Dion- Ca.s-îii's, liv. LXl, cli. u
2. Amplissimi arboruin ail hoc .i-ri exUlimalur lloma- visa Duravit
ad Ni-ronU principis ampbillicatruai. I’mnf. Hisl. uni., liv. .\V1, cli. liïvi.
d’homme un peu considérable qui ne les lût avec soin. Cicéron, éloigné de Rome, se plaint de n’avoir pas reçu les journaux, et nous savons do Juvénal, que les dames romaines passaient des heures à les lire*.
Ce qui devait surtout arrêter l’attention de Tacite sur la construction de l’amphithéâtre, c’est que pendant les premiers jeux qui furent célébrés dans cet édifice, Néron fit
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preuve d’une bonté qui est le fait exceptionnel de l'histoire romaine. Aucun de ceux qui parurent pour combattre, soit bestiaire, soit criminel, soit gladiateur, ne fut condamné à * mourir. Néron le voulut ainsi *. Cette pensée d'humanité, , que les Scipionset César n’avaient pas trouvée au fond de leur w coeur généreux, naquit dans l’àme de Néron. 11 osa l’imposer à la multitude, dont il blessait les instincts féroces, et qui faisait des égorgements du cirque ses spectacles de tous les jours. On regrette que l’auteur des Annales ait assez méprisé la vie des hommes pour passer sous silence ce Irait de générosité qui honore Néron; mais l’admiration de Trajan, excellent juge en ces matières, contre-balance l’injustice de Tacite, qui est trop souvent le grand historien de sa mauvaise humeur.
Néron donna dans son amphithéâtre du Champ-de-Mars des combats de taureaux que Suétone et Dion nousdécrivent tels que l’Espagne les a conservés. Jules César fut le premier qui les fit connaître à Rome apres Pharsale : il les avait reçus des Thessaliens, grands chasseurs et fort habiles cavaliers. Néron les remit en vogue pour épargner le sang humain. Des taureaux sauvages lancés dans le cirque étaient harcelés par des Thessaliens à cheval. Après qu’il avait fatigué ces animaux, le cavalier mettait pied à terre, marchait au taureau,
1. Jl'vbxal. &ilire contre tes h'emnijs, satire vi, vers. Wi et suiv.
î. Nemincttt occélit, ne nuiiiorum quitlem. Si étonk. AVrort, ch. xn.
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Ititt MK DE NÉRON
Cl, le saisissant par les cornes, il le lerrassail *. L’amphithéâtre était construit de manière à pouvoir se transforme? snhitement en naumachie. De grands réservoirs se déversaient dans l’arène par des conduits souterrains, et, sur ce lac improvisé, des flottes, cachées dans les cavités de l'édifice, apparaissaient tout à coup. Les vaisseaux luttaient de vitesse; puis, rangés en escadres, représentant les .Vthénfens et les Perses, ils se livraient un grand combat. Néron fit plus encore; il remplit son théâtre d’eau de mer, et le peuple étonné vit des poissons monstrueux, retirés des profondeurs de l’Océan, nager et combattre dans cet espace étroit. Tout à coup les écluses s’ouvrent, l’eau se précipite dans les aqueducs, les gladiateurs paraissent de nouveau et marchent à pied sec dans l’arène desséchée.
On n’est pas juste envers Néron si on ne lui tient pas compte de ses efforts soutenus pour détourner la férocité romaine des combats sanglants du cirque. Il voulut avec persévérance inspirer aux hommes de son temps le goût des exercices et des études qui avaient développé l’urhanilé grecque dans les gymnases et dans les académies. Ce fut une heureuse •nspiration que d’affranchir le pantomime Pâris. Néron déclarait hautement, par cet acte de justice, que sous son règne un grand talent conduisait à la liberté et que le droit de cité était dû au mérite.
La protection et les faveurs que les lettrés et les artistes trouvèrent auprès de Néion dès le commencement, sont la plus belle page de son règne. Il en sera parlé plus longuement ailleurs. Mais on peut déjà mentionner ici la portée morale et le côté généreux où la droiture du caractère et la
I. Thpss.ilos cqnii«*s, qui f<*ros Tauros per spatia cirri a^îiint, inri-
liuntqae »lefcs50«, cl a! lerram cornibus Hcfrahiini. Svêt. Clautl. ch. xxi.
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VIE DE NfcnON
libôralilé des inloiUions se font voir. Après un demi-siècle de nuit littéraire, coramp dit M. Nisard Néron fut le premier (jui osa faire un retour courageux vers les traditions, l’arbanité grecque et les goûts littéraires d’Auguste. Tibère, défiant cl désillusionné, préoccupé d’astrologie et de conspirations, ne ;?royail de la vie que les périls et les mécomptes; il ne voulait pas être ch iruiô. Caïus détestait Homère et Virgile dont il rêvait d'anéantir la gloire. Claude, érudit et grammairien, n'avait dans son esprit rien de ce qui fait aimer les œuvres d’art: ni la pénétration, ni le goût, ni l'élan, ni la distinction nécessaires; à peine dans ses meilleurs moments pouvait-il s’élever jusqu’au sens commun. Néron lui .seul, ayant à gouverner une société bouleversée par les haines et dégradée par la servitude, eut assez d’élévation dans le cœur et assez d’audace dans l’esprit, pour vouloir imposer aux rivalités des partis et aux goûts dépravés de son siècle, la trêve des nobles travaux et des plaisirs distingués. Le peuple et le sénat, rentrés dans l'exercice de leurs préri>gat.ives et de leurs droits, oITrent à Tacite une certaine image de la République; les provinces, c'Csi-à-dire l’univers, sont administrées •sagement par des magistrats qu’on surveille de Rome. Enfin toub ce que la cité compte dans la jeune.sse de talents naissants et de généreuses ambitions est convié à seconder le prince dans ses projets de régénération.
En même temps qu’il honorait les lettres et les arts, Néron étendait sa protection sur les particuliers qu'il savait être victimes d'une injustice. Dans le procès de l’orateur Suilius, qui fut condamné à l’exil par l'inlluence de Sénèque, Néron inter-
t. Je snup(,-oniie M. \'is.ir.l le n’avoir paî dil de Néron loui le bien qu'il en pcn.se. Voir son remarquable travail sur les poètes latins de la décadence. Toin. 1", pag. m A œ.
VIE DE NÈUON
vinl pour sauver le nu q^ue le philosophe voulait envelopper dans la disgrâce du père. Il déclara qu’on avait poussé la ven- i geance assez loin, et l'innocent fut épargnée 11 est bon de noter à propos des reproches sanglants adressées par Suilius à son ennemi, que Tacite nous les a transmis avec une exactitude et une complaisance qui donnent une faible idée de son admiration pour Sénèque La clémence de Néron intervint en faveur du vieux Celer qui méritait la honte d’une condamnation ; il sut faire traîner la cause jusqu'à la mort de l’accusé.
Ce même Néron ordonna que le public fût initié aux questions de linancc et que chacun pùt connaître les ressources et les dépenses du trésor, ce qui était d’une nouveauté fort inattendue. Les accusations et les plaintes incessantes du peuple, contre les fermiers des deniers publics, lui donnèrent l’idée la plus étrangement généreuse qu’ait jamais concueunsouverain.
Sa politique étant de ne pas agrandir l’empire et do supprimer les guerres, il crut que Rome, en paix avec elle-même et avec le monde, lui permettait d’abolir tous les impôts. Il en fil la proposition au sénat. On exalta la magnanimité du prince, mais on lui fit comprendre que l’empire privé de ses revenus ne pourrait pas se soutenir *.
Néron dut se contenter de rendre une ordonnance pour exiger que les tarifs de chaque impôt fussent affichés. Il abolit le droit du quarantième et du cinquantième, indûment perçus par les traitants sur les marchandises. Le trésor dut abandonner aussi le vingt-cinquième du prix sur la vente des esclaves. Néron le voulut ainsi, et pour assurer rexécutioq de toutes CCS mesures, il confia l’inspection des finances aux an-
I. T.»i:itk. Ann., liv. XIII. cli xi.ii. Dion Cafsius osl encore plus sévère contre Senèque, liv. I.XI, cli. x.
î. Tu:itk. .4iin., liv. XIII, ch. i..
Diqitij- i bv Coogic
VIE DE NÉRON
ciens préteurs dont on avait éprouvé l’intelligence et la pro-
bité. Ce n'est pas un médiocre service, ni un hommage insignifiant rendus à la morale, que d’avoir diminué des trois quarts les récompenses assignées aux délateurs par la loi *. Néron voulut qu’on prit contre les faussaires les plus grandes précautions *; que les procès des particuliers avec le fisc fussent portés devant les juges ordinaires ^ Il substitua les distributions à domicile et les sportules, aux repas publics qui étaient des causes de désordre *. On vit sous son règne le commerce de la droguerie accuser et faire condamner par les consuls, Démétrins comme accapareur Ces règlements utiles, et d’autres encore établis dans le même esprit, subsistèrent longlempsâprés sa chute; ilsprouvent de quelles bonnes intentions Néron était animé.
Ce n’est pas que l’honneur de cette administration honnête doive être attribué à lui seul, ainsi que Dion Cassius semblerait vouloir le faire entendre : il affirme qu’aprés la mort de Britannicus, Burrhus et Sénèque, découragés et contenus par un tel maître, se retirèrent des affaires publiques pour ne veiller qu’à leur sûreté Ce qu’il y a d’étrange et d’jnattendu dans les bienfaits qui signalèrent les premières années de Néron, annonce il est vrai l'inexpérience et l’emportement d’un jeune homme qui consulte son cœur plus que la raison d’État; mais tout démontre qu’il sut longtemps encore apprécier ses deux ministres et leur continuer sa confiance.
Le sénat reprit son importance; les magistrats, librement