‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 194 sur 326 · TS · texte numérisé non relu

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FiG. 1. — Courbe de la température chez Cli. pendant le premier mois après raccouchcment.

L'accouchement qui eut lieu à la Clini<jue de la rue d'Assas fut très dillicile, le travail dura 25 heures et ne put être terminé que par une basiotripsie. Les suites furent mauvaises: quatre jours après l'accouchement, la température s'éleva, elle monta jusqu'à 40, "J et ce ne fut qu'après 7 jours, sous l'influence des injections antiseptiques intra-utérines, que cette fièvre puerpérale disparut. Vous pouvez d'ailleurs vous rendre compte de la marche de la maladie par ce graj)hi([iuî des températures prises matin et soir depuis le jour de raccouchcment (figure 1).

Vous voyez que quinze jours après l'accouchement la fièvre est tonibée; ell(! n'a pas réapparu tlepuis. Mais la santé physique est

loin de s'être rétablie complètement et, actuellement, deux mois après le début, la malade est encore dans un état de grande faiblesse, elle reste très amaigrie et présente des troubles digestifs que nous vous avons fait remarquer. En un mot, elle n'est pas encore complètement rétablie de ses accidents infectieux.

Pendant la période fébrile, la malade était excitée et délirait un peu, mais, quand la fièvre fut tombée, quand Ch. fut en apparence rétablie, on remarqua avec étonnement ses manières et son langage. Cette pauvre jeune femme, au lieu d'être déprimée par tant de souffrances et de malheurs, était au contraire dans un état de gaieté et d'excitation étrange. L'un de nous l'a vue à ce moment, dans le service de son regretté maître, M. le professeur Tarnier et, frappé par son aspect singulier, avait déjà commencé à suivre son observation. Elle riait et chantait continuellement avec une assez jolie voix d'ailleurs et égayait tout le service. Elle cherchait h parler à tous les élèves et à les attirer par ses coquetteries très peu réservées. Mais il faut remarquer, car c'est un point curieux, qu'il n'y avait dans tout cela aucun délire apparent. Tout ce qu'elle disait et faisait était cohérent et en somme raisonnable; on ne constatait aucun trouble ni de la perception, ni de la mémoire. Ne connaissant par son caractère antérieur, on était tout disposé à accepter cette opinion qui fut formulée bien des fols à son propos: « Voici une jeune femme, qui prend bien légèrement ses malheurs, sa séduction s'explique trop facilement, et il n'y a pas lieu de déplorer la mort de l'enfant. » Dans ces conditions, il fut décidé que la malade suffisamment rétablie et revenue à un état qui, pour elle, semblait à peu près normal, quitterait le service d'accouchement et serait envoyée en convalescence à l'hospice du Vésinet. Son départ fut fort comique: il fallut qu'elle embrassât tout le monde et partit en chantant à tue-tète.

Le surlendemain, changement subit et complet: la malade est ramenée du Vésinet, parce qu'on la refuse à l'hospice ('// son état de démence. En effet, la voici morne, inerte, pouvant à peine parler, ne comprenant rien, en un mot à peu près dans l'état où vous la voyez maintenant. La modification s'était faite subitement : peu de temps après son entrée dans un nouvel hôpital, elle avait paru étonnée, effrayée et n'avait plus rien compris. C'est à ce moment que l'un de nous l'emmena à la Salpètrière pour continuer son observation et vous voyez l'état de stupeur dans lequel elle est tombée depuis quinze jours.

G i.i:s coNiasioNs mentales

Cette évolution ne vous s(Mublc-t-olle pas s'accorder assez bien avec les dôliiiltions tle la confusion mentale priniilive données par M. Chaslln: « La confusion mentale primitive, idiopathl<|ue est une all'fction, ordiiiaiienuMil aiguë, consécutive à l'action d'une cause ordinairemcnl ajjpréclahle, en oénéral d'une inf(>clion, qui se caractérise par des phém)mcnos somati([ues de dénutrition et par des phénomènes mentaux ; le fond essentiel de ceux-ci, résultat premier de l'état somaticpie, est constitué par une forme d'aflfaiblissement et de dissociation intellectuelle, confusion mentale, qui peut être accompagnée ou non de délire, d'hallucinations, d'atritation, ou au contraire d'inertie motrice avec ou sans variations mar(juées de l'état émotionnel'. )) Elle correspond aussi à la définition plus ancienne de l'aliéniste allemand Wille qui a consacré un travail important aux maladies de ce genre. « La confusion mentale est une maladie du cerveau fonctionnelle, souvent aiguë, mais non rarement chronique, qui commence presque régulièrement avec un stade aigu hallucinatoire, se caractérise nltérieuremont par de la confusion mentale, un délire désordonné, alternant avec des états intercurrents d'excitation ou de stupeur '. ))

Il faut cependant remarquer les dilTérences qui séparent un peu ce cas Intéressant de ceux qui sont le plus communément décrits. D'abord la stupeur est au moins depuis trois semaines très complète, sans qu'il y ait guère de traces d'excitation, d'hallucination ou de délire. En examinant ce cas, nous serions disposés à nous rangera l'opinion de Delasiauve contre celle de Baillarger et à dire que le phénomène essentiel c'est « la torpeur intellectuelle, l'absence plus ou moins complète d'idées... » Ce n'est que rarement, dans une ou deux circonstances, que l'on volt se réveiller en elle quchpies signes de pensée et de souvenir. Elle manifeste de la frayeur et elle se défend quand on essaye de toucher son ventre, en outre, quand on la promène dans le parc et qu'elle rencontre un petit enfant, elle le suit des yeux et se met à pleurer. Cela semble indiquer quelques souvenirs, quelques rêveries en rapport avec son accouchement, mais c'est bien ])eu de chose.

Ce qui est plus anormal et plus intéressant, c'est la singulière

1. l'Ii. Ciiaslin, Confusion mentale primitive, 1895, p. 245.

2. Wille, Die Lchre (1er Venvirrl/ieit . Arcii. f. Psyrii., t. XIX. 1888, p. 328. Cf. Chaslin. p. 242.

période d'excitation qui a précédé la stupeur. Ordinairement et c'est ainsi que les choses se sont passées dans les nombreux cas de confusion primitive que nous avons eus à examiner, l'excitation est forte, assez forte pour constituer un véritable délire avec actes incohérents, paroles absurdes et hallucinations ; en outre, cette excitation ne dure pas longtemps, quelques jours, une semaine au plus. Ici, l'excitation n'a jamais été délirante, elle a produit un trouble de caractère que nous savons maintenant avoir été très considérable : car toutes les personnes qui l'ont connue nous ont répété combien elle était une jeune fille raisonnable et réservée. Mais au premier abord, cette malade ne délirait pas, elle était seulement trop gaie et trop coquette. En outre, cette période de gaieté anormale s'est prolongée pendant quatre semaines. Ce n'en était pas moins, on le voit bien maintenant, la période d'excitation d'une confusion mentale aiguë qui devait aboutir à une stupeur complète.

Malgré ces différences, il s'agit donc bien d'une confusion mentale primitive. Elle est primitive parce qu'il n'y a pas de troubles mentaux antérieurs, qu'elle ne dépend d'aucun délire précédent, mais qu'elle est constituée de toutes pièces par l'infection puerpérale. On peut espérer dans ces conditions, chez une malade qui ne présente ni antécédents héréditaires, ni antécédents personnels, que cet état très aigu sera passager et que l'intelligence se rétablira plus ou moins complètement. Bien entendu, on essaye par tous les moyens d'aider à la guérison ; l'hydrothérapie, les toniques, en particulier l'arsenic, semblent ici indiqués, mais il ne faut pas négliger de lutter contre l'infection qui a joué un grand rôle, l'antisepsie des voies génitales, des voies digestives, les purgatifs répétés sont ici particulièrement indispensables.

Il ' est intéressant et agréable de vous présenter de nouveau cette malade que nous avons étudiée ensemble il v a trois mois. Vous avez peine à la reconnaître, son embonpoint et son teint frais lui donnent un tout autre aspect. Elle vient du dehors, car elle a (piitté l'hôpital et nous raconte qu'elle a repris son travail

1. Une interruption par une ligne de blanc indique que létude du même sujet est reprise dans une nouvelle étude clinique faite à imc date ultérieure pour indi([uer, quand il y a lieu, révolution de la maladie.

s LES CONFUSIONS MENTALES

avec courage et qu'elle espère un avenir plus heureux. C'est qu'en effet elle s'est guérie d'une manière tout à fait complète. Peu à peu l'inteiligcnce est revenue, la malade a parlé un peu, mais en divaguant légèrement pendant quelques jours. Elle est restée longtemps très distraite, très inattentive, très paresseuse. Les souvenirs qu'elle a conservés de cette longue maladie sont confus, mais cependant ils existent et il n'y a pas d'amnésie nette ; c'est encore un point à retenir. Elle nous explique qu'elle a été désespérée par la mort de l'enfant et qu'elle s'était forgé après l'accouchement un délire singulier qu'elle n'ose guère expliquer: c'est qu'il lui fallait prendre un amant très vite pour avoir un enfant le plus tôt possible. C'est le souvenir le plus net qu'elle garde de la période d'excitation ; elle ne s'explique pas son attitude si opposée à ses manières actuelles. Elle a des souvenirs beaucoup plus vagues de la période de stupeur, quoiqu'elle paisse reconnaître la plupart des personnes qui l'ont approchée. Cette terminaison heureuse confirme encore notre diagnostic de confusion mentale primitive '.

Confusion mentale secondaire.

OnsF.nvvTioN 2. — Confusion mentale chez une hystérique à la suite d'émotions systématiques persistantes. — Conservalion apparente de lu santé physique, stupeur, délire incohérent, antécédents, déception amoureuse, attaques hystériques, sensihilifé, diagnostic, traitement.

Voici un cas comme nous en rencontrons tous souvent dans la clientèle et qui nous embarrasse toujours énormément. On nous demande surtout un pronostic et c'est ce que nous ignorons le plus. Si vous apprenez à être très réservés dans des cas de ce genre, ce sera toujours un enseignement utile. Ce sera en outre l'occasion d'examiner une forme de confusion mentale qui n'est pas identique à la forme classique, elle diffère un peu de celle qui

1. Il n est pas sans intérêt d'ajouter que cette giiérison s'est maintenue complète depuis plus de deux ans, sans cpie l'on piiissi.- constater aujourd'hui le plus léger trouble nerveux.

CONFUSION MENTALE SECONDAIRE l)

est étudiée communément par les aliénistes sous le nom de confusion mentale primitive et qui se rattache le plus souvent, comme nous Tavons remarqué, à des états infectieux.

Cette jeune fille de 18 ans, By., a une assez bonne mine, comme vous le voyez tout d'abord; elle n'est pas amaigrie, elle a le teint frais, la langue nette; en un mot elle ne présente pas cet aspect de grave maladie organique qui caractérisait la malade précédente. Ajoutons que sa température, son pouls, sa respiration, sont normaux, que la malade mange fort bien la nourriture qu'on lui présente, quelle digère bien et que moyennant quelques précautions elle ne gâte pas, enfin qu'elle dort, peu il est vrai, mais régulièrement, quelques heures par nuit, en un mot point de troubles organiques notables. Cependant cette jeune fille se rapproche de la malade précédente par son aspect hébété et abruti : elle regarde vaguement devant elle et ne paraît pas se rendre compte de l'endroit où elle se trouve. Tantôt elle reste ainsi toute la journée immobile sur sa chaise, tantôt elle se lève, marche au hasard, donne des coups de pied aux meubles, ou même aux personnes. Quand on l'interroge elle ne répond rien, ou bien elle nous dit des phrases incohérentes, analogues à celles qu'elle murmure en ce moment, écoutez-la :

L.\ M.\LADE : « Le roi... la dame, la lettre, j'ai peur de la lettre et du valet... je ne sais plus où j'ai trouvé la lettre... j'ai passé l'eau, la terre, la tour Eiffel, tout l'univers... la lettre apostrophe aujourd'hui c'est manière... etc. » Depuis quelques jours elle répète des phrases comme cela, toute la journée et toute la nuit. Dans d'autres périodes, elle va garder le silence et rester stupide toute la journée. De quoi s'agit-il ? Le premier venu dira que cette malade délire, et, nous autres médecins, nous ne savons guère dire autre chose : « C'est un délire ». M. Jules Falret avait bien raison quand il répétait dans ses leçons, qu'en fait de médecine mentale nous en étions presque toujours réduits à des diagnostics d'infirmières.

Faisons du moins notre examen en infirmiers consciencieux et tachons de savoir un peu ce qui a pre'cédé cet état. Le père de cette jeune fille, un peu nerveux peut-être, ne présente aucune tare et sa famille est normale. Mais sa mère était alcoolique au dernier point, elle était marchande de vins et son mari affirme qu'elle était continuellement en état d'ivresse. Pendant la grossesse en particulier et pendant l'allaitement elle n'a pas désaoulé. Elle est

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