‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 207 sur 326 · LES DÉLIRES ÉMOTIFS · texte numérisé non relu

LES DÉLIRES ÉMOTIFS

Le .m.vladk : « C'esl sur la place de rilôtcl de Ville que cela a commencé, il me semblait que je perdais la tête ; j'avais la tête vide, je ne savais pas si je devais m'élanccr en courant, ou ni'arrèter, ou tomber par terre.

— Mais sentais-tu le sol tourner, étais-tu étourdi?

Le malade : Non, pas tout ;t fait, mais mes jambes pliaient sous moi, j'avais le sentiment de tomber. »

Ces sortes d'étourdissements ressemblent beaucoup à des vertiges, ou les a rapproches de la maladie de l'oreille qu'il a eu il y a cinq ans et on en a fait un vertige de Ménière.

Or, voici ce qui éveille en nous certains doutes sur ce diagnostic. D'abord il ne présente pas de lésions apparentes de l'oreille, voici le résultat de lexamen fait par M. Gellé au laboratoire d'otologie installé dans la clinique. « Oreille droite normale, pas de troubles de l'ouïe, oreille gauche qui a eu un écoulement il v a cinq ans à la suite d'une angine, tympan transparent, un peu de rougeur et d'épaississement dans la région du marteau, peut-être y a-t-il eu perforation en ce point, en tous cas pas d'enfoncure exagérée du tympan ; le tympan réagit normalement, le malade n'éprouve pas de vertige dans l'essai des pressions centripètes, 1 Ouïe de ce coté est identique à celle de l'autre oreille, elle est ncn-male. En un nu)l, les Jonctions de 1 oreille ne semblent pas altérées. »

En outre, les symptômes des vertiges qu'il a éprouvés ne sont pas tout à fait identiques à ceux du vertige de Ménière : pas de siiriements dans les oreilles au début, pas de vomissements après le vertige. Il faut prendre de bien grandes précautions en interrogeant ce malade, car il est très hypocondriaque et il est persuadé ([u'il a éprouvé tous les svmptômes qu'on décrit devant lui; il nous dit maintenant qu'il a tout le temps du bruit dans la tète, ce n'est pas non plus là le silllementqui précède l'accès de vertige.

Enfin les circonstances dans lesquelles son vertige se présente sont bien caractéristiques. Cela ne lui prend que dans les grandes places, en traversant les ponts, en descendant de l'impériale de l'omnibus, jamais dans les « bonnes petites rues étroites où je n'ai pas peur », jamais, quand il est accompagné par quelqu'un. Vous voyez maintenant de quoi il s'agit, c'est une peur pathologique, un état d'émotion délirante qui le prend quand il se voit seul devant un grand espace vide, c'est en un mot un cas cVagora-

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Il n'est pas facile ici de voir à quel propos cette peur angoissante s'est développée. Le malade prétend que seul dans la rue il nest pas sûr de lui, il a peur « de faire des bêtises, de battre le monde, de casser les glaces, de se jeter sous les voitures, etc. » Il est en effet très impulsif, toute idée amenée par association dans son esprit a une tendance très forte à se développer, (f Je ne peux plus, dit le malade, jouer aux cartes, depuis que j'ai bêtement pensé une fois à les jeter au plafond, j'ai trop envie de le faire et j'aurais l'air bète. Je ne peux plus lire le journal, on y parle de crimes et de suicide et j'ai envie d'en faire autant, cela me fait peur ».

C'est un esprit faible, affaibli peut-être surtout par la masturbation, chez qui toute idée se développe sans rencontrer sufllsamment d'antagonisme dans le champ étroit de la conscience. Peut-être ces impulsions sont-elles, comme il le dit, le point de départ de son agoraphobie. Il a besoin de quelqu'un près de lui pour le surveiller, il éprouve la nécessité d'une direction constante et dans les grandes places c'est sa solitude dont il a le sentiment qui l'effraye. Ce serait là une origine intéressante de cette agoraphobie. Quoi qu'il en soit, nous voici assez loin du vertige de Ménière, or, il était bon de préciser ce diagnostic pour mieux diriger le traitement.

Observation 23. — Agoraphobie à la suite de faiblesse dans une convalescence. — (Jpcration chirurgicale, 'psychasthénie, ■siuj(jeslihilité.

A oici un cas semblable au précédent, mais plus simple, dans lequel le délire émotif assez restreint et systématisé présente une interprétation facile.

M'"" Bou., âgée de 38 ans, ne peut plus depuis deux ans sortir seule de son appartement : dès qu'elle se sent seule dans la rue, elle titube, se sent étouffée par une angoisse horrible; elle éprouve de grands vertiges, sent un voile lui passer devant les veux et sa pensée s'obscurcir comme si elle allait s'évanouir. Il lui suffit pour éviter ces bouleversements d'être accompagnée par quelqu'un ou même de suivre quelqu'un dans la rue, elle est alors rassurée et peut marcher librement. Ces peurs et ces vertiges augmentent quand la place est grande et déserte et diminuent

se, i.i:s DKi.iiîKs i:m()T1fs

(hms le (";is contraire. Vous avez déjà lait le dlaf^iiostic ; 11 s'agit (le ra<;()raphol)lc décrllc aulrefols par Westphall et par Legraïul du Saulle, de la peur des espaces, qui se présente ici d'une façon assez simple mais qui peut prendre de bien plus grands développements. Il est intéressant de chercher l'origine de ce symptôme assez banal, mais qui peut dépendre de plusieurs causes.

Les parents semblent avoir été bien portants, une cousine seubnucnt seiait hvstérique. La malade a toujours présenté un léger défaut de parole qui peut faire songer ii une certaine dégénérescence, cependant elle resta ii peu près normale jusqu'à un âge avancé. 11 est intéressant de noter (jn'elle n'a eu aucune idée (lx(% aucun trouble de l'émolivité jusqu'à l'âge de 33 ans.

A ce ujoment elle dut subir une assez grave opération chirurgicale, elle a été opérée d'un fibrome; il. paraît que l'opération fut longue et pénible et c[uc la malade perdit beaucoup de sang. Après cette opération, elle se releva très affaiblie, obligée de se tenir à une chaise pour faire quelques pas dans la chambre. Elle n'osait abandonner son point d'appui, car elle avait une peur horrible de tomber.

Il est intéressant de constater comment dans cet état de laiblesse et d'anémie, le cerveau est devenu suggestible. Bou., qui n'avait pas eu d'idées fixes antérieurement, se laissa à ce moment impressionner par cette idée de faiblesse, de chute possible. Cette idée a persisté et c'est elle qui détermine aujourd'hui cette agoraphobie dont il n'existait pas de traces auparavant.

Il s'agit ici d'un état psychasthénique accidentel et non constitutionnel et congénital : il est probable cju'il sera plus facile à traiter, le pronostic est d'ordinaire dans ces cas bien meilleur. L'hydrothérapie et un traitement tonique, les glycérophosphatcs, un peu d'arsenic nous semblent ici particulièrement indujués. En donnant plus de force à la malade, ce traitement la rassurera et fera disparaître ses craintes chimériques.

Obskuvation 2'j. — Besoin d'un point d'appui habituel dans l'agoraphobie. — Timidilc, craiidc des uhjt'ls nouveaux, des Hc lions nouvelle.').

Sans insister sur ce cas d'agoraphobie, car vous avez déjà vu plusieurs exemples (h- celle affection, nous (h'-sirons seulement

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VOUS faire remarquer le singulier besoin que ces malades ont d'un point d'appui habituel, familier.

Cette femme, Fo., àoée de 35 ans, s'avance comme vous le vovez, en s'appuyant sur son vieux parapluie : « Madame, vous pourriez ici vous débarrasser de votre parapluie.

La mai.aok : Jamais, ^Monsieur ! Ce n'est que dans les endroits que je connais très bien, dans ma chambre, dans ma rue, pour aller jusque chez Tépicier du coin que je puis marcher sans mon parapluie ; mais dans des endroits que je ne connais pas bien, il m'est impossible de marcher sans mon parapluie. Qu'on m'enlève mon parapluie et j'ai des peurs horribles.

■ — De quoi avez-vous peur ?

La maladu : Je ne le sais pas bien moi-même, j'ai peur de tomber, peur de mourir; c'est le vide qui me prend dans les jambes, oui, mes jambes se vident et c'est une impression horrible, il me semble que je vais m'évanouir de terreur. »

Cette pauvre femme (|ui a toujours été nerveuse est en ce moment-ci surmenée : un mari malade depuis longtemps, une petite fille nerveuse et insupportable, une mère, vieille personne égoïste ; elle doit soigner seule ces personnes exigeantes. Tout le poids du ménage retombe sur elle et elle s'est épuisée. Elle a toujours été une indécise, une timide, une aboulique, car vous savez que la timidité n'est qu'une forme de l'aboulie. « Quand il y a deux personnes devant moi, cela me paralyse «, dit-elle. Les fatigues, les préoccupations ont augmenté cet état et maintenant elle s'effrave dès qu'elle quitte sa rue et son quartier. L'agoraphobie nous paraît ici être un développement particulier de sa timidité et de son aboidie.

Obseuvation 25. — Délire émotif par terreur de l'acte conjugal. — Confusion nicnlalc à la .suile des fançailles, reproduction de cet nccidcnl pour la si.riéme fois, terreur à In pensée de l'acte (jènital .

Les délires émotifs peuveut être svstématisés d'une manière parfois bien singulière et prendre leur origine dans des instincts, des habitudes, des effets de l'éducation que nous ne pouvons pas toujours comprendre.

On nous a amené cette jeune femme. De., âgée de 33 ans, il y

ss i.i:s i)i:i.iiu;s iimotiks

:i une tjiiiii/.;uii(« tic jours (huis un rlat qui semblait ('Ire une sorte (le confusion mentale. Elle avait l'aspect ahuri et inquiet ; elle errait (;à et là, ne restant jamais en place; elle gémissait, tremblait, essayait de se sauver, elle rc^'pondait peu ou mal aux questions et ne pouvait s'occuper à rien. Au bout d'une semaine, cet état s'est beaucoup amélioré grâce ii un remède que vous comprendrez tout à riieurc et nous avons pu mieux saisir la raison de 1 état de cette malade. Cet état de confusion s'était développé à la suite d'un événement d'ordinaire considéri' comme heureux, à la suite des fiançailles. Cette personne était employée depuis 16 ans dans une même maison de commerce ; ou avait constamment apprécié son exactitude au travail et la rectitude de son jugement. Personne ne se fût avisé de la croire anormale en quoi que ce soit, on la trouvait seulement très sérieuse et incapable de plaisanter, ce qui n'est guère un défaut. II y a six mois, elle céda aux sollicitations de ses patrons et consentit à se fiancer ii un bon employé (pii travaillait avec elle.

Dès le début de ses fiançailles on la trouva changée, elle devenait inquiète et irritable, elle se plaignait de fatigue, d'énervcment. Survint une grippe assez sérieuse, à la suite de laquelle elle devint moins capable de dissimuler ses préoccupations. Tout l'effrayait : (( aurait-elle de quoi vivre si elle se mariait, pourraitelle soigner un mari, un ménage, était-elle capable, etc. ? » Elle parlait toute la journée de ses inquiétudes et on la surprenait à parler toute seule et à crier : (( Non, je ne peux pas, je ne peux pas ». Enfin elle commença à ne plus pouvoir travailler, à ne plus comprendre ce qu'on lui disait et à divaguer.

Quand elle fut ici, nous avons jugé qu'il fallait commencer par la rassurer sur ce mariage qui, évidemment pour une raison ou pour une autre, la bouleversait. Les parents et les patrons sont venus, sur notre demande, lui déclarer que le mariage était rompu définitivement et qu'il ne fallait plus y penser. Depuis ce moment la malade a été dans un meilleur état ; elle est peu à peu revenue ;i la raison et elle nous fait alors de singulières confidences dont nous devons vous dire quelques mots.

C'est la sixième fois qu'elle essaye de se marier, et chacune des cinq premières tentatives a déjà amené des terreurs et une confusion mentale analogues à celle que nous avons vue. Si les accidents ont été jus([u'ici moins graves, c'est que le mariage n'avait jamais (-té aussi avancé: De. se hâtait de rompre ch'-s le début des

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nccidenls. (>ctte fois elle av;iil voulu aller plus loin, « pour voir si elle ne pouvait pas se marier comme les autres » et les accidents sont survenus beaucoup plus graves.

Mais qu'est-ce c[ui l'effraye donc ainsi ? Est-ce que ce sont réellement des inquiétudes d'avenir comme elle essaye de le faire croire. Ce n'est qu'en partie exact ; ce qui l'effraye le plus dans le mariage, ce n'est pas le ménage, le besoin d'argent, les enfants, non, c'est Ihomme, c'est riiomnie au point de vue strictement phvsique. A 33 ans, elle a une terreur de l'acte génital, terreur qui sest reproduite à toutes les tentatives qu'elle a faites pour se marier, terreur qui peut arriver jusqu au délire et jusqu à la confusion mentale.

C'est là une phobie singulière, bien svstématisée, car la malade a toujours eu une conduite très raisonnable et un esprit très juste en dehors de ce point. Klle se rend même compte de l'absurdité de ce sentiment, car elle essaye de se marier et elle le désire même d'une certaine manière ; mais elle constate l'impossibilité de vaincre cette angoisse qui la saisit à la pensée que l'acte génital est prochain.

Comment expliquer ce singulier sentiment : la malade est très bien conformée au point de vue génital, elle a eu ses règles de bonne heure à 10 ans l/'2 et depuis a toujours eu ses époques très régulièreuient. Elle nest pas dépourvue de sens génésique et elle a même pratiqué quoic[ue rarement la masturbation. Peut-on attribuer cette peur à un développement exclusif de la pudeur? Elle a sans doute été élevée sévèrement, mais elle a trois sœurs qui se sont mariées sans difficultés et elle a été élevée avec elles.

Toute sa vie, De. a été très sérieuse, n'a jamais toléré la société des jeunes gens, n'a jamais éprouvé de sentiments d'amour. Peut-on dire qu'il s'agit dune modification congénitale de l'instinct génital, analogue aux inversions sexuelles. Notons cependant qu d n'v a aucune inversion et au fond aucune modification en dehors de cette terreur. Vous vovez qu'il est difficile de résoudre tous les problèmes que soulève un cas semblable. Il est probable que nous ignorons et que la malade ignore elle-même les circonstances qui, dans sa jeunesse, ont fait une impression vive sur son esprit et déterminé cette modification des tendances naturelles.

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Délire émotif permanent.

Oi!si;n\ ATiDN 20. — État émotif permanent après une colère non manifestée. — r/iL'ndnn'iic-s viscéraux de Vèmolion, nntécêdcnls, colère contre le mari, permanence de létal de colère, troubles viscéraux el troubles des sentiments.

Le délire émolif peut prendre une forme un peu diiïerenle mais qui dérive très simplement de la précédente. Au lieu de se présenter après des intervalles sous forme d'attaques, au moment où la reproduction de certains états psycho-physiologiques comme les règles, ou bien l'arrivée de certains événements le rappelle par association d'idées, l'état émotif une fois constitué reste permanent et peut se prolonger pendant un certain temps presque sans modifications.

(3n voit alors les phénomènes psychologiques et physiologiques qui constituent l'émotion devenir permanents et ce simple changement modifie tellement nos habitudes que nous avons de la peine à les reconnaître. Si une personne vient nous dire qu'au moment d'une violente émotion elle sent le cœur qui bat, qu'elle a la respiration essoufilée, la gorge sèche et serrée, des troubles d'estomac et même de la diarrhée nous n'en serons pas surpris et nous dirons, sans bien en comprendre le mécanisme, que ce sont lii des phénomènes qui suivent ou mieux qui acconqiagncnl lémotion. On fera bien des progrès dans l'interprétation de ces faits; on veri-a qu'il y a des anesthésies, des spasmes, des convulsions qui servent d'inteiinédiaire pour ainsi dire entre les phénomènes psychologiques eux-mêmes et leurs conséquences. Mais le fait subsistera dans son ensemble et l'on continuera à dire que tout cela constitue ce qu'on nomme telle ou telle émotion ])articulièr(;. Si au contraire \\\u\ personne vient nous tlire ({u'elle sent constamment des palpitations, (pi elle a constamment la lespiration cssoulllée et la gorge serrée, ([u'elle a ))erpéluellement des diarrhées, etc., notre premier mouvement sera de chercher la maladie purement organique dont dépendent ces phénomènes. Ce sont cependant les mêmes que précédemment. Us ne diflêrent des pre-

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miers que par la durée et nous croyons que dans certains cas au moins ils ont tout ii fait la même signification. Leur point de dé- [)art est un état émotif non plus accidentel mais permanent. Il restera toujours à expliquer par quels intermédiaires l'état céré- Ijral, que nous appelons émotion, produit de anesthésies, des spasmes, des arrêts ou des excès de sécrétion, des troubles vasomoteurs ; mais le point de départ n'en sera pas moins la permanence de ce système psvcho-phvsiologique qu'on appelle une émotion.

Le cas de cette femme, Mon., âgée de 40 ans, est très typique dans sa simplicité même et peut donner une première idée approximative de ce que nous entendons par émotion persistante. Xous avons déjîi eu l'occasion de parler de cette malade, à propos de son aijoidie ; puisque l'occasion se présente de nous occuper encore d'elle, nous pouvons insister sur les phénomènes qui accompagnent cette aboulie et qui, comme nous le disions, ont joué un grand rôle dans son développement.

Père alcoolique, mère fortement névropathe sinon hvstérique : c'est rétiologie banale. C est une femme émotive qui a déjà eu dans sa vie deux bouleversements analogues à celui-ci, une première fois après un mariage manqué, une seconde fois après avoir été obligée de vendre un petit fonds de commerce. Voici la troisième atteinte qui survient près de 10 ans après la précédente. Le motif en semble presque futile. Elle a vu son mari dans de mauvaises compagnies. Il est probable, quoiqu'elle ne veuille pas le dire clairement, que l'émotion a été surtout déterminée par la jalousie. Elle prétend, et il est probable qu'il v a dans son dire quelque vérité, qu elle n aurait pas été malade si elle avait pu tout de suite exj)rimer et dépenser son émotion, c'est-à-dire crier, pleurer et faire une grande scène à son mari. Les femmes, les sens émotifs ont liesoin de faire de ces orrandes scènes. Ils se déchargent en quelque sorte et décomposent ainsi ce système d'images qui s'est formé dans leur cerveau. Par suite de bien des raisons qui ne nous importent guère. Mon. ne put être seule avec son mari et dut remettre h plus lard la scène à faire. Le lendemain il était tro[) tard, elle ne put exprimer sa colère, elle se sentait malade et fatiguée. Depuis elle toujours est restée dans un état quelle trouve tout à fait anormal : palpitations qu'elh' sent avec exagération, suffocations, spasmes du pharvnx, troubles digestifs en rapport avec des spasmes irréguliers des muscles droits et obliques

!!,' I.RS DKI.IUES KMOTIFS

dv Inbilonicn, avec clos spasni(>s du diaphragme, de l'estoinac probahlouHMil et de l'intestin. An point de vue moral, sentiment de niéconlentement, de eolère eontre tout le monde et contre ellemême, état de piéoecupat loii ([iii ICmpèehe de laire son travail et de prêter attention à rien, sentiment de haine eontre son mai'i et son enfant.

Aujonrd hui elle trouve ces sentiments al)surdes et sans raison, mais elle se souvient très bien qu'au début elle était préoccupée constamment de la conduite de son mari et que sa haine était à ce propos justifiée. Il semble vraiment que l'émotion perde peu à peu ses caractères plus intellectuels ; peu à peu elle ne conserve que ses caractères plus élémentaires et à la fin elle n'est plus constituée que par des troubles proprement physiologiques.

Quels sont les phénomènes cérébraux qui servent d'intermédiaire entre l'état émotif de plus en plus simplifié et les troubles physiologiques? Il y a dans la plupart des cas des dissociations, des arrêts de fonctionnement de certains centres qui se traduisent par des anesthésies, des amnésies avec toutes leurs conséquences; c'est probable mais la question est probablement plus complexe et il y a des centres qui lonctionnent anormalement et qui ne sont pas seulement engourdis. Nous ne pouvons à propos d'un examen clini(pie rapide entrer dans des hypothèses physiologiques aussi vagues.

Au point de vue clinique, on ne peut dire avec précision que ce soit lii un vrai délire mélancolique, quoique ces états s'en rapprochent. On ne peut se borner à appeler la malade une neurasthénique, c'est un nom fort vague pour un état assez précis. On peut, à plus juste titre, parler d'hvstérie, mais il faut remarquer qu'il n'y a aucun stigmate et que ces troubles physiologiques se trouvent dans toutes les névroses. C'est pourquoi nous nous bornons à exprimer le fait clinique en disant: état émotif systématique permanent chez une psvchasthénlque. Ces phénomènes rentrent dans la vaste catégorie des délires émotifs qui sont très fréquents chez les psychasthéniques, c'est-à-dire chez ces individus dont la synthf'se mentale est faible, ([ui son! prédisposi's aux suggestions, aux obsessions de mille espèces, chez qui les svstcmes psvchologiques une fois constitués ont une tendance ii demeurer permanents, sans se modifier, sans s'adapter aux circonstances nouvelles. Cette dénomination toute simple qu'elle soit nous renseigne déjà un piMi sur la nature et la pathogénie de semblables accidents.

DÉLIRE HMOTIF PERMANENT 03

Observation 27. — Délire du contact. — Antécédents, inquiétude, craintes diverses, peur du poison, émotion systématique de terreur h propos de tous les attouchements.

Voici un cas, celui de cette femme Leg., âgée de 45 ans, qui semble se rapprocher davantage des idées fixes, cependant il était désigné autrefois assez justement par Morel sous le nom de délire émotif et il est vrai d'ailleurs qu'une émotion persistante sous une forme très systématique y joue le rôle essentiel. D'ailleurs la relation étroite qui existe entre l'émotion persistante et l'idée fixe nous explique que l'on puisse ranger ces cas dans l'une ou l'autre des deux catéoories.

Les parents de Leg. ne nous sont pas connus : elle les a quittés très jeune et a été élevée par une grand'mère. L'enfance de cette femme fut normale et nous n'avons rien à signaler avant la douzième année. A ce moment eut lieu la première communion accompagnée de confessions fréquentes. Dès la seconde confession. Leg. se sentit inquiète, émue: elle aurait voulu rester plus longtemps, dire plus de péchés, il lui revenait en mémoire une foule de péchés dont elle ne s'était pas confessée. Les prières, les neuvaines étaient encore des occasions qui reproduisaient les mêmes troubles, les mêmes émotions car elle se demandait sans cesse si elle priait Dieu assez bien.

A l'âge de 19 ans, elle fut frappée par un propos populaire, on dit devant elle que des enfants difformes naissent dans les familles méchantes, qui disent du mal des autres ou qui désirent du mal pour les autres. La voilà très efFravée, ayant peur de désirer du mal pour autrui. Cette crainte imaginaire la rendit sérieusement malade : insomnies, troubles de digestion, etc. Cette crise aiguë se calma au bout d'un an et cette personne, sans renoncer totalement à ses scrupules, resta plus calme jusqu'à l'âge de 25 ans.

A cet âge, elle entend dire que l'attouchement des poils, en particulier des poils de chat, peut être dangereux. Elle en a peur, non pour elle-même, mais pour les autres, peur de faire du mal aux autres, de leur communicjuer une maladie par l'intermédiaire de poils ou de chevçux, elle ne veut toucher personne de peur d'avoir des poils de chat ou des cheveux dans la main.

Bientôt après, cette idée se compli([ua par celle des poisons :

!)'i i.Es ni-:i.inES émotifs

« .l(^ voyais toul en poison w, dit-elle, ce qui signifie qu'elle a peur tic niellie du poison partout pour faire du mal aux autres. Ces craintes eurent des périodes d'exaspération, puis de décroissance, sans disparaître jamais complètement juscju'à l'époque actuelle.

Actuellement, à l'âge de 'i2 ans, les craintes de faire du mal, les peurs des poils de chat, des cheveux, du poison, des poussières, des pellicules de la peau, de la salive, etc., se sont développées jusqu'à amener une angoisse perpétuelle et surtout un trouble particulier des mouvements. Si Ton veut bien se souvenir de ce que nous avons dit du caractère systématique des émotions et de l'infinie variété de leurs éléments constituants, on ne sera pas surpris que chez elle l'émotion de la crainte de nuire ait surtout un efTet inhibltif et arrête complètement sa volonté et ses mouvements. Elle a cessé chez elle de faii-e la cuisine, son mari doit la faire; elle ne peut plus faire son ménage, elle ne peut toucher personne, elle ne sait cohiment manger par crainte de toucher ou de salir ses voisins, elle marche à [)etits pas, avec précaution, de peur de toucher quelque chose. Elle n'ose pas parler de peur que sa salive ne rejaillisse sur les autres, elle voudrait ne pas respirer parce que son haleine pourrait souiller quelque chose. Elle n'ose pas bouger de sa chaise de peur que la poussière de sa peau ne s'envole, etc. C'est l'immobilité de plus en plus absolue.

J.e diagnostic est facile, c'est bien lii ce que l'on appelait autrefois le délire du conlact . On peut même remarquer que ce cas correspond exactement, ce qui est assez rare, ii la description de Legrand du Saulle. Cet auteur considérait le délire du contact comme la deuxième période nécessaire dans l'évolution du délire, du doute et du scrupule. Ici les choses se sont bien passées ainsi; mais ce n'est pas une règle générale, ce sont là des idées fixes qui peuvent varier beaucoup suivant mille influences. Aussi ne fait-on pas aujourd'hui de C(>tt(^ forme une maladie spéciale, on la range dans les délires de défrénérescence de M. jMafinan. Si ce mot dégénérescence soulève ici comme toujours quelques difficultés, on peut préciser en remar(juant (pi'il n'y a jamais eu de phénomènes nettement hystériques et que c'est une idée fixe de forme psychasthénique. On peut remarquer enfin, comme nous l'avons déjà dit, cpi'il s'agit surtout d'une émotion persistante; celle-ci se développe toujours dans le même spns ;i propos d'objets variés et, par consé([uent, il était assez juste de désigner des troubles de ce genre sous le nom de délire émotif.

Le traitement d'une aiTection aussi grave est toujours difTicile. A l'âge de la malade, il est probable que cette maladie ne guérira jamais complètement. L'internement dans une salle d'hôpital avec la présence du médecin et des infirmières diminue considérablement l'état aigu. Cette femme va se calmer pour quelque temps. Mais l'accès reviendra et le pronostic est assez sombre ; ce sont des gens qui finissent dans une immobilité presque absolue, sans jamais devenir complètement déments.

OnsERVATioN 28. — Délire du contact au début. — Anlêcèdents, maladie infectieuse, diminution de la synthèse mentale, inquiétude, peu?' de faire mal, précautions, manies, crainte de malpropreté, sensibilité, influence de la puberté.

Nous venons de voir une femme de io ans qui présente au complet le tableau du délire du contact, maladie que Ton peut ranger, soit parmi les idées fixes proprement dites, soit parmi les états émotifs systématiques et permanents. Elle était réduite à fimmobilité presque complète. Elle n'osait plus marcher, de peur de se salir et surtout de souiller les autres, elle n'osait plus nous parler ni même respirer devant nous de peur de nous empoisonner par son souffle ou par des pai'celies de salive. A côté de ce tableau de la maladie achevée, voici une fillette très jeune, Ser., âgée de IG ans, qui nous en présente la première es(|uisse. Cette comparaison est instructive.

Le père de cette jeune fille paraît avoir été normal, la mère, très impressionnable, eut des accidents hystériques. A la suite d'une émotion (elle avait vu dans la rue un enfant brutalisé), elle eut des mouvements convulsifs dans la main droite, mouvements qui se généralisèrent au même côté du corps et à la tête et qui furent suivis d'un évanouissement complet. En un mot elle a présenté une attaque probablement hystérique, mais qui simulait l'épilepsic jacksonienne. Le fait est assez connu et Charcot, la dernière année de sa vie, a montré un beau cas d'attaques de ce genre chez un jeune homme. Cette attaque s'est reproduite un certain nombre de fois chez la mère qui conserva en outre très fréquemment des névralgies et des migraines.

L'enfant resta normale juscpià l'âge de 7 ans, elle paraissait intelligente et apprenait fiicilement. A cet âge elle eut une violente

no LES Dl'MItES KMOTirS

atteinte de rouo^eole qui, d'ailleurs, se reproduisait chez elle pour la seconde fois et à partir de ce moment se montra fort difTérente de ce qu'elle était. Notons encore une fois en passant l'influence dos maladies infectieuses sur le développement des psychoses chez les prédisposés.

I/enfant cessa de pouvoir travailler et ne fit plus aucun progrès; la mère insiste sur ce changement au déhut de la maladie et cette remarque est aussi pour nous fort importante. Nous sommes frappés de voir que le premier symptôme perceptible est une diminution de cette activité cérébrale et intellectuelle qui permet d'acquérir des connaissances nouvelles, de développer la personnalité, en un mot que le premier symptôme est une diminution de la puissance de synthèse mentale. H^n même temps que l'enfant devenait moins intelligente, elle devenait plus émotive, c'est encore un détail à relever : l'émotion sous ses deux aspects, phénomène d'automatisme et phénomène de dissociation mentale grandit quand la svnthèse diminue. Mais en même temps l'émotion se systématisait et se développait surtout dans un sens déterminé. L'enfant devenait craintive et manifestait une grande frayeur à tout propos, elle avait peur des étrangers, des chambres obscures, des jeux dangereux, elle n'osait plus pailer à personne. A lécolc même, elle devenait d'une timidité ridicule, non seulement avec ses maîtresses, mais même avec ses camarades et la timidité, comme nous le savons, se rattache à la fois ;i Faboulie et ii Fémotivité.

Il V a deux ans, à l'âge de 14 ans, elle éprouva un nouveau bouleversement déterminé cette fois par une secousse morale. Ses parents ont perdu leur petite fortune et toute leur situation a été changée. La fillette en fut très affectée, devint plus triste, pleura sans cesse. Ses dispositions craintives dégénèrent en inquiétudes continuelles. Elle a peur ({ue sa mère ne la quitte et ne veut plus s'en éloiu'ner, elle la tient constamment, va vérifier sans cesse si elle est là. En pleine rue, elle lui saute au cou en demandant si on l'aime bien, si on va la quitter, h^lle a peur de mal faire ses devoirs, ses prières, prend toutes sortes de précautions pour les bien dire. Elle a peur de perdre ses affaires et vérifie sans cesse si tout est bien à sa place.

Ces craintes se manifestèrent bientôt ])ar des actes bizarres. On remarqua d'abord comment elle ne cessait d'embrasser et d'interroger sa mère, puis on fut étonné en voyant les précautions quelle pienait pour faire ses prières. Elle ne manquait jamais de

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répéter trois fois les premiers mots de chaque prière afin d'être plus sûre qu'ils soient bien dits. Peu à peu l'habitude se généralisa et elle répétait trois fois le début de toutes ses phrases et le début de tous ses actes. Par exemple, elle ôtait et remettait trois fois son rond de serviette avant de le retirer définitivement, puis elle eut la manie de vérifier constamment en les touchant les différentes parties de sa toilette, ainsi elle portait perpétuellement les mains à ses oreilles pour constater si elle avait bien encore ses boucles d'oreilles. Il lui fallait trois heures pour se coucher, tellement chaque partie de sa toilette devait être faite minutieusement et tellement chacjue partie de son costume devait être rangée avec précaution.

Enfin dernièrement s'est produit le dernier symptôme, la peur dêtre sale. On vit alors se développer l'habitude de brosser perpétuellement ses robes jusqu'à les user, avec l'effroi d'un grain de poussière imaginaire, le besoin de se laver les mains constamment, etc. Il est inutile de décrire tous ces faits, car vous devinez maintenant ce qui va arriver. Xous entrons dans le délire du contact, tel que Legrand du Saulle l'a décrit et ce délire va évoluer avec toutes ses conséquences jusqu'à isoler peu à peu la pauvre fille de la société et la condamner à l'immobilité.

Ce récit vous montre assez bien, je crois, la suite des faits et la filiation des idées fixes inspirées peu à peu par les émotions craintives et par la situation un peu resserrée de la famille à la suite des pertes d'argent. La nature de ces idées fixes, la direction particulière de l'émotion persistante est, comme toujours, sous la dépendance des circonstances, mais ce qui est fondamental, c'est la faiblesse de la pensée qui a déterminé cette suggestibilité et qui a permis à ces émotions ordinairement passagères de se prolonger indéfiniment.

(kiant à l'origine de cette faiblesse mentale, nous sommes comme toujours réduits aux hvpothèses. Il est facile de dire qu'il s'agit là d'une dégénérescence, l'hérédité pathologique est manifeste et vous pouvez remarquer certains stigmates physiques comme la forme très ogivale de la voûte palatine. Vous pouvez aussi attribuer à la d«''générescence certainsretards de l'évolution. Cette enfant a près de 17 ans et elle n'est pas encore formée. Peut-être même ce travail retardé et difficile de la puberté est-il pour quelque chose dans raffaiblissement mental et dans l'émotivité particulière qui se développent depuis quelques années. Enfin nous ne devons

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pas oublier la rougeole grave tout à fait au début, (juoique crortlinaire cette maladie n'ait pas une inllueuce aussi caractéristique que la fièvre typhoïde.

Peut-on préciser davantage la forme particulière de cet engourdissement cérébral. Nous avons recherché avec soin s'il n'y aurait pas là une certaine prédisposition ii l'hystérie. On note, il est vrai, un certain degré d'anesthésie pharyngienne et la diminution du réflexe nauséeux, mais c'est là un symptôme banal qui se trouve également chez les épilepticjues et dans toutes espèces de déiïénér(>scence. L'examen du sens tactile et du sens musculaire ne nous montre pas de stigmates plus nets. Au point de vue mental nous retrouvons comme toujours les troubles considérables de la volonté et de l'attention, la difficulté du travail mental, la diminution de la mémoire pour les choses récentes. C'est en un mot ce que nous appelons faute de mieux l'état psychasthénique, c'est ce qui a amené l'indécision et la crainte permanente.

Le pronostic de ces délires émotifs est assez sombre surtout si nous songeons à l'observation précédente. Ici nous devons réserver un peu notre opinion, il nous faut attendre l'établissement définitif de la puberté qui va probablement soit caractériser définitivement la maladie mentale, soit amener des modifications assez nettes; en attendant il nous faut fortifier la malade (l'emploi des toniques et des préparations ferrugineuses est ici particulièrement indiqué), exciter sa sensibilité par des douches et des frictions et autant que possible développer son attention par de petits travaux intellectuels dont l'usage est particulièrement nécessaire dans ces engourdissements psychasthéniques.

Obsiuvation 29. — Goitre exophtalmique à la suite d'émotions. — Aulécédenls, Iruiihics respirntoires, succession d'cmolions ])èiii})h's, accès d'agilaliou, maladie de Basedow.

Nous n'insistons pas sur les symptômes de la maladie que présente cette dame, Mil. . âg<'>e de 47 ans. Ils sont simples et vous sont bien connus ; quoiqu'ils ne soient pas ici très accentués, le diagnostic est facile. C'est sur l'étiologie de cet accident qu'il nous paraît plus curieux de revenir.

Vous voyez même de loin que cette dame a les yeux gros, le cou assez fortement gonflé; ajoutez qu'elle se plaint de palpita-

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lions et (|iie crailhnirs son ponls est rapide et présente 110 pulsations par minute. Elle a des étouffements, quelques troubles digestifs. C'est assez pour que vous reconnaissiez un goitre exophtalmique, la maladie de Basedow.

Vous savez combien on discute sur l'interprétation de cette maladie. Quelle que soit l'importance des troubles physiques, ({uoique nous ne puissions nier l'existence du Basedow d'origine thyroïdienne, il nous semble utile de vous faire remarquer le orand rôle des émotions, des troubles cérébraux pour déterminer cette maladie. Le cas présent est instructif à cet égard.

Cette dame est évidemment prédisposée aux troubles de ce genre. Son père était alcoolique, très nerveux, et présentait des crises convulsives après boire : il est mort d'une congestion au moins suspecte. La mère est à peu près normale, mais un frère de la malade a déliré pendant longtemps etil est mort à Sainte-Anne.

Quant il elle, c'est toujours cette vie spéciale que nous connaissons bien ; elle fut une jeune fdlc nerveuse, chlorotique, tourmentée par des idées noires, qui, à 1 6 et 17 ans, pleurait tout le temps. Cependant tout n'alla pas trop mal jusqu'il 33 ans. A ce moment son mari mourut et elle eut pendant près d'un an une maladie que nous regrettons de ne pas mieux connaître ; elle raconte qu'elle ressentait des étouffements, des angoisses, des gènes pour respirer et pour manger. On attribuait tout cela ii de l'asthme, était-ce déjii du Basedow ? La gène était-elle due au goitre commençant. La malade ne peut rien nous dire et elle ne croit pas avoir eu déjii un goitre ii cette époque. Nous sommes disposés a penser comme elle et ii croire qu'il l'âge de 33 ans Mil. n'était pas encore atteinte de la maladie qu'elle présente aujourd'hui, mais qu'elle présentait simplement des angoisses, des étouffements comme nous les voyons constamment ii la suite dune émotion persistante. A notre avis, cette remarque est importante : les troubles respiratoires et peut-être également certains troubles cardiaques ont existé longtemps avant la maladie de Basedow proprement dite et ont été causés simplement au début par l'état émotif.

Tout se calma assez vite après celte première crise et les accidents cessèrent jusqu'il l'iige de 40 ans. Depuis ce moment la pauvre femme est dans une situation morale déplorable, et elle est bouleversée par des émotions successives que nous ne pouvons vous raconter en détail. Sa fille (ju'elle aimait beaucoup se

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(ait (Milcvor par son palroii c[ disparait pciulaiit {'Iikj mois sans tloniu'i" signe de vie, pnis la voici (pii revient demander pardon. Elle était enceinte et bientôt elle a nn enfant ; le patron (jiie la vieille mère va snpplier refuse de reconnaître cet enfant ; |)uis, changemenl ii vue, le susdit individu épouse sa maîtresse et notre malade a le tort d'aller habiter avec eux. Ménage insensé qui l'inquiète ; puis en janvier dernier voici le mari qui disparait ;i sou tour en les laissant tous dans la misère. On va le cherelier a la Morgue, etc. Il y a là de ([uoi déranger une cervelle })lus solide. Cette femme présente de nouveau ses angoisses, ses troubles gastriques, ses vomissements et il y a un mois seulement, la voici prise d'un délire avec une sorte d'excitation. Elle ne dort plus, elle crie, veut se jeter par les fenêtres. Depuis, la maladie s'est constituée telle que vous la voyez, c'est-à-dire que le mécanisme quel qu'il soit de l'émotion, s'est déclanelit' définitivement et ([u'il en résulte des troubles permanents de la circulation dans les yeux et dans le corps thvroïde, amenant même maintenant des phénomènes d'intoxication dont ces délires pourraient être la manifestation. L'un de nous, il y a six ans, dans un travail fait en collaboration avec le D' Sérieux, avait déjà mis en évidence ce grand rôle des émotions dans la pathogénie du goitre exophtalmique, celui-ci se développant toujours sur un terrain préparé par l'hérédité. E'étude de ce cas nous suggère encore aujourd'hui les mêmes réllexions.

Onsi.uwTioN .30. — Goitre à la suite de l'émotion causée par un incendie. — Anléccdents, cmofion dèlerininée par un incendie, ilèveloppcnicnl rapide du (joUre, stif/male.s hjjstèri(jues, goitre chez les hystériques, amélioration, rechute, paralysie du larynx, (joilre ph)i\(jcanl.

Il nous faut noter les accidents quelquefois singuliers déterminés pai- l'émotion sans que nous puissions toujours en indiquer le mécanisme. Voici une malade, Val., âgée de 25 ans, qui présente, comme vous le voyez, un goitre volumineux. Ce sont les circonstances dans lesquelles ce goitre s'est développé que nous voudrions résumer brièvement devant vous. Comme antécédents héréditaires, rien à noter du côté de la mère. Le père, au contraire, comme plusieurs autres membres de sa famille, était fortement alcoolicpie. Dans son enfance celte jeune femme, Val., eut une maladie des yeux

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de laquelle dépend l'aspect étrange de son œil droit, adhérence d'un lambeau d'iris avec la cornée, déplacement de la pupille en dedans. Elle fut réglée tard, à 18 ans et demi seulement, mais jusque-là n'eut pas d'accidents sérieux.

A 19 ans, à la suite de la peur causée par un chien, arrêt subit des règles qui ne reviennent que cinq mois plus tard. Quand les règles réapparaissent, commencent des attaques d'hvstérie et des délires pendant lesquels elle a encore peur du même chien* et cherche à lui échapper. Ces accidents se répètent irrégulièrement pendant trois ans.

Le 2 mai 1895 le feu a pris chez elle et a détruit ses quelques meubles et ses vêtements. Grande émotion, peur terrible, colère, parce que, nous ne savons pourquoi, on l'a accusée d'avoir allumé rincendie, grand désespoir de sa ruine, en un mot, émotion très grave. Remarquons qu'elle n'était pas à l'époque de ses règles. Elle n'eut pas d'attaques, ni de délires et resta seulement très fatiguée les jours suivants, ne parvenant pas à se consoler.

Le 15 mai, c'est-à-dire juste 13 jours après l'émotion, elle s'aperçut avec étonnement qu'elle avait une grosseur assez volumineuse au cou. Elle est certaine de n'avoir jamais eu rien de pareil autrefois; elle ne sait pas si, comme cela est bien probable, cette grosseur n'a pas commencé à se développer quelques jours plus tôt. La malade vient nous voir un mois à peine après le début de l'accident. C est une femme robuste qui ne présente pas d'autre symptôme phvsique que son goitre, ('elui-ci est assez volumineux. 11 est plus développé du côté droit. Le lobe droit du corps thvroïde a pris le volume d'un gros œuf de poule, le lobe médian a le volume d'un œuf de pigeon, le lobe gauche est presque normal. Ce goitre est également dur à la pression dans toutes ses parties. La malade n'est guère gênée en ce moment par son goitre, elle respire bien, parle bien, mais elle sent une légère irritation (jui la fait un peu tousser. Il nous sendjle qu'il ne s'agit pour le moment que d une légère compression de la trachée. Ce svmptôme est isolé car nous ne tiouvons pas avec lui les signes de la maladie de Basedow, le pouls est à 66,70, les yeux ne sont pas saillants. La malade n'a noté aucun trouble digestif.

Mais on note facilement d'autres svmptômes appartenant à une autre série. Il y a des plaques d'anesthésie presque complète sur le côté gauche; il est à remarquer cependant qu'il n'y a pas de plaque d anesthésie sur le goitre et que la pression ou la mobi-

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