Tacite. .4nn., üt. XIII, ch. Lxvi
î Pu'TABgi E. Vie de Galba, ch. iziii.
VIE PE NfeRON
Néron, dont la ?eulc mémoire inspire encore tant d’effroi, fut 4
traité comme un Georges Dandin. Il eut beau prier, menacer et se plaindre, on fut sans respect pour son rang et sans pitié pour sa douleur.
Est-ce bien là ce Néron qui fut, au dire de quelques historiens, un monstre de cruauté des le ventre de sa mère? Sa patience nous étonne à cette occasion beaucoup moins que la témérité de son rival; l'audace de ce dernier prouve à quel point on pouvait abuser de la mansuétude de César. On rencontre à toutes les époques de sa vie des traiLs semblables, qui prouvent son bon naturel. mesure qu’ils se présenteront, on n’oubliera pas de s’y arrêter, car l'humanité de Néron et sa donceur, sa facilité même h pardonner les injures personnelles,
çont des faits assez généralement ignorés pour qu’on doive les mettre en lumière.
Après avoir subi une si cruelle déception et s’être vu trahir par son ami d’enfance, quel homme n’eiit tiré vengeance de cette perfidie?... Tout frémissant qu’il était d'indignation et • de jalousie, Néron se souvint des relations intimes qui l’unissait naguère avec Salvius, Sénèque intercéda pour ce dernier; le mariage qui l’unissait avec l’oppée fut déclaré nul, et l’homme, qui sous un autre règne aurait reçu l’ordre de mourir, fut éloigné de Rome sous un prétexte honorable. Le prince crut devoir respecter en lui le souvenir de leurs premières relations, il fut nommé gouverneur de la Lusitanie.
Le départ d’Otbon laissa Néron seul posse.sseur de Poppée ou plutôt le livra seul à l'influence fatale et aux fascinations de cette femme. Avec le bonheur et l’amour de Néron, s’accrut en même temps l’empire de Poppée sur lui. Elle comprenait bien qu^ la protection d’Agrippine maintiendrait Octavic au Palatin et qu’elle n’arriverait au lit impérial qu’en éloignant la mère
VIE DE NÉRON
• de'César. Dès ce moment il fut aisé de voir qiie tous ses efforts
tendaient uniquement à miner Agrippine. Elle n’eut plus pour Néron que des plaintes, des récriminations et des larmes; si bien qu’il ne trouva que des chagrins cuisants dans un amour où il avait cherché tout le bonheur de sa vie. t’oppée lui reprochait d’étre encore sous la tutelle d'Agrippine qui protégeait surtout dans Octavie l’ennemie de Néron; tandis qu’une femme dévouée comme elle et prête à combattre la tyrannie d’une mère ambitieuse, serait éloignée de César par celle qui voulait tout dominer. Après avoir irrité Néron contre Agrippine, Poppéc le tourmentait a\?ec le souvenir d’Othon. Le dévouement et la munificence de l’exilé se trouvaient avec éloge dans tous ses discours. Les ennuis de sa position présente semblaient la rejeter vers un bonheur digne de tous ses regrets; si Néron. refusait de la placer au rang où sa naissance lui permettait de prétendre, qu’il la renvoyât vers Othon. Cet ami silr méritait bien par son amour • généreux qu'on le suivît aux extrémités d# la terre.
Ce n’était pas encore assez : après avoir parlé à son orgueil et à sa jalousie, l’artificieuse Poppée faisait appel à la pitié de César. Elle implorait sa protection contre Agrippine qui tramait sa perle, elle le savait; si on l’abandonnait à la haine de son ennemie, la seule femme qui eût aimé Néron irait rejoindre toutes les victimes d’une ambition implacable; et alors, les terreurs feintes, les évanouissements et les larmes, épouvantaient un amant depuis longtemps autorisé è craindre et à mépriser sa mère. Malheureusement pour Néron, quand Poppéo accusait Agrippine, pas une voix ne s’élevait pour la défendre. La cruauté, l’orgueil de cette femme et ses machinations l’avaient rendueodieuse à ceux qui servaient le prince par intérêt ou par devoir. Tout concourait à faire entrer dans le rœur du
VIF. DE NÉRON
(ils les mnuvais sciilim<*tUs ([u’insiiirail la Klle-mômc,
par un de ces excès qu’il esl impossible de passer sous silence el qu'on ose à peine raconter, vint mettre le comble à l’horreur dont elle était l’objet.
Cette épouvantable pensée lui vint à l’esprit de reconquérir par l’inceste son influence perdue, pensée bien digne d’une ' femme que son frère Caligula avait livrée enfant à Lëpidus après l’avoir flétrie; qui avait épousé son oncle au mépris des lois divines et humaines, et que l’innocence de son fils n’avait pu fléchir. Tous les historiens s’accordent à dire qu’en plein jour, ai> moment où Néron était dans le vin, Xgrippine, en costume de courtisane, osa prostituer sa beauté aux regards de son fils. Les amis du prince voyaient déjà les caresses et les baisers précurseurs du crime, Sénèque en fut épouvanté.
Dans l’entreprise abominable d’Agrippine, ce ministre craignait beaucoup plus lé succès que le crime; il coraballit le mauvais génie de la mère par une autre influence, et fil inler- • venir Acté, la première maltresse de Néro». Cette atfranchie, abandonnée pour Poppée, était restée fidèle à Néron. Elle lui découvrit les intentions d’Agripptne, qui se croyait certaine du triomphe, elle lui fit entrevoir l'opprobre qui allait souiller sa gloire el l’indignation des soldats qui refuseraient de lui obéir.
Néron eut horreur du danger qu’il avait couru : de honteux souvenirs vinrent ajouter à l’indignation que lui inspirait sa mère. Après avoir rompu brusquement avec elle, il admit au nombre de ses concubines, une femme qui était le portrait vivant d’Agrippine, prouvant ainsi par celle odieuse image de
l’inceslc, qu’il n’avait pas besoin de recourir à la réalité '. En
1. Merciricem quam fama erat Agrippiiiæ simillimam inter coDcabinas recepit. Seétose. VU de Néron, eh. xxviii.
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mime temps il reclicrclia soigneusement tout ce qui devait éloigner sa mère. Quand elle parlait pour la campagne, il la félicitait d’aimer h retraite; quand elle revenait à Rome, il ne négligeait rien de ce qui devait lui en rendre le séjour insupportable : on lui suscitait des procès; on chantait des vers injurieux pour elle autour des jardins et des maisons qu’elle habitait Les amis de Poppée ne mettaient point do mesure dans ' les outrages dont ils poursuivaient incessamment la mère de César. Les nombreux partisans des victimes immolées à son ambition, laissèrent éclater leur haine quand ils connurent sa disgrâce; enfin sa dernière tentative pour ressaisir l’empire par l’inceste, mit le comble à l’exécration cl au mépris publics.
Plus Agrippiae voyait s'affaiblir l’inlluence qu’elle avait eue sur Néron et tomber son autorité, plus son orgueil réagissait contre la position infime où elle était descendue. A quel ténébreux projet, à quelle infernale conjuration eut-elle recours? On l'ignore. Mais il n’est pas douteux que vers ce môme temps, Néron s’arrêta à Tépouvantable projet d’un parricide pour se préserver des complots de sa mère.
Agrippine, outragée dans sa dignité, dédaignée comme femme, chassée du Palatin et livrée aux railleries de la multitude, a-t-elle subi patiemment ces humiliations, après avoir conquis par le crime l’empire qu’elle possédait comme son bien? On ne peut pas le supposer. Ce qu’Agrippine avait fièrement annoncé qu’elle ferait, quand elle n’avait aucun sujet de plainte, elle dut le comploter résolument dans le silence, quand elle se vit sans pouvoir cl sans honneur. L’im[iérieux besoin de la vengeance dut l’entraîner à tous les excès. Quel complot a l-elle tramé contre son fils? A-t-elle oITefl l’empire à Cor-
i. SüéroNE. ri« de Séron, ch. xxxiv.
bulon, à Virginius, à (ialba, à ceux des patriciens dont on la vit se rapprocher après la mort de Britannicus? Il est impossible d’en douter. On découvrit alors ses menées, secrètes, et comme il était également dilTicilc delà contenir et de la juger, Néron et ses ministres résolurent sa mort. Dion affirme que Sénèque excita Néron contre Agrippine. Plus tard, , il écrivit au sénat pour accuser la victime, et s’il justifia le parricide, il avait pu le conseiller '. A la réprobation générale’ dont Agrippine était l’objet, au souvenir de tant de crimes, au
danger qu’elle faisait courir à son fils, ajoutez les obsessions
de Poppée, ses prières, ses larmes, et peut-être pourrez- . vous comprendre que Néron se soit arrêté au projet de tuer •sa mère. *'