‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 197 sur 326 · LES CONFUSIONS MENTALES · texte numérisé non relu

LES CONFUSIONS MENTALES

blcmeiit il ce momoiit |);ir quelqu'une de ses rùvcrics, avec le rétrécissement de son chump de conscience, avec les actes subconscients, etc.

11 ne nous parail pas lu'-cessaire dinvoquer ici une autre maladie que riivstcrie déjà coiistati'-e pour les expliquer. C'est d'ailleurs l'opinion ;i hupudie se rangent plusieurs auteurs et en particulier M. Séglas à piopos d'une malade (pii n'(!st pas, à notre avis, sans analogie avec celle-ci. « Ces états catatoniques, dit-il, sont des variétés d'états mélancoliques simples ou symptomatiques avec stupeur plus ou moins accentuée, variétés qui seraient peut-être en rapport plus étroit avec le terrain hystérique. '. »

Quant aux autres symptômes mentaux, les idées fixes, l'inertie, la stupidité, les rattacherons-nous à la mélancolie. Pas précisément; il nous semble que, au moins pour le moment cette malade n'est pas dans un état de profonde tristesse, elle n'a pas le visage malheureux, elle ne se plaint pas de souffrir moralement; si vous lui parlez vous n'aurez pas de peine à la fiiire sourire bêtement, sans qu'elle ait compris, d'ailleurs, ce que vous lui avez dit. Son état n'a pas non plus la monotonie de la mélancolie vraie ; il y a des périodes de colère, des idées de fuite, des préoccupations sur une grossesse imaginaire, etc. » Il est vrai que pour le moment, en dehors des périodes de stupeur avec attitudes catatoniques, nous ne pouvons pas constater une véritable ancsthésie hystérique : la malade se retourne dès qu'on la touche, dès qu'on remue ses membi-es même du côté droit autrefois ancsthésie et paralysé. Quant à l'état des sens spéciaux, ii l'étendue du champ visuel, vous ne serez pas surpiis si nous renonçons à les déterminer exactement chez une malade de ce genre. Ce qui domine maintenant, c'est le défaut de volonté, les troubles de perception, la confusion poussée de temps en temps juscju'à la stupeur.

C'est donc un état de confusion mentale ? Oui, mais en remarquant toujours que certains phénomènes essentiels font défaut ; point de maladie infectieuse au début, et absence des troubles somatiques caractéristiques. Ce n'est pas ([uv les troubles somatiques fassent absolument défaut. La malade est obèse, (die a la figure et les mains très rouges, comme violacées, ses pieds sont

1. Séglas. Une ol)servalioii de mélaiicoliiinc (■iilalcpti(|iir. Xtitiycllr icoitoj^rajihic de la Salpétiicic, 1889. Extrait, p. 8.

comme ses mains marbrés de plaques violettes et très froids, pendant les périodes de catatonie cet état s'accentue encore et les extrémités sont froides et violettes. Remarquez aussi la dimension énorme de ses pupilles, c'est là un symptôme curieux de ces états d'obsession et de stupeur qui semble souvent varier suivant les oscillations de la maladie. Mais ces troubles somatiques, si nets qu'ils soient, ne sont pas ceux de la confusion mentale primitive, l'amaigrissement, les lèvres gercées, la langue saburrale, etc.

Ces différences importantes nous forcent encore h séparer cet état des véritables confusions primitives et à vous dire encore que c'est une confusion secondaire déterminée par des émotions, des tristesses chez une jeune fdle hvstérique, et que ici Thvstérie a donné à la confusion un cachet spécial en la compliquant par les attitudes catatoniqucs.

Nous sommes heureux de vous rappeler que la malade Hu., dont nous avons étudié il y a quelque temps la stupeur et les attitudes catatoniqucs, a quitté l'hôpital au l)out de quatre mois dans un état de guérison relative ; elle parle, travaille un peu, et ne présente plus les phénomènes précédents : nous n'avons pas besoin de vous dire qu'elle est restée très faible desprit et très aboulique.

Confusion mentale périodique.

Obskuvation 6. — Confusion à rechutes avec intervalles de guérison apparente. — Stupeur complèle, gùtisnie, conservalion de I;i s.iiilc p/ii/sique, untécédenls, déhnuche, alcoolisme, attaques hi/stcriffuc^-, confusion mentale, guérison, rechute au hout d un mois, cinq alternatives de ce genre, stupeur périodique.

Parmi les diverses variétés de confusions mentales qui, à notre avis, sont plus nombreuses qu'on ne le croit généralement, il est bon de vous signaler une forme bizarre que nous avons observée rarement, mais qui est fort intéressante. Ce sont des confusions à rechutes, mais ii rechutes iVéquentes, après des intervalles de santé presque complète et qui se présentent en un mot avec une allure périodi([ue.

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^ (MCI iiM(> jouiic (cmmc de 2') ans, \o., qiroii nous ainriio couchée sur un brancard, car elle ne peut se tenir debout. Vous voyez conmic elle est roulce dans son drap, la tète abaissée sur la poitrine, les yeux fermés. Si on l'approche, si on lui paile, elle répond par des grognements inarticulés, ou par quelques grimaces ; si on insiste, si on la secoue, elle ouvre les yeux avec peine et paraît ahurie. « Quoi, qu'est-ce qu'il y a, où suis-je ? » Elle ne reconnaît personne, ne fait aucun mouvement intelligent, ne sait pas manger et doit être nourrie à la sonde, enfin, elle gâte dans son lit et se roule dans ses matières. C'est le tableau complet d'un»" sorte d'étal démentiel avec conservation à peu près parfaite de la santé physique, car il n'y a pas de fièvre et l'aspect physique n'est point mauvais. Si vous ajoutez que cet état s'est développé rapidement et qu'il ne dure que depuis une huitaine de jours, vous penserez comme nous qu'il se rapproche des anciennes démences aiguës, des stupeurs ou des confusions mentales. Une seule chose nous embarrasse et doit attirer votre attention, c'est que cette malade présente cet état pour la cin(|uième fois depuis un an et qu'elle a déjà guéri quatre fois d'une manière à peu près complète.

Son histoire est assez curieuse et nous montre un ensemble d'influences complexes qui ont déterminé ces accès de stupeur. Le père semble avoir été assez normal et ne buvait pas; la mère était hystérique ainsi que deux de ses sœurs. Un fils, frère de notre malade, a également des crises nerveuses probablement du même genre.

Ve. fut une enfant vive et intelligente; réglée à li ans, elle eut h cette époque quelques petites crises de nerfs sans gravité, elle se rétablit et montra jusque vers 18 ans une grande ardeur pour Tétude. A ce moment, elle prétendit avoir une vocation pour le théâtre et, malgn'- la volonté de ses parents, entra au conservatoire. Elle ne tarda pas à céder à ses véritables instincts, prit un amant, eut même un enfant qui depuis est mort, et se brouilla complètement avec ses parents.

Depuis elle fit, suivant ses j)r()pres expressions, « la grande noce » et l'on pourrait écrire un roman sur (c ses grandeurs et ses misères ». Elh; eut des amants très riches, mena grand train, et disposa véritablement de grosses fortunes avant (le venir échouer salle Duchenne. D(''jii, vers 1 âge de 22 ans, elle avait des pratiques peu raisonnables, elle mangeait (;t buvait beaucoup, puis se faisait

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vomir exprès après chaque repas pour « n'avoir pas les ennuis d'une digestion inutile ». Mais ces pratiques absurdes prirent des proportions bien plus graves dans ces deux dernières années grâce à l'inspiration des amants qu'elle eut le malheur de rencontrer. On l'excita à des folies de toutes sortes, mélanges de débauche et de mysticisme. Pour apprécier mieux la musique de Wagner et pour évoquer les sages de l'antique Egypte, il fallait, paraît-il, être complètement ivre d'absinthe et d'éthcr. Cette femme buvait tout ce qu'il est possible de boire, mélangeant le Champagne et l'amer Picon, l'aljsinthc et l'i'ther. Il lui arrivait de ne pas dormir pendant une semaine ou bien de rester couchée sous une table pendant huit jours. Nous n'avons pas à décrire les débauches variées qui venaient s'ajouter ii cette belle existence.

Le résultat ne se fit pas attendre, Ve. eut d'abord des crises d'hystérie qui n'ont pas duré longtemps, puis peu à peu elle perdit la mémoire, devint ahurie, ne put plus comprendre ce qu'on lui disait et tomba dans un état analogue à celui où vous la vovez maintenant. C'est à ce moment qu'on l'amena ici il y a déjà près d'un an dans le service de (diarcot où l'un de nous put déjà l'examiner à cette époque.

Son état de stupeur profonde était compliqué par quelques phénomènes convulsifs. Elle avait des secousses des membres, des spasmes, comme des débuts d'une attaque hystérique qui restait toujours incomplète. Quand elle essayait de parler, elle avait au visage une foule de tics bizarres, tirait la langue, fermait brusquement les yeux, grimaçait de mille manières.

Son état de stupeur, précédé d'une période pendant laquelle l'amnésie continue avait été bien caractéristique, semblait dc'pendre de deux facteurs. D'un côté, l'influence de l'alcoolisme était indéniable et son amnésie, sa confusion ressemblaient tout à fait aux psychoses polynévritiques, quoique, il est essentiel de le remarquer, il n'y eût jamais de paralvsies véritables. De l'autre, les mouvements convulsifs, les tics, l'exagération même de la stupeur ressemblant ii une sorte de sommeil semblaient dépendre de l'hystérie.

Quoi qu'il en soit, elle resta-trois semaines dans cet état, nourrie presque toujours à la sonde, presque exclusivement de lait, purgée à plusieurs reprises. La conscience revint complète ainsi f[ue la mémoire; la malade nous raconta sa vie, ses folies, le trouble qu'elle avait ressenti dans la tête et ne conserva qu'un S(»uvenir

2G I.I'S CONFISIONS MKM M.r.S

vague (le la pi-rioch^ do sliipciir. La restauiation des souvenirs parut plus rapide (pi(> dans 1 amnésie pr<>[)reniciil alcoolique, elle lut surtout plus eoiuplète. On ne put constater aucun trouble de la sensibilité persistant après celte guérison.

Mais au bout iVvn mois, sans avoir quitté le service, sans avoir pris d alcool, ni (ait aucun excès, Ve. se plaignit d'être fatiguée, de ne plus comprendre, de s'abrutir. l*'n deux jours elle retomba dans la même stupeur dont elle est ressortie de nouveau en apparence guérie six semaines après, sans troubles de la mémoire ni de la sensibilité. Une troisième fols, elle retomba au bout de quinze jours.

lien est ainsi depuis un an; les stupeurs lorsqu'elles réapparaissent sont pres(|ue toujours aussi profondes : la malade, (jul d'ordinaire est très propre, gâte dans son Ht et se roule dans ses excréments pendant les périodes de stupeur. Elle ne comprend absolument rien et ne sait même plus manger. Elle remue cependant, parle un peu quand on l'excite et n'est pas absolument endormie. Ces stupeurs peuvent quelquefois être moins fortes ; de temps en temps la malade peut être levée, se tient sur une chaise et rit bêtement ou grimace quand on lui parle. Enfin ces accès peuvent être plus courts: une lois, l'accès n'a duré que quatre jours. Nous ne savons combien durera l'accès que vous avez sous les yeux.

En un mot, cette malade présente ce phénomène de la confusion mentale ou delà stupeur d'une façon périodique. Nous ne croyons pas qu'il y ait lieu de songer au délire circulaire, la stupeur est bien exagérée et la période Intermédiaire bien calme sans excitalion. 11 est évident cependant que des états de ce genre s'en rapprochent. Il serait plus juste de comparer ces phénomènes à des accès de sommeil hvstériquc, mais 11 huit noter cependant qu'il ne s'agit pas d'un sommeil à j)i()prement parler et ([ue d'autre pari nous n'avons jamais constaté des phénomènes hystériques bien nets. L'aspect clinique est celui d'une grave confusion mentale profondément modiliée par l'hystérie qui lui donne ce caractère d'attaques p('rlo(li([ii('S.

Nous devons vous donner des nouvelles de cette slno^ulière malade, \e., ipii vous a été |)i(''seiitéc il v a six mois dans un état de stupeur. Cet accès s'est guéri assez rapidement et la malade en a encore eu deux autres depuis. Sa maladie semble en ce moment

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transformée d'iino manière inattendue. Sortie de Thopital, Ye... avait repris sa vie de désordre qui a amené un résultat facile à prévoir. Un jour elle est venue nous consulter pour un autre petit accident: elle était couverte de j)apules syphilitiques. Depuis qu'elle soigne sa vérole, elle ne présente plus d'accidents hystériques ni de stupeur. Ce n'est probablement qu'une modification momentanée de la maladie. Ce cas est à nos veux intéressant, il se joint à ceux que nous venons d'étudier pour nous montrer comment la confusion mentale se modifie chez les névropathes et prend chez eux des formes nouvelles.

CflAPlTRE II

LES ABOULIES

Messifairs,

Voici une catégorie de malades qui intéressent beaucoup aujourd'hui les psychologues et qui ne sont pas sans importance pour nous. Leur maladie, sans doute, au moins (juand elle est bien diagiiosti([uée, est rangée dans ce groupe aussi large que vague des alTeclions neurasthéniques et c'est là d'ordinaire un diagnostic à peu près suftisant ; mais il est bon, quand cela est possible, de préciser davantage pour mieux interpréter et quelquefois pour mieux soigner ces malades. Le groupe des neurasthéniques est assez vaste pour cjue nous puissions sans inconvénients mettre :i part certains malades qui présentent des caractères assez analogues ; cela nous permettra de mieux connaître non pas une maladie, si vous voulez, mais un syndrome, un ensemble de symptômes, qui se présente si souvent de la même manière qu il nous a frappés. Sans doute, la volonté qui est principalement altérée chez ces malades est un phénomène très complexe qui dépend d'une foule d'autres faits psychologiques et physiologiques. Les troubles de la volonté sont, bien entendu, des phénonuMies secondaires qui supposent l'altération de bien des fonctions cérébrales et (pii peuvent (lé|)endre de lésions très diverses. Mais nous n'avons pas ;i entrer ici dans ces discussions psychologiques. Il nous suffit de constater (pie clini([uemenl certaines altérations de la volonté et de raltention se présentcMit avec des caractères toujouis les mêmes et juscpi'ii un certain point avec une évolution identique. Celle remarcjue donne une; certaine unité au groupe des malades ([ue nous réunissons ici.

LES ABOULIES PRIMITIVES 29

i. — Les aboulies primitives.

OiisKKVATKîN 7. — Perts de l'activité physique et de la volonté à la suite d'une fièvre typhoïde. — Disparilion du Inivnil physique, efforts pour exciter la volonté, conservation de In force physique, conservation des mouvements automatiques, perte de la volonté, besoin de direction, fièvre typ/ioïde c/rave, influence des maladies infectieuses.

Voici un homme de 53 ans, Z., charron de son métier, dans un petit village, en pleine campagne; c'est comme vous le voyez un bel homme d'apparence robuste qui ne semble pas surmené par les excès ni par la vie des grandes villes. (S'adressant au maladel : « Vous ne paraissez guère avoir 53 ans et vous devez vous féliciter d'être resté un o-aillard aussi vicroureux.

Le malade : Eh, monsieur, c'est là ce qui fait mon désespoir. J'ai l'air solide et je ne suis bon à rien, je suis un lâche, un fainéant et je suis honteux de boire et de manger comme je le fais ; j'ai dit chez moi que je ne voulais plus qu'on m'achète d'habits, celui qui n'a pas le courage de travailler ne doit plus rien avoir à lui.

— Il est tout naturel de ne pas travailler pendant quelque temps quand on est malade.

Lk malade : Mais non, je ne suis pas malade, je n'ai rien ou pas grand'chose. .Je mange et je bois bien, un peu de peine à digérer, de la pesanteur d'estomac, des rougeurs à la face après le repas quoique je ne boive que de l'eau, de la constipation que rien n'a pu faire cesser, quelquefois un peu d'insomnie, c'est tout. Ce n'est pas suffisant pour qu'un homme robuste comme moi ne fasse plus rien.

— Que voulez-vous, mon pauvre ami, si vous êtes paresseux ce n'est pas une chose extraordinaire. Est-ce pour vous plaindre de cela que vous êtes venu de votre campagne nous consulter.

Le malade : Non, monsieur, je ne suis pas un paresseux, ou je le suis d'une manière si Inzarre que je n'y comprends rien et

30 I.RS MiOULIF.S

je suis venu (IimikuuUm' si ('t'iMit imo iiiahulio. J'ai toujours été un homme rouraj^cMix et labtuicux ; j'ai été longtemps ouvrier, puis patron dans la for^e (jue je dirige; voilii Irente ans «[ne j'y travaille sans fatigue et sans ennui, et tout le pavs avait eonfiance en m<ii. l^h l)ien, depuis deux ans, je suis un propre à rien. D'abord jai senti (pie je ne pouvais j)lus diriger mes ouvriers, je ne pouvais rien leur eommander, je ne [)ouv;ns rien décider, ils ont dû me prendre pour un fou. .l'ai essayé alors de travailler mt»i-mème comme autrefois; j'en avais bien la force et je n'ai pu rien faire, .l'abandonunis tout de suite ma tâche sans savoir pourcpioi. Je m'exhortais au travail, je m'injuiiais, je me menaçais, je me disais: « Tu vois cette planche, eh bien, tu vas en « scier cinquante centimètres ou sinon tu ne dhieras pas. » Je n'ai jamais pu en scier plus de dix et en m'y reprenant vingt fois. Aussi je n'essaye plus de rien faire, ce n'est pas la peine. Je ne me lèverais pas de mon lit si ma femme ne m'y forçait. Je sais les engagements que j'ai pris envers des clients qui avaient confiance en moi, je sais que je vais ruiner ma famille, je sais que c'est honteux, mais c'est plus fort que moi, je ne puis rien faire. »

Ne croyez pas, Messieurs, qu'il s'agisse d'une réelle perte des forces physiques; cet homme est réellement vigoureux. On ne peut ouvrir son bras cjuand il le plie, ni étendre sa jambe quand il résiste. Dans certains accès de colère qu'il a eus il a brisé une porte pour se sauver. Ne croyez pas davantage qu'il s'agisse de quelque lésion médullaire : les mouvements, les réflexes, sont parfaitement corrects. Il ne s'agit pas non plus de ces parésies, de ces troidjles du mouvement en rapport avec des altérations de sensibilité tactile ou musculaire. Autant du moins que l'on peut le constater en clinicjue, ces sensibilités sont chez lui tout à fait normales. Il s'agit d'une impuissance mentale qui est toute spéciale et notre homme a raison de dire que ce n'est pas une paresse naturelle. Le trouble principal porte bien sur la volonté, sur la faculté quelle qu'elle soit de combiner, de décider, de commencer une action ; ce trouble a déjà été décrit souvent par les aliénistes et en particulier par Leurel sous le nom (Vahoitlie, absence de volonté.

Quelque soit le sens donné par les psychologues au mot volonté, signification sur laquelle nous n'avons pas à discuter ici, il est évident pour tout le monde qu'il y a des mouvements non volontaires, les réflexes, les habitudes, par exemple, et des mouvements

LES ABOULIES PRIMITIVES 31

volontaires dont le travail pont être considéré comme nn tvpe remarqnable. Or, il est clair qu'ici les prcnùers mouvements que l'on peut appeler automatiques sont intacts, vous avez vu qu'il n'v a aucun trouble des réflexes et vous avez remarqué comme il marche correctement. Au contraire, la seconde catégorie de mouvements, représentée ici par le travail, est h peu près complètement supprimée. C'est donc bien, au point de vue clinique, une suppression de la volonté, une aboulie.

Il est intéressant de voir l'aboulie chez ce robuste campagnard, chez qui elle ne se présente pas d'une manière compliquée avec des troubles délicats de l'attention et de la mémoire. Ces troubles existent ici, soyez-en sur, mais le malade n'en parle pas et nous les verrons mieux chez d'autres. Le trouble de la volonté est ici simple et grossier; il porte sur les travaux physiques, sur l'eiFort pour scier une planche ou pour réparer une voiture. Vovez cependant que la maladie a tout de suite son aspect intellectuel. Il a commencé par ne plus pouvoir diriger ses ouvriers, par ne plus pouvoir décider le travail à faire, les opérations à efl'ectuer. Sans doute la synthèse mentale qui devait se constituer est ici petite, mais son défaut la rend visible et elle est atteinte, comme l'un de nous l'a montré souvent, chez ce malade comme chez les autres.

Remarquez aussi que ce défaut de volonté amène chez lui comme chez tous les malades du même sfcnre un besoin sinaulif^i' de se faire diriger par une autre personne, de demander à un autre la décision, la synthèse mentale, si vous voulez, qu'il ne sait plus effectuer. Sa femme l'accompagne, comme vous le vovez, il ne ferait pas un pas sans elle. Il faut qu'elle le dirige comme un petit enfant; elle n'arrive pas à obtenir grand'chose de lui, mais enfin le peu de mouvements volontaires qu'il effectue, par exemple son voyage pour venir nous consulter, n'ont pu être exécutés que grâce à elle.

De quoi dépend chez cet homme ce trouble de la volonté ? Il ne se rattache guère à notre avis à d'autres troubles intellectuels. Le malade semble bien avoir quelques idées fixes ; en particulier il parle tout le temps de se tuer. Mais d'abord ces idées ne sont pas bien sérieuses et ensuite elles sont visiblement secondaires; il ne les exprime que depuis quelque temps en voyant qu'il n'arrive pas h se guérir de sa maladie qui l'humilie et le désespère. C'est donc au point de vue psychologique un cas très simple et c'est pourquoi

32 LES ABOULIES

nous r(''lii(li()iis 1(> juHMnicr. l/inipiiissaiicc de la voloiilc sous sa loiine uiatriiollo semble exister seule el eonsliluer le sym|>tônie pi'edoiniuant.

F/orii^lne de la maladie esl éoal(>iiieul intéressante par sa précision. Comme il vous l'a dit tout ;i Ihcure, cet homme a fort bien travaillé pendant \0 ans et le trouble en ([uestion est tout récent et n'a commencé ([u'à un âge avancé. C'est encore là un détail précieux car, ainsi que nous le verrons, il n'est pas commun. Qu'est-ce qui a donc bouleversé ses fonctions cérébrales ? Il y a 3 ans, notre homme fut atteint d'une fièvre typhoïde grave qui a duré un mois. Après un rétablissement apparent de quelques jours, il y eut une rechute de six semaines. Pendant cette rechute le médecin de la campagne a exigé, paraît-il, une diète extrêmement sévère qui aHaiblit énormément le malade. Les choses parurent se rétablir un peu pendant la convalescence. Peu à pen la santé physique devint satisfaisante, mais on vit se développer le symptôme que nous venons d'étudier et qui subsiste :i peu près seul chez ce malade. Nous allons le soumettre il riivdrothérapie, lui faire prendre des toniques, du glycéro-phosphate si vous voulez (il faut bien user des médicaments à la mode pendant qu'ils guérissent). Nous allons autant que possible veiller aux fonctions digestives et tâcher de diminuer la constipation. Pour ces ouvriers de la campagne qui ne sont pas très délicats nous leur conseillons souvent un traitement facile, c'est de boire au repas en plus ou moins grande quantité suivant les besoins de l'eau dans laquelle on mettra 5 grammes de poudre de rhubarbe par litie. La constij)ation cède d'ordinaire assez facilement. Quant au traitement moral (|ui dans cette maladie a une grande importance, je n'ose pas trop y insister dans un cas de ce genre. Notre homme sait a peine lire et nous ne pouvons guère lui imposer de gros travaux intellectuels. La visite qu'il a faite à la Salpêtrière aura surtout sur lui une grande influence suggestive.

D'ailleurs n'était son âge un peu avancé, nous serions assez disposés à croire à un pronostic favorable. Il n'y a pas d'antécédents héréditaires; notic individu n'a pas eu de maladie nerveuse ou mentale antérieurement, ce n'est pas un alcoolique et l'aboulie, ici, est bien accidentelle. Il est probable qu'elle s'amendera peu à peu à mesure que Ton s'écartera de la fièvre typhoïde ([ui l'a causée.

LES A150ULIKS PRIMITIVES 33

Orseuvation 8. — Diminution graduelle de la volonté et de l'activité intellectuelle au moment de la puberté. — Tendance à l'imntnljililc, à la rêverie^ Irailenienl par Vcducalion de Fallenlion.

Voici un cas daboulie Ijien difTércnt du précédent, nu moins par les circonstances dans lesquelles il s'est développé, mais qui lui ressem])le cependant par sa simplicité. Celte grosse fdie de 20 ans,Li., se présente avec un air singulièrement abruti, ne regardant rien, s'asseyant où l'on veut, sans s'inquiéter de rien, et de fait, elle a déjà été diagnostiquée comme un cas de démence précoce ; heureusement c[ue ce diagnostic nous paraît un peu exagéré. C'était autrefois une jeune fdle assez intelligente, elle avait surtout, paraît-il, des dispositions pour la musique et fut une bonne élève du conservatoire. Depuis un an, elle présente graduellement une série de troubles physiques et moraux. Les règles se sont supprimées, son appétit a peu à peu disparu en même temps que ses digestions devenaient très difficiles, mais surtout elle est devenue paresseuse, d'abord ne faisant plus rien en dehors de sa musique, ensuite renonçant à la musique elle-même. On remarquait qu'elle remuait de moins en moins, hésitant et oroo-nant pour le plus petit effort qu'on lui demandait. Elle devint de plus en plus lente dans ses mouvements. Il fallait des heures pour qu'elle se levât et s'habillât. Cette lenteur se manifeste bien dans ses réponses: «Voyons, mademoiselle, pourquoi ne voulez- vous plus travailler votre musique, vous réussissiez si bien ?

L.\ MALADE, après deux minutes de silence : « Parce que... c'est... pas... la. .- peine... )>

Elle parle, comme vous le voyez, très lentement et très bas. Ce n'est pas par timidité, elle parle ainsi avec tout le monde, mais vous remarquez ([u'elle a compris et répond correctement. En effet, elle n'a jamais dit d'absurdités et n'a pas de délire proprement dit. Quand on essaye de la faire lire on voit que cela lui répugne, qu'elle le fait très lentement, mais en somme, elle voit bien, peut lire de loin et elle comprend de petites phrases. L'attention intellectuelle ne semble pas atteinte autant que l'activité motrice et sur ce point le cas de Li. nous paraît assez comparable au cas de Z. mais les circonstances dans lesquelles la maladie s'est développée sont bien différentes.

n4 LES AHOLI.IES

Les antécédents héréditaires nous montrent que la mère a été hystérique, cju'elle est encore très nerveuse ; l'enfant présenta pendant longtemps ces cauchemars, ces terreurs nocturnes ([ui sont si caractéristiques chez les futurs névropathes. Elle était depuis longtemps sombre et tacllurn(>, disposée à la rêverie perpétuelle. La cause occasionnelle de Tétat actuel semble avoir été une petite déception (|uand elle n'eut pas au Conservatoire le prix qu'elle espérait; mais eu somme, cette lenteur, cette rêverie, car c'est une jeune fille ([ui rêvasse perpétuellement, ne sont que le développement du caractère antérieur. Nous n'osons pas préciser le «Troupe maladif dans le<juel il faudra peut-être la ranger plus tard. Elle présente une très légère diminution de la sensibilité tactile (lui tient à son peu d'attention et qui disparaît dès qu'on la prie de faire un petit elFort d'attention. Est-ce assez pour dire que cette maladie se rattache à l'hystérie. Nous ne pouvons, avec nos moyens d'observation clinique bien entendu, constater aucune modification de l'ouïe, de la vue, du goût, aucun trouble notable des sensibilités viscérales. Il est probable que ces troubles apparaîtront plus tard, car, d'ordinaire, ils ne tardent pas à suivre les grandes altérations de l'attention. Pour le moment la malade est surtout une aboulique qui présente un arrêt de la synthèse mentale, trouble qui peu à peu se transformera et donnera naissance h des maladies plus caractérisées si on ne parvient pas à l'enrayer.

Nous sommes heureux de vous représenter cette malade que vous avez vue il y a trois mois. Vous voyez que l'aspect est meilleur et qu'elle nous répond avec plus de rapidité et plus de précision. Nous avions raison de ne pas croire à une démence précoce. C'est un de ces cas dans lesquels on obtient d'heureux résultats par la discipline mentale. Au lieu de permettre à la malade de se reposer indéfiniment comme elle \c faisait, nous avons exigé une vie assez active et remplie d'occupations bien réglées à chaque moment de la journée. Sa mère avec une grande patience a réussi à la faire lire, écrire un peu, jouer du piano, coudre, etc., et tout cela régulièrement, aux mêmes heures. La jeune fille qui désirait guérir était encore ca|)al)lc de s'y prêter. Vous voyez le progrès rapide et frappant.

LES ABOULIES PRIMITIVES 35

Obskrvation 9. — Engourdissement graduel de l'activité cérébrale. — Fréquence des cas d'aboulie, anléeédeiits^ maladies infectieuses, symptômes neurasthéniques , agitation, paresse, troubles de Vattention, inertie complète depuis cinq ans, arrêt du développement de l'espnl.

En vous présentant ce nouveau cas d'aboulie primitive, il est juste d'insister sur une remarque qui se justifiera de plus en plus, c'est que cette maladie nerveuse et mentale, loin d'être une rareté comme on le croyait encore il y a peu d'années, est au contraire relativement fréquente et joue un grand rôle dans une consultation comme celle-ci. Il y a quelques années encore, soit dans les cours de médecine, soit dans les cours de psychologie on ne parlait des troubles de la volonté ({ue d'après deux ou trois observations célèbres, d'après le malade d'Esquirol, le soldat de Leuret qui ne peut pas se décider à écrire à sa mère, le notaire de Billod qui ne peut parvenir à signer une pièce importante. Il ne faut pas nous borner à ces exemples fameux. Vous n'avez qu'à étudier les malades qui se présentent à vous aujourd'hui et vous retrouverez des faits de ce genre fort souvent et d'une manière fort nette. Ce jeune homme de 28 ans, Des., est bien le cinquième ou sixième malade de ce genre que nous vous présentons depuis le début de l'année et on ne peut pas le désigner mieux que sous ce nom : a un aboulique )).

La mère paraît se porter assez bien, mais son père tuberculeux et probablement alcoolique a toujours été très colère et très nerveux. Il appartient à une famille qui compte des nerveux et des originaux.

Des. eut des convulsions dans l'enfance, puis une série de maladies infectieuses : rougeole, bronchites, lluxion de poitrine. Depuis l'âge de 7 ans il se portait mieux, put recevoir quelque instruction et travaillait assez bien. A 18 ans, on remarqua pour la première fois quelque chose d'anormal. Pendant la convalescence d'une bronchite ou d'une grippe, si vous voulez, qui l'avait beaucoup fatigué, il lui arriva un petit accident. Il se fit une coupure assez forte au dos de la main, accident ennuyeux sans doute et qui même, parce <[u'il a été mal soigné, a laissé une petite cicatrice. Mais le jeune homme manifesta à ce propos des préoc-

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eupations qu'on n'a <j;iu'i'e ;i vvt fif^c;. Il retourna iVéqueniuicnt à riiùpilal. Il resta inquiet, parla tout le teuijis du sang qu'il avait pertlu, lie la laiblesse qui en lésultall, ele. Tout s'arrangea ce|)enclant et il devint bon comptable dans une maison de gros commerce. On était satisfait de lui, on le trouvait travailleur (pioi([ue peu hardi et un peu timoré.

Ce n'est qu'à 23 ans que les choses se gâtent de nouveau. Il se dit fatigué, mal à son aise, se phiint de maux de tète qu'on attribue au travail et au manque d'air. Il prend un mois de congé qu'il passe à la campagne. A son retour, pour lui être agréable on le fait changer de métier dans la même maison, on lui donne plus d'exercice. Cependant il se plaint toujours de l'estomac, de la tête et des reins. En un mot il présente une foule de symj)tômes neurasthéniques.

II devenait bizarre, insolent et surtout paresseux. Il ne se préoccupait plus comme autrefois d'arriver à l'heure à son magasin, il n'aimait plus son travail. En même temps il devenait insubordonné et d'une gaieté un peu bizarre : un jour il va faire des déclarations à une demoiselle du magasin, toute stupéfaite de cette attitude si contraire à son caractère antérieur. A la suite d'une petite scène on le ramène à la maison très agité et on le soigne de nouveau pendant une période de 3 mois : toni(jues, hydrothérapie, campagne. Quand il revient, il semble tout transformé : en somme il est grandi, fortifié, il n'est plus agité et se plaint beaucoup moins de sa tète et de ses reins, mais sa paresse a pris des proportions étranges. Non seulement il ne veut plus travailler mais il ne veut plus sortir, ni s'habiller, ni s'occuper à quoi que ce soit. Cette paresse est d'autant plus bizarre que loin de s'y complairi; il la dé[)Iore, il parle très correctement et apprécie bien sa situation, a Ah ! que je suis malheureux d être comme cela, je finirai par mourir de faim et ce sera bien fait. Mais tout me fatigue, je n'ai le courage; de rien faire, je ne sais j)lus comment je vis. »

Les troubles intellectuels semblent au premier abord bien faibles, il comprend ce qu'on lui dit et répond avec justesse, mais il ne peut plus lire et exprime à propos de la lecture un fait psychologi<[ue assez curieux cpie nous ne jxmvons aiudvser ici. « Quand je lis, dit-il, il me sembh; (|u'il y a en moi une autre personne qui lit plus vite que moi. Il me semble qu'elle, doit compreiidic, mais, moi, je ne comprends rien du tout et ([uandje reU've la tête je ne sais plus de ([uoi il s'agissait. »

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