‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 196 sur 326 · S LES CONFUSIONS MENTALES · texte numérisé non relu

S LES CONFUSIONS MENTALES

cli'iaqiio, par (aiislaiii sons le nom de « drllro dOpposilion » furent mises en lumière par le travail de Colard présenté à la société médico-psychologique en 1881): Vous Irouverez ces études exposées dans les travaux de M. Séglas, dans son petit livre sur « le délire des négations » et dans « ses leçons sur les maladies mentales », p. 'i58.

Le véritable problème clinique consiste à chercher au cours de quelle maladie ce délire; s'est développé chez nolic malade. On constate souvent ce délire des négations et de la résistance au cours de la mélancolie anxieuse. Il peut se développer chez les psycliasthéniques et prendre son point de départ dans certaines idées tixes hyponcondriaques. Il a quelquefois une évolution si spéciale que cette idée fixe forme une maladie particulière, une sorte de délire svstématisé avec ses phases réglées et qui mérite le nouT de folie des négations. Dans d'autres cas le délire d'opposition déjà signalé par Guislain n'est qu'un aspect de l'aboulie et se retrouve dans toutes les maladies où il y a un désordre de la volonté. On peut le trouver en particulier dans l'hystérie où l'aboulie est si caractéristique. Les anesthésies de ces malades peuvent devenir également dans certains cas curieux le principe d'idées de négation. Vous vous rappelez ce cas amusant décrit par le psychologue américain W. James, d'une hystérique ayant le bras droit anesthésique et paralysé, mais conservant encore des mouvements automatiques de ce bras. Elle prend ce membre en horreur, prétend qu'il ne lui apj)artient plus, qu'il est un corps étranger et ne le désigne plus (jue sous ce nom bizarre « old stumpf — vieux chicot ». Elle cherche même \\ le battre et à le blesser. Il y aurait toute une étude intéressante à faire sur les relations de ces divers phénomènes.

Voici les quelques renseignements que nous avons pu recueillir et qui nous permettent d'indiquer dans lequel de ces trois groupes notre malade paraît plutôt devoir être rangée. Les atitécèdents iiéréditaires sont très nets du coté paternel; la grand'mère et une tante étaient très nerveuses, emportées et avaient des attaques de nerfs, un oncle était alcoolique et une autre tante mourut dans un asile. La mère, quoique bizarre et peu intelligente, ne présente pas d'accidents nerveux. Notre malade fut une enfant assez normale, intelligente, quoique toujours un peu sondjre et parlant peu. Elle apprit divers métiers et travaillait toujours avec ardeur. Ce n'est que depuis deux ans

que son attitude se modifie. Elle eut d'abord des manies bizarres ou plutôt des paresses. Elle restait indéfiniment à sa toilette, arrivait en retard à son service, mangeait très lentement. Elle devenait énormément distraite, oubliait les commissions qu'elle avait à faire ou ne pouvait jamais en faire qu une seule à la lois. En un mot nous vovons se développer les symptômes bien connus du rétrécissement du champ de la conscience et de l'aboulie.

Il V a trois mois elle sortit de chez elle et resta deux jours absente; à son retour elle parut ahurie et sembla ne pas se rendre compte de ce cjui s'était passé. Des voisins prétendent l'avoir vue errer dans les rues et ont remarqué que pendant des heures entières elle restait immobile à la même place les yeux levés vers une lumière. Ce sont là des phénomènes qui semblent se rapprocher des fugues et des somnambulismes. D ailleurs, depuis cette escapade, Mk. eut de grandes attaques de nerfs bien nettement hystériques. Ces attaques se reproduisirent tous les jours ou tous les deux jours pendant six semaines. Quand elles cessèrent, la malade commença à exprimer des idées absurdes. « J'ai eu tort de manger, de parler, c'est ce qui m'a rendue malade. Je ne dois plus le

faire » et bientôt : « Je n'ai plus d'estomac, plus de tète, je

suis changée, etc. » En un mot, ces idées de résistance et de négation se sont développées à la suite de phénomènes nettement lîvstériques à l'occasion des troubles de la volonté et très probablement des troubles de la sensibilité cjue nous ne pouvons guère aujourd'hui constater avec précision. Il s'agit encore d'une confusion mentale qui a pris une forme particulière chez une hystérique.

OiiSF.uvATioN .'). — Confusion mentale avec attitude catatonique. — Anti'ccdenls, émotion, attaque convulsive et délire, hémipléfjie, bij-ftérie, idée obsédante, stupeur, catatonie, nneslhésies, diagnostic, traitement.

Cette jeune fille de 21 ans, IIu., nous présente encore un cas de ces phénomènes complexes dont nous essayons de vous montrer les divers aspects et cpii se rapprochent à la fois de la confusion mentale et de l'hystérie. Il s'agit encore d'une forme un peu anormale de confusinn inentale ([ui se compli([ue cette fois d" attitudes

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cala/epli(jiics ou calatonùjiies dépendant i)i'(»bablcniont d'un état hystérique antérieur.

Voici dans quelles circonstances ces accidents se sont développés. Quelques antécédents héréditaires à noter: le père était un solide gaillard qui ne buvait pas et qui est resté bien raisonnable, mais sa sœur, la lanlc de notre malade, est épileptique. La mère ne présente rien de particulier. Parmi les enfants, une sœur de notre malade est débile et d'intellinence au moins arriérée, un frère est atteint du mal de Pott et une autre sa'ur est nerveuse, disposée aux idées fixes et aux accidents hystéi'iques.

Cette jeune fdle se portait bien jusqu'à l'année dernière : réglée tard à 17 ans, elle était assez intelligente mais très émotive, riant et pleurant pour la moindre des choses. Il y a six mois on la rappela brusquement chez elle à cause d'une maladie de son père, l'allé était au moment de ses époques quand elle (It ce voyage ; à son arrivée elle trouva son père très malade, presque mourant, et peu de jours après assista à sa mort.

Depuis, elle reste bouleversée, elle est toujours triste, se cache dans un coin pour pleurer toute seule et exprime des idées de suicide. Deux mois après, les choses s'aggravent, pour un prétexte futile ; à l'occasion d'un léger désappointement causé par une lettre en retard, elle se fâche, se plaint d'étouirements et de grands maux de tète. Puis elle commence des convulsions et se met à délirer. Pendant deux heures elle crie, cherche à se sauver pour aller se noyer, essaye de se frapper la tète contre les meubles, etc. La crise calmée elle reste fort étourdie et plus sombre que jamais.

Le mois suivant, IIu. fait une chute accidentelle sur son côté droit et se blesse à un doigt qui a présenté à la suite de cette légère blessure un panaris assez long à guérir. Mais la voici ([ul devient anesthési([uc et paralvsée de ce côté droit ; cette paralysie dure plus d'une semaine, disparaît, puis recommence. A d'autres moments, IIu. ne peut plus parler ou bien pendant plusieurs jouis elle ne peut plus manger. C'est là un ensendjle d'accidents dont les caractères et l'évolution sont bien nets et qu'il faut évidemment rattacher à l'hystérie développée ;i la suite des émotions et du grand chagrin de cette jeune fille. Elle nous présente donc à ce moment une grande attaque délirante, de l'hémiplégie, du mutisme, de l'anorexie de nature hystérique.

Mais au même moment et surtout à la suite de ces accidents

se développent d'autres pli(>noiuènes moins simples. D'abord des idées délirantes qui s'ajoutent à la tristesse précédente, elle cherche encore ;i se tuer, elle ne veut plus vivre avec ses sœurs, avec sa famille et dans quelque endroit qu'on la mette elle n'a toujours qu'une seule idée, celle de s'enfuir. Cette idée la poursuit encore depuis qu'elle est ici, elle cherche constamment à se sauver, c'est même la seule pensée précise qu'elle nous manifeste aujourd hui. Mais à ce nuunent elle parlait davantage et se mit à raconter que tout le monde lui voulait du mal, qu'elle était coupable et même (ju'elle était enceinte.

Bientôt les choses changèrent encore de nature, elle devint ])lus indifférente, parla de moins en moins et resta complètement immobile sur sa chaise. Elle prit cet air ahuri que vous lui voyez, ne répondant pas aux questions ou répondant tout de travers, en un mot, elle devint presque stupide.

A de certains moments, cette stupeur s'augmente encore ; la malade s'arrête dans la marche, reste debout, absolument immobile en gardant les yeux hxes. Cet état se développe facilement, comme vous le voyez, dès qu'on la place debout et qu'on la laisse quelque temps tranquille sans lui adresser la parole. A ce moment on peut soulever ses bras, incliner sa tète sans qu'elle paraisse s'en apercevoir et les membres gardent les positions dans lesquelles nous venons de les placer. Quelquefois elle reste ainsi un quart d'heure, une deiui-heure, si on la secoue un peu elle semble se réveiller avec étonnement et ne sait où elle était, ni ce qu'elle faisait. Ce sont là, comme vous le voyez, des attitudes cataleptiques, et quand ces attitudes se présentent spontanément chez ces malades mélancoliques ou en stupeur on les a désignées sous le nom d'attiliu/cs catatoniques.

Faut-il, h l'exemple de quelques auteurs allemands et en particulier deKalbaum, considérer ces attitudes catatoniques comme le signe dune maladie spéciale ? Il ne nous semble guère nécessaire d'entrer dans la discussion de cette question de classification, à propos du cas présent. Ce sont là au fond, malgré le nom différent, des phénomènes cataleptiques qui sont très fréquents chez les hystériques dans diverses circonstances. Ils sont en rapport avec l'anesthésie tactile et musculaire qui au moins pendant ces périodes est complète chez notre malade : on peut la pincer fortement sans qu'elle se retourne. Ils sont en rapport également avec l'inertie cérébrale, la distraction du sujet obsédé proba-

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