‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 65 sur 215 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

CrOüVERNEME^fT DE NÉRON

^léron vout fiïuccr son crime. — Ennemi de la guerre, il cherche 1 éclat de Sun rt^f^ne dans les arts. Les hommes du mérité en tout genre sont ap* pelés au Palatin. — Néron travaille avec les lettrés. — Il roinpose des piêiTt de vers. — Ouels poètes furent aünii.s dans sa familiarité. ~ Néron chansonnier. .Mérite du poète incertain. ~ Qualités du prince incontos’ tables. — Philosophes admis à sa cour.

Par (leux fois dans dus circonstances analogues, après l'empoisonnement de Briiannicus et après le meurtre d'Agrippine, Néron témoigna le désir sincère de faire oublier ses crimes et de prouver par le noble usage de son pouvoir le droit qu'd avait eu de le défendre contre toutes les rivalités. Vainqueur en Occident et en Orient, maître absolu de Rome et des Pro-' vinces, il voulut donner au monde une paix dont il ne jouissait pas lui-mème; et scs remords lui furent un motif de plus

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de poursuivre avec une nouvelle ardeur l'application de ses idées au gouvernement des hommes.

En môme temps que Néron avait an pina haut degré l’amour de 1.1 gloire et le l)c.soin le plus impérieux de popularité, il détestait la guerre autant par humanité que par mépris pour ces jeux de la force brutale si inférieurs aux purs travaux de l’esprit. On ne le vit jamais céder au plaisir d agrandir l'empire; il fut mémo tenté de retirer ses légions de la Grande-Bretagne, quand cette province se révolta contre Suédonius *. Il était donc forcé de chercher l’éclaldeson règne dans le maintien de la paix universelle, dans la splendeur des arts, dans les merveilles de la civilisation; projet d'autant plus admirable qu’il lui était inspiré parun vifsentimentd'hnmanité, et qu’il proposait à son ambition la gloire la plus difficile à conquérir. Ces idées et ces sentiments étaient une tradition de famille; son aïeul Agrippa, ministre laborieux d’Auguste, Ibs avait exprimés dans son magnifique discours sur les expositions publiques*. Après tanlde guerres et de triomphes, l’univers conquis et apaisé, quel autre système pouvait se présenter à là pensée des Césars? Le génie romain avait accompli sa tâche et nous voyons les plus grands esprits languir sans espérance et se replier vers le passé. Tacite lui-même, n’ayant pas d’avenir auquel.il aspire, célèbre l égalité primitive et se retourne vers l’âge d’or^. Néron obéissait donc autant à sa nature qu’aux exigences de sa situation quand il prétendait régénérer le monde par les travaux pacifiques de l’intelligence. Lui seul pouvait conduire dans cette voie la société païenne si elle avait assez de force pour accomplir de nouveaux

t. SiÉTOxE. Néron, fh. xviii.

S. Plixe. Hiil. nal., tir. XXXV, ch. ii.

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