‹ Néron, sa vie et son époqueChapitre 69 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SPECTACLES ET JEUX DU CIROüE

Mort de Domitia. — Néron faussemeni accusé. — Aurait des spectacles. — Rome et les provinces se pa.ssionnent pour les jeux du Cirque. — Origine de ces jeux. Pompe triomphale de la proce.ssion sacrée. ~ Sacrifices, signai donné par l'édile. — Courses des chars. — Oladialeurs. — Corn* bats d'animaux venus de tous Its points du monde. Entractes, rafraîchissements offerts par Tempersur. — Loteries, dépenses faites par César. — Gladiateurs attirés par les récompenses.

Avant d'aborder l'importante question des spectacles chez les Romains, il est juste de défendre en peu de mots Néron d"une accusation portée contre lui. Il s’agit deDomitia, sa tante, que Suétone et Dion nous alRrmcnl avoir été empoisonnée par son t),"dre. Voici les faits: Quelques jours avant de quitter sa première barbe, Néron alla faire visite à sa tante Domitia, déjà fort vieille et très-malade. L’honneur qu’elle recevait et l’intérélque lui témoignait l'empereur l’émurcnl vivement, et dans la joie qu’elle en éprouvait, touchant le menton de son neveu avec une familiarité toute maternelle, aussitôt que j’aurai vu tomber celle barbe, dit-elle, je pourrai mourir. — C’est bien, reprit Néron en se tournant vers ses amis, je vais me faire raser en sortant.

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Certes il y a loin de cet homme à celui qui aurait voulu ne savoir pas écrire pour no pas signer un arrêt de mort; mais cette parole de Néron près deDomitia malade n’est pas l’ex pression d'un mauvais sentiment, c’est l’intempérance d’un esprit railleur qui ne résiste [las au plaisir de se produire. La présence de scs joyeux compagnons entraîna Néron plus loin qu’il ne voulait aller. En sortant, il s’entretint de la malade avec les médecins et leur conseilla de la purger: voilà sur quoi repose l’opinion de ceux qui l’accusent d’avoir fait empoisonner sa tante. Il était, disent-ils, impatient des’emparerdesesbiens. Pourquoi impatient, puisque le besoin d’argent ne s'était pas encore fait sentir? Puisque Domitia était vieille et mourante ? Puisque cet héritage ne pouvait lui échapper?... De toute sa famille, Domitia seule lui restait; il n’est pas possible d’admettre que Néron se soit rendu, sans motif, coupable d’un second parricide quand l’horreur du premier troublait encore toutes scs nuits. Croyons avec Tacite, qui ne lui a pas imputé ce crime, qu’il faut ranger cette accusation au nombre des calomnies dont la baine a poursuivi les Césars après leur mort. Néron, le plus populaire, a dû être le plus flétri, et l’on serait en droit de reconnaître dans Suétone, l’Iiistorien que Martial accuse d’écrire une fausse histoire de Néron ’.

Il est d'autant plus important de constater l’innocence de Néron, que trois ans se passent après la mort de sa mère sans qu’on ait à lui reprocher la moindre injustice, ni de nouvelles cruautés. Ce serait donc trois ans qu’il faudrait ajouter aux cinq premières années qui motivaient l’admiration de Irajan.

La puissance et l’attrait des spectacles étaient si grands à Rome, — que les Grecs et les Barbares, les nations voisines et

i. An qUiV Neroni falsiis aslruit scriptor.

Uaiitui., livre lit, Epigranijne ÎO*.

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li's peuples éloignés, restaient avilies et curieux de tout ce qu’on racontait du cirque et de raraphltliôûtre. Ce qu’ils voyaient des forces de l’empire, ce qu’ils apprenaient de la grande cité, de son peuple, de scs monumenis et doses plaisirs, la leur faisait accepter pour capitale et pour commune patrie. Tout homme né pour sortir de la foule aspirait à devenir citoyen romain. Voyons donc quels étaient ces spectacles et cos jeux.

Les spectacles des Romains, déjà grands et terribles sous 1» république, arrivèrent sous les Césars au plus haut degré de leur splendeur. Les émotions du cirque avaient remplacé les débats du Forum et l’enivrement des triomphes. Le peuple s'y portait avec une telle ardeur, que la veille de ces grandes solennités il allait prendre ses places et passait la nuit sur les gradins' ; du pain et le cirque voilà sa vie. Le plus dur côté de l'exil ou d’un long voyage c’était d'étre privé do spectacles pendant toute l’année -. Chaque jirovince voulut avoir dos théâtres où seraient reproduites les splendides horreurs du cirque romain. On essaya de contrarier cette tendance, mais elles s’y livrèrent avec une fureur toujours croissante, et dans telle ville assiégée, le peuple abandonnait pour aller au s|iectacle la défense des murs qui tombaient alors au pouvoir de l’ennemi >.

-\u reste, les jeux romains consacrés par la religion remontaient aux origines nationales. Institués par Komulus. ils avaient reçu de Tarquin une pompe nouvelle imitée des Étrusques. Plus tard le sénat décréta que la République en ferait les frais. Les premiei's magistrats veillaient à la célébration des

1. Inquietatus fremitu gratuila in circo luca du media iioeie occupaniium, umnea fustibua abegit. Siétone. Caligula, cb. xxvi.

d. ii vÉSAL. Satire xi. vers Si.

3. En 439, les liabilants de Carthage eiaieul au UiJStre quand Geigaeric s’empara de leur ville.

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jeux : les uns en nvaicnl l’intendance pour les prt'parer, les autres étaient chargés d’inspecter les préparatifs, d’autres en réglaient l’ordonnance et l’édile présidait à la fête en costume de triomphateur. Les grands dieux conviés à la solennité descendaient du Capitole pour venir prendre place au milieu du peuple ; avant d’entrer au cirque la procession sacrée traversait le Forum. Elle était conduite par l’édile curule, monté sur un char traîné par quatre chevaux blancs ; les sénateurs et tous les magistrats accompagnaient la pompe triomphale. Un jour qu’Auguslc était malade, il n’en suivit pas moins le dortégo; on l’y jx)rta couché dans sa litière *.

Après les sénateurs venaient les jeunes gens de quatorze i quinze ans jugés dignes d’assister à la cérémonie: les uns à cheval, rangés par escadrons, les autres par compagnies et à pied; tous dans un si bel ordre qu'ils semblaient se rendre à leurs exercices. Spectacle admirable qui {)éuétrait de respect les étrangers en leur faisant voir quelles ressources la république trouverait bientôt dans ces jeunes gens, qui allaient être des hommes Les cochers suivaient en costume de guerre, conduisant des chars attelés de deux et de trois chevaux. Il n’y avait jamais moins de cent chars, appartenant aux quatre factions, dont les cochers se distinguaient à la couleur particulière de leur tunique, si bien que la beauté des chevaux et l'élégance des costumes, faisaient de leur marche seule un spectacle attrayant. On voyait à la suite ime troupe d’athlètes vigoureux, nus et prêts au combat ; puis trois groupes de danseurs d’âges diiïérents, hommes, jeunes gens et enfants; des chœurs de musiciens les accom[iagnaicnt. Le costume des danseurs était une tunique écarlate, serrée avec une ceinture de cuivre; ils

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