I. .V'C dufuil liJc.s TACirn..liiH., liv. .\H|, ri
VIE DE NÉRON
Il cul d’aulanl plus de mérite à se prononcer pour la bonne cause et pour le bon droit, que Sénèque, avec sa philosophie et son aulorité de pédagogue, continuait à régenter son élève, et n’avait rien de fort attrayant. Il pria Néron de l'excuser s'il mangeait seul, chez lui, pour donner plus de temps aux allaires, au lieu de paraître à la table de l'empereur; il l’avertit même de n’avoir plus à l’embrasser quand ils seraient en public*. Burrhus, de son côté, était d’une franchi.se un peu rude. Néron eut à lui ]trésenter une affaire importante dans un sens qu’il désirait faire prévaloir; il trouva le préfet du prétoire tout à fait contraire a son ojiinion et il n'insista pas. A quelque temps de là, croyant le moment favorable, le prince lit une seconde tentative auprès de Burrhus; celui-ci l'arrêta tout court : « Quand j’ai donné mon avis sur une question, lui ditil, inutile de m’en parler une seconde fois. »
Tels étaient les hommes que Néron, jeune, entouré de Batteurs et de séductions, secondait et maintenait contre l’ambition féroce d'Agrippine, pour faire prévaloir une bonne administration
Parfois il eut à défendre la majesté de l'empire que sa mère foulait aux pieds. Un jour que César, assis sur son trône, recevait les ambassadeurs du roi d'Arménie, on vit arriver de loin en grande pompe Agrippine qui venait prendre (ilace auprès de Néron. Pour sauver de cet outrage la dignité impériale qui allait être avilie devant ces étrangers, Sénèque se pencha vers le prince et lui dit quelques mots à voix basse ; Il fut compris. Néron se leva tout à coup et, feignant d’aller au-
I. Diox Cassivs dit : liv. LXI. ch. x, qu’il ne comprend pas pourquoi Sem'que vouhiit échapper aux soupçons qui avaient poursuivi Socrate, à pro'pos d'Alcihiadü.
3. Certamen utrique unum erjt contra ferociam Agrippinæ. Tacite. Anit., liv. XIII, ch. II.
VIE DE NÉRON
devant de sa mère pour l’embrasser, il l’éloigna respectueusement du trône où elle prétendait s’asseoir.
Une entente si prompte et dans un pareil moment contre une personne du caractère d’Agrippine, prouve que César et ses ministres s'étaient déjà concertés pour réduire dans de justes limites l’influence de cet esprit dominateur.
C’est ainsi que Néron, après avoir sauvé l'État et lui-même de la tyrannie maternelle, donna la prépondérance à des hommes plus capables d’exercer l’empire que d’être agréables à l’empereur, .\utour de lui, cependant, s’agitaient en grand nombre les flatteurs et les ambitieux qui auraient voulu l’affranebir de ses ministres et d’Agrippine à la fois. Non-sculeraciit il sut résister aux influences de scs amis, mais il maintint aux affaires Sénèque et Burrhus qui gouvernèrent dans l’intérêt public. « Néron avait naturellement de la grandeur d’âme, » de la libéralilé jusqu’à la profusion, il ne manquait ni do • cœur, ni do vivacité d’esprit, ni de capacité pour apprendre. » L’historien recommandable par sa vaste érudition et sa haute probité, qui juge ainsi Néron après avoir recueilli et pesé tous les témoignages 1, l’accuse en même temps d’aimer les plaisirs et de s’y livrer avec toute la fougue de son tempérament et de son âge. Pouvait-il en être autrement? Néron était placé de manière à n’avoir près de lui p' ur régler sa conduite ni l’exemple, ni les leçons, ni le frein.
Burrhus et Sénèque ne trouvaient pas mauvais que le prince vécût avec ses intimes dans une licence secrète et contenue qui l’éloignait de plus grands excès. Agrippine seule, indignée de voir diminuer son crédit, blâmait une conduite légère qui échappait à son influence, elle qui aurait approuvé des
1. Lr Nais iiK Tiélemost. niatoirf des Empereurs HommnitSéron.tom.l*^$ pag. ï«l.
lia
VIE DE NÉRON
crimes commis sous sa direction. Sollicité par ses joyeux amis, encouragé par la faveur du peuple, enivré de sa gloire et de son pouvoir, Néron se laissait entraîner sur une pente irrésistible.
Il n'était pas entouré de ce que la jeunesse romaine avait de plus considérable dans les grandes familles patriciennes ; les héritiers des vieilles races, débris des proscriptions et négligés par l'empire, se tenaient à l'écart, silencieux, inutiles et mécontents; des hommes nouveaux, des familles d’une illustration récente, formaient la jeune cour de Néron, et comme il s'était vu, dès l'origine, abandonné à des subalternes et pour ainsi dire jeté dans la foule, les nécessités politiques qui éloignaient de lui la haute aristocratie romaine ne ble.^saient ni sa fierté ni ses goûts. Ses amis d’enfance, plus tard adolescents associés à ses études, devinrent les familiers du prince. Jeunesse intelligente, instruite, passionnée; mais ayant plusd'éclal et de fougue que de noblesse et de gravité.
Quand Agrippine ou Sénèque, chacun à son heure et pour des motifs différents, venait troubler Néron dans ses plaisirs, les amis du jeune prince n’oubliaient rien de ce qui devait l'exciter à secouer le joug. « Pourquoi souffrez-vous ces re-^ » proches? lui disaient-ils; les craignez-vous? ignorez-vous » que vous êtes César?' • Rien de plus facile pour Néron que d’affirmer sa puissance et de faire prévaloir sa volonté. Burrhus et Sénèque l’avaient affranchi de sa mère, Agrippine et Pallas auraient, sur un signe de lui, brisé Sénèque et Burrhus; ses amis impatients l’auraient, s’il l’eût voulu, sauvé de scs ministres et de sa mère. C’est donc une opinion fausse, énergiquement repoussée par les faits,que de montrer .Néron