‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 62 sur 215 · IU · texte numérisé non relu

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offrir sa fille en mariage pour le rapprocher de l'empire et de Ini-mème : rien n’adoucit ce cœur implacable et bas, que sa dépravation condamnait fatalement à détester la magnanimité de son frère.

Pendant les cent jours de fêtes qui furent consacrés à l’inaugaration du Colysée, les mauvais instincts de Domitien, dignes d’étrd mélés à ces égorgements, se manifestèrent avec un nouveau caractère de perversité. Titus en eut la preuve; la haine de ce frère scélérat avait triomphé de son amitié. Prévoyant alors que Domitien régnerait bientôt sur ce peuple joyeux^* dont le bonheur l'avait uniquement préoccupé, cette âme généreuse fut comme vaincue par la douleur. Pendant le dernier jour de cette longue fête, Titus pleura longtemps, et il fut vu de. cent raille spectateurs*. Lui, soldat, patricien, empereur, il pleura sans pouvoir se consoler, et dans cet adieu silencieux et suprême qu’il adressait au peuple romain, ses regrets étaient moins è la vie et à i’empire, qu'à sa générosité perdue. Il pouvait, il devait prévenir un règne abominable, il n’en eut pas la force, et par un de ces mouvements héroïques auxquels l'avait habitué sa vie de soldat, il aima mieux mourir que d’entrer dans la voie de Néron qui s’ouvrait devant lui.

Quant à Néron, qui ne connaisMit de la vie romaine, ni les luttes du forum, ni les travaux de la guerre, ni les mœurs austères du foyer domestique, il était homme et prince. Il jugea sa mère avec toutes les ressources d'intelligence dont Sénèque avait muni son esprit. La femme qui .avait abandonné son enfance, flétri sa jeunesse, tenté de lui enlever l'empire, n’était pas une mère, mais un fléau, un ennemi

i. Speclacuiiâ absolutisj in quorum flne populo coram uberl us fleteral, Sabinos petit. Sip^tonc. Vie de Titm, cb. x.

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public. L'amour de la pairie el la raison d'Ëtat, qui avaient aulorisô le premier Brulus à sauver une bourgade en sacrifiant ses fils, l’autorisaient à défendre contre sa mère sa vie et son pouvoir qui maintenaient la paix du monde : tels furent les raisonnements de Néron. Mais comme la justice et riionncur nous pressent avec moins d’énergie que nos passions, si Néron n'avait fait que son devoir, Agrippine ne l’aurait pas trouvé si cruel. En réalité, il sacrifia sa mère à son amour pour Poppée, au besoin d’assurer ses plaisirs et sa vie, et les raLsons légitimes que fit valoir Sénèque pour justifier son crime, lui donnèrent le courage qui lui manquait.

Il ne suffit pas, pour être juste, d’allirmer que .Néron avait de la bonté; il faut dire que la bonté fuMe grand côté de son caractère. Malheureusement, c’était chez lui une qualité plutôt qu’une vertu, c’était une générosité d’instinct, une douceur de. tempérament sans principe et sans règle, conditions de la durée. Pendant que sa cordialité riante n’avait encore subi aucune épreuve, personne auprès de lui pour le préparer aux déceptions de l'avenir. Aussi, dès que les périls et les mécomptes vinrejit troubler son bonheur et son pouvoir, la facilité d’humeur el l« mollesse de caractère qui l’avaient d’abord livré à scs instincts généreux, rabandonnèrent aussi complètement à la cruauté. L’avarice, l’ambition, l’amour de la guerre qui n’avaient pas contrarié ces bons mouvements, ne firent pas obstacle aux mauvais; et la haine vint, à son heure, régner dans son âme aussi absolument qu’aulrefois la bonté. Maîtrisé par le mal comme il l’avait été par le bien, Néron fut le pire des hommes après être né le meilleur, et ses passions l’emportèrent au loin, si facile à l’entrainement, que tout lui devint une fatalité, mémo le parricide.

Il est certain que si Néron fût mort à propos, il aurait

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laissé une mémoire encore plus chère à l’humanité que celle de Titus. Üa a dit aussi de Titus, que s’d avait voulu vivre et régner, il aurait fliii comme Néron, tant il y avait dans l’empice de dangers inévitables et de dures nécessités, tant la héte féroce, connue de Tibère, absorbait de victimes sans calmer ses appétits. Pour Titus comme pour Néron les circonstances furent également difficiles, c’est dans leurs caractères que la différence se fait voir. A travers les hasards et les' accidents; chacun d'eux fit sa destinée par sa faiblesse ou par son courage. Titus, en s’éloignant de Bérénice; .Néron, en se rapprochant de Poppéc.

La mort d’Agrippine fut une sorte d’alfranchisscment pour . son fils, qu’elle avait dominé de toute la supériorité de soit caractère. .Mais tandis que le peuple romain, le sénat et le monde se taisaient devant lui, le cri de sa conscience protestait contre sa fortune. Lui-méme ne le dissimulait pas, et nous ne connaissons que par les aveux du coupable, ses remords, ses frayeurs et les apparitions de cette ombre terrible, que la mort même n’avait pas domptée. Quelques protestations obscures, quelquesirijuresanonymes, recueillies par leshistoriens, osèrent s’élever contre César. Une de scs statues fut troüvéïrle matin, avec le sac des parricides noué autour du cou. Un enfant fut exposé dans le vélabre avec cet écriteau ; « Je ne t’élève pas, de peur que lu ne sois l’assassin de la mère. » On écrivit çà et là, sur les murs, un vers où les noms de Néron et d'Oreste étaient réunis. Parmi ceux qui curent l’imprudence de dire que Néron avait tué sa mère, quelques-uns furent accusés et poursuivis par les ennemis du prince, qui voulaient constater le crime en [laraissant llétrir la calomnie. Néron supporta toutes ces injures sans se venger, et subit en silence ces outrages '.

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