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LES CONFUSIONS MENTALES

nioiti' (r;iilU-iirs |)(Mi tlo temps après. Ses parents, cependant, étaient assez noiinaux et ne présentaient pas ce vice. 11 s'af^lt donc ici d'une fdie d'alcooli([ue et ce détail (Hablit encore une diirércnce entre le cas précédent et celui-ci.

L'enfant s'éleva d'une façon assez normale, pas de convulsions, mais une incontinence d'urine nocturne qui persiste irrégulièrement jusque vers 9 ou 10 ans, c'est-à-dire déjà des phénomènes de dégénérescence ou, si vous le préférez, une disposition aux troubles dépendant de l'automatisme psychologique. Nous verrons en clTet, en étudiant plus tard quelques cas de cette incontinence nocturne, qu'elle dépend le plus souvent des rêves de ces petits malades. Elle n'était pas très intelligente, mais travaillait cependant d'une façon suOisante, et quand elle eut trouvé un métier qui lui plaisait, celui de fleuriste, elle fut considérée comme bonne ouvrière et ofaona fort bien sa vie. Réglée à 12 ans et depuis fort régulièrement elle n'eut à ce moment d'autres accidents que des saignements de nez assez forts et fréquents, paraît-il. Mais le second mariage de son père qui eut lieu quand elle avait 14 ans la troubla beaucoup. Elle devint jalouse et de sa belle-mère et de sa petite sœur, née de ce mariage, elle eut des accès de colère dans lesquels elle perdit la tête. Si bien qu'elle ne put rester avec ses parents et préféra aller vivre avec un oncle et une tante chez qui elle se montra assez raisonnable pendant trois ans.

Il y a un mois, elle apprend le mariage d'un jeune homme pour qui elle avait quelque inclination. Depuis ce moment, tout en prétendant n'avoir pas été troublée, elle devient bizarre, se plaint de tout, recommence à tout propos ses crises de colère, accuse son oncle et sa tante de l'avoir entraînée à mal faire, et cependant travaille encore. Il y a une douzaine de jours, la voici ([ui commence des crises de nerfs avec convulsions, cris et paroles incohérentes. Nous n'avons pas vu ces crises, mais deux médecins, et l'un d'entre eux est M. Deny, de Bicêtre, qui nous a adressé la malade, diagnostiquent avec netteté des attaques d'hystérie: cela était probablement exact. Depuis ces crises, l'état demi-délirant qui existait déjà au{)aravant, nous l'avons remarqué, s'accentue et dans le même sens. By. s'accuse de tous les crimes, dit qu'elle a été entraînée, perdue en particulier par son oncle et sa tante, parle sans cesse de cartes : « le roi, le valet... je retire la dame... » enfin elle déclame jour et nuit. On l'amène à la Salpêtrière non sans peine, car elle est elTrayée par l'hôpital et s'excite

CONFUSION MENTALE SECONDAIRE il

comme une maniaque. Depuis qu'elle est ici, son excitation est pies([ue complètement tombée. Une petite potion au bromure et au chloral a suffi pour provoquer plusieurs heures de sommeil et elle s'est montrée dès le lendemain plutôt abrutie et confuse comme vous la voyez que réellement excitée.

Ce n'est certainement pas une manie aiguë, elle n'a qu'une excitation mentale légère, sans agitation physique, et son aspect phvsique, abattu, est tout différent. Appelez cela, si vous voulez, une bouffée délirante des dégénérés, c'est exact en gros, mais cela ne précise pas grand'chose.

Il est beaucoup plus juste de dire qu'il s'agit d'un délire hijstérifjue, les attaques observées par M. Denv sont caractéristicjues et l'un de nous a remarqué dès son entrée que By. était visiblement moins sensible à droite qu'à gauche. Quoiqu'elle ne répondait guère correctement, on voyait une grimace de sa figure quand on la pinçait h gauche, grimace qui n'existait pas quand on la pinçait à droite. Il semble que cette anesthésie tende à s'effacer, la malade paraît maintenant bien sentir partout; c'estune règle fréquente d'ailleurs que dans le délire hystérique les stigmates disparaissent pour réapparaître dans les intervalles du délire, nous en avons recueilli bien des observations*. Il est donc juste de dire qu'il s'agit ici d'un phénomène dépendant de la névrose, d'un délire hystérique.

Mais encore faut-il préciser la nature de ce délire hystérique ; ce n'est pas précisément le délire de l'attaque qui se prolonge depuis quinze jours. Il commençait déjà, nous l'avons remarqué, avec les mêmes caractères avant les attaques. Ce n'est pas un somnambulisme avec développement d'une même idée fixe. Cet état se rapproche plutôt de celui qui a été décrit sous le nom de confusion mentale aiguë : même incohérence, mêmes périodes d'agitation et de stupeur et surtout mêmes troubles de la perception, même confusion. Quand la malade cherche à répondre, on la voit s'arrêter dans son délire, faire effort et murmurer : « Je ne comprends pas, je ne me souviens plus, oùsuis-je ? » Par moment elle répète les questions au lieu d'v répondre : cette écholalie appartient aux hystériques sans doute, mais elle appartient aussi aux confus. En un mot, si nous entendons ce mot confusion mentale comme le nom d'un syndrome et non plus comme le nom d'une

1. Pierre Janet, Accidents mentaux des liystériques, 1894, p. 235, 250.

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entité inoihitlc nous no pouvons méconnaître que cet état ne consiste en une confnsion menUile avec quel([ues idées délirantes relatives surtout aux cartes.

Réunissons donc ces deux conclusions et nous dii'ons que cette jeune fdle est atteinte d'hystérie probablement depuis quelque temps. Ses jalousies, ses crises de rage devaient déjà avoir le cachet de la névrose, une déception d'amour et des séances dans lesquelles les jeunes fdles de l'atelier ont cherché à se tirer les cartes pour découvrir leur avenir ont déterminé une désorganisation des synthèses mentales et par un mécanisme difficile à analyser en détail une complète confusion mentale.

Voici donc une confusion qui ne résulte pas d'une maladie physique antérieure, d'une grande infection, qui ne s'accompagne pas des troubles somatiques souvent observés dans les autres cas. Elle est secondaire à une névrose préexistante, on peut l'appeler confusion mentale secondaire chez une hystérique.

Le pronostic est peut-être moins simple que dans le cas précédent : il s'agit ici d'une malade, fille d'une alcoolique, ayant présenté déjà de l'incontinence nocturne et des accidents hystériques. Il est bien probable, si la confusion proprement dite disparaît, qu'il restera quelque chose de ces troubles mentaux.

Le traitement pour le moment est bien simple, diminuer les auto-intoxications toujours redoutables dans ces états, purger souvent la malade, la mettre autant que possible au régime lacté, provoquer le sommeil par des doses aussi petites que possible de bromure et de chloral. Nous verrons ensuite ce qui persistera, soit de l'hystérie, soit des idées fixes, soit de l'aboulie qu'il faudra comjjattre autant que possible par des médications appropriées.

La malade Ro., que nous avons étudiée il y a trois mois, a quitté le service dans un état de santé que ses parents trouvent superbe, mais qui ne nous satisfait pas complètement. Elle est restée deux mois dans l'état de confusion que vous avez vu ; puis elle s'est relevée peu à peu, prenant plus de soin de sa toilette, comprenant un peu plus et parlant mieux. Ce ([ui nous frappe, c'est ({u'elle devient fortement obèse, et que son intelligence comme son activité sont restées très faibles. Elle voudrait rester à ne rien faire et dormir une grande partie de la journée. Malgré un examen attentif, nous ne trouvons aucun stigmate de l'hystérie, il s'agit surtout d'une grande paresse cérébrale. L'état de confusion et

de délire a disparu mais il nous semble avoir laissé derrière lui une grande faiblesse intellectuelle et nous ne serions pas surpris si nous avions plus tard à vous parler de nouveau de cette malade.

Observation 3. — État de stupeur chez une hystérique. — Immohililé, mutisme, absence d'InlelUfjence des paroles, antécédents, anorexie, stupidité.

Voici une malade bien curieuse que nous ne pouvons guère vous expliquer complètement, parce que beaucoup de renseignements nous manquent et que nous n'avons pas encore vu l'évolution de la maladie. Ce n'en est pas moins un problème intéressant à étudier, un fait à recueillir, quittes à le mieux interpréter plus tard.

FiG. 2 . — Section transverse de la région médiane de la voûte palatine chez Pic.

Cette jeune fdle de 19 ans. Pic, se présente à nous de la façon en apparence la plus correcte, elle a une figure régulière, plutôt jolie, les yeux vifs et mobiles, la physionoinie très calme. Vous n'observez guère dans sa figure ces stigmates de dégénérescence sur lesquels on a justement appelé l'attention. Il faut seulement remarquer la forme extrêmement ogivale de la voûte du palais. Comme elle nous paraissait curieuse nous en avons relevé la section transverse médiane (fig. 2) au moyen d'une petite lame de plomb moulée sur le palais, suivant le procédé adopté par plusieurs auteurs et en particulier par M. T. S. Clouston dans ses leçons sur « les névroses de développement ^ Après avoir examiné la physionomie de la malade, remarquez son attitude. Elle

1. T. -S. Clouston. The Neiiroses of Devrlopmenthcin^ tlie Morison lectures for 1890. Edinburgh. 1891, p. 49.

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se laisse ooiuliiirc, asseoir sur une chaise, n'a pas l'air embarrassée de vous voir et ne bouge plus. — « Voyons, mademoiselle, voulez-vous nous dire comment vous vous appelez. « La malade, vous le voyez, se tourne un instant, paraît écouler, fait quel([ues grimaces et ne bouge plus. — « Si vous ne pouvez pas parler, écrivez, prenez ce crayon et ce papier. » La malade fait les mêmes grimaces et ne bouge pas davantage. On la prend par la main, elle se lève de sa chaise et reste debout, on la conduit quelques pas vers la porte, elle reste immobile au point où on l'a laissée et regarde en l'air d'un air embarrassé. En résumé, voici une jeune fdle qui ne dit pas un mot, qui ne parait pas comprendre un mot de ce qu'on lui dit et qui reste h peu près immobile, sans rien faire, partout où on la met.

Que lui est-il donc arrivé et comment se trouve-t-elle dans cet état bizarre ? Nous avons peu de renseignements sur les parents, la mère paraît bizarre, très peu intelligente et disposée elle aussi à une sorte de mutisme. Cependant l'enfant se développa, paraîtil, d'une façon normale, elle fut réglée assez tard, à 16 ans, sans accidents. Placée comme domestique. Pic. se plaignait depuis longtemps de son séjour dans une cuisine trop chaude, d'un excès de fatigue et de maux de tète. Le mois dernier, ses patrons l'ont trouvée bizarre et ils ont remarqué qu'elle refusait de manger: elle est restée cinq jours sans rien manger et sans rien boire. Enfin, il y a trois semaines, elle quitte sans raison et sans rien dire la maison où elle travaillait et rentre un soir chez ses parents. Aux questions de ceux-ci elle répond seulement : « je suis malade », et se couche. Le lendemain on remarque qu'elle ne s'occupe de rien, ne fait pas de toilette, ne s'intéresse pas à sa petite sœur qu'elle aimait beaucoup, ne mange pas et ne dit pas un mot. Quand on essaye de la tirer de sa torpeur, elle fait quelques grimaces et répond quelques mots sans suite. Après quelques jours on se décide à l'amener ici.

A son entrée elle avait la figure tirée, la lanofuc très sale, l'haleine mauvaise, en un mot elle présentait cet aspect maladif que nous avons vu dans les confusions primitives. Mais voyant qu'elle refusait toute nourriture, nous avons dû malgré une vive résistance la nourrir à la sonde. Aussitôt son aspect physique a complètement changé et en quelques jours elle a pris le teint frais que vous voyez. D'ailleurs ces quelques séances ont eu sur son esprit comme sur son corps une influence salutaire car, depuis.

elle accepte de manger et elle se porte beaucoup mieux. En un mot, son aspect maladif, sa langue saburrale dépendaient de l'inanition et non d'un état infectieux persistant.

Si ce n est pas une confusion mentale primitive, il faut reconnaître cependant que la confusion joue ici un grand rôle. Il ne s'agit pas d'un simple mutisme hystérique, d'une part car elle saurait écrire et exécuter les ordres ce qu'elle ne fait pas, et d'autre part elle peut murmurer de temps en temps quelques mots. Non, elle ne sait plus parler parce qu'elle ne sait plus comprendre, ni penser. Voyez, quand on lui commande quelque chose, son air anxieux, ses efforts pendant un instant, puis ce petit haussement d'épaules, après lequel elle se résigne à ne pas bouger. Son attitude équivaut aux phrases ordinaires des confus : « Je ne comprends rien, je n'y peux rien, où suis-je? »

On a remarqué dans le service qu'à certains moments elle peut comprendre un peu plus. On peut lui faire faire quelques actes, se lever, marcher, se laver les mains, surtout si on lui explique par gestes plutôt que par la parole. Il faut lui indiquer l'acte point par point, portion par portion, pourrait-on dire, pour qu'elle arrive à l'exécuter, le fractionner en un mot, comme l'un de nous l'a déjà moiitré à propos des abouliques*. Si on lui dit: « va te laver les mains », elle se lève de sa chaise et reste debout sans rien faire, il faut lui dire: « lève-toi... avance, marche... lève les mains... mets-les dans l'eau... etc. » Ces faits indiquent une grave altération de la synthèse mentale, qui porte sur la perception et la volonté, c'est un degré extrême de l'aboulie. En un mot c'est bien une forme de confusion mentale, sans excitation, sans délire apparent avec apathie et stupidité. •

Nous ne pouvons guère aller plus loin dans l'interprétation de cette curieuse malade, nous n'osons même pas vous parler de sa sensibilité qu'il est trop difficile de déterminer dans ces conditions. Elle paraît partout sensible, car elle se remue et dirige les yeux vers la région, quelle que soit la partie du corps que l'on touche même légèrement ; elle paraît entendre les bruits et voir les objets, c'est tout ce que nous pouvons dire. Cependant cette exagération des phénomènes, cette aboulie, ce mutisme, ce trouble des perceptions, cette anorexie qui a déjà précédé l'état actuel et qui,

1. P"" Raymond et J. Arnaud. Sur certains cas d'aljoulie. Annales médicopsychologiques, 1892, II, 79.

LKS COM'l SIONS MENTALES

comme vous l'avez vu, existait encore à son entrée nous disposent à croire (ju'il s'a<^it de phc-nomènes hyst(''ri(jucs, sans ([uc nous puissions préciser davantage'.

Obskuvation 4. — Confusion mentale avec délire d'opposition.—

Atliludc bizarre, résistance, idées de nêgalion, délire des négations, antécédents, aboulie, accidents hijsléri([iies, troubles de la sensibilité.

Il est bon de rapprocher cette nouvelle malade de la précédente à laquelle elle ressemble par certains points pour voir les formes anormales que peut prendre la confusion chez les hystériques et chez les aliénés. Voici une jeune fille de 21 ans, Mk., qui a une attitude bizarre : elle garde, vous le voyez, les yeux fermés et les paupières violemment serrées, la tète tournée et inclinée à droite, les poings fermés sont tenus derrière le dos ou bien l'un en avant, l'autre en arrière. Dans cette attitude la malade reste debout indéfiniment sans bouger et sans dire un mot (fig. 3 et 4).

Cette malade est-elle endormie, est-elle sans conscience? Ce n'est pas probable. Elle ne se laisse pas faire d'une manière inerte. Quand on veut déranger sa tète, ses bras, lui ouvrir les yeux, elle résiste énergiquement. Quand on la pince fortement, elle manifeste par une grimace qu'elle n'est pas contente. Quelquefois, lorsqu'on lui fait une exhortation bien sentie, elle paraît un peu émue et a des larmes sous les paupières. Dans d'autres cas, (juand elle a bien résist('> à tout ce qu'on lui demandait, elle sourit comme si elle se mo(juait de nous. En un mot, d'après divers signes, nous croyons qu'elle n'a pas perdu conscience et qu'elle comprend un peu, quoique d'une manière très imparfaite. Le symptôme essentiel qui se manifeste donc par son attitude, c'est la résistance. Mais la résistance poussée à ces limites est peu ordinaire, peu compatible avec la vie commune et doit être qualifiée de délire. Au simple point de vue symptomatique, cette malade peut se résumer en un mot : il s'agit d'une confusion mentale avec délire de résistance ou d'opjjosilion.

1. Malheureusement, les parents tic cette malade l'ont retirée de Ihôpital, dès (ju'ils ont vu qu'elle mangeait corroctcmcnt et nous n'avons pu apprendre révolution de celte maladie.

De quoi dépend ce délire, c'est ce'que nous savons imparfaitement. 11 est probable qu'il y au-dessous des idées fixes : nous avons pu en deviner quelques-unes. Un jour, lorsqu'elle refusait de manger, elle a raconté qu'elle n'avait plus d'estomac, que les aliments lui sortaient du ventre par un trou et tombaient parterre,

— AUitiule que Mk. conserve pendant des lieurcs.

FiG. 4. — Autre nllitude de la nu-mc malade.

qu'elle ne peut plus se tenir debout, parce qu'elle n'est pas soutenue, parce qu'elle n'a plus de forces, c'est tout ce que nous avons pu recueillir. Notez que ce sont encore des idées de négation qui s'accordent avec la résistance générale telle qu'elle se manifeste dans toute sa conduite. Ces idées de négation signalées déjà vaguement par Baillarger sous le nom de délire hypocon-

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