I. Dios Cassius liv- ESI, cli. xii
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s’engagea dans le complot, il poussa l'entreprise avec tout son dévouement pour le fils et toute sa haine contre la mère.
La galère liburniennf fut construite à Misène, avec le plus grand soin, Néron en fit une merveille pour l’offrir à sa mère, avec laquelle il méditait de se réconcilier; les sculptures, les bois de senteur, les draps d'Orient, l’or et la soie, furent prodigués pour dissimuler l’instrument du mort. Cette galère, de forme allongée, dont la proue et la poupe se terminaient en pointe, avait plusieurs rangs de rames, un grand mât au milieu avec une voile levantine au lieu de la voile carrée des Latins.
Ces préparatifs achevés Néron quitta Rome pour aller à Baïa célébrer les fétesde Minerve qui devaient durercinq jours. Il annonçait publiquement son intention de se réconcilier avec
Agrippine, et il exposait Ips raisons qui devaient les réunir.
Quelque grave dissentiment qui séparât le fils et la mère, la piété filiale, disait-il, les rapprocherait tût ou tard. Il savait que ces paroles seraient exactement répétées à sa mère. Quand il put croire qu’elles avaient produit leur effet, il lui écrivit pour l’engager à venir le joindre à Baïa. La solennité des fêtes qu’on allait y célébrer consacrerait leur réconciliation. Les femmes, dit Tacite, se persuadent aisément ce qui les flatte. Agrippine vint à Baïa . Veut-on admettre qu’elle y soit venue sans défiance?... Il faut alors repousser l'accusation portée contre Néron soupçonné d’avoir tenté par trois fois de la faire mourir par le poison. Après tant de preuves de haine et tant d’injures, après les efforts d’une lutte secrète ajoutés aux affronts publics, quelle confiance pouvait renaître entre de tels ennemis?...
Soit curiosité, soit mépris du péril, Agrippine osa venir à Baïa. Néron s’avança pour la recevoir jusqu’aux bords de la mer vers le cap de Misène. Quand elle descendit de son vais-
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seau, il la reçut dans ses bras, et ils allèrent ensemble jusqu'à Baules où la villa d’Agrippine était située. Néron invita sa mère à un grand repas qu’il donnait lé soir même pour fêter leur réconciliation; purs il se retira discrètement et la laissa se reposer.
Déjà sons la république les plus grands personnages avaient établi leurs habitations sur les coteaux qui dominaient le golfe, de Pouzzoles an cap deMisène, dont le double port renfermait la flotte de la Méditerranée. La vogue des eaux chaudes ne fit qu’augmenter sous l’empire. La jeunesse élégante dë Rome et les plus belles courtisanes de tous les pays aimaient ces rivages consacrés au plaisir. Il était de mode dans le grand monde de l’aristocratie romaine, d’aller à Baïa au-devant du printemps. Mais ce n’était pas sans danger pour les jeunes matrones vouées à la pudeur patricienne. Plus d'une, au dire de Martial, arrivait Pénélope et revenait Ilelène ' On se disputait les terrains sur les coteaux couverts de maisons particulières, de théâtres, de palais, de temples et de bains, si rapprochés les uns des autres qu'ils avaient l’aspect d’une ville.
, Sur le rivage on exécutait de grands travaux, soit pour construire des piscines d’eau salée, soit pour jeter dans la mer des promontoires couronnés de terrasses et de galeries où l’.igitation des vagues rendait l’air fortiflant et pur. Horace et Virgile lui-même nous en ont conservé le souvenir *.
Du liant de la colline où s’élevait son palais, Agrippine voyait manœuvrer dans le golfe de nombreux vaisseaux au milieu desquels se faisait remarquer, par sa magniliceuce, la
i. Incidit in flammas, javenem que seculn, rclicio Conjuge; Pcnelope venil, abil Ilflcne.
MaUTUL, livre I, rjiigramme 03.
i. ViiuiiLE. Ji'néide, liv. IX. vers. 710.
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galère liburnienne qu’on venait de lancer. C’élail la nouvelle du jour, et l'on disait que Néron voulait en faire présent à sa mère. Elle parcourait du regard les monuments qui proclamaient la gloiredeson nom. Le port de Misène était l’ouvrage d’Agrippa, son a'ieul. Il avait réuni le lac Lucrin à l'Averne par un canal creusé par vingt mille esclaves. La grande jetée qui séparait le lac Lucrin de la mer, la voie souterraine qui allait de l’Averne à la ville de Cumes étaient an nombre de ses travaux, sans compter les théâtres, les temples et les bains. Agrippine retrouvait la gloire et les souvenirs de sa famille partout autour d’elle, jusque dans les piscines où tant dé . curieux venaient admirer une murène parée de boucles d’oreille attachées par son aïeule Antonia, fille de Drusus*. Sur la colline, au-dessus de Baules, la villa du divin Jules s'élevait comme une forteresse, et dans la pensée d’.\grijjpine , la fortune de César protégeait son audace et justifiait son ambition. Séduite par le bon accueil de Néron, elle put se croire au moment de ressaisir sa première influence.
Au moment où elle se disposait à partir pour se rendre à l’invitation de son fils, on vint la prévenir en secret du danger qui la menaçait; elle ne témoigna ni crainte ni surprise; seulement au lieu de monter sur la galère qu’on lui avait préparée, elle se fit porter en litière à Baïa , curieuse de voir par elle-même quelles ôtaient les intentions de ses ennemis ; calme par riiabilude d’affronter cos sortes d'épreuves et cédant à la séduction provocante que les grandes âmes trouvent dans le danger.
Son cortège nombreux, où se faisaient remarquer Agôrinus
1. In eailem villa, Anionia Drusi, marœnæ quam diligebat inauresaddidil. cujos propter famam noonulli Baulos videra concopiverant. Pline. Ilùtoire nal., liv. I.K, ch i.ixxi.
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el Mnester, deun do scs affranchis prôls à mourir pour clic, traversa la foule émue de joie par la fêle de Minerve. On la célébrait dans ce pays de civilisation grecque avec plus de pompe qu’en tout autre lieu de l’Italie. Quatre jours de vacances étaient donnés aux écoliers en l'honneur de la déesse; les maîtres recevaient leur salaire, et tous les enfants se livraient loin de leurs pédagogues à ces petites saturnales de la jeunesse. L’affluence et l'animation étaient accrues par les . négociants étrangers qui venaient à Pouzzoles, où l’on voyait les costumes de tous les pays, et par les soldats de la flotte de Misène qui s’exerçaient sur le miliscole ou qui manœuvraient dans le port. Au milieu de la foule joyeuse, et dans le tumulte de la fêle, Agrippine n’était pas femme à se souvenir que la déesse, fille dePallas, avait tué son père qui voulait la souiller par l’inceste , et que Minerve Athénienne présidait au jugement de l’aréopage quand le parricide Oreste fut absous. Si sa bannière blancbe brodée d'or, où les actions mémorables de la déesse étaient représentées passa sous ses yeux, elle ne fut pas étonnée d’y voir glorifier le châtiment du crime qu’elle avait commis, et le pardon de celui qui la menaçait.
Néron reçut sa mère avec la pompe et les respefls qui devaient plaire .à sa fierté. 11 lui prodigua les caresses les plus tendres pour écarter de son esprit tous les soupçons. Dans la salle du festin, où iis étaient seuls assis à la même table, il lui donna la pince d'honneur, le lit du milieu, et lui-méme, se couchant à ses pieds, se mit au-dessous. Après les premières dispositions prises pour réhdre la réconciliation plus facile, Néron demanda conseil à sa mère sur des affaires de la plus grande importance et parut recourir à son expérience. Il lui confia môme des secrets d’État pour lui prouver qu’elle allait reprendre son autorité. A cette déférence qui flattait l’orgueil
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d'Agrippine, snccédërcnt les épanchcmcnls et les plus douces confidences. A mesure que la joie du festin gagnait les convives, Agrippine prenait conGancc. Son fils semblait retrouver près d'elle quelque chose des naïves familiarités de l'enfance. Il la comblait de faveurs et la défiait d'épuiser sa générosité.
Pourquoi celte odieuse et basse hypocrisie? pourquoi cette dissimulation féroce contre sa mère? elle était en son pouvoir : Né.'on voulait peut-être tenter un dernier effort pour la ramener; au moment de commettre un si grand critne il dut hésiter, et s'il pouvait provoquer l'expression d'un regret, s'il avait la preuve d'un retour sincère, s'il retrouvait quelque chose de l'amour maternel, il pouvait s'arrêter.
Quand il dévoile à sa mère, dont il connaissait les complots, les secrets d'État connus de lui seul, ne semble-t-il pas lui • dire : « Vous-même n'avez-vous rien à m'apprendre? Ses plus tendres caresses et scs témoignages d'affection la rassuraient en même temps contre les suites de pareils aveux; mais Agrippine, qui ne craignait rien et qui eût peut-être pardonné, ne voulut pas subir la honte d'un pardon. Soit défiance, soit fierté*.soit fidélité envers ceux qui la servaient, elle se tut, et les séductions de son fils la trouvèrent inflexible. Rien do loyal et rien d'humain n'attendrit leurs embrassements; ils ne s'étalent rapprochés que pour sentir la haine qui les séparait.
Cependant la galère fatale s'avançait dans l'ombre ; Burrhus et Sénèque observaient Néron en silence. Tandis que le repas se prolongeait dans la nuit et que les esclaves renouvelaient l'huile parfumée des lampes, Anicet donnait au dehors les dernières instructions aux meurtriers; l'instrument du crime, dissimulé sous la forme d’un vaisseau, abordait sans bruit au
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ond des grands escaliers de marbre qui descendaient vers la mer.
Agrippine se leva pour se retirer : elle était séduite par les caresses de son fils, ou du moins elle feignait de l'être. César reconduisit sa mère; ils sortirent ensemble, la nuit était splendide. Une population joyeuse répandue dans les tavernes, sur les terrasses et les jardins qui s'avançaient dans la mer, entourait le golfe d'une ceinture de lumières. Il était sillonné de barques qui se croisaient en tous sens, avec des formes et des couleurs differentes; une atmosphère tiède et parfumée résonnait de chants voluptueux dont les molles cadences se mariaient aux balancements des flots. De joyeux convives et des amants silencieux jetaient les roses du banquet dans ces vagues languissantes qui roulaient sans cesse des couronn.es de fleurs. Ainsi, la sérénité du ciel, le calme de la mer et la joie de .la fête allaient être comme souillés par un garricidc dont cette nature clémente faisait ressortir l’horreur.
Quand vint le moment de se quitter, Néron fit à sa mère les derniers adieux avec un redoublement de tendresse : il faisait son front, ses yeux et son sein ; il la tenait serrée contre son cœur. « Je vis en vous, ma mère, lui disait -il ', et c’est par vous que je règne. » Il semblait ne pouvoir pas s’eu séparer, soit par un mouvement involontaire de piété filiale, soit par la curiosité féroce d’une âme dépravée qui veut expérimenter toutes les émotions du crime. Impossible de rien voir distinctement à celte profondeur dans l'abîme du cœni^iumain.
Agrippine s’éloigna du rivage par cette belle nuit, la mer paisible, le ciel étoilé : deux de scs familiers étaient près d’elle; Gallus à son côté, Acéronia, une de ses femmes, assise à scs