PHiLosTnATE. Vie d'Apollonius de Tyane, tiv. IV, ch. xui
î. Philostr.ue. Vie d’Apollonius de Tyane, Uy. V, cti. ix.
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SOUS le règne des Anlonins. Parmi les savanLs du dernier siècle, qui ont môlè de lanl d’agrément leur éruclitron profonde, un liomme d’esprit cl de goût a contesté l’aptitude de Néron pour les beaux-arts, lui déniant môme le mérite de s’étrc élevé, sur divers points, jusqu’à là médiocrité. L’éloge qu’en a fait Suétone quand il lui accorde de peindre et de sculpter avec une application remarquable, semble exagéré au savant critique. La discussion sur un tel sujet serait longue, ardue et peut-être inutile : on peut se contenter de faire cette simple observation : Néron avait do grandes ressources d’intelligence; à peine âgé de dix-scpt ans il plaida le même jour, et avec succès, en grec et en latin; il jugea convenablement les alTaircs les plus graves portées à son tribunal pendant les fériés latines ; il était doué d’une si prodigieuse mémoire qu’il saluait tous les citoyens par leur nom dans l'ordre où ils se présentaient devant lui ' ; On sait d’ailleurs de quelle ardeur enllionsiaste il cultivait les beaux-arts. Lsl-il possible d’admettre qu’un esprit si ouvert, fortifié par la passion, n’ait pas obtenu quelques résullaLs?
La pensée de Néron, dés les premières années de son règne, fut, comme on l’a dit, de donner à l'empire et à la cité souveraine celte dernière gloire de l’admiration du monde justement conquise. Pour atteindre ce but, il porta dans toutes les branches du travail intellectuel la force de son exemple, le stimulant de ses regards; il sut donner une légitime espérance à toutes les ambitions. Yespasien et Trajan sont des hommes du passé, des consuls de la vieille Rome égarés dans l'empire; mais Néron est l'homme nouveau, qui a voulu engager la société pa'ienne dans le seul progrès qu’elle
t. Si ÉTOM'. Vie de .Voroii, ch. x.
le rei'ueilleinoiil nécessaires au spedaleur qui juge n’étaient ])as dans les lial)ilndes de ce peuple toujours violemment agité. Le mouvement des alTairc.s, la lumière et le bruit du jour avaient quelque chose de brusque, de précjs cl de vulgaire peu favorable aux plaisirs délicats de l’intelligence et aux douces émotions. Il parut à Néron que la lueur tempérée des lampes et le calme des premières veilles disposeraient mieux les spectateurs à goûter les jeux de l'esprit et à suivre l’imagination des poètes dans les profondeurs féeriques du monde idéal; il changea donc l’heure du spectacle du jour à la nuit, et celte grande révolution dans les plaisirs de l’humanité, qui ne sont pas une petite alTaire, dure encore de nos jours. .
On .se [)Iaignit alors beaucoup, comme on se plaint toujours, des nouveautés. Les gymnases et les Ihéâtres de nuit parurent devoir être des écoles d’immoralité et des excitations à la débauche. Il n’en fut rien toutefois, et Tacite, qui nous a transmis les plaintes, avoue qu’il n’y eut point de scandales à signaler; soit que la quantité de lumières fit obstacle aux désordres, soit que la nouveauté des spectacles absorbât toute l'attention. Néron disputa le prix de l’éloquence et de la poésie latines et tous ses rivaux s’effacèrent devant lui. Ceux qui furent déclarés vaimjueurs dans les concours de musique et dans les luttes gymnastiques, reçurent les couronnes et obtinrent les prix qu’on leur avait proposé.s.
.V. l'occasion des jeux quinquennaux, les iiantomimes reparurent à Home. Néron lui-même s’élaii vu forcé de les bannir pour rétablir la paix .sur le tliéûiro et dans la ville ; leur retour fut un bonheur public. Le talent prodigieux de ces artistes exaltait jusqu’à la frénésie l’admiration des Ito-
maiiis. Lucien nous a raconté les succès d’un danseur fort
VIE DE NÉRON
habile qui, pendanl la côlùbralion des jeux Néronieiis, obliiu les sulTragos les plusconcluanls el les [dus inallendus. C'est de ce pantomime que Pétrone célèbre la gloire et décrit l'aclion dramatique dans un style qui nous donne à la fois l'esprit du poêle et la réalité des objets'. On regrette en citant ces vers, d'être impuissant à les traduire et d’ignorer le nom de l’artiste éminent qui lésa inspirés.
Tout le public romain se précipitait en masse dans la vogue des pantomimes : c était le fol enthousiasme d’un peuple déchu qui adoreraitses comédiens après avoir sifflé ses dieux; c’était un mouvement irrésistible qui emportait le patricien et le plébéien, le citoyen et l’étranger. Démôtrius seul résistait à l’entraînement. CeDémétrius, philosophe cynique, dédaigna'U de se ranger à l’opinion commune et s’applaudissait de fuir le vulgaire fût-il dans le vrai. Il poursuivait de ses diatribes !c pantomime et sa profession avec la \erve déréglée d’un homme qui veut flétrir et réformer d-ins son siècle tout re qui n’est pas lui. Le comédien, qui était homme d’esprit, ne répondit rien pour défendre sa personne, rien en faveur de son art :
« Venez me voir danser, dit-il à Démétrius, • et la discussion fut close. I.e cynique accepte l’invitation, et se rend au tliéAtre. Le pantomime dansa le ballet de Mars et Vénus, sans accompagnement de flûte ni de voix, comme il avait promis de le faire, et seul, par son geste et scs attitudes, il exposa toute l’aventure : le soleil révélant l’intrigue, le piège de Vulcain, la honte de Vénus et l’embarras de Mars. Démétrius fut à ce [loint ravi de ce spectacle qu’il ne put se contenir. i J’entends ce que
t. Pugnat, ludil, amal, Iwcchatur, vertitiir, adstal;
' Illustrât rcrum, cimeta decorp replot.
Tôt lingu.-B, tôt memlira viro; minbilis .irs est Quœ facit arliculos. ore silento, loqui.
PniaoNT. De Pantmntmo, rr,igmcnts poSli |n’s.
VIE UE NÉUON iüy
lu fais, danseur, s’écria-l-il, je comprends, je le vois parler avec les mains* 1
Un prince barbare, venu à la cour de Niiron, vil ce môme comi'dien danser avec une expression si nette qu’il ne perdit rien de la pièce jouée devant lui. Comme il était au moment de retourner dans son royaume, iNéron, qui recevait ses adieux, le pria de demander en parlant ce qu'il désirait le plus ardemment obtenir de lui, promettant de le satisfaire, t Vous me rendrez bien heureux, dit le prince, si vous me donnez le danseur. » A quoi vous servirait-il dans votre pays? reprit Néron . « J’ai pour voisins, ajouta l’étranger, des barbares qui ne parlent pas notre langue, et je ne saurais trouver d’interprète pour traiter avec eux; voici un homme dont les gestes me serviraient à faire comprendre mes volontés ».
A la manière dont le jeune César reçoit les adieux du roi barbare, aux offres qu’d lui fait, on peut juger combien il était soigneux de répandre au loin la haute opinion qu'il voulait donner de lui-môme. Dès les premiers jours de son règne il fut prince ; sa mère, qui le régentait volontiers, essaya souvent de modérer sa générosité excessive. Un jour qu'elle lui reprochait d'avoir trop bien gratiûô un de ses aïïrandiis, Néron, qui l’avait oublié, demanda ce qu’il avait fait donner cet homme, et, sur la réponse qu’on lui fit : • Je ne me croyais pas si avare, > dit-il à l'instant, et il ordonna de doubler la somme.
1. Lucien. De ta Dante. Dialogue entre Lycinus et Craton, livre XXXlll, cbap. LXMi.