CHAPITRE IV
UOHT DE finiTÀNIUCUS — DISGHACE d'aGHIPFINE
Locuste établit son laboratoire au Palatin. — Grand repas donné par Néron.
— De quelle manière liritannicus est enipuisonné.— Dévouement de Titus. • «oiisternatiun d’Agrippine. — Funérailles de Uritaiinicus. — Les politiques approuvent Néron. — Agrippine conspire contre son lils. — .Néron relègue sa mère dans la maison d’Antonia. — Isolement d’Agrippine. — Dénonciation de l’acteur Péris. — Néron ordonne de tuer sa mère. — Sénèque et üurrinis le calment. — Fierté d’Agrippine sommée de se jiislilier. — Elle voit Néron et obtient tout de lui. — Durrbus objet d’une délation. — Néron, grand pontife, purifie la ville.
Apri'is la mort de Claude, Locuste l’em|ioisonneuse éUiit restée sous la g.srde de Pollinn, tribun d’une coliortc prétorienne. Néron l’avait vue à l’œuvre, et sa mère, en l’initiant à toutes scs scélératesses, avait mis les instruments du crime dans les mains d’un enfant. 11 fit venir secrètement Locuste et Pollion : on tint conseil, et la mort de liritannicus étant déjà résolue, on discuta sur les moyens à prendre pour l’exécution. Les leçons et les exemjiles (|u .\grippine avait donnés à son (ils, les dangers qu’elle lui faisait courir, les nécessités politiques qui l’entouraient, la haute opinion que Sénèque lui donnait de sa puissance, avaient conduit jusiiue-là Néron, cinq mois après qu'il était monté sur le trône. Le jeune
lis
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prince, qui s’amusait naguère’ à élever des oiseaux, à lancer sur le marbre de petits chars d’ivoire, et qui refusait de signer un arrêt de mort, maintenant retiré dans une chambre secrète du Palatin, délibérait la nuit, en compagnie d’une empoisonneuse célèbre, sur la manière dont il fallait empoisonner son frère. La dissimulation et le secret les plus absolus étaient
nécessaires pour fra[iper ce coup terrible sans éveiller les 7
soupçons d’Agrippine attentive et irritée. Les mêmes hommes qu’elle avait placés auprès de Brilannicus pour le surveiller, ^ servirent d’agents à Néron pour attenter à la vie de son frère.
On fit une première tentative chez Britannicus pour qu’il parût mourir victime d’un crime domestique; mais il n’en ressentit qu'une indisposition légère et se rétablit si promptement que Néron se crut trahi. Dans la frayeur que lui inspirait la conspiration de sa mère en faveur de Britannicus, il devint implacable, il avait hâte d’être en sûreté. Locuste comparut devant lui; Néron s’oublia jusqu’à la frapper, il l’accusait de trahison et la menaçait de l’envoyer au supplice. Celle-ci se justifiait par l’intention qu’elle avait eu d’éloigner tout soupçon de César en dissimulant la force du poison. • Je crains peut-êtie la loi Julia ! répondit Néron en colère. ■ Sénèque lui avait appris qu’il était au-dessus des lois, et Rome partageait l’opinion de Sénèque.
Cette fois Locuste établit son laboratoire dans l’appartement même de Néron; elle concentra les poisons, et les travailla de manière à les pousser jusqu’à leur plus grande puissance.
Après [ilusicurs essais sur des animaux qui mouraient trop lentement, on en fit un dernier dont l’effet terrible et soudain parut satisfaire Néron. 11 décida qu’on donnerait ce poison à Britannicus, dans le palais même et sous ses yeux.
y était d’usage gue les princes de la famille impériale fus-
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sent admis à la table de l’empereur avec les enfants de noble maison dont les parents avaient la faveur du prince. Un de ces grands festins fut ordonné, Agrippine et Octaviey assistèrent, assises à côté de Néron.
Couché lui-même sur ces tapis de Babylone, il était entouré de ses familiers, de son frère, de leurs amis communs placés à de petites tables. A côté de Britannicus on voyait le fils aîné de Vespasien, que la gloire naissante de son père et sa propre valeur signalaient à l'attention publique; on admirait déjà dans Titus sa bonne mine, son adresse aux exercices du corps, l’agrément de son .entretien et le charme de ses manières, mélange d’alTabilité et de distinction ; mais ce qu’il y avait de plus exquis dans ce cœur généreux, c’était l'amitié fidèle dont il honorait la détresse de Britannicus. Plus lard, quand il fut empereur, il se souvint du malheureux prince qui était mort dans ses bras, et lui fit élever une statue.
.Agrippine’ et Nécon, encore sous l’impression de la scène violente provoquée par la disgrâce de Pallas, étaient tourmentés d’ambition et de crainte. Ils devaient s’observer; et ceux qu’ils avaient mis dans la confidence de leurs projets, partageaient, sans doute, leurs préoccupations Élevé par sa mère à récol.e du crime, et forcé de dissimuler [jonr frapper sûrement, Néron ne laissa voir sur son visage rien qui pût faire pressentir sa vengeance. Octavie, son frère, Agrippine elle-même'élaienl sans défiance, et la bonne chère, le service des esclaves autour des tables, la conversation des convives avaient leur train et leur aspect ordinaires. Cependant l’ordre fatal allait s'exécuter. On prépare pour Britannicus un breuvage trop chaud. Un des misérables qu’.Vgrippine avait placés auprès de lui, consent à .se brûler en goûtant d'abord la boisson comme il était d'usage, puis il la présente au prince, qui, ne
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pouvant la supporter, rend sa coupe à l’échanson. Celui-ci verse alors de l’eau fraîche dans le breuvage pour le refroidir : c’était là qu’était le poison. Si Brilannicus eût obligé l’esclave à faire l'épreuve une seconde fois, il était sauvé; mais jeune, sans défiance, abandonné à la joie, il but ce qu’on lui présentait. A l’instant même il tomba foudroyé. Il perdit à la fois la parole, le souffle et le mouvement.
A ce coup inattendu, les uns se lèvent et prennent la fuite en poussant des cris, les autres s'empressent autour de Britannicus; mais les habiles se taisent et restent immobiles en regardant Néron. On dit que Titus, entraîné par son dévouement, approcha de ses lèvres la coupe renversée pour donner vite le remède s’il parvenait à connaître le poison ; il en but quelques gouttes, et pendant plusieurs mois il resta pâle et mourant*.
Calme au milieu de ce tumulte, Néron reste couché sur son lit et rassure ses convives. • Ce n’est là qu’uti évanouisse- » ment, une indisposition passagère, à laquelle Britannicus » est sujet depuis l'enfance. 11 va reprendre scs sens, que le » repas continue. •
Pendant qu’on emporte Britannicus, les pon vives essaient envain de se rassurer. Au désordre succède un silencede terreur. Octavie se tait, .Agrippine est consternée! Ce fut alors que cette femme, dont l’orgueil et la volonté n'avaicntjamais fléchi,, comprit pour la première fois qu’elle était déchue et i|u’elle avait un maître, maître d’autant plus terrible que ses leçons et ses exemples l’avaient formé. Elle dut se souvenir alors de la prédiction des astrologues, lui annonçant que son fils régnerait et qu’il lui donnerait la mort. Si Néron pouvaitdirequeBritan-
i. SuÊTovE. Fié de Titus, ch. ii.
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nicus était épileptique, c’est qu’Agrippine avait fait courir ce bruit; s’il employait Locuste, c'est qu’.Vgrippine l’avait introduite au Palatin; si des traîtres, capables de verser le poison, étaient là, c’est qu’Agrippine les y avait placés ; elle se retrouvait ainsi tout entière dans le premier critec de son fils, et sa propre scélératesse remontait vers elle pour la punir.
Le bûcher de Britannicus fut à l’instant préparé. On se hâta de lui rendre les derniers devoirs le soir môme, sans attendre au lendemain. La violence du poison avait produit des Uches noires sur Ja peau; il fallait faire disparaître an plus tôt ces preuves du crime.
Les images de ses aïeux ne parurent pas aux funérailles; on ne vil pas ce long cortège d’ombres illustres accompagner au sépulcre le dernier de leur race, que tant de gloire n’avait pu sauver. Les gômissemenls des pleureuses pénétrèrent la foule muette d'une longue émotion de pitié; le ciel lui-même parut s’associer au deuil public. Pendant qu’on portail le corps au Cliamp-de-Mars, où le bûcher s’élevait près du tombeau de vjlaude, la pluie tomba par torrents, et comme on avait fardé de blatic le cadavre décomposé par le poison, l’eau fit couler celte peinture et des taches noires furent aperçues '. On brûla pendant la nuit le corps de Britannicus, Néron no vit pas môme du Palatin la’llammc du bûcher qui s’élevait derrière le Capitole, et le lendemain il ne resta plus de ce malheureux prince rien qu’un peu de cendre dans une tombe et qu’un souvenir dans le cœur de Titus ’.
On aimerait à laisser en paix dans son ipnocence et dans son malheur la mémoire de cette victime, sans rien ajouter qui