L.V MVLADIE DE L'ISOLFMENT 4G
précise et plus distincte n'est encore qu'un cas de la maladie de l'isolement.
En dehors de ces cas précis où tous les accidents des malades sont nettement en rapport avec l'isolement et commencent avec lui, on observe dans une foule d'autres cas ce rôle de l'isolement comme facteur important dans les psychoses et en particulier dans les formes graves de l'aboulie. C'est la maladie des bellesmères et des venves, c'est la maladie des jeunes femmes moralement délaissées par leurs maris, c'est la maladie des jeunes gens séparés de leurs parents ou de leurs amis. J'ai recueilli une dizaine d'observations de jeunes femmes tourmentées par des idées fixes, atteintes de folie du doute, d'hvpocondrie, d'accidents hvstériques parce que leur mari n'a pas su ou pu prendre la direction qui était indispensable à leur esprit. Ce sont des personnes qui depuis longtemps ressentent une horreur instinctive de la solitude, et font des efforts désespérés pour retenir quelqu'un auprès d'elles.
L'observation de Qe., jeune femme hystérique de "23 ans, serait il ce point de vue très curieuse à étudier. Elle tombe malade, commence des accidents hystériques, parce que son mari est obligé d'aller travailler loin d'elle et la quitte plusieurs jours par semaine. Par suite de circonstances assez romanesques elle est pendant quelque temps complètement séparée du mari. « Je me sentais seule comme dans un grand vide, comme si le monde n'avait pas existé ; je n'avais plus qu'une vie machinale, je rêvais tout éveillée, j'étais comme une somnambule, comme grise. » Quand elle prend un amant, tout ii fait au hasard d'ailleurs, je ne crains pas d'affirmer une chose bizarre, c'est qu'elle a cédé non au besoin physique, mais au besoin moral d'avoir quelqu'un auprès d'elle et d'obéir à quelqu'un. Les accidents, en effet, et les stigmates disparaissent immédiatement, dès qu'elle n'est plus seule. On verra bien d'autres exemples de ce besoin dans les études cliniques qui forment le second volume de cet ouvrage.
La plus grande difficulté que présente l'interprétation de ces observations et que la dernière met bien en relief, c'est de distinguer ces phénomènes de lamour physi([ue proprement dit. On est en effet assez disposé à expliquer ces malades en disant : « Ce sont des amoureux et il s'agit du délire de l'amour ». Si on se borne h considérer les choses d'une manière vague, cela est juste,
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il s'agit clans tous ces cas d'une espèce craniour ; mais il est essentiel de remarquer qu'il s'agit d'une espèce très particulière. Si l'on précise et si l'on parle de l'arnoiir proprement dit (pii est en rapport avec les fondions génitales et les désirs erotiques, je crois (lue celle inlerpiétalion est complètement insnllisanle.
Sans doute dans plusieurs de ces cas, dans les premiers siiiiout, des images et même des hallucinations erotiques jouent un grand rôle. Mais ce sont là des phénomènes en quehjue sorte accessoires qui peuvent être totalement absents, comme on le voit dans les dernières observations. Quand les phénomènes erotiques se présentent ils dépendent d'une coïncidence, fréquente j'en conviens mais non nécessaire, qui résulte de ce fait que la personne qui dirige l'espril est en même temps l'amant ou la maîtresse ; ou bien ils dépendent d'une association d'idées, d'une interprétation délirante, comme dans ces cas où des jeunes filles pour remplacer leur institutrice veulent se donner à un amanl. Dans d'autres cas ces phénomènes résultent de singulières nécessités sociales: Qe. ne peut trouver le maître qu'elle cherche qu'en acceptant un amant. « C'est désolant, me disait une autre malade du mcmegenre, j'étais seuleaprès lamortde mon mari ;j'ai voulu trouver quehju'un qui me comprît, qui s'occupât de moi ; j'ai voulu prendre M. X., puis mon cousin comme ami, et ils finissent toujours par vouloir m'épouser, ce que je ne veux pas. »
Un autre phénomèiie psychologique me paraît beaucoup plus important dans toutes ces observations, c'est (jue tous ces malades regrettent une volonté, une autorité qui les dirigeait et qu'ils se sentent isolés et abandonnés. « Ce qui me désespère, dit sans cesse Qbs., c'est que personne ne s'occupe de moi, ne me dit : où vas-tu? que fais-tu ? ne me dit ce que je dois faire dans la journée. Je me sens si seule! >; « Plus d'amis, plus personne, hurle Bs., dire que personne ne songe n moi, ne m'attend. Seul! seul!! seul!!! » Ce (jui résulte de cet isolement, c'est toujours la même chose, l'incapacité d'agir, de se décider à (juoi que ce soit, l'aboulie sous toutes ses formes avec tous les troubles de l'attention, de la perception, de la mémoire et (juelquefois de la sensibilité qui s'y rattachent, en y ajoutant le legretet l'évocation perpétuelle de cette personne (jiii aiiliefois diiigeail la volonté.
Ces symptômes et siirtoiil les conditions dans lesquelles ils se développent me semblent tout à fait conq^arables aux faits ([ui ont été obscrvc's au (b'bul de ce travail, après la cessation trop