‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 55 sur 215 · Scr.TONB, Cnligula, ch. nxvi · texte numérisé non relu

Scr.TONB, Cnligula, ch. nxvi

VIE DE NÉRON

fat-il dès ce moment l’heureux amant de Poppée? on ne saurait le dire. Mais l'ambition et la coquetterie de celte courtisane impériale, autorise à penser qu’elle a plus irrité que satisfait sa passion ; elle voulait qu’un prompt divorce lui assurât la place d’Octavie, et Néron lui devait de commettre ce crime qu’elle acceptait comme un hommage rendu à sa beauté. Néron n’en eut pas le courage. Déjà formé par l’habitude du gouvernement à tenir compte des circonslanees et à ménager les grands intérêts, il opposa aux désirs de Poppée les droits d’Octavie, qui lui avait porté en dot l’empire du monde, les égards dus à sa mère, qui avait si habilement préparé cette union ; le danger d’irriter une femme qu’un long .exercice du pouvoir rendait redoutable ; raisons excellentes, motifs puissants, que la vanité d’une maîtresse dédaigne ou que son amour ne saurait comprendre. Les hésitations de Néron bl essèrent Poppée. Elle se tint sur la réserve, et comme les refus et la sévérité sont plus faciles pour la femme qui sait le prix des plaisirs qu’elle donne que pour celle qui rêve du bouheur qu’elle attend, Néron fut violemment arrêté au moment même où il se croyait le plus heureux. Fière de ses avantages et sûre de son empire, Poppée déclara qu’elle ne sortirait de chex Crispinus, son mari, qu’au moment où elle verrait s’ouvrir pour elle une maison patricienne dont elle serait la matrone vénérée.

Néron était au dése.spoir: Salvius Olhon vint à son aide. 11 avait si bien éprouvé le cœur de César par une longue familiarité, qu’il prétendait être traité par Néron, comme s’il était César lui-même et que César ne fût que Salvius. Voici quelle convention ils firent entre eux : Othon devait persuader à Poppée de quitter son mari, et dès qu’elle.serait libre parle divorce, elle épouserait Sah'ius, qui ne deviendrait son mari que de

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nom. Il était entendu qu Ollion recevrait chez lui Poppée et qu’il la garderait intacte pour César. Ces amitiés exclusiveset violentes qui prétendent s’élèvera des prodiges de fidélité, se manifestent d’ordinaire dans les sociétés en décadence où il n’y a plus de sûreté dans les rapports ordinaires de la vie : des pact tes étranges remplacent les lois. La confiance absolue que Néron accorde à son ami pour une affaire si délicate, est l’indice d’une grande passion et d’un bon naturel; dans celte circonstance, du reste, ce terrible Néron fut joué et traité comme un enfant '.

Aussitôt que Salvius eut reçu chez lui Poppée, il la traita comme sa femme et ne tint plus aucun compte de ses conventions avec César. Il est aisé de comprendre qu’Olhon, ayant admis dans sa maison une femme aussi belle que Poppée, forcé qu’il était d’y vivre en apparence compie son mari, se soit bientôt délié du pacte secret qu’il avait conclu avec Néron. Il est probable que Poppée elle-même se tint pour outragée par les hésitations du prince qui n’osait pas braver sa mère pour l’obtenir. Elle était blessée de voir qu’il prétendit posséder • dans l’ombre et ravir secrètement comme un larron une beauté qui méritait d’èlre conquise au grand jour. Elle sc servit adroitement de Salvius pour provoquer la jalousie de Néron et pour lui en faire un tourment. Olhon, naturellement fastueux, déploya tous les rallincmentsdu luxe autour do Poppée. Le commerce de l’univers aboutissait à Rome et l’immense fortune d’Olhon lui permettait de réaliser des prodiges. Grâce à lui, Poppée put se produire devant César dans un étal de maison splendide, couverte de perles et de diamants, entourée de soins exquis, et traitée de manière à lui faire comprendre • que l'empire n’ajouterait rien à .son bonheur.

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