SusTONiû. Vie de Néron, ch. ZLVii
VIE DE NÉRON
et prit la faite, lui quatrième, arec Sporus qni lai resta fidèle jasqa’à la On. Il sortit de Rome par la porte Salare, traversant la ville une seconde fois, et je me persuade qu’il prit ce chemin pour aller de nouveau frapper à la porte de Tigellin. L'espoir de le trouver fidèle trompait encore sa douleur. A peine hors des murs, il sentit trembler la terre, vit briller un éclair et fut saisi d’épouvante. L’ancienne voie Salaria qu’il suivit inclinait à droite vers le camp des prétoriens. Il entendit les cris des soldats exaltés par les fausses promesses de Nymphidius; ils faisaient des vœux pour Galba et proféraient contre lui des imprécations. Un voyageur dit en voyant sa petite troupe, voilà des gens qui cherchent Néron. Un autre lui demanda ce qu’il y avait de nouveau à Rome. Son cheval sentit un cadavre abandonné sur la route et fit un écart. Le mouchoir qu’il tenait sur son visage étant tombé, un prétorien le reconnut et le salua par son nom. Parvenu à un chemin de traverse qui de la grande roule allait à la villa de son affranchi, il renvoya les chevaux et s’engagea nu-pieds dans un sentier couvert d’épines à travers un champ de roseaux. Forcé d’étendre son manteau devant lui pour marcher dessus, il arriva péniblement derrière les murs qui entouraient la maison. Il était jour, quoique de grand matin, et Phaon pressa son maître de se cacher dans une carrière de sable. Néron s’y refusa disant qu’il n’irait pas s'enfermer vivant sous la terre. Il attendit qu’on eût pratiqué dans le mur un trou assez large pour le faire entrer dans la maison sans être vu des esclaves. Il puisa pour la boire, dans le creux de sa main, un peu d’eau à une mare à côté. « Voilà, dit-il, les rafraîchissements de Néron! » puis il arracha les épines et les ronces qui s’étaient attachées à son manteau. Enfin, il se baissa et, marchant sur ses mains pour s’introduire dans le passage qu’on venait de
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praliquer, il enlia dans une jielile chambre d’esclave. Là, s'élant couché sur un grabat garni d’une méchante couverture, il dit qu’il avait soif et qu’il avait faim. On lui-présenta un pain grossier, il le refusa; mais il but un peu d’eau tiède. Les amis qui l’entouraient le prièrent alors avec instances de se soustraire auit outrages qui le menaçaient.
Ceux qui avaient suivi Néron jusques-là se liâtaient de pourvoir à leur sûreté; ils voulaient se dégager au plus vite d’une ruine dont le dernier écroulement pouvait les écraser. Néron, au contraire, ne pojivait se persuader que l’affection de la multitude, qui n’avait déserté ni Claude ni Caligula luimême, ferait défaut au dernier des Césars, é celui qui avait le plus aimé le peuple romain. À.u milieu des dangers qui l’entouraient et dans le désordre des circonstances, son instinct l’eût sauvé s’il avait pu gagner une retraite sûre et prolonger sa vie de quelques jours. Il ordonna de creuser une fosse sur la mesure de son corps, de disposer au fond et sur les parois quelques plaques de marbre s’il s’en trouvait; de porter l’eau et le bois nécessaires pour lui rendre les derniers devoirs. A chaque ordre qu’il doqnait, dit Suétone, qui veut le montrer lâche et méprisable, il se lamentait cl répétait ces paroles : • Quel artiste, et je meurs * !...»
Cependant, un courrier de Phaon vint lui porter une lettre; Néron s’en saisit et la lut. On connut alors à n’en pas douter qu’il n’avait plus rien à espérer de personne. Pendant qu’il se cachait dans la maison do son affranchi, le sénat s’était assemblé. La défection des prétoriens avait entraîné le sénat et le peuple, l’encens fumait dans les temples, les ci-
1. L*i>is(orion qui nouiv donne sur celle mort tant de details précis, est un employé (Je Doraitien; les Parihcs menaçaient Rome d’un faux Néron. Prouver que le dernier César était bien mort et mort Mcliement, c'était mériter la faveur du prince. •
— Digitiaao-by
VIF. DK NÈHON
lüvensiilaient dans la joie; jilusieurs s'élaienl coiffés du bonnet de la liberté comme au jour de raffranchissemenl. Galba était proclamé empereur et revêtu de tous les titres qui constituaient le pouvoir suprême. Quant à Néron, il venait d’être déclaré, par le sénat, ennemi public, et comme tçl, condamné à être puni selon les anciennes lois.
Néron se fit expliquer quel était ce supplice exceptionnef que lui infligeait ce sénat naguère flatteur, servile et tremblant devant lui. On lui apprit qu'il consistait à dépouiller le criminel de tous ses vêtements, à lui serrer le cou entre les dents d’une fourche et à le mener ainsi par la ville en le battant de verges jusqu’à la mort. Saisi d’épouvante, il prit deux poignards qu’il avait apportés, en éprouva la pointe, et'les ayant remis dans la gaîne, il dit que l'heure fatale n'était pas encore arrivée.
Tantôt il exhortait Sporns à commencer les lamentations des funérailles; tantôt il demandait qu’on lui donnât l’exemple d’une mort courageuse. Par moments, il se reprochait sa faiblesse : .« Je traîne, disait-il, une vie honleusc et misérable. » Puis il ajoutait en grec : « Cela ne convient pas, c’est indigne de Néron. Il faut prendre un parti, allons, réveille-toi. » Dès ce moment cessent les plaintes et les regrets qu’il adre.ssait à son art plutôt qu’à la vie. On voit qu’il domine le danger. Les cavaliers chargés de le ramener vivant arrivent bientôt près de sa retraite. En entendant les pas des chevaux, il cite un vers d’Homère * , ce qui n’est pas le fait d’un homme qui tremble devant la mort. Bientôt la maison de l'affranchi
l. Voici quel esl le sens du vers d'Homère :
« J'enleods les pas des chevniix frèmis.sants. •
IrfTTwv xTVWo; fifltXÀii,
Iliade^, ihnnt x, vers 3>U).
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fui cernée; Néron comprit qn’rl était perdu. Il recommanda aux personnes qui l’entouraient de ne pas livrer sa tète à ses ennemis cl de brûler entièrement son corps. .\u.ssitûl après, il se perça de son poignard. Dion ajoute qu’Êpaplirodilc, son secrétaire, Uaclieva '.
11 respirait encore quand le centurion chargé de le saisir arriva. Pour obtenir de Néron qu’on arrêtât le sang et qu’il loi permît de panser sa blessure, cet homme feignit d’étre venu à son secours. « Il est trop lard, lui répondit Néron. Voilà donc votre fidélité 1 » Après ce reproche, digne d’un empereur, il expira les yeux grands ouverts, fixes et menaçants jusqu’à glacer d’épouvante ceux qui renlonraient.
Aussitôt que la nouvelle certaine de la mort de Néron se fut répandue dans Rome, les colères et les haines dont ce prince était l’objet s’évanouirent pour faire place à la consternation et . aux regrets Ses funérailles furent aussitôt célébrées sansopposition et avec pompe*. La faveur populaire protégeait sa mémoire. Acté reparut alors pour rendre à Néron les derniers devoirs. Elle fut assistée par les deux nourrices qui avaient élevé l’enfance de Lucius. Le corps fut brûlé dans le Champ-de-Mars, peut-être dans le bustnm des Césars. Les femmes restées fidèles à la mémoire de Néron recueillirent scs restes, puis elles allèrent les déposer en pleurant dans le tombeau des Üomilius qui s’élevait sur la colline des jardins. Le malheureux Sporus éhiit là, témoignant aussi de sa fidélité et de son affection, bien étranges à côté de tant d’infamie. Le bûcbcr de Néron fumait encore que Nymphidius, irrité dans sa jalousie
1. Ipse sibi manus atlulit....* quumquc æ^rc morerctur Epaphrcniiia cum confecil. Dion Oassiüs. Liv. I..X111, ch. xxu. Tratluct. de F.-G.Sluriee. Luipzii*.