‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 68 sur 215 · D. .VisARD. Poêlet de la Décadence, tom. I, pag · texte numérisé non relu

D. .VisARD. Poêlet de la Décadence, tom. I, pag

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VIE DE NÉRON

cicüseraenl, c’cst qu'il se souvenait sans doute d’avoir obtenu de ce prince un patronage qu’il ne retrouva plus.

Quant à Pétrone, Lucain, Titus et Labéon, ils firent certainement partie de la société littéraire organisée par Néron. Cette société devait être fort nombreuse ; l’empereur eut la pensée de faire écrire une histoire romaine en vers : projet ridicule peut-être, mais du moins national et motivé par la nécessité d’occuper et de réunir tous ces divers talents en les appliquant à une œuvre commune. C’est sansdoute à celte pensée de Néron que nous devons In PhmsakAe Cucain. L’intérét actuel du sujet eUsa grandeur fixèrent sur ce siècle l’altention et les travaux du poêle. Son œuvre, où l'histoire, la philosophie et la politique occupent la plus "rande place au détriment des fictions cl de l’invention poétique, est tout à fait selon le plan de Néron.

Il s’exercait lui-méme dans des genres différents. Les vers légers, les chansons et les petits poèmes qu’il composait étaient chantés dans les quartiers populeux, dans les tavernes et aux bains

Quand Apollonius de Tyane vint à Rome avec ses amis, le jour même de son arrivée, pendant qu’il prenait son repas dans une taverne, un homme aviné, mais d’une voix agréable, se |)osa fièrement devant lui. « Cet homme faisait le tour do » Rome en chantant les vers de Néron; il vivait de celle in- > dustrie, et qiiapd on l’écoulait avec négligence il vous pour- • suivait pour crime de lése-majeslé.... 11 portait dans une » petite boite une corde usée à force de servir, qu’il disait

» venir de la cithare même de Néron Il préluda par un

» hymne du maître, puis il déclama des morceaux de VOrestie

1. M. Cxslil-ltlazp, dans un artklc de la flenic de 7’ni is, aliribuc l'air de I a Boulangi're à Ndron.

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> et H’AntigoAe, vocalisant et imitant toutes les intonations

> hasardées (le l'empereur. * • ,

Il est absolument impossible de se faire une idée juste du talent de Néron, comme versilicaleur, sur ces données incomplètes, aucune citation un peu importante ne venant à l'appui. Mais la bienveillance de César pour les lettres de sou temps est manifeste, et son intention bien formelle d'atteindre un but élevé ressort victorieusement des faits. On peut affirmer de Néron qu'il a connu et encouragé tous les hommes distingués de son temps, et ce n'est pas un mince éloge qu'on puisse faire d'un souverain ; il faut donc reconnaître, pour être juste, qu'il fut le promoteur de cette grande époque de la littérature latine qui compte Sénèque, Juvénal, Lucain et Tacite, moins pure sans doute que le siècle d'Auguste, mais plus énergique, plus originale, et par cela même supérieure peut-être.

Les maîtres de la sagesse vinrent à leur tour proposer à Néron leurs enseignements. 11 consacrait aux philosophes les loisirs du soir après le repas. Il aimait à entendre exposer et discaler les systèmes. Il pouvait compléter ainsi son éducation philosophique, fort négligée par son précepteur. Sénèque ne lui avait fait lire que ses ouvrages. Tacite cependant aurait pu rendre justice aux intentions libérales du jeune prince qui ouvre son esprit à la vérité, honore ceux qui font profession do la dire, les reçoit à sa table et les écoule avec une bienveillance parfaite; mais l'âpre historien se contente de nous dire a ce propos qu'on vit alors des gens de mine cl de morale austères, heureux de se faire voir dans les splendeurs de la cour *. La politique libérale de Néron n’en est pas moins certaine; son

1. l’HiLostHATE, Vie t[ ÀfuUoniut de Tyane, liv. IV, cli xxtix. i. .\cc duerant qui, orv vulluquc iHsti, inliT oblculatiicnla regh spectari cuperent. Tacite. ,4nn., liv, XIV, ch. jvi.

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projet de rcjçénérer Rome par les arts n’en csk pas moins glorieux, cl la postérité doit reconnaître que ce prince, d’odieuse mémoire, a voulu clore définitivement la période sangbntedes haines et des proscriptions, pour engager l'humanité dans une voie toute d’intelligence et de paix.

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