‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 45 sur 215 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

BONHEUR DU MOaOE — FAITS DIVERS

Uouvernement libéral de Néron. — Il se déguise pour courir les tavernes la nuit. — Le sénateur Montan le frappe sans le connaître. — Amphithéâtre bâti par Néron. — Dédain de Tacite pour ces matières. — Rare humanité de Néron.— Ses efforts pour inspirer l'urhanité grecque aux Romains. — Néron promoteur d’un grand siècle littéraire. — Générosité de Néron ^ qui veut abolir tous les impèts. — Il rend au Sénat et au peuple tous leurs droits. — Image de la république. — Paix profonde dont Tacite s'indigne. Silence des bislariens, bonheur des peuples. — Absence d’érénemenls, faits isolés. — Gouverneun des provinces plus tenus par l'empire que par la républiiiue. — Esprit de justice de Néron. — Majesté de la paix romaine, complot de Sylla. — Faits divers.

Par la disgrâce de sa mère, Néron avait conquis sa liberté, il avait assuré son pouvoir par la mort de son frère, et le crime, prélude nécessaire de ce despotisme, l’ayant initié à l’empire, il régna. On eût dit, à le voir s’abandonner à ses bons instincts et revenir aux inspirations libérales de.s]'premiers jours, qu’il voulait effacer le souvenir du fratricide, et par l’exercice généreux de la toute-puissance, faire oublier l'iniquité des moyens qui l’avaient affermie dans ses mains.

Néron avait dix-neuf ans; l’imagination charmée par les plus belles espérances, le cœur ouvert, loyal dans ses amours, sûr dans ses amitiés, admirateur passionné des œuvres d’art,

VIE DE NÉUON

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et préférant la gloire des lettres à celle des armes, il biùlait de se dévouer avec éclat au bonheur du pcuplequ’il aimait. Nous allons le voir gouverner en artiste et rechercher les progrès les plus inattendus sans consulter la raison d'Ktat. On dirait que le prince veut associer la ville et le monde aux joies de sa jeunesse, convier le peuple à son bonheur et faire des aspirations généreusi’s de son cœur les lois politiques de l’empire.

Sa volonté souveraine intervient dans l'administration'des affaires, et tout à coup, comme par enchantement, les jeux ' publics se multiplient avec une magnificence inconnue jusqu'à^ lui. Dans les distributions de vivres, faites au peuple à des époques plus rapprochées, il consulte sa munificence bien plus que les ressources du trésor. Le public est admis à voir ses exercices dans le stade du Palatin; iLveut que la plus entière liberté règne au théâtre, et les prétoriens chargés de veiller à l’ordre pendant les spectacles sont renvotés au camp. On l’avait confié pendant son enfance à deux esclaves qui le traînaient sur les gradins du cirque et dans les tavernes; les impressions qu’il en reçut alors et les goûts qu’on lui donna, ne s’effacèrent jamais de son esprit. Dès qu’il fut le maître, il voulut se retrouver au milieu de la foule, soit pour apprendre ce qu’on pensait de lui, soit pour retrouver les plaisirs et la gaieté dont il conservait le souvenir. •

La nuit venue, il se déguisait en esclave, et, suivi d’Othon, son ami, de Sénécion et de Pétrone, sans gardes pour le défendre, il courait les rues, les tavernes et les mauvais lieux. Ses familiers et lui pillaient les boutiques, attaquaient les gardes de nuit, et bernaient, sur des couvertures, les sénateurs attardés; toutes distractions indignes d'un prince, mais qui paraissent presque innocentes auprès des mœurs infâmes

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