Diun Cassics, tir. LXI, ch. vu
1. Voir dans ta Reviu Britannique, n" du 10 octobre 1864, un article où il est démontre que les preuves dos crimes imputés à Néron sont défectueuses et se roiluisent à dos soupçons absurdes. Pag. 39G.
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alTaibllt le charme de la pitié. Mais l’autorité de Tacite ne permet pas d’omettre un fait odieux qu’il mentionne sans l'affirmer. Parmi les historiens anciens et modernes, ni Suétone, ni Zonare, ni l’honnéle Crevier n’ont reproduit l’accusation; et l’on ne peut qu’approuver leur silence, car il est des abominations telles, qu'il faut les taire ou les prouver.
Toutefois, on n’imitera pas ici la discrétion de ces auteurs, parce qu’on mentirait à la vérité si on épargnait au lecteur le dégoût et l’horreur qui sont le grand côté du sujet qu’on prétend lui faire connailre. Si Tacite accuse Néron et llétrit Britannicus, c’est que la déjiravation générale donnait à celle époque une grande vraisemblance à son récit, et l’on doit compléter le tableau de la perversité païenne en dénonçant la partialité cruelle de l'historien.
Sur la foi de plusieurs écrivains qu’il évite de nommer. Tacite accuse Néron d’avoir abusé de Brilannicus quelques jours avant sa mort. L’infamie précéda le poison. Par un ralfinement de cruauté, Néron l’avait souillé d'un outrage qui rappelle le supplice des filles de Séjan prostituées au bourreau avant leur exécution. Voilà ce que Tacite raconte comme un fait douteux, sans nous dire qu’il l’admet, sans nous indiquer les sources où il l’a puisé.
.Néron expliqua dans un édit afliché p.lr.son ordre la précipitation qui avait présidé aux funérailles de Brilannicus; il allégua pour se justifier l'antique usage de dérober aux regards la pompe funèbre des morts dont la perte était trop douloureuse, et son hypocrjsie ajouta quelque chose d’odieux à l'atrocité du crime qu’il venait de commettre. C'était prendre d'ailleurs un soin bien inutile que de .se justifier. Depuis long- • temps Rome était faite à ces lugubres Iragédieset bien des gens, sachant de quels périls Néron était menacé, trouvèrent naturel
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et juste qu'il eût fait tuer son frère. Tacite nous apprend que ces politiques donnaient pour raison les rivaliiés trop communes entre les frères, ainsi que la nature du pouvoir absolu qui n'admet point de partage; il semble apprécier leurs motifs Ainsi se prolongeaient dans l'empire, l'esprit et la haine des proscriptions républicaines, adoucies toutefois et réduites à la nécessité politique. '
De tous les grands personnages qui entouraient César, ministres, sénateurs et magistrats, pas un n’osa le blâmer ni le soupçonner d’être coupable, pas une voix ne s’éleva pour donner un regret à la victime. Tous ceux à qui Néron distribua la dépouille de Brilannicus, Burrbus et Sénéque aussi bien que Locuste, se hâtèrent, en acceptant ses dons, d’entrer en complicité avec lui. Mais Agrippine, Agrippine seule resta inflexible.
Les présents et les caresses de Néron n’apaisèrent point cette âme ulcérée, elle se sentait mortellement atteinte, et, se repliant sur elle-même, peu touchée des périls qu’elle devait prévoir, elle marcha d'un pas résolu vers le but fatal qui l’attendait.
C'est alors qu’on la vit amasser par tous les moyens et de toutes parts des sommes d’argent considérables, comme pour se préparer à quelque grande entreprise. Elle entretenait ses amis en secret, les gens de guerre négligés et les mécontents, fort nombreux auprès de ceux qui peuvent tout donner, étaient bien accueillis par elle. Üctavie ne la quittait pas, Agrippine veillait sur elle avec soin, on pouvait croire qu’elle la réservait pour l'exécution d’un grand dessein. .En même temps elle étendait ses témoignages de considération sur les
t. Cui pleriqufl cti.nm hominum ipnoscebant, antiquas fralnim discordiaa cl iiiioeiabile regnom eatimaolpa. Tacite, itnn., tir. XIII, ch. xvii.
loi
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descendants des vieilles familles patriciennes. La fille de Claude avait apporté l’empire en dot à Néron, et ce mariage était l’ouvrage d’Agrippine : Elle parut alors chercher un prétendant parmi les grandes maisons de Rome pour lui assurer le trône par le même moyen et préparer secrètement la chute de Néron.
Celui-ci fut exactement informé des projets et des menées de sa mère; sa violence la rendait facile à surveiller. Il résolut de la réduire à l’impuissance .\grippine dut quitter le palais des Césars pour aller habiter la maison de son aïeule Antonia. On lui retira la garde prétorienne qu’on lui avait donnée. Les (idèles Germains, souvenir de la gloire paternelle qui avait entouré son berceau, n’allèrent plus veiller auprès d’elle et le prince .sépara complètement sa maison de la sienne. Néron la visitait rarement, toujours acompagnù de ses gardes pour lui laisser voir sa défiance, et sans dissimuler sa froideur, il la quittait ajirès un court entretien.
Aussitôt l’isolement se fit autour d’Agrippine : le silence et la solitude habitèrent sa maison et chacun se détourna d’elle sans hésiter. Elle était négligée par son fils, et son fils était le maître. On la voyait aller par la ville, sans gardes et sans cortège, et ses anciens clients évitaient de la rencontrer pour n’avoir pas de salutations à lui faire '. Il n’était pas dans le caractère de cette femme, si avant engagée dans le crime, de profiter de l’expérience et de refaire, par la modération, une autorité que la violence avait i»crdue. Je me [lersuade au contraire que sa disgrâce la rendit pire en ajoutant la dissimulation à ses vices; et sa haine, dont elle supprima les emportements, devint plus terrible en se repliant sur ellc-mémc. Ce fut