. Je l'ai fait de grand cœur, je ne veux pas tromper ta douleur, je veux la vaincre....» «Oui, ta blessure est grave. Elle a percé ta poitrine , pénétré jusqu'en les entrailles. Mais regarde les vieux soldats qui ne tressaillent même pas sous la main du chirurgien , et lui laissent fouiller leur plaie , découper leurs membres, comme si c'étaient ceux d'un autre » Vétéran du malheur, « point

de cris, de lamentations , de douleurs de femme. Si tu n'a pas encore appris à souffrir, tes maux ont été sans fruit. Tu as perdu tous tes malheurs (4) ! »

Et de même pour toutes les mères et toutes les douleurs. « La perte d'un fils n'est pas un mal. C'est sottise que de pleurer la mort d'un mortel. Le sage peut bien perdre son fils ; des sages ont tué le leur. » Voilà tout ce qu'il a de consolations pour la gémissante famille humaine. Il ne faut pas non plus que la vertu trouve quelque satisfaction en elle-même ; il ne faut pas qu'on la recherche pour le plaisir intérieur qu'elle procure. Comme Dieu, Sénèque élève durement l'homme de bien. U défend qu'on ait pitié de lui (5). Enfin son suprême modèle est le sage de Zenon, l'homme que n'atteint aucune faiblesse, aucune passion, aucune sympathie humaine, parfait jusqu'à l'insensibilité. Dieu moins la bonté et la miséricorde. « 11 n'est au pouvoir de personne de lui rendre service ni de lui nuire; l'injure ne l'atteint pas , il a la conscience de sa propre grandeur (6). » 11 n'est jamais ni pauvre, ni exilé, ni malade, parce que

(1)Homo, sacra res... sine timoré, sine ira, tanquam speclaturus occideret. (Ep. 7,95, etc.)

(2) De Providentiâ , 3.

(3) jid Marciam Consolatio , 20.

(4) Ad Helviam Consolatio.

(5) Nuoquàm boni viri miserendum. {De Providenliâ , 1 . )

(6) De Constantiâ sapientis.

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son âme (laissez-moi dire son orgueil) lui lient lieu de richesse, de santé, de patrie. Aurait-il besoin de consolation ? il penserait que ce qui est un mal pour lui est un bien pour tous, et que Dieu , sans doute, qui malgré sa toule-puissance mène le monde tellement quellement , n'a \m éviter de le faire souffrir. (Beau raisonnement qu'a reproduit l'Anglais Pope dans un long sophisme sans poésie ! ) « Cela , dirail-il , est Tordre du destin , il se consolerait avec l'univers (1). »

Le sage se garde « de tomber dans la compassion. La pitié , que de vieilles femmes et de petites filles ont la simplicité de prendre pour une vertu, est un vice, une maladie de l'âme , une pusillanimité de l'esprit qui s'évanouit à la vue des misères d^aulrui, un excès de faveur pour les malheureux, une sympathie maladive qui nous fait souffrir des souffrances d'aulrui , comme nous rions de son rire ou bâillons de son bâillement... L'âme du sage ne peut être malade , il ne s'attriste pas de sa propre misère j peut-il s'attrister de celles d'autrui ? Le sage ne s'apitoie jamais ; il ne pardonne pas (2). »>

Et h ces exigences surhumaines , quel motif? A celte dernière hyperbole de l'héroïsme philosophique, quel soutien? A noire nature ainsi accablée, quel secours? Celle vertu si haute, rendez-la possible ; donnez-nous une raison pour la croire, une force pour la pratiquer. Cette force sera t-elle la foi à la vie future? Non. La philosophie n'a pu se tenir â la hauteur où Platon l'avait mise ; les beaux rêves du Phédon se sont dissipés au souffle sceptique de Carnéade , et il se peut bien , vous en convenez, que Socrate mourant n'ait entretenu ses disciples que d'illusions. Vous êtes revenu des profondeurs de la philosophie sans rien de certain sur notre sort à venir. Vous avez des paroles magnifiques sur l'immortalité des âmes , sur les épreuves par lesquelles elles se purifient , sur la félicité des justes , leur union , leur claire vue de toute chose, et la plénitude de vie qu'ils retrouvent dans leur pairie , dans « leur ciel, >^ lorsqu'enlîn ils ont satisfait â leur origine qui « sans ce-se les ramenait en haut : ry thème br-illant, lumineuse hypothèse que votre discours vous mène quelquefois à embr-asser j certitude? non : el quand du milieu de ces magnifiques espérances on vous rappelle aux choses de ce monde , vous vous plaignez qu'on vous fasse perdre un si beau rêve (ô).

Mais voici le grand mot de la science , le principe de la vertu : « 11 faut suivre notre natirie î C'est la règle sur laquelle se sont formés les sages, la consommation du bien suprême. La nature nous a engendrés sans vices

(1) Solatium cum universo rapit. (De Frovîdentiâ . 3.)

(2) Misericordia est a-gritudo aninii... Sapiens non miserelur.... Non i{jnoscît , elc. — Ces passages, extraits de Sénèque [De ta Clémence, II, 4, 5 et 6, expriment la pure doctrine du stoïcisme , comme on la trouve aussi établie parCiccron(rM*fi</nn., 4.), et combattue par saint Augustin ( Cité de Dieu , IX et XIV). Sénèque , en adoptant cette doctiine , cherche à l'adoucir par des distinctions au moins subtiles.

(3) /Vyez surtout PépUre 102 tout entière, dans laquelle Sénèque exprime un doute, et non pas une négation, comme le croient d'ordinaire ceux qui la citent , et \i\fiu àe\& Conwlalion à Mairie, morre.ui élof|npnl ot curieux, plein d<* notions chrétiennes.

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là ^

(d*oi'i les vices viennent-ils donc?), sans superstition, sans perfidie, et même aujourd'hui le vice n'est pas tellement maître du monde que la majorité des hommes ne préférât le bûcher de Régulus au lit efféminé de Mé-

céna8(l). »

Ainsi, c'est notre nature qui nous commande l'abnégation , le dévouement? notre nature qui nous fait braver la pauvreté , redouter le plaisir? qui nous interdit la pitié , nous défend de pleurer nos fils? Et ailleurs pourtant, par une sorte de révélation , Sénèque nous dit : « L'homme est bien méprisable s'il ne s'élève au-dessus de ce qui est humain. » Il parle davaincre la nature ^ et son sage , ce type suprême , est si loin de notre nature, que né dans le cerveau des philosophes, il n'a jamais existé que dans leur cerveau. Ni Cléanthe, ni Zenon, ni Caton même, n'ont été des sages ; tout le stoïcisme en convient.

Contradiction choquante , mais inévitable! L'explication de la nature humaine, cette question : « Pourquoi le vice si mauvais devant notre raison estil si adhérent à notre nature , si contraire au bien de la société et si intime à chacun de nous ? » voilà la pierre d'achoppement de toute l'antiquité ; souvent pénétrante et sublime sur d'autres points , elle ne sait rien sur celui-là.

Et dévoilerai je toutes les misères du stoïcisme , tous les niais refuges d'une vertu fausse , les mille raisons secondaires , au lieu d'une raison forte et supérieure, convoquées pour soutenir une base qut plie ? « Ne craignez pas la pauvreté , le pauvre voyage en paix , il n'a pas peur des voleurs. — Ne pleurez pas tiop vos enfants, une douleur prolongée rr'est pas naturelle; la vache à qui on a ôié son veau mugit un jour ou deux, puis revient au pâturage ; l'homme est le seul animal (Sénèque s'en étonne) qui regrette longtemps ses petits. »

Que d'exigence el en même temps que d'impuissance ! S'il y a souvent du philosophe dans Sénèque, en vérité il y a souvent du rhéteur, laissez-moi dire du pasquin ! Et c'est moins sa faute que celle du monde antique où il vivait. Mais où donc est la force du stoïcisme ? Qui lui donne un peu de vertu? Sénèque ne l'avoue pas. C'est dans l'orgueil , et un orgueil qui arrive jusqu'à l'impiété : • La vertu de Dieu est de plus longue vie que celle du sage ; elle n'est pas plus grande. Jupiter n'est pas plus puissant que nous , il est moins courageux; il s'abstient des plaisirs parce qu'il n'en peut user, nous, parce que nous ne le voulons pas. Il est en dehors de la souffrance , nous au-dessus d'elle (2). »

Mais l'orgueil , et l'orgueil de la vertu , peut bien soulever quelques âmes extraordinaires comme la votre; pour nous, âmes vulgaires, nous , plébéiens, il faut une moins creuse nourriture , une espérance plus satisfaisante que cette orgueilleuse contemplation de nous-mêmes : de là vient que votre philosophie, ù Sénèque ! sera toujours celle du petit rrombr^e , et que ni vous ni aucun de vos maîtres n'avez créé une doctrine qui fût le moins du monde populaire ; vous vous plaignez que le peuple vous décrie! aristocrates de l'intelligence, n'êtesvouspasdes premiers à décrier le peuple, à parler avec mépris du grand nombre (i< iréxxoi)?

Les platoniciens ont deux degrés d'initiation philosophique : la purification

(1) De rUâ beatû , 3. — Ep. 122. — De Provhlentiâ.

(2) Ep. 73. —De Providenlià . 6.

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(Maikfvit), c'eil-a-dire la vertu, pour le peuple; la compréhension {tôn^n), c'eslà-dire la science, pour les élus : meltant ainsi le peuple au-dessous des philosophes, et la verlu au-dessous de la science. Soyeie fier comme eux, je le veux bien, réservez pour vous votre doctrine supérieure ; mais votre morale, de quoi servira-t-elle au monde, si elle ne peut s'abaisser jusqu'à la masse des hommes ?

Vous avez cependant un mot à leur portée, et vous ne les avez pas tellement dédaignés que vous ne leur ayez conlîé la science d'un grand remède contre les misères de ce monde : vous leur apprenez « qu'ils ne souffriront qu'autant qu'ils le voudront bien ; que Dieu leur lient la porte ouverte quand ils auront assez du séjour de ce monde j que rien n'est plus facile que de mourir. »

Pourquoi donc pas dès aujourd'hui ? pourquoi tant d'apprêts de courage pour supporter les maux qu'on peut éviter tout d'un coup, tant de prédications héroïques auxquelles peut suppléer la piqûre d'un canif dans les veines? Les polîtes, plus philosophes que les philosophes , avaient cherché à détourner du suicide; vous avez ouvert ce passage, le siècle s'y précipite : vous et vos devanciers , vous voudriez bien contenir son élan . régler le suicide , faire qu'on ne se tuât que raisonnablement; prétention étrange et impuissante ! u La philosophie elle-même, vous le dites, vient en aide (1)» à cette folie de la mort dont vous parliez tout à l'heure , et la dernière conclusion de la science comme de la société, c'est l'acte héroïque, l'acte suprême de l'égoïsme, le suicide, qui rompt tout lien , annihile tout devoir et laisse toute chose sans garantie contre l'homme. Si c'est là votre dernier mot , philosophe , si l'antiquité que vous savez si bien, ne vous a rien appris de mieux, laissez-nous chercher ailleurs.

Votre sagesse ne se rebute pas des apparences de la pauvreté, il est des jours où , par une fantaisie de voire verlu , au milieu de vos richesses , vous vous mettez à essayer de l'indigence , couchant sur la dure , habitant une cellule d'esclave , vivant à deux as par jour. Vous n'aurez donc pas dédaigné peulêlre un simple corroyeur qui, ces dernières années, vint à Rome; un Juif, homme de pauvre mine, de mauvais langage, de peu de science , qui , à travers les barreaux d'une prison, endoctrinait quelques Juifs ou quelques Grecs, homme que dans son pays on avait fouetté , mis en prison , entin chassé, et à qui votre gracieux maître Néron a fini par faire trancher la tête. Les docteurs de l'antiquité eussent méprisé ce roturier de la science, comme ils disaient {ihmTix'oç) ; vous, Sénèque, vous avez un plus franc amour de la vérité; vous êtes allé entendre cet homme , vous l'avez vu comparaître devant Néron : que disait-il donc?

Je ne vous demande pas seulement quelle était sa morale : que sont les préceptes s'ils n'ont pour appui que l'autorité de la bouche d'un homme? Mais quel fondement donnait-il aux siens? Comment expliquait-il ce contraste, qui fait le vice de votre doctrine, entre notre raison qui fait trouver la vertu bonne, et la nature qui nous fait liouver le vice si commode ? Comment fortifiait-il l'intérêt de la société qui a besoin de justice , de modération , de probité chez les

(î) Ep. 23.

hommes, contre leur intérêt particulier, qui les pousse au larcin, à l'iniquité, à 1& satisfaction d'eux-mêmes ? De ce problème qui nous tient en doute et qui cependant n'est pas indifférent aux choses de la vie, de la mortalité ou de l'immortalité des âmes, que pensait-il, Sénèque ? Et si sur ce point il satisfaisait les nobles instincts de votre esprit, donnait-il à voire raison des preuves plus certaines que les preuves insuffisantes pour vous de Pylhagore et de Platon? Arrivait-il , en dernier résultat , au suprême remède de la mort volontaire ? Et si , pour maintenir l'ordre du monde que vous ne maintenez pas, il l'interdisait , comment relenait-il l'homme malgré lui dans la société qui a besoin de lui, et

dont il n'a pas besoin? . . »x

Cet homme d'abord tira l'épée contre la foi nouvelle ; puis , tout à coup , frappé d'un subit réveil , disciple de cette foi , prosélyte nouveau et suspect , le voilà qui parle à ces Juifs plus haut que personne , qui résisle en face à leur chef qui les fait entrer comme de force dans la nouveauté de leur propre doctrine qui leur fait rompre les derniers liens qui les rattachaient à la loi juive , leur fait abjurer ses pratiques devenues sans but , ses symboles accomplis , sa nalionalité qui s'ouvre pour recevoir le monde. H leur fait mieux sentir à euxmêmes qui l'ont entendue , la doclrine de leur maître que lui n'enlendit pas. H proclame le Christ la fin de la loi; il leur fait accomplir sa parole : « On ne recout pas à un vieux vêlement une étoffe nouvelle ; on ne met pas du vin nouveau dans une outre qui a vieilli. »

Les Juifs n'entendent pas ce langage, les Juifs le repoussent, il rejettera les Juifs le monde lui est ouvert. Né pour presser l'accomplissement des paroles divines, il sait que le maître Ta dit vingt fois : » Ce peuple sera rejeté, son héritage lui sera enlevé , donné à un autre. « - « Que votre sang retombe sur vous, dit Paul aux Juifs, j'en suis pur, je vais aux nations , i> et aux autres disciples : « Donnons-nous la main , partageons-nous le monde ; à vous le circoncis, à nous les nations. » , . ,

« Aux Juifs d'abord , aux Grecs ensuite. » Il a rempli son devoir envers les Juifs, il portera la parole à la Grèce : la Grèce , qui comprend sous l'empire de sa civilisation l'Orient tout entier, la Grèce est plus digne de l'entendre; l'antique, l'humaine, la philosophique, la religieuse Athènes, « religieuse, dit-il , jusqu'à l'excès , » ne le repoussera pas , il disputera sous le Portique contre les philosophes ; il remplira de chrétiens l'infâme Corinthe, il couvrira d'églises la Bilhynie, la Macédoine , l'Asie Mineure , tout ce qui parle la langue

d'Homère. . . ^ . . i

Voilà cet homme ; et cet apôtre qui a bravé la contradiction dans toutes les cités de l'empire, ce citoyen romain qui a parlé si haut devant les magistrats de Rome , cet homme qui , en prison , abandonné des siens , n'a pas tremblé en face de Néron , ce prophète (fui a été ravi jusqu'au ciel et y a vu ce que bouche humaine ne peut raconter, d'où tire-t-il sa force, le savez-vous, Sénèque Est-ce de son orgueil, comme vous? est-ce, comme vous, de sa science, comme vous, de sa richesse? Tout au contraire , s'il se glorifie, c est de sa faiblesse et de sa misère. S'il est fier, c'est d'être méprisé et sans puissance. S'il a quelque gloire, c'est la croix de son maître, car son maître, pour me servir de l'expression d'un ancien . <« est mort d'un supplice qu'on ose à peine

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LES C£SARS

nommer, il a élé mis en croix (1). » Au milieu de (out cela, comment est-il populaire quand vous ne Têtes pas? Comment lui , qui est né d'hier qui n'a pat eu de devancier, a-t-il déjà plus de disciples que vous, et des disciples pris parmi les hommes les plus livrés aux sens , les moins ouverts à la pensée? Quel est ce mystère , Sénèque ? Je voudrais avoir le temps de développer ces pensées ; dans la triste époque que je raconte , il y a si peu de choses consolantes pour rhumanilé ! Cette agonie du monde antique est si désolante , qu'il serait permis à l'écrivain pour sa consolation, quand il ne lui serait pas ordonné pour la vérité de l'histoire, de jeter parfois les yeux sur la naissance du monde nouveau. Qu'il me suffise aujourd'hui d'avoir montré comment dès le principe se posent à côté de l'impérialisme de Caligula et de Tibère , ce dernier fruit de la corruption antique, les deux puissances qui doivent. Tune le miner, l'autre le soutenir, toutes deux se combattre sur ses ruines : le christianisme et la philosophie; l'un , tout nouveau dans le monde ( car des éléments épars de vérité qui se sont concentrés en lui, n'empêchent pas de lui reconnaître son unité propre, nouvelle, divine, grand fait dont toute l'histoire dépose), né d'une seule foi, et sans avoir trente ans d'existence , présentant au monde une doctrine plus complète que personne ; l'autre , au contraire , par son insuffisance , sa contradiction, son inégalité, sa faiblesse, laissant voir que tout ce qu'elle possède de vérité ne lui est donnée que par reflet. Comment le christianisme résoudral-il les problèmes que nous venons de poser? Je voulais le dire, mais l'espace me manque , et d'ailleurs c'est l'histoire de quatre siècles au moins , histoire dont ces faibles travaux seraient à peine la préface.

Depuis le temps de Sénèque, d'ailleurs, la question s'est déplacée. Nous ne sommes plus si fiers; nous sommes moins orgueilleux de la puissance humaine, moins conliants dans notre courage; nous nous faisons une philosophie plus commode. A notre façon et non à celle de Sénèque , nous prétendons suivre la nature. La chair, ce vieil ennemi du christianisme qu'il a tenu si longtemps sous son pied, se remue aujourd'hui contre lui ; nous l'avons jugée amie de notre nature, douce et facile souveraine : ce n'est pas assez, nous l'avons trouvée admirable, vertueuse , divine. H ne nous suffit pas qu'on nous laisse jouir ; il faut qu'on nous admire et qu'on nous loue parce que nous jouissons. Cette exaltation pour la matière s'est élevée jusqu'il une sorte de mysticisme, et ce que les épicuriens de l'antiquité n'avaient pas connu, la chair a eu ses ascètes, ses dévots , ses illuminés , ses moines.

Nous sommes en progrès sur nos ancêtres ! Nous avons appris à réduire à leur juste valeur ces choses dont ils s'étaient follement épris, l'intelligence, la pensée, l'âme! nous avons remis les choses en leur place, et prosterné notre esprit devant les sublimités de la matière ! Il est bien vrai qu'en faisant prédominer le pensée sur le corps, le christianisme a remporté une immense et universelle victoire au profit du monde qu'il a conquis, qu'il a sauvé, qu'il a renouvelé ; il est bien vrai encore que, par le même principe, dans des millions d'hommes, il a remporté sur les vices, c'est-à-dire sur tout ce qui, dans chaque homme, nuit au bien de tous, il a remporté des millions de victoires; tout cela

(1) Hérodote, III, 123.

LES CÉSAUS.

est vrai. Mais tout cela est de ce passé que nous laissons à pleines voiles derrière nous : pendant ces vingt derniers siècles, l'intelligence n'a travaillé que pour fonder dans l'avenir auquel nous louchons le règne de la chair déifiée.

Cela nous mène loin des anciens philosophes. S'ils vivaient aujourd'hui, ils scandaliseraient notre religion par leurs anathèmes contre les sens , ces hommes qui avaient la folie de mettre tout leur orgueil dans l'intelligence et la vertu et qui ignoraient le véritable sujet d'orgueil de Thomme, la satisfaction extérieure. Figurez-vous un Sénèque, qui, prenant le mot de chair dans le sens chrétien , est le premier à dire « que , loin de mettre dans la chair sa félicité l'âme doit soutenir contre elle un grand combat (1). « Figurez-vous un Épictète, pauvre diable qui, lui, mettait bien ses leçons en pratique , et , misérable esclave, se laissait casser la jambe par son maître, et qui dit en langue chrétienne : « Détache-toi de toute chose, de ta coupe, de ton champ, de tes enfants , de toi-même ; rejette tout cela , purifies-en ton intention , ne laisse s'attacher à toi rien de ce qui ne t'appartient pas véritablement, de ce qui s'agrège à toi par l'habilud« , et ne se laisse arracher qu'avec douleur (2). « Figurez-vous un Marc-Aurèle (beau destin de la philosophie que représentèrent en ce siècle un empereur et un esclave !), selon lequel a le corps n'est que pourriture, poussière, ossements ; l'or et l'argent, des rfem/w* de la terre : tout le reste a le même fonds, ce qui respire vient delà terre ety retourne (o).d Ces hommes-là étaient sur le sujet de la chair tout aussi irrévérencieux que les chrétiens. 11 est vrai qu'ils n'avaient pas la raison de leur doctrine , qu'ils ne savaient pas en dire le pourquoi; il est vrai que leurs notions étaient vagues, impuissantes , insuffisantes ou exagérées. La notion chrétienne, mal connue et déhgurée sans cesse , est bien mieux raisonnée et plus pure. Elle distingue trois choses : la matière extérieure , la matière du monde ; la chair dans le sens littéral, c'est-à-dire notre corps ; la chair dans le sens mystique, c'est-à-dire les vices , les passions , le penchant au mal en un mot. Ces trois choses , le christianisme les juge de ce point de vue qui est toujours le sien , c'est-à-dire en les rapportant à Dieu. Or, en face de Dieu tout est bas et petit, le monde est étroit, la chair misérable, l'intelligence même est séparée de lui par toute la distance du fini à l'infini ; qui peut en douter ? Ainsi donc , - le monde , la matière extérieure , qui n'est digne par elle-même de haine ni d'amour, est livrée à l'homme comme une argile qu'il pétrit à son gré pour son bien , et sur laquelle il écrit la supériorité de son intelligence. - Le corps de l'homme, qui ne peut connaître Dieu, est par cela seul inférieur à la pensée qui le connaît; il faut donc que l'intelligence le gouverne , le soutienne et le fasse vivre, mais Délaisse pas perdre ses droits. - Mais , quant à la chair, lorsque par ce mot nous entendons le penchant au mal, c'est elle qui doit être domptée , foulée aux pieds , combattue sans relâche.

Celte doctrine, que j'énonce sans la développer, évite au moins les deux

(1) Animo cum carne grave ccrtamen {Jd Marc, 24.) î^oii e»t summa félicitas in carna

ponenda. (Ep. 74.)

(2) Bifsertatlonet apud Arrianum, IV, 4.

(3) Marc-Aurèle, IX, 56.

LEb CESAllS*

excès, d^abaisser la dignité de l'homme ou d'exalter son orgueil j en abaissant l'homme devant Dieu, elle ne Tavilit pas.

Après tout cela , car il faut en finir, parlerons-nous autrement qu'avec respect de ces grands hommes de l'antiquité, Pylhagore, Platon, Épiclète , Marc- Aurèle? J'ai peine à croire que dans ce monde antique certaines intelligences ne fussent pas naturellement plus hautes et plus fortes que dans le nôtre , et que l'homme par lui-même ne fût davantage en ce temps. Nous ne sommes plus si jaloux de notre dignité d'homme : notre point de départ est bien plus avancé que le leur ; mais ils avancent et nous reculons , et nous finissons par nous trouver en arrière d'eux. Ils aspiraient à la lumière, comme nous aspirons aux ténèbres, et si, en tout , le monde d'aujourd'hui vaut infiniment mieux que celui d'alors, c'est bien que le monde ne se fait pas lui-même.

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