LES CONFUSIONS MENTALES
Messieurs,
Un grand nombre de malades, qni sont amenés à celte consultation, présentent d'une manière plus ou moins nette et à un degré plus ou moins fort un état que Ton ne peut mieux désigner que par les mots d'ahurissement, de stupeur. Ce sont des malades inertes, qui ont l'air étonné, abruti ; ils se laissent en général diriger assez facilement mais sans paraître comprendre ce que Ion fait d'eux. Quand on les interroge et quand ils veulent bien répondre, ce qui n'arrive pas toujours, ils parlent h tort et h travers; ils comprennent fort mal les questions, répondent à côté ou bien expriment leur trouble en disant eux-mêmes: « Où suis-je? Que me veut-on? Que dites-vous, je ne comprend pas. » Depuis quelque temps, ces malades sont fort bien étudiés par les aliénistes sous des noms différents, démence aiguë, mélancolie avec .stupeur, stupidité et plus récemment sous le nom, ([ue nous adopterons, de confusion mentale aigui}. Esquirol, Georget, Guislain, Delasiauve surtout en 1843 et Baillarger ont soulevé à ce propos des discussions intéressantes. Vous vous souvenez de la querelle entre Delasiauve et Baillarger ; l'un soutenant que ces malades sont simplement et primitivement stupides et ni» pensent réellement à
.NÉVROSÉS ET IDÉES FIXES. Il — 1
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rion, comme si leur pensée était arrêtée; l'autre disaul (jiie ces malades ne sont qu'en apparence dépourvus de pensée, qu'ils ont en réalité un délire très actif, des lialluciiiatlons nonibrcTises, des rêves terrifiants quoiqu'ils n'arrivent pas à les exprimer et que ces rêves déterminent leur état de stupeur. Nous aurons l'occasion de constater des cas qui donnent raison à l'un et à l'autre. Pour étudier l'historique des études plus récentes, nous vous renvoyons au llvr(> si complet et si intéressant de M. Chaslin sur cette question et aux leçons de M. Séglas'.
INIais cette maladie n'intéresse pas seulement les aliénistes; son étude est encore essentielle pour ceux qui s'intéressent aux maladies nerveuses. En effet, elle ne se présente pas toujours d'une manière simple cl primitwe comme dans les cas étudiés par M. Chaslin; elle est souvent l'aboutissant de certains états neurasthéniques ou hystériques, la conséquence de certaines idées fixes chez ces névropathes. Il n'y a pas seulement une confusion mentale primitive ; il y en a une qui est secondaire et c'est celle-là qui nous intéresse surtout ici. Pour que vous puissiez bien le comprendre nous allons d'abord vous présenter un cas qui nous paraît, avec les irrégularités inévitables et intéressantes bien entendu, se rapprocher autant que possible de la définition de M. Chaslin, puis nous examinerons des cas plus irréguliers qui sont très fréquents dans cette clinique.
i. — Contusion mentale primitive.
Oiîsi HvnioN 1. — Confusion mentale aiguë à la suite d'un accouchement et de la fièvre puerpérale. — Aspect physique, Irouhics or(f;ini([ues cjr/ives, mulismc, (p'disme, étal de .stupeur, antécédents, séduction, accouchement, hasiotripsie, fièvre, agitation, (jaielè, stupeur au bout d'un mois, guérison.
Voici une jeune femme de 21 ans, Ch., (jue l'on conduit par la main comme un enfant. Remarquez tout d'abord son aspect mahidif, c'est là un (ail important sur lequel il faut insister, car
1. Pli. CJiaslin, l.a confusion mentale primilh'e, .stupidité, démence aiguë, stupeur primitii'e, 1895. Séglas, l.eçons sur les maladies mentales, 1896, p. 150.
vous ne le retrouverez plus au même point chez les autres malades. Elle est pâle et jaune, les traits tirés, le corps extrêmement amaigri, la peau est sèche et pulvérulente, sauf aux pieds et aux mains où elle est bleuâtre et un peu humide, les lèvres sont gercées, la langue tout ;i fait couverte d'un enduit blanc jaunâtre, qui est même noirâtre sur le milieu. Cependant la malade n'a pas actuellement de température élevée, on vient de la prendre ce matin, elle est de 36,8. L'alimentation est défectueuse, cette jeune femme qui refuse souvent de se laisser nourrir, vomit fréquemment, a l'haleine mauvaise, présente des alternatives de constipation et de diarrhée. En un mot, c'est une vraie malade dont toutes les fonctions sont troublées.
Il nous sera plus difficile d'examiner son esprit, car nous allons nous heurter à une difficulté. Nous avons beau l'interpeller, la secouer, vous vovez qu'elle ne l'épond absolument rien. Il en est ainsi depuis une quinzaine de jours: on ne peut pas en tirer un mot. De temps en temps, rarement, elle dit quelques mots spontanément comme ceux-ci: « Tout est parti pauvre petite »,
assez pour montrer qu'elle n'est pas muette et c'est tout. Elle comprend fort mal ce qu'on lui dit, ne se lève pas, ne tend pas la main quand nous lui demandons de le faire. Elle comprend mieux les gestes: quand on la prend par la main elle se lève et suit sans résistance, elle s'asseoit si on l'appuie contre une chaise, etc. Quelquefois elle semble faire un effort pour comprendre et pour obéir, mais ne réussit qu'à demi. Ainsi, depuis quelque temps elle a la déplorable habitude de gâter dans son lit, quoiqu'il n'y ait pas d'incontinence réelle. Après un accident de ce genre, l'un de nous l'a vivement grondée en cherchant à lui faire comprendre que c'était sale. Ch. parut comprendre un peu, car elle se leva de son lit toute seule et, s'accroupissant, déposa ses selles au beau milieu de la salle. Quelquefois elle comprend de travers, manifeste une grande terreur quand on lui prend la main, comme si elle craignait ([uelque mal, elle serre les dents quand on veut la faire manger. En général, elle est cependant douce et calme et conserve seulement cet air absolument ahuri que vous lui voyez. En un mot c'est tout ii fait un état de confiisioii mentale à forme apatliUjiie et stupide.
C'est ce que l'histoire de cette maladie va confirmer plus complètement. Nous ne trouvons rien de bien net dans les antécédents héréditaires de Ch. Sa mère a mauvais caractère et n'a pas une
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coiuluilc tirs ré^iilirio, elle vit sépiuôc du mari, mais ii a jamais présoiitt' aucun accident ncivcux; le pcrc n'a jamais lail aucun excès el il est loit raisonnable, dans la lamille aucune trace d'aliénation ou de nervosisme. L'enfant était bien portante, fut réglée sans accident à 14 ans; elle était intelligente, travailleuse et tout à fait raisonnable. Malheureusement la pauvre fdle a eu une aventure bien commune. Vivant seule à Paris, après la brouille de ses parents, gagnant sa vie assez largement comme bonne ouvrière, mais tout à fait isolée, elle s'est éprise d'un triste individu qui a abusé tl'elh; en lui promettant le mariage et qui l'a renvoyée en la rouant de coups quand elle a été enceinte. Cependant, et nous avons heureusement sur ce point des renseignements précis, Ch., malgré son désespoir, ne fut pas transformée par ces émotions. Elle resta pendant toute sa grossesse très raii sonnable, continuant à travailler et se consolant par la pensée de son bébé qu'elle voulait élever.
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