‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 52 sur 215 · ÏAUrE. ^Inn., tiv. Xtll, cU. ai · texte numérisé non relu

ÏAUrE. ^Inn., tiv. Xtll, cU. ai

VI h: DE NÉRON

Néron, vainqueur aux deux exlrémilésdu monde connu, recul le litre d'Impéralor el ferma les portes du temple de Janus. 11 put considérer alors avec (ierté cet ordre et cet apaisement de la race humaine, admirer le génie du peuple qui avait élevé ce monument, et sentir l'immense m.njesté de la paix romaine dans ce repos universel '

^ C'est à peu. près dans ce môme temps que les historiens placent l’aventure du pont Milvius, que la sombre défiance de Tibère et la démence de Caïus auraien t dénouée soudain par la mort de Sylla. A un mille de Rorae au nord-oue.st, Émilius Scaurus avait fait jeter sur le Tibre ce pont Milvius qui sous le nom de pont Mollé, subsiste encore aujourd'hui. Sgr ces 'rives, maintenant désertes, s'étendait alors un faubourg de

, Rome, où des bains, des tavernes et des jardins recevaient le

soir les élégants de la cité. C'était un lieu de débauches et de rendez-vous nocturnes; Néron le fréquentait avec ses amis. Pendant une de ces excursions que le plaisir d’ôlre alffanchi ‘de to^ute contrainte lui fai.sait aimer avec passion, il y vint avec ses compagnons de plaisir. Les esclaves de Sylla se prirent de querelle avec les gens du prince. On accusa leur patron d’avoir tendu à l’eniper-eur un piège où il devait tomber à son retour el périr inévitqi»lemenl ; son bon génie l'avait sauvé. Au lieû de suivre les bords du lleuve, Néron el ses amis étaient rentrés par les jardins de Salluste, tandis que les hommes de leur suite revenaient par le Champ do-Mars où ils avaient rencontré la gens Cornelia. Sy'la était innocent; mais l'accusation portée contre lui par Graplu.s, alîranclii de Tibère et vieilli dans les'intrigues du palais, empruntait à l’e-xpérience de cet Iinmnie un caractère de gravité. Ce nom de

1. Imineiisa; Hoinsnx pacis majostatc. Puve. /fùf. nal. liv. XXVII, cli. i".

Sylla d’aillt'urs, cher à l'aristocratie romaine, la pauvreté du prévenu qui pouvait être le stimulant de son ambition, son air stupide qu'on disait joué à la façon du premier llrutus, étaient autant de circonstances Lien faites pour épouvanter Néron. Toutefois il se contenta de l'exiler à Marseille; modération d'autant plus digne d'élüges, qu'elle était moins dans le génie romain et qu’elle égarait l’empire hors des conditions de sévérité qui faisaient la sécurité du prince. Sylla n’était pas innocent puisqu'il était dangereux.

Pomponia Gnecina, femme de distinction, fut alors traduite devant un tribunal domestique, présidé par le mari : on l’accusait de s'adonner à une superstition étrangère. Il en sera parlé plus tard. Le patricien Volusius, honoré du consulat, opulent et considéré, mourut chez lui dans une extrême vieillesse. Tacite fait à Néron l’injure de s’en étonner.

De cette môme époque est l’aventure d’Octavius Sagilta : oe’ tribu^ qui poignarda sa maîtresse, parce qu’elle refusait de l'épouser. On a déjà noté ce fait sans mentionner toutefois le dévouement de l’affranchi qui, pour sauver sou maître, s’accusa lui-même d’avoir commis le crime. Exemple de dévouement caractéristique d’un siècle où les vertus, l'intelligence et les vices semblent vouloir se déplacer. Le tribun fut condamné à l’exil, car les lois romaines étaient aussi douces que le Romain était impitoyable, contrairement à ce que nous voyons chez nous, où le juge est ordinairement plus doux que la loi.

Au sein de celte paix profonde, les moindres accidents attirent l’attention toulautanlque des événements. On croirait lire dans Tacite les faits divers d'un de nos grands journaux.

Les amhas.sadeurs d’une tribu germaine, envoyés à Rome pour solliciter de Néron la libre possession d’une province,

vin nn Nfinos

élnienl alors l’objet de la curiosité publique. On conduisit ces barbares au théâtre Ponapce. Ils ne comprirent rien au spec- Ucle, et l'action dramatique leur échappait. En revanche, la construction de la salle, l’émotion des spectateurs, et les places réservées aux divers ordres de l’État, occupaient leur attention. Pendant qu’ils observaient curieusement la multitude dont ils étaient entourés, ils virent à l’orchestre, des hommes autrement vêtus que les Romains, assis avec les sénateurs. Les barbares s’étonnent et demandent l’explication de ce fait. 11 leur fut répondu que ces places d’honneur étaient réservées aux al!ft)assadeurs des peuples les plus braves et les plus fidèles a%pcuplo romain. A ces mots, les Germains se lèvent et vont s’asseoir fièrement avec les sénateurs aux places qui leur sont dues. I

Le phénix, qui ne s’était pas montré depuis un siècle, reparut en Arabie. A Rome, le figuier ruminai, qu’on voyait dans le Forum depuis huit cent quarante ans, perdit ses branches et se dessécha, ce qui parut sinistre; mais bientôt l'arbre sacré qui avait ombragé Romulus enfant, poussa do nouvelles tiges et Rome fut dans la joie. C’est Tacite qui nous raconte gravement ces faits. Il doute de la Providence et de la vie future, mais les origines fabuleuses de Rome lui sont sacrés. Comment ne pas aimer dans ce grand génie cet amour aveugle de tout ce qui touche à la sainteté de la patrie. Les objets consacrés |)arj^la vénération des siècles, inspirent justement le respect, et l’exagération des nobles sentiments est louable à cause des grands caractères qu'elle produit. Le patriotisme de Tacite est superstitieux comme l’amour et la piété; on admire ce grand esprit, si naturellement injuste et si fortement passionné. Le grand charme, l’attrait irrésistible, et pour ainsi dire le lait

important de son histoire, c'est l'émotion de l'historien. Sa

VIE DE NÉRON

voix puissante nous arrive à travers les siècles, comme les vibrations prolongées de l’airain. La vie et les passions des générations disparues, frémissent encore dans cette parole, et je redoute au milieu des récits que je fais, le moment où je ne ne l’entendrai plus.

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