Tacite, .(iiiuilo, tir. III, cb. xiti
VIE DE NÉRON
progrès. C’était chez loi uno pensée bien arrêtée d’ajouter quelque chose au bonheur du peuple et à la gloire de l’empire ; s’il est resté le plus populaire des Qésars et s’il a frappé si vi- Tcment les imaginations, c’est pour avoir poursuivi son projet avec une ardeur et une passion qui se trouvent rarement dans une société vieillie.
Le senl progrès que Rome pût accomplir en effet après sa ' dominalion si bien assise, c’était d'égaler, de surpasser peutêtre la politesse des Grecs, et de corriger, par l’élégance, la dépravation de ses mœurs. Néron eut la force de s’imposer les soins et les Irava'uz nécessaires à la réalisation de son œuvre ; il sacrifia son repos et son plaisir par amour de la gloire et de la popularité. Au lieu de s’oublier avec quelques amis dans l’ivresse et dans les jouissances. que donne le pouvoir, au lieu de s’isoler dans l'orgueil puéril et superbe d’une mystérieuse majesté, il appela tous les hommes de talent auprès de lui, dans ■le but de stimuler leur ardeur; ses entretiens et .ses exemples donnaient ainsi la plus vive impulsion aux travaux de l’esprit. Musiciens, sculpteurs, pantomimes, cochers du cirque, danseurs et philosophes, allaient par troupes au Palatin faire connaître leurs talents, donner des leçons, recevoir des encouragements. Néron leur partageait les heures de sa journée, se passionnait pour leurs travaux et vivait avec eux, comme avec la . foule, dans une familiarité de tous les jours. Son ardeur les pénétrait, son exemple excitait l’émulation : appelant.chacnn par son nom, ce qui était fort goûté des Romains et prouvant û chacun l’oxcellcnce de son art, il jetait une telle animation au milieu do tous ces talents réunis, que le Palatin semblait être le forum des beaux-arts.
Une de ses espérances était d’enlever les jeunes gens aux souvenirs austères de la République et aux rudes leçons du
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Bloïcismp, pour en faire les compagnons de ses travaux. Ils ajouteraient ainsi à la gloire de la citlï, sans compromettre son repos. Ce but avait fixé l’ambition distinguée d'Âugusle quand il admettait les génies de son temps dans cette familiarité supérieure qui est le côté le plus pur de sa gloire et le plus inaccessible à l’imitation ; Néron le recliercha d’une ardeur peu commune avec cette préoccupation passionnée des choses de l’esprit qui est le caractère distinctif et tout à fait princier des Césars.
I.«s littérateurs et les poètes étalent admis dans son intimité, ceux môme qui n'étaient pas encore bien connus. Il s’entretenait avec eux et ne dédaignait pas d’être initié au secret de leurs productions. Richelieu en usait de même avec les beauxesprits de son temps. Tacite dit que ces jeunes gens s’amusaient à coudre ensemble des lambeaux de vers que Néron avait composés ou qu’il improvisait*. Suétone, au contraire, prétend avoir sous les yeux des manuscrits de Néron dont les ratures et les corrections annoncent un plan et un travail soutenu. Il composa sans peine, dit-il, quelques pièceç de vers, sans jamais donner pour siennes les productions d’autrui *. Sénèque, si jaloux de sa gloire littéraire, et qui n’aurait pas voulu se couvrir de ridicule, cite avec honneur un vers pris dans les poésies de Néron
Vossius va plus loin, et de quchiucs vers qui nous restent, il conclut que Néron était un bon poète*.