PATHOGËNIE DE CES ACCIDENTS
cations respiratoires dont quelques-unes sont intéressantes. Enfin elles permettent d'insister sur ce pouvoir particulier de l'émotion, déjà signalé à propos des amnésies, de dissocier l'esprit, de désorganiser sa synthèse, de donner naissance non seulement aux anesthésies, aux amnésies, aux paralvsies, mais encore aux phénomènes qui se développent d'une manière exagérée et indépendante, aux suggestions, aux idées fixes, aux états seconds.
Quant à rechercher pourquoi cette émotion persiste, il est impossible de le faire ici, ce serait s'engager dans l'étude complète de la sucrofestibilité et du dédoublement de la conscience chez les hvstériques. Remarquons déjà que tous ces malades, bien longtemps avant leur accident, étaient déjà éminemment émotifs et suggestibles et nous comprendrons comment cet accident particulier se rattache à Fensemble des phénomènes hystériques.
Je n'ajouterai que peu de mots sur l'étiologie des spasmes qui sont des phénomènes tout à fait analogues. Tout au plus pourraiton remarquer que les spasmes sont en général moins vagues que les contractures, qu'ils offrent une systématisation plus précise rappelant encore plus nettement l'acte initial. Il est curieux de voir chez Th. (obs. Xll) les mouvements de la paroi abdominale chercher à reproduire, après des années, les mouvements d'un fœtus imaginaire. Quant aux aspirations de La. (obs. XllI) qui (c avale son ventre » ce sont, avec une exagération inouïe, les mouvements d'une personne qui a mal au ventre, qui resserre son abdomen et comprime sa région épigastrique. Le mécanisme de ces phénomènes et d'autres du même genre me paraît consister en une dilatation brusque du thorax avec ascension du diaphragme de manière à produire le vide dans l'abdomen. C est par un procédé analogue que d'autres malades aspirent de l'air dans divers organes, dans le rectum et, comme je l'ai vu une fois, dans le vagin. Suivant que le phénomène se produit dans un organe anesthésique ou dans un organe resté sensible, l'acte sera subconscient ou plus ou moins connu par le sujet. Mais il y a là toujours un effort involontaire qui s'est perfectionné par la répétition. En un mot ces phénomènes, malgré leurs bizarreries, gardent le caractère et l'étiologie des tics chez les hvstériques.
Il serait bien intéressant de pouvoir étudier avec plus de détails le mécanisme psychologique et physiologique de la paralysie de Juliette. Malheureusement, chez cette malade si différente, je cons-
Ur, MUSCLES m tronc chez les HYSTERIQUES
tate simplement les mêmes faits que chez les précédentes. Juliette est constamment clans un état d'émotivité extrême, le moindre bruit la fait pâlir et augmente sa polypnée. Cette émotion est une terreur coiitimiclic dont elle ne peut pendant le jour expliquer le caractère et donner les raisons. Mais la nuit elle a un sommeil extrêmement agité, (|ui s'interiompt à chaque instant, ([ui souvent disparaît pendant des heures. A ce moment elle se souvient par fragments de ses rêves, toujours les mêmes: dans ces rêves, elle a bien froid, elle claque des dents, elle grimpe avec les mains et les pieds sur la paroi d'un mur d'une hauteur interminable, elle se sent tirée par un pied, etc. C'est d'ailleurs une personne qui, même pendant la journée, s'absorl)e immédiatement dans ces rêveries tristes dès qu'on ne lui parle pas. Enfin c'est encore une malade hypnotisable, et on devine que pendant le somnambulisme provoqué elle explique mieux ces rêves qui reproduisent les détails de sa chute dans le puits. Il est évident qu'il s'agit là d'un état émotif persistant, d'un état émotif très nettement spécialisé, c'est-à-dire très précis et accompagné d'une représentation déterminée. On peut donc dire qu'il s'agit de l'idée fixe subconsciente de cet accident survenu à l'âge de cinq ans, idée fixe d'abord latente qui envahit l'esprit sept ans plus tard après la désagrégation produite par la fièvre typhoïde et par l'influenza. On peut rapprocher ce cas d'une observation qui m'avait autrefois frappé dans le service de mon excellent maître, M. Ilanot. Un mécanicien blessé au ventre dans un accident de chemin de fer reste bien portant pendant six ans, puis, à la suite d'une émotion violente, commencent des crises d'hystérie qui reproduisent cette émotion ancienne en apparence effacée. Sur ce point Juliette se rapproche donc tout à fait des malades précédentes.
(^uant aux conditions physiologiques du phénomène, on ne peut qu'admeltie l'engourdissement, l'épuisement des centres cérébraux qui président à la sensibilité et au mouvement des muscles du tronc et du diaphragme. Cet engourdissement est toujours d'une nature assez particulière ; il ne supprime pas complètement la sensibilité tactile et musculaire. L'anesthésie cutanée, comme on l'a vu, est chez Juliette assez variable et laisse toujours subsister des sensations subconscienles. 11 est difficile d'apprécier l'ancslliésic visci-iale : l'estomac et l'intestin semblent avoir ofardé (pielque sensibilité, les digestions d'ailleurs, tout en étant paresseuses, sont suffisantes. Quant à la sensibilité du diapliragnie, elle
est probablement disparue, comme le mouvement de cet organe, je n'ai pu m'en rendre compte d'une manière expérimentale. On peut ajouter, comme je l'ai supposé, que le polypnée est peut-être une conséquence de cette paralysie diaphragmatique et la compense. Enfin, je suis obligé de supposer encore que cet engourdissement particulier de certains centres est en relation avec l'émotion persistante. Mais, à mon avis, ces hypothèses anatomiques ne sont qu'une pure et simple traduction des faits psychologiques observés en un autre langage et elles ne prendront quelque intérêt qu'au moment où des recherches histologiques pourront établir la nature de la modification survenue dans ces parties de l'écorce cérébrale.
Il n'en est pas moins fâcheux de n'avoir qu'à répéter ici, pour une paralysie aussi remarquable, ce qui a été dit à propos de spasmes et de contractures dont l'aspect est si différent. Peut-être pourrait-on observer que toutes les émotions ne sont pas semblables chez toutes les personnes et produisent des effets différents suivant les prédispositions individuelles ; peut-être pourraiton faire remarquer que Juliette a également eu et a encore des spasmes, que l'on observe dans ses mouvements respiratoires exagérés du thorax et dans ses secousses des épaules ; peut-être pourrait-on faire observer encore que nous n'avons étudié Juliette qu'après deux ans de maladie et que la paralysie peut avoir été précédée par des spasmes, ceux-ci par leur répétition auraient déterminé un épuisement des centres. Il me semble plusjuste de reconnaître que les contractures et les paralysies sont chez les hystériques deux phénomènes très voisins qui se mélangent intimement et que nous ne sommes pas encore capables de donner la raison précise qui dans tel cas particulier détermine l'un plutôt que l'autre.
Sans prétendre indiquer la thérapeutique si difficile et si variable de ces accidents hystériques, j'indiquerai seulement quelques remarques sur le traitement qui peut être essayé dans des cas de ce genre et qui a facilement réussi chez quelques-unes des malades que je viens de signaler.
On pourrait dans certains cas user des procédés ([ue fournit la suggestion. On peut commander au sujet de respirer fort, de sanglo-
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tof, (le soconor le ventre : j'iii indiqué aiilrefois comment je réussissais liicllenienf à arrêter un accès d asthme hystérique en commandant à la malade de copier ma propre respiration. Cependant le plus souvent la douleur <|ue provoquent les tentatives de mouvement, quand il existe des contractures, arrêtent les malades et la suggestion pure et simple sera presque toujours insuffisante.
Dans certains cas particuliers on peut user d'un procédé fort curieux, .l'ai montré souvent que dans certains états d(^s hystériques que j'appelais des somnambulismes complets, quand la sensibilité tactile et musculaire réapparaît complètement, les paralysies et les contractures disparaissent V De tels états que les anciens magnétiseurs, comme Despine d'Aix, obtenaient au moyen de leurs passes prolongées, que Ton a constaté plus tard après l'application des plaques métalliques de Burq, d'aimants, de courants électriques peuvent être déterminés par toutes sortes de procédés purement psychologiques, qui tous ont pour but de réveiller l'attention du malade et de la diriger successivement sur les différentes parties du corps, jusqu'à ce que la sensibilité soit partout complète. Dans mes dernières observations je constate également que ces états se produisent spontanément et sont même, il me semble, plus durables et plus efficaces à la suite de sommeils prolongés. On peut chercher à mettre les malades dans ces états, où tous les stigmates de l'hystérie disparaissent, où le sujet revient pour un moment à un état de veille normale et les contractures disparaîtront alors très facilement. C'est par ce procédé <[ue l'une des malades étudiées dans ce travail a été traitée en 1888 par M, le D'" Jules .lanet. Cette méthode n'a pas amené la guérison, puisque encore aujourd'hui M. présente de temps en temps des contractures de tout le tronc et des viscères. Mais il a permis et permet encore de les faire disparaître pour un temps plus ou moins long, il a permis d'alimenter la malade et d'empêcher une mort probable.
Chez M... en effet le phénomène est frappant et il a été constaté dès le début de l'observation il v a dix ans. Quand cette malade est dans son état maladif et malheureusement habituel elle est absolument anesthési(pie sur tout le corps; elle n'a aucune sensibilité tactileou musculaire, en outre elle semble avoirpcrdu toutes les sensibilités viscérales. En effet, elle n'a aucune sensation des
1. Automatisme psycholo^'it/Ke. 1889, p. ;{'j7. Accidents mentaux des hystériques, 1892, p. 209.
aliments qu'elle avale, elle n'a aucunement le réflexe pharyngien, elle ne sent rien ni dans l'estomac, ni dans l'intestin, elle n'a aucune sensibilité nivésicale, ni urétrale. Ce dernier fait se démontrait d'une façon curieuse. A la suite de sondages malpropres qu'elle se faisait elle-même, elle avait développé une cystite, qui n'était aucunement sentie et qui ne se manifestait que par la purulence des urines. En même temps que cette anesthésie complète, la malade présentait toutes les contractures des muscles du tronc que j'ai décrites et un grand nombre de spasmes viscéraux ; tantôt par un spasme de l'œsophage elle rendait le lait immédiatement après l'avoir absorbé, sans même qu'il fût caillé, tantôt par un spasme de l'estomac elle le rendait caillé, quelques instants après l'avoir asborbé. En même temps elle avait une telle contracture de l'urètre que pendant des années elle n'urinait que par la sonde. Eh bien quand cette malade a été profondément endormie pendant quelque temps, quand son attention a été ensuite excitée et dirigée sur les différentes parties de son corps et sur les différents viscères, elle entre dans un état absolument différent; elle peut retrouver la sensibilité absolument complète sur tout le corps et ne plus présenter aucuns stigmates hystériques. A ce moment la bouche et le pharynx sont sensibles et le réflexe pharyngien est rétabli. A ce moment aussi, elle peut manger sans aucune difficulté, elle ne vomit plus et digère parfaitement. En même temps la sensibilité vésicale est si bien rétablie que la malade souffre de sa cystite, mais elle peut uriner sans difficulté; en un mot, dans cette observation curieuse faite il y a dix ans, il suffisait de rendre la sensibilité tactile et musculaire pour que la malade retrouvât la liberté de ses mouvements et supprimât elle-même complètement ses contractures *.
Ce phénomène très intéressant pour la théorie de l'hystérie a pu être observé sur un certain nombre d'autres malades^; il peut
1, On a vu des remarques du^mème genre dans le chapitre vi où j'étudie 1 allô chirie de cette même malade. Dans mon étude publiée par la France médicale du 6 décembre 1895 et que je reproduis ici, j'étudiais ce phénomène à un autre point de vue et montrais comment la restauration de la sensibilité tactile et musculaire fait disparaître les paralysies et les contractures.
2. Voir en particulier la communication de M. Jules .lanet à la Société de psychologie pliysiologique, obligeamment résumée par M. Sollicr, « du sommeil hypnotique, du sommeil naturel et du sommeil chloroformi([ue ». Bullefiti médical, 16 mai 1888 p. 659, et Revue scientifique, 1888-1. GIG.