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VIE nE NÉRON
aurait abandonné l’empereur pour ne conserver que l’amant.
On se demande pourquoi Néron, qui avait aimé assez passionnément Acté pour vouloir la placer sur le trône, fut si violemment entraîné vers Poppée qui prit alors la première place dans son cœur. L’amour c.sl comme un parfum subtil qui s’évapore vite au grand air des vulgarités humaines. Pour SC conserver longtemps, il demande à être renfermé dans le pur cristal des âmes innocentes, il veut être entouré d’ombre mystérieuse et de voiles silencieux. Si généreu.se que fût la passion de Néron pour Acté, de quelque trame solide d'idées et de sentiment que fût tissu cet amour, après avoir traîné à travers les divisions d’Agrippine et de son fils, l’empoisonnement de Britannicus, et les désordres où ses amis conviaient le jeune César, le lambeau de pourpre n’était plus qu’un haillon.
Acté n’en resta pas moins fidèle et dévouée à Néron, elle ne fut jamais indifférente, ni à sa gloire ni à .ses revers, et c’est^ justice de dire que le mérite de cette amitié constante qui survécut à la passion, revient surtout à César retenu près de cette affranchie par un lien plus noble que le plaisir. Il se souvint toujours qu’il lui devait d'avoir éprouvé la joie triomphante d’un premier amour et d’avoir goûté le charme inouï de ce printemps intérieur qui fait s'exhaler du cœur et de l’e.sprit de l’homme tout ce qu’ils renferment de divin. Auprès de Poppée, au contraire, .Néron va .subir la servitude des sens et connaître la fatalité des passions.
Ce qui prouve combien le nouvel amour de Néron était moins généreux que le premier, c’est qu’il tenait compte des obstacles qui le séparaient de Poppée. Excité par l'orgueil et poussé par le désir, ce César tout-puissant n’osait pas être heureux. Agrippine était là, disgracieuse et menaçante, Burrhus
VIE DE NÉRON
et Sénèque le surveillaient. Il se faisait obstacle à lui-mômc par les heureux débuts de son règne, et n’osait pas suivre son penchant. Caligula, son oncle, n’y faisait pas tant de façons ; quand une femme lui plaisait, fùt-ello de la plus ancienne noblesse, il la faisait venir. Elle rougissait devant lui, baissant la tête sans oser dire un mot; alors il lui prenait le menton, la forçait à relever la tête pour la regarder dans les yeux, et, sa passion satisfaite, il la renvoyait après'.
Néron, qui ne voulait pas être un tyran, sentait mieux que personne la force des principes et savait ce qu’il faut respecter. Pour arriver à Poppée, il prit des précautions, il usa de ménagements, il organisa presque une conspiration. Les grands hommes de la République au temps de la décadence, et les Césars qui leur succédèrent, dénouaient violemment par le divorce les difficultés de ce genre. Néron ne voulut pas en user ainsi, et Salvius Othon, son ami, fut prié d’intervenir pour mener cette affaire délicate, sans scandale et sans bruit. Dès que Poppée se vit recherchée par le prince, elle se servit de tous ses artifices pour développer cette passion naissante. D’abord elle feignit une émotion mêlée d’étonnement, c’était le trouble et l’épouvante d’une femme surprise par un amour involontaire ; elle ne veut plusse retrouver en face de Néron, si elle le revoit, elle est perdue. Depuis ce moment, elle affecta d'éviter sa présence, même en public. Dans les rencontres qu’il pouvait croire imprévues, il avait le plaisir de la voir interdite et déconcertée.’ Après bien des hésitations, bien des refus et bien des imprudences préméditées, ils se retrouvèrent enfin, et, cette fois, la pâleur et les larmes de Poppée. prouvèrent à Néron do quel amour violent il était l’objet. Néron