Les stigmates mentaux des hystériques
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par son caractère et ses tendances en a été le motif principal, mais ils sont rattachés actuellement à notre personne qui sait qu'elle les 'accomplit par la conscience personnelle. Ils seront encore reliés à notre personnalité par le souvenir, car nous les considérerons plus tard comme faisant partie de notre personne et ils lui seront encore rapportés par l'imagination, car nous nous attribuons dans l'avenir toutes les conséquences de ces actes. L'adaptation exacte aux circonstances nouvelles et la conscience personnelle forment deux caractères essentiels des actes volontaires.
On peut caractériser les phénomènes automatiques par les deux caractères exactement opposés. Ce sont des actes anciens déjà exécutés autrefois, qui à un certain moment ont été exactement en rapport avec l'ensemble des circonstances, mais qui aujourd'hui ne sont plus adaptés à la situation présente. Ils sont liés avec un seul événement présent qui en est comme le signal, mais ils ne sont pas en accord avec tous les autres, car ils se produisent sans que nous les ayons combinés ni adoptés. En outre de tels actes ne sont pas complètement rattachés à notre personnalité, souvent même ils se produisent en dehors d'elle. Quoiqu'ils ne soient peut-être pas complètement inconscients, car ils manifestent souvent une certaine sensibilité et une certaine intelligence, ils sont dépourvus de cette conscience personnelle grâce à laquelle nous nous rendons compte des phénomènes psvchologiques, nous les rattachons à notre personne. En un mot les actes automatiques sont invo-lontaires, non combinés pour la situation présente et plus ou moins subconscients.
On sait que des phénomènes présentant les caractères précédents sont très nombreux chez tous les hommes même les plus sains d'esprit. Les actes proprement volontaires sont rares et beaucoup de nos actions sont en partie sinon complètement automatiques. On a trop souvent décrit les mouvements involontaires, les bâillements, les démangeaisons, les mouvements rythmés par la musique pour que j'aie maintenant à insister sur ces faits. Beaucoup d'auteurs ont également attiré l'attention sur ces mouvements subconscients, plus ou moins en rapport avec nos pensées et qui permettent de les deviner malgré nous dans les expériences du pendule enregistreur et du « Willing game* ». On sait aussi
1. Cil. Richcl, Les moiivcmoiils iiicoiiscicnls, dans l'Iiontiiiagc à C/iaTciil, 188G. — Pierre Jancl, Les actes inconscients et le détloublemciil de la persoinialilé. Revue l)hilosoplti(jue, 1886, IL 577, et V Automatisme psyc/iologi((ue, 1889, 367.
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coinhit'ii Trial de distraction qui est fréquent chez tous les hommes lavorise la production de tels plK'nomènes, nous pouvons marcher dans les rues a^iiécs d'une «jurande ville en rêvant à (piclque prohlème ; nos jandjcs ont marche, ont évit<'' les ol)stacles, nos yeux et nos oreilles ont pressenti les dangers et nous ont j^uidé sans que nous en avons eu la moindre conscience. Qui n'a entendu parler de ces personnages qui lorsqu'ils versent de l'eau en versent indéfiniment jusqu'à inonder les convives ou continuent à mettre du sucre dans leur tasse jusqu'à la remplir? Xavier de Maistre, dans son Voyage autour de sa cliambre, a décrit d'une façon charmante ces sottises que « la bètc « fait en nous pendant que (f l'àme » ne la surveille pas sulTîsamment, et beaucoup de psychologues ont insisté aujourd'hui sur l'importance de l'étude de la distraction pour comprendre le mécanisme de notre esprit. Aussi n'est-ce pas sur cet automatisme en quelque sorte élémentaire que je désire insister particulièrement. Il me semble que ces pensées qui se développent en nous, sans nous, ces actes à demi ébauchés, ces paroles intérieures qui se forment sans notre volonté et sans notre conscience peuvent se compliquer d'une façon considérable. Il ne s'agit pas d'un seul phénomène automatique isolé qui se produit comme un accident rare dans notre vie, comme un bâillement ou un geste volontaire. Il s'agit d'une longue chaîne de pensées et de paroles intérieures qui se développent en nous presque à notre insu, qui remplissent une partie considérable de notre vie et qui jouent un grand rôle dans toute notre conduite.
Pour faire comprendre ces phénomènes qui me paraissent importants quoique souvent trop méconnus, je rappellerai d'abord un exemple dans lequel ils se montrent d'une façon curieuse. Tous ceux qui ont observé des petits enfants ont remarqué un petit fait amusant. Quand plusieurs petits enfants couchent ensemble dans une même chand)re, il airive souvent qu'avant de s'endormir, ils se racontent des histoires. Ce sont de bien longues et bien jolies histoires avec des aventures, avec des « et puis... et alors... » à n'en plus finir. Le sommeil alourdit les petites têtes, l'orateur dort déjà ([u il raconte encore et il continue en rêve la belle histoire. \a'. lendemain, ;i la même heure, les enfants reprendront leur histoire ;i un chapitre plus avancé, ils ont de la peine à s'entendre au début, car ayant continué le lécit dans leurs rêves ils n'en sont plus tous au même point. Et ainsi pendant des jours
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et pendant des mois se continue la belle histoire qui tous les soirs charme l'esprit des tout petits et leur prépare de beaux rêves.
Je crois que nous sommes tous plus ou moins semblables à ces tout petits et que nous aimons à nous raconter sans cesse de belles histoires qui nous font oublier la plate réalité et nous donnent le courage de travailler à la transformer. Mais cette belle histoire nous ne la racontons pas seulement le soir avant de nous endormir, nous nous la racontons bien souvent dans la journée même. En marchant, en mangeant, en accomplissant un travail mécanique qui ne demande pas trop d'attention, des écritures, des dessins, de la couture surtout, nous nous parlons sans cesse et nous continuons le récit interminable.
Souvent même nous sommes ennuyés, quand les nécessités de la vie nous forcent à faire attention à quelque chose de réel, h écouter un interlocuteur, à lire une lettre, et nous nous hâtons de revenir à cette histoire qui se déroule en nous sans efforts, d'une manière si facile et si agréable.
Il y aurait je crois toute une étude psychologique des plus curieuses à faire sur cette rêverie intérieure et continuelle qui joue chez beaucoup d'hommes un rôle considérable. On pourrait étudier le contenu de ces rêveries; on y verrait quelquefois de curieux travaux psychologiques qui s'effectuent en nous à notre insu. C'est grâce à ce travail subconscient que nous trouvons tout résolus des problèmes que peu de temps auparavant nous ne comprenions pas. C'est ainsi bien souvent que nous préparons un livre ou une leçon qui un beau jour nous apparaissent tout faits sans que nous comprenions ce miracle. On pourrait aussi suivant la nature de cette rêverie humble ou ambitieuse, triste ou satisfaite découvrir bien des lois du caractère et bien des prédispositions cachées.
Mais il serait surtout intéressant d'étudier la forme ou pluti^t les lois générales qui règlent le développement de cette rêverie. Le plus souvent, elle est monotone, elle reste pendant longtemps toujours la même, sans être modifiée par les circonstances extérieures. L'un rêve qu'il gagne des millions, l'autre qu'il dirige une armée et coiupiiert un pavs barbare, celui-ci colonise une île déserte à la façon de Robinson, ou joue le plus beau rôle dans un roman d'amour. Mais chacun garde son histoire, toujours la même et se la récite incessamment. Si l'histoire se modifie c'est le plus
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soiivoiit avec une Iculcur ('lonnaiito ot j'ai nolé des ol)servalions dans It'S(nu'll('s clos petits incidents nouveaux, qui auraient dû être tniit de suite ajoutés an roman, ne survenaient en réalité dans la rêverie qu'au bout de plusieurs mois. Ces modifications d'ailleurs no dépendent guère de notre caprice et se font lentement, suivant les lois d'une logique singulière qui préside à nos rêveries, comme elle préside aux d(dires des aliénés. On pourrait noter aussi ([ue ces rêveries sont peu conscientes, nous savons vaguement que nous les avons en nous-mêmes, mais nous ne pouvons pas toujours les décrire exactement, car nous n'en conservons qu'un souvenir très conins. Souvent il nous arrive d'être surpris en écoutant notre histoire, comme si elle s'était développée et modifiée en nous à notre insu. Ce sont bien là les caractères des phénomènes automatiques : on peut donc considérer ces rêveries comme le développement considérable des petits faits de distraction qui ont été étudiés les premiers et on peut croire qu'elles sont à peu près soumises aux mêmes lois.
Ces phénomènes qui existent souvent même chez l'homme normal prennent une importance extraordinaire chez le malade. Dès que, pour une cause quelconque, accidentelle ou permanente, l'esprit s'affaiblit un peu, on voit ces rêveries automatiques grandir démesurément et prendre des caractères beaucoup plus nets. Elles deviennent tout à fait involontaires et l'homme est obligé de les subir sans pouvoir ni les arrêter ni les modifier; elles deviennent plus nettement subconscientes et laissent des souvenirs bien plus incomplets ou même ne s'accompagnent d'aucune conscience personnelle ni d'aucun souvenir.
Le cas le plus net de ces phénomènes automatiques, complètement séparés de la conscience du sujet a donné lieu à l'une des superstitions les plus curieuses de notre époque, la croyance au spiritisme. Sans doute, il y a dans les séances spirites bien des siqiercheries et bien des mystifications, cela est certain, mais, comme j'ai travaillé autrefois à le démontrer \ certains faits s(Mit incontestables, l'écriture du méilium, cette ignorance où il prétend être de ce (ju'il écrit, sa surprise ou sa colère en lisant ce que sa main a écrit à son insu, ce sont là des faits réels très intéressants pour le psychologue car ils ne sont que l'exagération des phc-nomèncs normaux. Le niédiiini est un individu qui rêve tout