Pline. Hùt. nal., liv. Vt, cli. ix
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«nnemis les lorcesel lu majeslâde l'Empire. UomiliusCorbu- Ion fut cliargÈ de conduire celle guerre importante. Le semai, le peuple et le.s légions approuvèrent ce choix.
Gorlmlon était un homme né pour le dur métier des arme.*, d’une stature et d’une force herculéennes, sobre et rigide, expérimenté dans la guerre et magnifique dans le commandement. Il eut, comme tous les hommes supérieurs, à dégager s.a fortune des rivalités vulgaires qui l'entravaient; après quoi il lui fallut encore rendre ceux qui combattaient sous lui capables de le seconder. Il croyait avec Marius que l’ennemi doit être vaincu plutôt par la hache, c’est-à-dire par les travaux, que par l’épée; aussi sa principale et première application fut de recomposer cl de refaire par la discipline l'âme et le corps du soldat. Ces légionnaires, amollis par un long séjour dans les villes d’Orient, durent passer l’Iiiver sous les toiles, soumis à de longues marches, à des exercices, a des travaux. Corbulon les dirigeait lui-méme, télé nue, par un froid qui tuait les soldats. Ceux qui osèrent déserter furent punis de mort. Celte armée, tremblante sous l’autorité de son chef, fil bientôt trembler l’ennemi, et l’an de Rome 809 la guerre commença vigoureusement contre les Parthes, tout fiers de Crassus anéanti et de Marc-Antoine repoussé.
Corbulon pénètre dans l’Arménie au moment où Tiridale, à la tète de ses cavaliers innombrables, ravage les terres de ceux qui tiennent le parti des Romains. Partout insaisissable et partout présent, là môme où il ne porte pas la dévastation, ce prince jette la terreur et se montre victorieux par la renommée plus que par le combat. Au milieu de celle formidable cavalerie des Parthes, toujours en mouvement, s’avançait l’armée romaine, lourdecl menaçante, entourée d'un ennemi qui cherchait sa victoire dans la fuite.
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Corliulon ne voulut pas rcaler impuissant ot immobile devant un adversaire qui avait dùjà fait connaître les maux de la guerre <à scs ennemis : Il divisa son armùe en plusieurs corjis assez considérables pour n’avoir pas à craindre d’iMre sur|)ris. et assez voisins l'un de l'autre pour.se porter secours. Trois cbàtcaux-forts furent pris sous les yeux de Tiridatc. Après avoir ainsi prouvé la vigueur des légions, Gorbulon les.réunit cl se dirigea vers Artaxate. Tiridale essaya de rarrêler : il employa contre lui les manœuvres et les ruses de guerre de Suréna contre Crassus cl de l'Iiraate contre Antoine. Toutes scs forces étaient en troupes de cavaliers; b's uns, légèrement armés cl montés sur des chevaux rapides, n'avaicnl en main (ju'un grand arc cl des néclies. Ils combattaient en fuyant. C’élail d’eux que les soldats de Crassus avaient dit qu’on ne pouvait ni leur échapper, ni les atteindre. Leurs traits, inconnus aux Romains, étaient lancés avec tant de force qu'on se sentait happé sans les avoir vus; les autres, nommés Cataphracles, étaient entièrement couverts de cuirasses faites d'<’ cailles en fer battu, semblables au dos du crocodde. Tous leurs mouvements étaient libres; ils pouvaient sc tourner en tous .sens sur leurs chevaux, les longues piques dont ils étaient armés h's rendaient formidables aux légions dont ils pouvaient briser les rangs. Quand on voulait serrer de près ces ennemis, ils fuyaient si vile qu'on les i)crdail de vue; quand on sc croyait hors ds leurs atteintes, ils apparaissaient soudain cl par milliers. Ils volaient comme un c.ssaim d'abeilles guerrières autour des légions, ('oussant des cris sauvages, lançant des traits, animant leur courage au son des profondes timbales qui relentissaicnl comme des monstres aboyants.
Parfois ils dirigeaient hmrs manœuvres et le galop de leurs escadrons de manière à soulever des nuages de jioussièrc que
VIE DE NÉRÜN
lèvent poussait sur leurs ennemis; ils les mettaient en désordre, les tenaient comme enfermés dans une fournaise, et leur [formidable cavalerie les attaquait dans cette obscurité soudaine en les criblant de traits.
Tiridale vint entourer Corbulon avec ses hordes innombrables. Il «spérait faire sur lui l’épreuve du cojirage, des forces et de l’habileté des Parthes, sf funestes aux Romains. Ses troupes se développèrent dans les plaines, elles s’agitaient de toutes parts, courant et tourbillonnant, elles s’amoncelaient à l'horizon comme un orage qui va tout briser. A travers ces évolutions et ces pièges, l’armée romaine s’avança dans un ordre imposant, inébranlable et majestueuse comme une citadelle qui aurait roulé sur scs fondements. Les rangs étaient si compactes^ et les soldats si bien tenus par la discipline, que pendant une longue marche on ne vit qu’un seul homme sortir de son poste. Il fut à l’instant percé de mille coups. Arlaxate est prise et brûlée; Corbulon dirige sa marche vers Tigranocerte; mais à l’approche des légions, cette grande ville ouvre ses portes, et l’Arménie, entièrement soumise, est occupée par le vainqueur.
Un fantôme de roi, Tigrane, fut envoyé de Rome par Néron pour régner sur l’Arménie. Corbulon, qui pouvait seul le maintenir contre les Parthes, dut passer en Syrie. Le gouvernement de cette province venait de lui être assigné.
Néron voulait-il amoindrir Corbulon en l’éloignant des peuples soumis et des lieux marqués par scs victoires? avaiton déjà essayé de nuire à ce grand homme dans l’esprit du prince ainsi que Tacite nous l’apprend ' ? Corbulon lui-méme parut le comprendre et s’accommoder aux intentions de l’ein-
I. Arrius Varufi... slrenuus bello... secretis apotl Neronem urmonibus erebatur Corbulis virlutcs criminalus. Tacite. Wùtoire, liv. III, ch. vi.
VIE DE XÉKON
•pereur. Il écrivit à Rome qtie le maintien de Tigrane sur le trône d'Arménie était une œuvre difficile et qu’on devait confier ce département à un général spécialement chargé de repousser les Parthes.
Vologèse et Tiridate, provoqués par Tigrane, que la protection des Romains enflait d’orgueil, envoyèrent Monésès, leur plus habile lieutenant, assiéger Tigranocerie. Corhulonse contenta de ne rien compromettre pendant qu’il avait seul toute la responsabilité des affaires d’Orient. Deux de ses tribuns militaires, chacun à la télé d’une légion, allèrent au secours des Arméniens. D’après les instructions de leur général, ils devaient se borner <à arrêter les progrès des Parthes. Corbulon s’établit lui-méme dans une position formidable aux bords de l'Euphrate. 11 lui suffit de se tenir sur la défensive pour vaincre les ennemis et les forcer à lever le siège de ïigranocerte.
Cependant Césennius Pétus était arrivé de Rome, investi d’une autorité égale à celle de Corbulon ; ils partagèrent les légions et les cohortes. Pétus, plein d'arrogance, ignorait les dangers et les obstacles qui l’entouraient. Il croyait à son génie parce qu’il osait blâmer Corbulon, à sa haute fortune parce qu’il aimait la gloire, à son courage invincible 'parce qu’il ôtait impatient d’agir. Dans ce dur métier des armes, au milieu des innombrables difficultés d’une entrejirise ardue, il avait la folle présomption des impuissants qui se font un mérite de leur facilité à dédaigner les hommes supérieurs.
Les Parthes s’étaient emparés de Tigranocerte : il s’avance dans l’Arménie sans magasin, ravage çâ et là le pays, néglige scs campements et, satisfait d’avoir montréles armes romaines dont il ne sait pas se servir, il rentre dans la Çappadoce après des courses inutiles.
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VIE DE NÈROX
Corbulon, an contraire, comme un athlète qui se ramasse, concentre ses forces et se raidit, ajoute à ses retranchements établis sur les bords de l'Euphrale, essaie de jeter un grand pont sur le fleuve pour opérer librement sur les deux rives, et poursuit son entreprise sous les yeux des Parthes qui viennent en forces inquiéter ses travailleurs. L’ouvrage achevé, il passe sur la rive opposée. Il développe alors son armée dans une si magnifique ordonnance que le seul aspect de ses forces épouvanta les ennemis. Vologèse et Tiridate se tournèrent alors vers Pétus, adversaire moins redoutable. Corbulon, immobile dans les retranchements qui couvraient sa province, put voir le collègue indigne qu’on lui avait donné étaler son insùQisance sur ce théâtre où lui-méme avait fait preuve d’une si haute capacité,
Pétus est surpris par Vologèse qui tombe avec une puissante armée au milieu de ses cantonnements; scs légions, affaiblies par des congés, hivernaient loin du camp, il ne put réunir toutes ses forces. Dans celte position difficile, où une grande vigueur de caractère pouvait seule conjurer le danger, il fut incertain dans sc^ résolutions et flottant du découragement à l’audace. Mais les fuyards, qui venaient de tous côtés raconter leur défaite, donnaient aux armées de Vologèse des proportions redoutables et faisaient partager leur frayeur au général qui aurait dû leur inspirer son courage.
Pétus imiilora les secours de Corbulon : celui-ci s’ébranla lentement pour s.iuvcr l’armée romaine; on l’accusa d’avoir donné aux Parthes le teraps-d’écraser l’ennemi qu’ils avaient battu. La retraite de Pétus fut une déroute, et le traité qu’il essaya ge conclure avec Vologèse une honte ineffaçable. On lui impo.sa lc.s conditions les plus humiliantes, comme de construire un pont qui servirait à l’armée des Parthes, puis on pilla le
camp romain; les soldats furent désarmés et dépouillés; on les aurait massacrés sans doute si Corbulon n’eét arrêté les barbares par le bruit de son arrivée. Les lenteurs de Corbulon en cette circonstance lui furent reprochées avec assez d’amertume pour qu'il ait cru devoir se justifier dans des Mémoires. On l’accusait d’avoir voulu se venger de Pétus ; Corbulon répondit que son collègue, abondamment jiourvu d’armes et de vivres, pouvait facilement résister trois jours de plus dans son camp; que lui-même arrivait, et que les Parthes, sans provisions ni sans fourrages, dans un pays ravagé par les sauterelles, allaient être forcés de s’éloigner.
Après avoir surpris Corbulon par son arrogance, Pétus l’étonna par sa lâcheté. Les débris de cette armée vaincue et son ridicule général furent recueillis par les légions de Syrie. Corbulon obtint de Vologèse qu’il sortirait de l’Arménie tandis que de son côté il démolirait les forts élevés par les Romains au delà de l’Euphrate.
A Rome cependant on croyait aux victoires annoncées par le présomptueux Pétus. On élevait sur le Capitole dbs arcs de triomphe pour célébrer les succès obtenus sur les Parthes, au moment où les aigles romaines étaient humiliées par eux.
La vérité fut connue quand les ambassadeurs de Vologèse vinrent à Rome pour traiter de la paix. Néron en délibéra avec les principaux de la République, et ce que la gloire de l’empire exigeait fut résolu. On répondit aux propositions de Vologèse que Tiridale, son frère, n’avait qu’un moyen de régner sur l’Arménie, c’était de venir à Rome solliciter de César cette puissance et cette gloire. On leur faisait entendre que ce prince ne serait pas rebuté; mais en même temps on donnait à Corbulon les pouvoirs les plus étendus sur tout l’Orient pour préparer et pousser vigoureusement la guerre.
VIE DE NÉRON
Lorsque Pétus revint à Rome, honteux et tremblant après tant de jactance et tant de lâcheté, Néron se contenta de lui écrire en ces termes. i Je me hâte de vous pardonner, car • peureux comme vous l’étes, le moindre retard vous rendrait > malade. •
Corbulon se prépara sans retard à la guerre avec sa prudence accoutumée; les légions humiliées de Pétus furent renvoyées en Syrie; il ne composa son armée que de troupes exercées parla guerre et honorées par la victoire. Il se mit en marche et, prenant cette fois le chemin suivi jadis parLucullus, il entra dans l’Arménie. A peine avait-il fa^t sentir la puissance de ses armes aux ennemis du nom romain, que Tiridate et ses Parthes, désespérant de le vaincre, demandèrent à traiter avec lui. La confiance que leur inspirait sa droiture égalait l’admiration qu’ils avaient pour son génie. Tiridate et Corbnlon eurent ensemble une entrevue où les conditions de la paix furent franchement débattues et arrêtées. Le fier descendant des Arsacides, d’une race guerrière redoutée en Orient et illustrée par de grandes victoires, consentit à reconnaître la suprématie de César, â déposer son diadème aux pieds de sa statue et à venir lui-même à Rome le reprendre des mains,de l’empereur. Le lendemain, en présence des deux armées en ordre de bataille, Tiridate, ceint de son épée, s’approcha du trône où l’on avait placé la statue du prince ; puis, ôtant de son front le diadème que le chef de sa dynastie ne pouvait lui conserver, il le déposa devant l’image de l’Empereur.
Jamais hommage plus éclatant n’avait été rendu à la suprématie romaine par des ennemis'plus redoutables et dans des circonstances aussi solennelles. On devait ce triomphe au génie militaire et aux vertus de Corbulon. De tous les généraux romains qui curent à combattre les Parthes, lui seul, par
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son austérité, fit revivre, sous le règne des Césars, les mœurs de t'ancicnne République, tandis que, en pleine République, des consuls avaient anticipé la décadence • des derniers Césars. Il traita Tiridate sous sa tente avec tons les honneurs dus au puissant allié de César. On raconte que ce prince, curieux des mœurs et des coutumes romaines, s’étonnait de voir les centurions avertir le général toutes les fois qu’on venait relever la garde, et d’entendre sonner la trompette pour annoncer la fin du repas. Il regardait avec surprise l’autel qui s’élevait près de l’augurai et les feux qu’on y tenaft allumés. Corbulon lui expliquait les usages de la vie religieuse et militaire du soldat de façon à lui faire comprendre la grandeur du caractère romain. Ses paroles et ses actions eurent assez d’autorité sur Tiridate pour que ce barbare fier et rusé prit confiance, consentît à se livrer aux Romains, et partit pour Rome avec sa famille. Ce fut le plus beau résultat des victoires et de la noble conduite de Corbulon.
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