‹ Néron [microform]Chapitre 7 sur 9 · TOME \i · texte numérisé non relu

TOME \i

LES CÉSARS

LES CÉSAHS.

vanl son œuvre, prononçait que Rome n'éOU l""» «"■»;' «^ l"* ^ "»'»• "•'"'

peu glorieux pour elle . serait ehangé en ««'"'.^^^ Nf;''»'''; ^^^^.^^ ^^ ^ésar^

«■ ip neunle est lofîé avec tant de magnificence, que sera-ce de tesar .

0lt'lSUi".enant ,a peUte maison 'i'-^-^y- '«„n 0^^:^ suffisante pour lui, indigne de ses '"'«''''"'■' ^ ,y'':^,'',„VjriCrandrant nalais- Califiula Ta conduite jusqu'au Forum ; i\eron lui-même , l agranuissa m S-ùn mre ôïé Ta menée jusqu'aus Es.,uilies , et a embrassé dans son enceinte trî^sriaÏns de Méc.nV Mais aujourd'hui «»- -^f^ ^,7 sVtit de Néron, et lui a laissé ses franches coudées pour s embell r et I'»"'" « ^t«'^^;« A rœuvrè donc, merveilleux instruments du génie de César, ministres de ce Jupuër voiisqu ce dieu emploie à fnire ses miracles, Sévéruset Celer, hommes dëS; et d'audace . qui , .■ maniant comme un jou.t la puissance impériale , oblenez par l'art tout ce que la nature voudrail refuser (Ij . •

Avec une promplilude incroyable, sur le m«nl Palatin, sur 1 Esquilm et dan» ,« t liée qu les s pare , vers le lie,, où est située aujourd'hui S^-nleMarie^ ieure la Maison dorée s'élève. En avant de la Maison dorée , un lac ; autour du le des édifices épars qui semblent une ville; entre la façade et le rivage du e 'le v^ ti ... e 0. le mai.re de la maison fait attendre ses clients c'est-à-d.re oùN^n flit a..end.e lous les peuples du monde; et -'"''f ' •^"^^[^J^t Néron . haut de cent-vingt pieds (-'), d'argent et d'or; plus '«'"' << P»''''''"^ longs d'un mille à .r,ple rangd» colonnes. Al'.nlér.eur, '»" /^J""^';^'', /,"^^ rures, tout se revêt de pierres précieuses, de coquilles -iM rie» Da>^^^^^^^^ bains .,n robinet amène de l'eau de mer, un autre des eaux *""fuK"ses d'Albula. Le temple de la Fortune, conslruit avec une pierre "«"vellement découverte , blanche et diaphane , semble, les VOrU^ ^'^^'f^: ^;^^JZ iour intérieur (ô). Les salles de festins, si multipliées et si particulièremen Cu uses dansées maisons romaines , oM des voûles lambrissées q.-u^^^^^^^^^^

à chaque service,.!., plafonds d'ivoire d'où .ombent '^'^^^^ ^^^T"^ d'ivoire qui ieltenl des parfums; d'aulres, plus belles encore, tournent sur elles-mêmes our et nuit , comme le monde. Mais ce seront les momdres grandeurs du palais de Néron. Voici des lacs , de vastes plaines , des vignes, des prairies, puis les ténèbres et la solit.ide des foréls des vues magnifiques ; au Lin de R.^me et du palais , des daims bondissent , des troupeaux vont au pâtu- Tage cêstTe pnrc a'.glais' dans toute sa magnificence ; et encore quel nabab Se'la Grande-Bretagne a placé son parc au ■"''-•"f'."-;' '^f '^";;' "f "^ est-il presque content cette fois. - Je vais enhn , dit-il , être logé comme un

'Ta maison pourtant ne dura guère plus que lui. H l'avait laissée inachevée et Olhon dépensa 50 millions de sesterces seulement P»"/. «/";;, ''""''''"^ ne tarda pa n restituer à Rome ce que l'incendie lui avait oté. Sur la place , et avec les Jébris du palais, s'élevèrent l'araphi.héâlre de Vespasien les therm s de Titus , plus lard la basilùiue de Constantin, «ne partie de son lac devint le

tl) Tacit., ^nn.. ^V, 40.

fî) Suét., In Ner.. 31. - Plin., XXXV, 7.

l^j Tanqttàm indu»» lorc non Iransniisià. (Plm., XHXVl , n. )

Colysée. Quant au colosse, Vespasien et Titus en changèrent la tête pour celle du Soleil ; Commode y mit la sienne; les statues romaines étaient habituées à ces transformations.

Ces passag«"Tes grandeurs auront coûté cher à l'empire. Il n'a pas suffi à Néron de mettre la main sur lous les débris de Tinceiidie , et, en se chargeant du déblai , d'interdire à chacun le retour dans les restes de sa demeure. C« n*est pas même assez de toute une moisson de couronnes jadis offertes parla basse flatterie des cités à Néron artiste, et que Néron empereur n'avait pas voulu recevoir, salaire négligé dans des temps meilleurs , et que ce pauvre musicien réclame aujourd'hui. 11 faut un pillage général de l'empire, qui montrera bien que, pour êlre dur aux grands et à Rome , le système impérial n'était pas non plus si doux aux petits et aux provinces. La souscription est ouverte dans tout l'empire, souscription que Néron sollicite comme une grâce et qu'on n'a garde de refuser, où viennent se ruiner villes et citoyens, Italie el provinces , cités libres et cités conquises, hommes et dieux. Les dieux, dit Tacite, tombèrent au butin. L'or des triomphes et des vœux publics est enlevé des temples. Les vieux pénates de Rome sont fondus j des émissaires de Néron parcourent la Grèce, vont jusque dans les moindres villages, et rapportent une moisson de dieux, la troisième, je crois, et non la dernière qu'aura fournie aux empereurs cette inépuisable Grèce.

Mais quelle n'est pas l'injustice du peuple de Rome ! En vain Néron pille le monde à son profit, lui ouvre, après l'incendie, ses jardins comme retraite, fait venir d'Ostie et des villes voisines tout ce qui lui est nécessaire et donne le blé à trois as le boisseau ; en vain , tout en sacrifiant les maisons , il épargne de son mieux les hommes ; en vain, pour le rassurer contre de futurs caprices incendiaires et de nouvelles manies d'artiste, ordonne-t-il, en excellent lieutenant de police, les meilleures mesures contre de nouveaux embrasements : le peuple persiste à rejeter sur lui le crime de l'incendie , et ce crime , le moins prouvé de lous ceux de Néron , est celui de lous qui l'a rendu le plus impopulaire.

Que veut donc le peuple ? Les superstitions les plus rares et les plus oubliées sont remises en vigueur pour expier les souillures de Rome, pour que le ciel lui pardonne le crime de Néron. Le livre poudreux des sibylles est consulté par les prêtres; les lectisternes et les veilles sacrées, la procession des matrones qui va chercher en pompe de l'eau de mer pour en asperger la slalue de Junon, tout cela ne lui suffit pas. Le sang, est le sang humain , est pour l'antiquité le grand moyen d'expiation. Rome, qui se vanle d'avoir aboli les sacrifices humains par toute la terre, n'en a pas moins conservé l'usage, au moment des grands dangers, d'enterrer vifs un Gaulois et une Gauloise, un Grec et une Grecque; et Néron, chaque fois qu'une comète paraît au ciel , par le conseil de son astrologue, cherche quelque grande victime pour le bourreau. Que le sang coule donc , et que Rome soit purifiée , et que le peuple se taise , et que Néron demeure décidément innocent !

Qu'était alors le christianisme ? Nous l'avons dit , un fait légal et public, mal jugé, mais évident, mal connu , mais connu pourtant. Il y avait des églises jusqu'en Espagne d'un côté, jusque dans le fond de l'Egypte de l'autre. Tacite, CD quelques lignes, lui donne un nom propre, une date , une origine (et il ne

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se trompe sur rien de tout cela), une réputation enfin, bonne ou mauvaise, mai« une réputation quelconque, auprès du peuple. Suétone, presque conlemporam de Tacite, en parle de même. — Qu'est-ce aussi que ces superstitions étrangères dont Claude déplorait l'envahissement (1), que le jurisconsulte Cassius se plaignait de trouver répandues parmi les esclaves , dont fut accusée la noble Pomponia Grecina, « femme grave, sainte et respectée, lorsque, remise au jugement de son mari, celui-ci, selon l'ancienne coutume , la jugea criramellement en présence de ses proches , et la déclara non coupable ?« — H est vrai qu'un peu plus tard, la persécution sanglante ayant commencé, le christianisme se cacha , et le peuple put l'oublier; ainsi Tacite et Suétone , qui savaient son histoire, purent le croire mort ; ainsi Plutarque , qui vivait avec ses dieux et ses philosophes de Grèce, sans beaucoup fouiller les archives romaines, put ignorer son existence; ainsi la masse des païens put le confondre avec le judaïsme. Remarquez-le cependant, le pouvoir connaissait le christianisme, carPIme, écrivant à Trajan, lui nomme tout d'abord les chrétiens comme des hommes qui lui sont bien connus. Remarquez-le encore , les trois écrivains qui parlent du christianisme , Pline, Suétone, Tacite, sont aussi de ce siècle, les trois plus positifs, plus Romains, plus en crédit auprès des princes , plus à portée des archives impériales. Au temps de Néron, surtout, les progrès de la religion nouvelle étaient pleins d'évidence. Les querelles des Juifs et des chrétiens avaient motivé, sous Claude, l'expulsion des Juifs hors de Rome. Plus récemment, saint Paul, gardé par les soldats du prétoire, et, comme il le dit, « échappé avec peine à la gueule du lion, » avait « fait servir sa captivité au progrès de rÉvangile et rendu gloire au Christ dans tout le palais , tandis que ses frères n'en étaient que plus ardents à répandre leur foi au dehors (2). »

L'esprit impérial avait donc pris son temps pour toiser son ennemi; car il était évident que le christianisme était une guerre ouverte à l'esprit d'immiséricorde, de servilité, d'égoïsme que Tibère avait donné pour base à l'empire. Et quand l'occasion fut donnée, que Rome incendiée réclama de plus belles victimes que des béliers et des taureaux , César, d'un coup d'oeil, trouva la sienne. Je ne serais même pas étonné que pour Néron, qui s'effrayait de toute force et de toute doctrine, qui exilait les philosophes, persécutait Apollonius, provoquait la grande révolte des Juifs , l'incendie de Rome eût été un moyen d'arriver jusqu'aux chrétiens, et d'avoir, en les frappant, le peuple pour soi. Les chrétiens périrent donc coupables, d'incendie selon Néron, de maléfices selon le peuple (3), « d'être haïs du genre humain « selon Tacite (4). lis périrent non-seulement à Rome, mais à Milan, à Aquilée , dans les provinces. On cite une inscription qui rend grâce à Néron pour avoir délivré l'Espagne des

(1) Quia exterae supcrslitionesvalcscaut. (Tacit., .//««., XI, 15.) . (2) Phil. I.

(3) Suét., In Ner„ 16.

(4) Odium generis humant. — Le sens que je donne à ce passage me parait le plus antique, sans élrc pour cela moin» latin. — Bossuet , Dhcourt sur VHistoire univer- Selle, Il , 26 , donne les deux sens.

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brigands et de ceux qui répandaient une superstition nouvelle. A Rome, ce fut une'multitude immense, dit Tacite, multitudo ingens.

Jusque-là les Césars n'avaient pas tenu à infliger à leurs victimes une mort cruelle ; ils leur laissaient le choix de leur mort et la satisfaction du suicide. Ils eussent'aimé la guillotine , qui tue beaucoup , vite et bien, sans grand appareil de souffrance ; c'eût été la hache faite pour trancher d'un seul coup la tête du penre humain; Caligula en eût été ravi comme Marat. Mais cette fois, en face d'une puissance , quand jusque-là on n'avait rencontré que des hommes. César eut peur , et appela en aide tout l'art du bourreau. Aussi cette génération se souvint longtemps du spectacle que lui avaient présenté les jardins du Vatican et la place même de Saint-Pierre, aujourd'hui l'église métropolitaine du monde, lorsqu'elle reçut sa première et sanglante consécration ; quand on vit ces allées somptueuses éclairées par des hommes vivants façonnés en flambeaux, la chasse donnée par des chiens furieux à des hommes revêtus de peaux de bêtes, le peuple même s'apitoyant, si peu compatissant que fût le peuple romain, et Néron en habit de cirque , promenant son char à travers cette fêle. Juvénal et Martial , qui vinrent une génération plus tard , parlent de « cette tunique douloureuse , de ce pal qui traverse le gosier, de ce sillon de sang qui bouillonne sur l'arène (1). « Juvénal nomme à ce propos Tigellin, et son commentateur rappelle les cruautés de Néron. Sénèque aussi me semble avoir été frappé de ce spectacle , lorsqu'il reproduit sans cesse ce qu'il nomme « les pompes du supplice le fer, le feu, les chevalets , les bêtes féroces lancées contre un homme , le pal'qui traverse le corps et sort par la bouche, la tunique tissée et revêtue de tout ce qui peut servir d'aliment à la flamme (-2), le glaive qui vient rouvrir les blessures à demi fermées et faire couler un sang nouveau par les plaies devenues des cicatrices (5) ; » lorsqu'il montre la victime « calme, souriant, et souriant de bon cœur, regardant ses entrailles à découvert et contemplant ses souffrances de haut (4) ; » puis lorsqu'ailleurs , en parlant de la « lumière divine que nous devons contempler aux lieux mêmes où elle réside, et des dieux qui sont témoins de toutes nos actions, il s'écrie : « Que celui dont l'àme a conçu l'éternité ne s'efl^raye donc d'aucune menace! Comment s'effrayerait-il celui pour qui la mort est une espérance ? » N'y a-t-il pas dans tout cela quelque souvenir des martyrs ?

Tunicâ praesente molesta

Ausi quoJ liceat tunicà punire moleslà

Pone Tigellinum, taedà lucebis in illà Quà stantes ardent qui fixo culture fumant.

Et latus mediam sulcus diducit arenam.

(Martial , X.)

(JUTÉNAL, VIII.)

{Idem.)

(2) Adactuni per médium hominem qui per os emergat stipilem.... tunicam alimentis ifîniumillilametinlexlam. (Ep. 14.) ... • ^c ok \

(3) Si ex intervallo rcpetitus, et per siccata vulnera recens demitt.tur sanguis. (Ep. 85 .)

(4) Inler h*c aliquis (qui est-ce donc?) non gemuit : parùm est, non rogavit ; parum esl,nonrespondit;par«mest, risitet exanimo. (Ep. 78.)InvictusexaUo dolores suos tpeclat. f Ep. 85. )

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Il s'agit maifilenant de parcourir, et aussi vite qu*il sera possible, le reste de la carrière de proscription de Néron. César avait devant lui comme une double cité, une Rome philosophique, antique et sévère; une Rome impériale, voluptueuse et débauchée; toutes deux promptes à conspirer, l'une par vertu et par ambition, Faulre par peur, par ennui et par débauche; Tune, qui sans doute eût voulu relever quelque chimère aristocrati(iue ou républicaine ; Taulre, qui, séparée de Néron par la diversité de goûts dans le plaisir, ou par la seule rivalité du plaisir, n'eût renversé Néron que pour le bonheur d'être Néron. Pour bien connaître ces deux sortes d'hommes, lisez dans Tacite la mort de Pétrone d'un côté, celle d'Antistius et de Pollutia de l'autre : ici ce libertin qui meurt en riant, en faisant des couplets, en cassant un beau vase pour que Néron ne le possède pas , qui joue avec la mort , fait ouvrir et refermer ses i)laies, couler et arrêter son sang, et lègue pour testament un récit de débauche ; lA celle famille romaine , qui , après s'être ouvert les veines, se fait porter dans le bain , « enveloppée de ses vèlemenls par respect pour la pudeur ; » ces trois personnes qui meurent les yeux attachés l'une sur l'autre, « chacune demandant aux dieux un rapide passage pour son âme, afin de laisser vivants, quoique prêts à mourir, les deux êtres qu'elle aimait. » — Le complot de Pison mit d'abord en avant la Rome impériale : complot mi-parti de caserne et de palais, où figuraient des centurions mécontents de Néron, empereur peu guerrier, qui passait sa vie entre ses fous et ses courtisanes , laissait s'arriérer la solde, et pour ménager sa belle voix ne haranguait jamais ses soldats; puis aussi des homme de l'espèce de Néron , qui seulement heurtaient leurs vices aux siens et se moquaient de son mauvais goût, gens trop délicats en fait de volupté pour la prendre selon le goût d'aulrui et la recevoir sous peine de mort : — l'un qui se vengeait d'une satire de Néron; l'autre, encore son ami intime et le compagnon de ses folies; — Lucain, à cause de i»cs vers, que Néron, par jalousie d'auteur, ne lui permettait ph»s de lire ; un complice de la mort d'Agrippine , qui ne se trouvait pas asseï récompensé; enfin la courtisane Éi)icharis, qui se montra plus courageuse que tous ces hommes. Ce qui faisait dominer le côté frivole et libertui du complot , c'était le choix, pour l'empire , de Calpurnius Piso , homme de grande famille, de mœurs indulgentes, et qui, dans sa maison de Bayes, donnait rhospitalité aux éballcments impériaux, mais que de sourdes dénonciations poussaient à la crainte , et la crainte à risquer tout.

Il y eut un moment étrange. Figurez-vous la conspiration découverte et non saisie, ici prisonnière et torturée, là encore vivante; ce corps tronqué se remuant toujours, malgré la main de Néron qui le lient; le palais gardé, les rues investies, la campagne battue par des éclaireurs, Rome sillonnée de patrouilles auxquelles sont toujours mêlés des soldats germains, car on se défie du soldat romain ; Pison libre encore , et qu'on presse d'aller au camp et d'appeler à lui les soldats, d'aller à la tribune et d'appeler le peuple; Néron tremblant, n'osant envoyer que des conscrits pour arrêter Pison, se tenant renfermé dans la villa de Servilius , forteresse pour lui, prison et lieu de torture pour les accusés : là, une partie de la conjuration enchaînée aux pieds de Néron; l'autre en armes auprès de lui, faisant la loyale, la fière, la rigoureuse, interrogeant, accusant, menaçant, conduisant au supplice , et néan-

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moins conspirant toujours ; les complices encore .uconnu. devenant des bour- Teaux: les complices arrêtés, des dénonciateurs. Les passions eiio.sles qu. •étaient unies dan, ce complot, ont crié : Sauve qui peut! NalaUs dénonce Se é ue, innocent peut-être ; Scevinus dénonce Lucain ; Quinctianus S nee.on ; Sénécion et Quinc.ianus, leurs meilleurs amis; Lucain, sa "; -Jl" f °'^''°» coniuré mène au supplice Lateraiius , qui , smiI généreux , ne le lialiit pas , un au? ècolré , ehaiRé d'aller tuer Sénéque, consulte Fénius Rujus conjuré fui même nu lui dit d'Obéir. Enfin , Néron , interrogeant les coupables est , an? e sàvoi "nlre deux conjurés : Flavius, cenlurion, et Fenius Rufus, préL du Zire. Flavius a déj. la main sur la carde de son épée pour tuer César • le poltron Fenius l'arrête -. l'empire du monde tint à cela.

ces conjurés eurent diverses façons de mourir : Pison mourut en flattant César dan son testament , pour conserver son bien à une femme qu i aima.l ; I ucain en récitant et en corrigeant ses vers ; SénÊque, avec une fermeté un peu Sraie les centurions, avec courage. L'un d'eux, à qui Néron demande l„rnnoi il a conspiré • «Après toules les infamies, dit-il, c'était le meilleur Lrv" renie »D'au.'res, absous par Néron, se luérent. La vengeance dépassa bientôt le cercle de la conspiralion. Néron siégeait en conseil ntre T?ge iTn et Poppée , condamnant comme juge quand il y avait une accusaliou donn nt ses «rires comme empereur quand il n'y en avait pas ( ). Être paren dl proscrit, l'avoir salué, ''avoir rencon.ré , élait un crime ; les e^»fan.sd^^ oroscrils étaient chassés de Rome, empoisonnes, lues par la a.m, égo gês avecCrs précepteurs et leurs esclaves. « Rome était encombrée de funera. les, Tcap Ole de victimes immolées aux dieux. » Ceux à qui on avait lue un père . D frère un ami , menaient des lauriers sur leurs portes, étaient aux genoux de Néron', baisaieit sa main clémente. En cette occasion , le sénat le fit dieu.

La r losophie s'était tenue à l'écart. Lateranus , noble jeune homme, l'aval seul représentée. Mais, si en arrière qu'elle fût , elle n'é.a.t !-'''>- <i^teinle de Néron. Sénèque périt; le manteau du stoi,ue tut l"-».^ "' j '•"* f "^ phie partit en masse pour l'exil (2) : ainsi Cornulus le maître de Pe.se le emi- abuleux .Apollonius ; ainsi Musonius Rufus , un des héros du stoïcisme presque déifié dans le siècle suivant, et qu'un père de l'Eglise compte parmi le. hommes que Satan a persécutés , quoique païens, par haine 'l" '•;"'■ r,';;^",f: Comme on avait accusé les chrétiens de sortilèges , on accusait les 1' •.'«s»!'^" de magie. Celait là le commencement d'une longue lutte entre le stoïcisme et les Césars, qui devint le fait dominant de la génération suivante jusqu a ce que le stoïcisme , plusieurs fois exilé , revint définitivement au pied du Irone et finît par y monter. - La philosophie n'ctait pourtant pas encore abattue. Thra éa ne paraissant plus au sénat, ne venant plus prêter serment à 1 empereur, quittant la curie lorsqu'il s'agissait de déifier Poppée que ^e■•'>" «vai tuée d'un coup de pied , uayanl jamais fait de sacrifice pour la voix divme de

(1) NoD crimiQe , non accu«lore cxirtente , quia spcciem judici. induerc non poUrat, ai vim dominalionis conversuB. (Tacit., Ann., XV, 69.) (8) Velut ÎD agmen et numerum. ( Tacit., XV, 71.) if) S. Jiutin., Apolog., I.

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Tempereur, corilempleur de toute religion , puisqu'il n'adorait pas César, admirateur et panégyriste de Caton , Thraséa était en perpétuelle protestation contre le pouvoir. — Des sectateurs , des satellites , disait-on , imitaient sa démarche grave, son visage sévère , la hauteur de ses paroles ; la vertu était décidément en révolte. Enfin, disait-on à Néron, c'était un parti , une faction, ç'allait être une guerre. — Néron même ne se décida qu'avec crainte à faire accuser Thraséa. Ce jour-là , l'élite des délateurs, à qui l'espérance d'une belle proie faisait braver le danger, s'était donné rendez-vous. Le sénat était entouré d'hommes armés ; des soldats en toge , mais qui ne cachaient pas leurs armes , menaçaient les sénateurs sur le Forum. Néron n'osa pas venir et fit lire une harangue en son nom. Le langage des accusateurs fut menaçant même pour les juges; en un mot , « ce ne fut pas celle tristesse , facile à reconnaître, que la fréquence de pareilles luttes avait rendue habituelle : ce fut , dans celle assemblée, une terreur nouvelle et plus profonde. »>

Avec Thraséa fut condamnée l'élite de son parti : à la mort Soranus , son ami, qu'un délateur avait particulièrement u réclamé comme son accusé, » à l'exil Helvidius, son gendre, et Paconius. Ce dernier attendait en paix sa sentence : — On te juge au sénat, lui dit-on. — Bonne chance, répondit-il; mais voici la cinquième heure, allons aux exercices. L'exercice fini, on lui annonce qu'il est condamné : — A l'exil ou à la mort? — A l'exil. — Et mes biens ? — On te les laisse. — Allons dîner h Aricie. — La journée des délateurs fut belle : deux d'entre eux eurent 5,000,000 sesterces (un million) de récompense, l'autre 2,200,000 et des honneurs.

Le stoïcisme avait ses traîtres : — Soranus fut condamné sur la déposition d'un Egnalius , stoïcien hypocrite acheté par Néron ; — ses amis ardents : — un témoin parla si fortement en faveur des accusés , qu'il fut puni par la confiscation et par l'exil ; un autre, jeune homme plus tard martyr de sa croyance, fut à peine détourné par Thraséa d'user en sa faveur des prérogatives oubliées du tribunal. Ni ce courage , ni cet esprit d'association , ne s'étaient vus sous Tibère. Cependant Thraséa , prêt à mourir, désespérant de l'avenir de sa cause , dit au jeune Rusticus : « Ma vie est finie , je n'abandonnerai pas la ligne que j'ai toujours suivie ; toi , tu commences ta carrière , ton avenir n'est pas engagé ; réfléchisbien avant de décider, en un temps comme celui-ci , quelle route tu suivras. »

Ainsi , la famille impériale avait été noyée dans le sang , le christianisme était oublié dans les catacombes, la Rome nouvelle avait été vaincue avec Pison , la Rome stoïque avec Thraséa , et depuis que Néron avait retrouvé sous ses pieds le fonds solide de la Rome impériale, le sol foulé par Tibère et Caïus, toute son intimité le poussait sans fatigue et sans relâche dans cette voie roulante de la proscription. On était en progrès sur Tibère ; c'était la même soif d'argent et de vengeance, mais il y avait de plus des folies insensées à satisfaire, mille avidités et mille rancunes subalternes, que Tibère eût dominées et qui dominaient Néron. On s'était affranchi de ces chicanes vétilleuses que respectait le procédurier Tibère; Néron avait de plus habiles procureurs que son grand-oncle ; il entendait largement la loi de lèse-majesté. Tout fait et toute parole dénoncée était un crime, et au besoin , si le délateur manquait , on sa-

: il

vait s'en passer ' un avertissement donné par le tribun , une heure de répit et le choix de la mort, telles étaient toutes les formalités de la procédure. Si l'homme était paresseux à mourir, des chirurgiens de César venaient «traiter le malade. » Avec moins de formes encore , l'épée ou le poison allaient droit au fait. Ainsi périt l'affranchi Pallas , parce qu'il était trop riche et trop vieux; ainsi un Torqualus , parce qu'il se ruinait, et que, pour sortir d'affaire, il devait absolument conspirer.

Quoique Néron conseillât le suicide par clémence, et qu'on le pratiquât par habitude, le suicide était sans avantage. Les jurisconsultes de la couronne avaient trouvé un remède légal à celte facilité ancienne d'assurer, par le suicide , son héritage à ses enfants : le proscrit qui se donnait la mort était évidemment ingrat envers Néron , et l'ingratitude envers le prince était un infaillible moyen de nullité contre le testament. Pour conserver une faible part à ses héritiers, il fallait en faire une large à Néron et à Tigellin ; les legs ne suffisaient pas, il fallait la flatterie ! Les testaments des proscrits étaient remplis de misérables éloges de leurs bourreaux, et, à l'heure même de la mort, les malheureux n'échappaient pas à la servilité universelle !

Il fallait la flatterie : il fallait encore la délation ; il fallait que des dénonciations posthumes allassent marquer une nouvelle proie. N'y en eût-il pas eu, Tigellin, armé du cachet des victimes et maître de leurs papiers, eût bien su en trouver. Ainsi les morts tremblaient, priaient, flattaient, dénonçaient, comme l'auraient fait des vivants. Regardez cela , et comprenez ce que c'est que rhabileté de la civilisation combinée avec toute la férocité de l'état barbare , et où nous en serions , si un certain événement fortuit n'eût dérangé la marche naturelle et progressive du monde dans celte voie de lumières sans

moralité!

Dès ce jour il n'y a plus que triomphes pour Néron. Thraséa n'est pas mort, que, des portes du sénat où elle attendait la sentence, la foule court aux portes de la ville pour y recevoir le roi d'Arménie, venant rendre hommage à l'universelle suzeraineté de César. Le Parthe Tiridale, à la honte des armées romaines , avait chassé d'Arménie le prince que Néron y avait placé, et Néron l'y laissait dans l'espérance d'une belle fête. En effet , à force de négociations , de prières, grâce à la crainte qu'inspirait Corbulon , Tiridale, s'est décidé à reconnaître la suzeraineté romaine, à déposer son diadème au pied de la statue de Néron , en s'obligeant à venir le reprendre des mains de César. Il arrive donc par terre après un voyage de neuf mois : la religion des Mages lui défend de souiller même d'un crachat les eaux sacrées de la mer (1). H traverse toute l'Italie à cheval , entouré de ses enfants, des princes parthes ses neveux, et de trois cents cavaliers, sa femme à cheval auprès de lui , le visage caché par un casque d'or. Toutes les villes le reçoivent en triomphe aux frais de Néron, et surtout à leur détriment. Chaque jour de son voyage coûte 800,000 sesterces, 160,000 francs (s'il faut en croire Suétone , qui lui-même semble à peine le

croire).

Néron, qui est venu au-devant de lui à Naples, le conduit à Rome. Rome

(t}PUii.,Hi*/.iVa/..XXX,2.

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illuminée , ornée de guirlandes, conspire tout entière pour la fête qui »e prépare. Au milieu du Forum est rangé par tribus le peuple, — portion du spectacle , — en toges blanches , couronné de lauriers ; sur les degrés des temples , les prétoriens avec leurs armes éiincelantes. Le toit des maisons est couvert de jjpectateurs. Le tbéâtre de Pompée est doré tout entier; un velarium de pourpre, semé d'éloiles d'or, au milieu duquel est l'image de Néron conduisant un char, en écarte les ardeur du soleil ; aussi ce jour fut-il appelé la journée d'or. Dès le matin, Néron , en habit de triomphe, vient s'asseoir sur sa chaise curule. Tiridale s'agenouille devant lui, et le peuple, façonné aux acclamalions solennelles , le salue dune clameur si grande, que le barbare en est épouvanté. « Seigneur, dit ce roi d'Orient au citoyen de Rome OEnobarbus, le descendant d'Arsace, le frère des rois parlbes vient se reconnaître ton esclave ; lu es mon dieu, et je suis venu l'adorer comme j'adore le soleil, le dieu invaincu , Milhra. Tu es mon destin et ma fortune. « Néron reprit : « Tu as eu raison de venir me demander la couronne ; ce que n'ont pu te faire tes frères ni ton père, je te fais roi, afin (juc l'univers sache que j'ôte et donne les royaumes. « Tiridate alors monte près du trône, baise les genoux de Néron, qui lui ôte sa tiare et lui met le diadème.

Tiridate repartit avec 100,000,000 sesterces donnés par Néron (ce rusé barbare avait su se faire payer son hommage), n'en méprisant pas moins le princequ'il avait vu jouer sur le théâtre, et qu'il voyait courir sur l'arène avec l'habit vert et le bonnet des cochers. Ce qui nous étonne aujourd'hui dans la vie de celle société, l'étonnait lui-même : il ne comprenait pas que l'âpre soldat , le vieux Romain, Corbulon, restât l'humble sujet de ce comédien; la royauté despotique de l'Orient elle-même ne lui avait pas révélé le secret de l'incompréhensible asservissement des Romains, u Tu as un bon serviteur dans Corbulon, >» mot dont Néron ne comprit pas l'ironie.

Mais Rome a vu assez de fois les triomphes de Néron. La Grèce , patrie des arts , a besoin de lui comme lui d'elle; chaque jour des députés de ses villes viennent lui apporter des couronnes pour des combats où il n'a poinl combattu; il les admet à sa table, et chante devant eux. Ingénieux et servile, l'esprit grec sait trouver encore des formes d'adulations nouvelles quant Rome croit les avoir toutes épuisées , et Néron , enchanté , s'écrie : — Seuls les Grecs savent entendre, seuls ils sont dignes de mes talents et de moi! — Unefbis déjà il a été sur le point de partir pour la Grèce : il parcourait les temples, faisant ses adieux à ses parents les immortels , lorsqu'il s'assit, et, saisi d'une faiblesse subite , ne put se lever qu'avec peine; effrayé de ce présage, il déclara qu'il lui en coûtait trop de s'arracher à l'amour de son peuple. Aujourd'hui quel présage troublerait sa félicité? Son affranchi Uelius sera assez bon pour gouverner Rome, et suivre tranquillement la voie toute tracée des proscriptions. Helius a tous les pouvoirs de Néron, il versera le sang; Polyclète s'emparera des biens ; Rome peut se consoler de l'absence de César. — Que la Grèce donc se réjouisse, son prince lui arrive! Ce n'est plus seulement ce cortège habituel de mille voilures, ces buffles ferrés d'argent, ces muletiers revêlus de magnifiques étoffes , ces coureurs , ces cavaliers africains avec leurs riches bracelets et leurs chevaux caparaçonnés ; c'est de plus une armée entière assex

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uombreuse pour vaincre tout l'Orient, soldats dignes de leur général, qui ont pour arme la lyre du musicien, le masque du comédien , les échasses du saltimbanque. - Que la Grèce se réjouisse! Un hymne chanté par Néron vient de saluer son rivage; le maître du monde lui donne toute une année de joies et d'incessantes fêtes ; les jeux d'OIympie , les jeux islhmiques , tous ceux qui se célèbrent à de longs intervalles seront réunis dansées douze mois; Néron peut bien changer l'ordre établi par Thésée et par Hercule.

Ainsi il parcourt toutes ces saintes villes homériques servilement abaissées aujourd'hui sous la rovauté d'un Osque ou d'un Sabin. Il s'élance dans toutes les lices prend part à tous les combats, toujours vainqueur ; même à Olympie, où sur un char traîné par dix chevaux, le maître du monde s'est d'abord laissé tomber dans la poussière, puis, remis sur son char, s'est trouvé trop ému de sa chute pour continuer la lutte, il n'en a pas moins, à la fin de la course, proclamé, comme d'ordinaire (car il est lui-même son héraut) : » Néron César vainqueur en ce combat donne sa couronne au peuple romain et au monde qui est a lui ! » Ni aujourd'hui , ni dans le passé , Néron ne doit avoir de rival : les statues des vainqueurs d'autrefois sont renversées , traînées dans la boue , jetées aux latrines. L'athlète Pammenès , après de nombreuses victoires , vit retiré vieux et affaibli; que Pammenès reparaisse dans la lice : Néron prétend •lui disputer ses couronnes , et, après l'avoir vaincu , il aura bien alors le droit de briser les statues de Pammenès. Malheur à qui est condamné à être son adversaire! Vaincu d'avance , il n'en est pourtant pas moins expose à toutes les manœuvres d'un inquiet rival, Néron l'observe, cherche à le gagner, le calomnie en secret , l'injurie en public , lui jette des regards où la menace n est que trop éloquente. In chanteur, trop plein de sa gloire, s'oublie jusquâ chanter mieux que Néron ; le peuple lui-même (comme autrefms à Rome , au milieu d'une lecture de Lucain , malgré la présence et la jalousie de Néron , des applaudissements s'élevèrent et perdirent le poète), le peuple artiste de la Grèce écoute ravi , quand tout à coup , par ordre du prince, les acteurs qui jouaient avec ce malheureux le saisissent, l'adossent à une colonne, et lui percent la

gorge avec leurs stylets. „ • i

A Corinlhe, César, qui ambitionne toutes les gloires, se rappelle ce projet plusieurs fois essayé de la coupure du l'isthme, entreprise gigantesque dont la nature a toujours refusé le succès à l'industrie humaine, et que semblait défendre une superstitieuse terreur. Devant les préloriens rangés en bataille, Néron sort d'une tenle dressée sur le rivage, harangue ses soldats , chante un hvmne à Amphitrite et à Neplune , reçoit en dansant, des mains du proconsul, un pic d'or, en frappe trois fois le sol, et recueille quelques grains de poussière qu'il emporte dans une holle , aux acclamations de tout le peuple. Des milliers d'hommes Iravailkrent après lui , soldats, esclaves , condamnes , six mille prisonniers juifs envoyés i)ar \ espasien , bannis ramenés du lieu de leur exil (et i.armi eux le philosophe iMusouius), criminels sauvés de la mort pour venir concourir au grand œuvre de l'empereur. En soixante-quinze jours, on avait ouvert un canal de quatre stades, la dixième partie du travail, lorsque tout à coup vint l'ordre de s'arrêter. - Helius rappelait à Rome son souverain; une conjuration s'y tramait, dhait-il. - «Tu devrai» plutôt souhaiter , lui

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répondait Néron, non que je revienne promptement , mais que je revienne digne de Néron. » II fallut qu'Helius vînt lui-même en sept Jours pour l'arracher à ses triomphes.

Néron fait donc ses adieux à la Grèce, il la proclame libre, exemple d'impôts ; il enrichit les juges qui l'ont couronné. H est vrai qu'il l'a ruinée par son passage, qu'il a donné à toutes les denrées un prix excessif, qu'il a pillé ses temples , qu'il lui enlève cinq cents de ses dieux, qu'il a dépouillé les riches, Irop heureux encore lorsqu'il ne les a pas fait mourir ; que l'absence du spectacle, la paresse à applaudir, le défaut de dilettantisme et d'admiration sont devenus des crimes capitaux. — Mais Rome , sa patrie , est-elle donc mieux traitée ? Chaque courrier d'Helius a|)porle la nouvelle d'une exécution. Néron, de son côté , fait de temps en temps mourir quelqu'un des baunis qu'il rencontre , ou des suspects , qu'il a emmenés avec lui. Deux frères meurent , dont l'union fraternelle parut au meurtrier de Britannicus une conspiration patente.

A son retour de Grèce, Néron manqua périr dans une tempête. Un instant, en Italie , on crut à son naufrage, et on s'en réjouit , joie dont il sut bien se venger. Cependant le sénat , tout en tremblant de le voir revenir, le rappelait de toute l'effusion de son dévouement, et ordonnait pour lui plus de fêles qu'il n'y a de jours dans l'année. Naples l'oisive, comme l'appelait Horace , la ville de ses débuts, le reçoit la première. A Rome, après un étalage de dix-huit cents couronnes qu'il a rapportées de Grèce, sur le char triomphal d'Auguste, à côté du musicien Diodore , on voit venir Néron en chlamyde semée d'étoiles d'or, l'olivier olympique sur la tète, et dans sa main droite le laurier des jeux pylhiens. Après lui sa claque théâtrale, ses Auguslani , au nombre de cinq mille, à la brillante parure et aux cheveux parfumés, qui se proclament les soldats de son triomphe. Une arcade du grand cirque est abattue pour son passage; à droite et à gauche des victimes sont immolées à sa divinité; la terre est semée de safran; on jette sur sa route des oiseaux , des fleurs, des rubans de pourpre, des dragées ; le sénat , Us chevaliers , le peuple , lui acclament en mesure : « Vive le vainqueur d'Olympie ! le vainqueur des jeux pythiens! César Néron nouvel Hercule ! César Néron nouvel Apollon ! seul , dans tous les siècles, il a vaincu dans tous les jeux ! n

C'était bien un triomphe ! Une dernière conspiration avait été découverte et pimie ; le temple de Janus était fermé; Corbulon, qui avait vaincu l'Orient, appelé en Grèce par de flatteuses paroles, avait reçu l'ordre de se donner la mort , et s'était tué , regrettant sa fidélilé trop confiante , et disant : Je l'ai bien mérité! Que pouvait encore redouter Néron? Quel autre César avait eu Rome aussi basse sous ses pieds ? Quel autre avait placé plus haut sur le trône et sur l'autel ses passions, ses folies? Qu'était le triste et vieux Tibère, homme étrangère toutes les joies du pouvoir; qu'était le grossier Caligula qui, après avoir eu trois ans au plus pour jouer quelques farces royales et guerrières , s'était laissé misérablement égorger dans une salle de bain ; qu'était l'imbécile Claude, machine à diplômes et à jugements, auprès du virtuose, de l'orateur, du poète, du lutteur, de l'universel Néron , depuis douze ans maître du monde? Si quelques âmes à part protestaient, par un courage inutile, en faveur de la dignité

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humaine , jamais le grand nombre n'avait mis le front aussi bas dans la poussière que devant l'élève de deux femmes perdues, iépida et Agripinne, devant ce cerveau mal organisé qui n'eut le sens vrai d'aucune chose, ce gamm

déifié, Néron. . . . , , .

Serait-ce l'or qui pourrait lui manquer ? Si le trésor s'épuise, si les chicanes fiscales, suprême expédient des empereurs besoigneux , si de lourdes amendes contre les testateurs ingrats qui n'auront rien légué à César, si toutes ces ressources sont insuffisantes, les dieux lui viendront en aide. Un Africain a rêve que, sous son champ , il voyait d'immenses cavernes , pleines «Je "'"go'» <> «"•' trésors de la reine Didon . que la Providence gardait pour César. Une Botte eiilière est partie pour recueillir ces richesses ; tout un peuple de soldats et d ouvriers tourne et retourne le champ de l'.Uricain. D'avance les poètes chantent la Floire de Néron, pour qui les dieux font naître , dans le sein de la terre, 1 or tout purifié ; et Néron , dans sa foi au songe , jette avec plus de profusion que jamais les petits trésors , que ce trésor colossal va remplacer. - Quand , après bien des recherches , l'or ne se trouva pas, le songeur n'eut d'autre ressource

que de se donner la mort (1). ■. jt,„Kii

Les dieux manquent de parole, les délateurs nous consoleront de la désobl peance des dieux; la concentration que , dans les derniers temps de la repu- S,e a reçue la propriété territoriale, est merveilleusement favorable au genre de perception qu'exercent les délateurs. Les vastes domaines ont perdu nialie dit Pline , ils perdent les provinces (2), et le supplice de six grands propr ;es a rend'u Néron possesseur de la moitié de ''Af"*.-- « paye sep millions sest. le délateur qui a fait condamner un Crassus ; quelles richesses ne lui a donc pas rapportées la condamnation de ce Crassus .

Néron crie largesse! A toi, gladiateur, la maison de ce consul! A toi, loueur de flûte, le patrimoine de ce triomphateur ! Accourez, favoris courtisans, pantomimes, conviés au banquet de la confiscation I Ses esclaves ™ mes ont des V rgers, de piscines ; un d'eux, qui a été intendant d'armée , s'est racheté au prifde 'treize million; sest. (2,600,000 francs). Durant son régne , Néron aura distribuée ses amis plus de 400 millions de francs.

Et quelque chose pourtant manque à Néron. Celte passion de 1 impossible ,

dont i'ai tant parlé, n'est pas seulement une passion des Césars, mais une pas-

ion e ôus L Romains" chacun dans sa sphère subit ce fa.a instinct^ Tout

labeur d'une civilisation de cinq ou six siècles, en Grèce, en Italie, en Orient.

labeur plein de génie, mais sans moralité et sans vérité, n'a d""-: «bou ' ^u a

faire rêver de plus chimériques rêves à quelques miniers d'oisifs Romains , i

ur nvemer Ses extravagances et des infamies nouvelles, des aliments nou-

vlx pour une curiosité surhumaine, un êgoisme divin et un matérialisme

IranscenTamal que rien au monde ne peut contenter I Cette passion sera surtout

cène de Néron -rien ne le touche comme grand et beau , mais comme .nom

e dans le sens latin du mot, comme monstrueux. C'est une Persuasion et une

plénitude de sa toute-puissance , qui essaye pourtant si, à quelque combat, elle

(l)>/nna/., XVI,1.-Snët.,31. vviil fi ^

(3> Latifundia pcrdidere llaliam , jàm et provincia». (PUii., XVIU , e. )

L£S CËSAilS*

LES CÉSA.RS.

peut être vaincue : organisation misérable après tout , à qui il fallait un tel pouvoir pour s'élever, même dans le mal ; nature cruelle, faute de pouvoir être forte; gigantesque, faute desavoir èlre grande; puérile, malgré tant de crimes !

Qu'est-ce pour lui que la profusion et le luxe? Ne mettre jamais deux fois le même habit, pêcher avec des filets dorés et des cordons de pourpre, jouer 400 sesterces sur chaque point de ses dés , avoir pour ses histrions des masques, des sceptres de théâtre tout couverts de perles : c'est être riche, el voilà tout. Ses amis ne lui donnent-ils pas bien, par son ordre, des festins où l'on dépense pour 4 millions sesterces en couronnes de soie parfumées? Poppée n'avait-elle pas des mules ferrées d'or, et cinq cents ânesses ne la suivaient-elles point partout pour remplir de leur lait la baignoire où son teint venait chercher la fraîcheur ? N'est-ce pas Olhon qui lui enseigna, à lui César, à parfumer la plante de ses pieds? et lorsque la veille Othon, soupant chez César, avait eu la tête aspergée de parfums précieux , le lendemain, César, soupant chez Othon, ne voyait-il pas de tous côtés des tuyaux divoire et d'or verser sur lui une vaporeuse et fragrante rosée (1)? Le fasle et la grandeur courent les rues de Rome.

Oue Néron soit le premier artiste de son siècle ; que des autels fument partout en l'honneur de sa belle voix, (jui , malgré tant de soins et d'études , malgré un esclave sans cesse debout près de lui pour l'avertir de ménager ce don précieux, est fausse, sourde et fêlée ; qu'il joue tous les rôles de héros ou de dieu, d'homme ou de femme, Tuêrae de femme grosse et en mal d'enfant sur la scène, si bien qu'on demande : « Oue fait l'empereur? — Il accouche ; » — que même, faute d'autres, il rencontre parfois une ambition plus digne; qu'il envoie à la recherche des sources du Nil, grand problème géographique de l'antiquité; qu'il médite une expédition contre l'Ethiopie; qu'une armée se prépare à aller aux portes Caspiennes soumellre les peuples inconnus du Caucase ; que déjà, sous le nom de phalange d'Alexandre, une légion d'hommes de six pieds soit enrôlée : tout cela, c'est talent, c'est pouvoir, c'est chose que l'homme peut faire. Mais lui , il est dieu ! Le sénat lui décerne des autels comme s'étant élevé au-dessus de toute grandeur humaine (^). Il est dieu: les poëtes le lui redisent avec cet excès de déclamation et d'hyperbole dont peut être capable uneàme servile et une poésie dégradée : « Lorsque, ta carrière achevée en ce monde, tu remonteras tardif vers la voùle céleste soit

que tu veuilles tenir le sceptre des cieux, soit que, nouveau Phébus, tu veuilles donner la lumière à ce monde que n'affligera j»as la perle de son soleil, il n'est pas de divinité qui ne le cède sa place, et la nature te laissera prononcer quel dieu tu veux être , où tu veux mettre la royauté du monde.... Ne te place pas à une des extrémités de l'univers; l'axe du monde perdrait l'équilibre et serait entraîné par ton poids. Choisis le milieu de l'élher, et que là le ciel pur et serein n'ofifusque d'aucun nuage la clarté de César !.., »

Ainsi parlait Lucain, le philo80|»he, l'admirateur de Pompée et de Calon , au temps où Néron lui laissait lire ses poëmes en public. Plus lard, il est vrai,

(l)Platarq., In Galba.

(1) Taaquàm humiaum fattigium egreaso. [ Ticit». )

lorsque sa poésie fut confinée dans le silence du cabinet , il déclama contre la divinité des tyrans, blâma la lâcheté des peuples qui « ne savent pas que l'épée leur est donnée pour que nul ne soit esclave , » et conspira avec Pison pour le renvoi de son dieu à l'Olympe. Au moins la flatterie délicate d'Horace voilait, sous un nuage de poésie mythologique , ce qu'avait de révoltant la divinité de son Auguste ; mais cette adulation des basses époques de l'empire , sans mesure et sans pudeur, d'autant plus qu'elle est sans talent et sans foi , outrant tout parce qu'elle ne croit à rien , et mettant d'autant plus volontiers 1 homme à la place de la Divinité qu'elle n'honore pas la Divinité, a un caractère particulièrement misérable qu'on reconnaît, ce me semble, dès les premières

'*^Au88i Néron croit-il à sa divinité. Un naufrage lui enlève des objets précieux : Les poissons, dit-il, me les rapporteront. Le monde plie si profondément sous ses lois ' non , « les princes ses prédécesseurs n'ont jamais su tout ce qu il leur était permis de faire. » L'art a su le servir d'une façon si miraculeuse ! non, ! ce qu'il a ordonné ne peut être impossible (1) « : et un Grec homme d esprit , qui lui a promis de s'élever sur des ailes, se fait nourrir dans le palais en nttendant au'il devienne oiseau (2).

Les raeneilles de son palais ne suffisent plus à Néron. Oue Rome s' lende jusqu'à l'embouchure du Tibre , et qu'un vaste canal mène les flols de la mer battre les vieilles murailles de Servius Tullius ; qu'une piscine immense , cou- V te d'une voûte , et bordée de portiques , s'étende de Misène au lac Averne*, Terve de réservoir aux eaux chaudes de Baya; que de là, un canal de 160 m lies (53 lieues) , assez large pour le passage de deux grands navires , le à ira ers des très arides, de hautes montagnes et le sol detremp des m :;is PoiUins, Joindre le port d'OsUe : entreprise ruineuse don^ a ^

^ •„« i«c vPcfuTPs César, comme dit Suétone, a une passion,

rsT pa sfo,: . ie 'egloire et d^immortalité. 1. a égalé Apollon par Ton chant eSoei par so^ talent ù conduire un char; il veut être Hercule, et un lion est plaré (bien préparé sans doute), qu'aux premiers jeux de l'arène n dôr seul et sans rmes assommer de sa massue ou étoufîer en ses bras.

oûa'n aux dieux ses frères, il n'est pas de jour où son o.gue.l ne les msull , „i^, a blesse ne tremble deiant eux. Au scandale de Rome, et au risque de la filre sSne ns l'eau sacrée de la fontaine Marcia; - mais il redoute ïs 0 P les présages le rendent pâle. H a longtemps adoré la d esse Syrienne; - rif eue tombe e'n disgrâce, il la souille de son urine. Il P-fane l'oracle de Delphes viole une vestale ; - mais une petite statue de jeune hUe , talisman donné n'a un homme du peuple, a remplacé Astarté disgraciée, et, comme peu Înrès une con P^ation s'est découverte, Néron fait d'elle le plus grand de ses dLx lui sacrifie trois fois par jour, et lui demande la science de l'avenir. "' M i's ce' qTe it lété ne lu'i fer^a pas oublier, ce que la ^"^^^^^^ écarter de lui , c'est l'ombre d'Agrippine qui le poursuit avec les foueU et les Sches des furies. Aux portes d'Athènes le souvenir d'Oreste et des tuménules ,

(1) Nil non fieri posse quod jussÎMCt, (3) Dion. Chrysost., Orat., 21.

LES CÉSARS

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aux portes 'de Lacêdemone le nom de Tauslère Lycurgue l'a arrêté ; à Delphes , Toracle l'a comparé aux Alcméon et aux Oreste meurtriers de leur mère, et , dans sa colère, il a confisqué les terres du dieu , fermé Touverlure souterraine par où la prêtresse recevait l'inspiration. Bizarre mélange d'audace et de crainte! le sénat le félicite et le monde Tadore; mais, lorsqu'il est venu à Eleusis et qu'il a entendu le héraut écarter de ces mystères, révérés encore, les impies et les scélérats, le matricide s'est humblement retiré sans oser demander l'initiation.

Il tourne les yeux vers l'Orient , dont les sciences occultes sont , pour ce siècle, un objet de craintive curiosité. Tiridate lui a amené des magiciens. La divination par Pair, par le feu, par les étoiles, par les haches, parles lanternes, l'évocation des morts, le colloque avec les enfers^ il veut tout apprendre d'eux. Avec eux, il conjure l'ombre d'Agrippine, lui offre des sacrifices, immole des hommes à leurs expériences, curieux et ardent à cette étude (1), autant même quMI le fut à celle du chant , tant il voudrait faire violence à la nature et s'élever au-dessus des lois de l'humanité ! Mais la magie n'est qu'une chimère ; son crime est de ceux que l'antiquité déclare inexpiables, et pour lesquels, en effet, elle ne sait pas d'expiation.

Ainsi, au suprême couronnement de celte société que j'ai montrée ayant pour base le droit absolu de l'homme sur l'homme et s'échelonnant ensuite de servitude en servitude, s'agite une perpétuelle orgie, les Sénécion, les Tigellin, les Poppée, le Triboulet de cette cour, le fou bossu Vatinius, toute la fastueuse valetaille du palais ; orgie vulgaire , si monstrueuse qu'elle soit, qui court la nuit, brisant les boutiques et insultant les femmes ; qui, assise sur des vaisseaux garnis d'or et d'ivoire, descend le fleuve en face d'un rivage semé de retraites infûmes et au milieu des appels de la débauche, ou, à la fin d'un souper de douze heures , se jette de main en main la hache sanglante qui gouverne le monde : — et au milieu d'elle , mais non au-dessus, — un personnage flasque et mal proportionné, au cou épais , à la peau tachetée , au ventre proéminent, aux yeux vert-de-mer, louches, clignotants et hagards, avec une coiffure étagée et relevée en chignon derrière la tête, des pantoufles aux pieds, une étoffée épaisse autour du cou, une longue robe de festin, lâche et toute parsemée de fleurs; une femme en un mot : — Néron.

Tel est le monde romain, la consommation de toute l'antiquité : le culte des Césars est le dernier degré de l'idolâtrie, c'est-à-dire de Tadoration de l'homme et de l'adoration du mal : les mœurs de leur époque sont le dernier degré de l'impureté, de l'inhumanité et de la division, les trois grandes conséquences de l'idolâtrie. « Œuvres de la chair, oubli de Dieu, souillure des âmes; trouble des naissances, inconstance des mariages, empoisonnements, sang et homicides, larcin et tromperie, orgies, sacrifices obscurs, veilles pleines de folie, hommes tués par la jalousie ou contristés par l'adultère... toutes choses confondues,... et une grande guerre d'ignorance que la folie des hommes appelle la paix (2)! « il semble que ces traits des livres saints aient été écrits pour prophétiser et

(l)Plin., XXX,2.-Suét.34.

(2) Galat., V, 19 et suiv. — Sapienl., XIV, 22 ctsui?.

pour peindre le siècle ans Césars. — Et d'un autre côté , « tous les fruits de l'esprit : la charité , la joie , la pabi, la patience , la bienveillance, la bonté la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la tempérance, la chasteté (1) ;» les quatre caractères opposés aux quatre caractères de l'antiquité : la foi pure à l'idolâtrie, la charité à l'esprit de haine, la justice à l'homicide, la chasteté à la corruption; voilà quelle guerre commence aujourd'hui!

Né en même temps que le christianisme, comme une inspiration du mal suprême pour combattre le suprême bien, le pouvoir des Césars fut satanique dans son essence. Ce trône d'où Néron s'entendit appeler dieu , et se proclama dispensateur des couronnes, me représente, si j'ose le dire, le pinacle du temple où Satan plaça le Sauveur , et d'où il lui fit voir tous les royaumes de la terre, en lui disant : « Tout ceci est à moi , el je te le donne si tu tombes à mes pieds et si lu m'adores. « Comme le Salan de Milton, qui porte en lui l'enfer tout entier, César, rincarnalion du mal, le Satan terrestre, i)orte sur sa tête une triple couronne d'orgueil, de danger et de remords, dont nul front ne fut plus étroitement ceint que celui de Néron. Son inquiétude et sa peur étaient gigantesques comme son pouvoir ; il se sentait, comme dit le poêle , « api)uyé sur des étais chancelants , et sentait trembler sous lui le faite d'où il voyait le monde à ses pieds ! » Le moment approchait où ses prétoriens allaient lui apprendre que « l'épée, une fois tirée , apparlient au soldat el non au chef (:2). « Le monde le soutenait tout en le subissant; pour que Néron tombât , le monde n'avait qu'à se retirer. Remarquez l'expression de Suétone et des autres historiens : « Après l'avoir souffert près de quatorze ans , le monde le quitta (3); » mol qui , vous allez le voir, raconte à lui seul la chute de Néron.

D'où sa ruine pouvait-elle venir? Du parti sloïque et patricien? Ce parti s'était reconnu im|)uissant à la guerre civile. Du peuple de Rome ? Du sénat , de Tarmée, des provinces ? Disons ce qu'élait tout cela , et surtout le peuple, incompréhensible au premier coup d'oeil dans Thistoire des Césars , où il apparaît tanlôt faclieux et redoutable, tantôt flatteur et méprisé.

Mais d'abord, quelle grandeur n'a pas à elle gens qui l'applaudissent , même sans intérêt et de bonne foi? Au 8 thermidor, il y avait un peuple pour encenser Robespierre à sa fêle des Tuileries ; au 9 thermidor, un autre peuple pour le maudire sur l'échafaud de la place Louis XV. Pénétrons plus avant. Un passage précieux de Tacite nous montre le peuple de Rome divisé en deux classes (4) : l'une dépend des sénateurs ou des chevaliers, est cliente des grandes maisons, mange leur pain , pense avec elles , n'a pas besoin de César, et par conséquent le déteste; l'autre partie du peuple, au contraire (depuis que l'aristocratie n'est plus assez riche pour nourrir le peuple tout entier), n'a de patron que César; elle le craint peu , par conséquent elle l'aime j « mau-

(1) Galat., V, 22-23. - Saplent., XV, 5.

(2) ScU non esse duels, strictos, sed militis , enses.

(LucAiw, Phars., V.)

(3) Suét., 40. — Tacit., Hist., l , 4. — Eutrope. (4)Tacit., Hiii.,l,S.

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