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taie. Vous comprenez qu'elle est diflîcile à examiner, mais enfin cette malade a bien voulu nous répondre que depuis le début de son état mélancolique elle a eu des rapports conjugaux qui lui ont semblé déterminer les mêmes sensations qu'autrefois et à de certains moments, surtout à l'époque des règles, elle regrette l'absence de son mari. Comprenez-nous bien, nous ne disons pas (|u'il n'y a pas dans la mélancolie de troubles de la sensibilité viscérale, nous affirmons qu'il y en a et nous croyons même que l'on devrait pouvoir constater certaines anesthésies, mais nous regrettons de ne pouvoir étayer cette croyance sur des expériences et des mesures.
En général on admet qu'il y a des perturbations initiales dans tout l'organisme, dans les fonctions digestives surtout, que la nutrition générale est atteinte ainsi qu'en témoigne l'amaigrissement, les modifications de l'urine, etc., et que le sentiment de malaise, le trouble de la cœnesthésie est l'expression de cette altération organique. Il en est peut-être souvent ainsi et vous trouverez une étude très complète sur ce point dans les leçons de M. Séglas, ' mais notre observation nous paraît intéressante à ce propos, car chez elle l'état mélancolique dans les deux accès a commencé subitement sans modification lente, antérieure de l'organisme ; il y a eu bouleversement immédiat de l'état de la cœnesthésie avant que l'organisme ne soit atteint. S il y a des troubles de la santé générale et aujourd hui il y en a, surtout après l'usage de la morphine, ils sont secondaires, consécutifs à l'altération de la sensibilité. Le trouble cérébral est primitif et c'est ce que la malade exprime très bien en disant qu'elle a senti un remuement dans la tète et qu'immédiatement après elle s'est sentie malheureuse. Nous nous demandons s'il n'en est pas ainsi plus souvent qu'on ne le croit et si chez beaucoup de mélancolicjues le trouble des centres corticaux n'est pas primitif, déterminant l'altération des sentiments cœnesthésiques et ultérieurement le trouble de l'organisme.
Nous ne pouvons guère vous décrire la perturljation (pii a eu lieu dans le cerveau de Nef., au moment où elle a senti ce renuiement. Dire qu'il y a eu un trouble de la sensibilité cérébrale, c est une tautologie, il faudrait pouvoir analyser les phénomènes (pii ont eu pour effet ce changement de la sensibilité cérébrale. Pour le moment, sans prétendre aucunement résoudre le problème,
1. J. Séglas. Leçons cUitiqucs sur les maladies mentales. 1805, p. 286.
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voici comment nous le poscM-ions. UiUMMUotion, coniine nous l'avons déjà répété, est un ('tat psychologifjue très complexe, un système (le laits psycholooi(|ues et physiologiques associés les uns avec les antres. Parnu ces faits les uns sont positifs, ce sont les évocations de ceilaines images particulières déterminant ou rappelant des modifications viscérales. D'autres sont né^ratifs : ce sont des dissociations de systèmes psychologiques antérieurs ; les amnésies, les anesthésies, quand elles sont amenées par l'émotion, n'en sont qu'un élément partiel. D'ordinaire, ce système complexe de lémotion ne dure qu'un moment. Il se désagrège à son tour et les autres systèmes qui constituent la vie normale et le développement de la personnalité commencent à se reformer. Ce qui caractérise un cas de ce genre, c'est que le svstème particulier de l'émotion tel qu'il avait été constitué à un moment de la vie est resté permanent; il amène continuellement avec lui les effets que l'émotion produit momentanément et il empêche toujours les autres systèmes de se reconstituer. Nef. a constamment l'émotion qu'un grand malheur lui arrive : l'objet, c'est-à-dire l'enfant, est oublié, l'état émotif persiste seul indéfiniment.
Les études cliniques sur les états émotifs devraient, pour être complètes, porter sur ces deux points : quels sont les phénomènes positifs et négatifs, à la fois dans Tordre [)sychologique et dans l'ordre physiologique qui constituent cette émotion ; 2" comment et pourquoi un tel état, c'est-à-dire un tel svstème, a-t-11 pu devenir permanent ? Nos remarques ne peuvent pas être aussi complètes, mais elles nous montrent cependant que certaines, au moins, parmi les mélancolies se rattachent aux états émotifs systématiques et permanents et en général aux états psychologi([iies qui, comme les idées fixes, continuent à se développer dans l'esprit sans rapport avec la situation présente.
Autant que possible nous tenons à vous renseigner sur les conséquences plus lointaines des maladies ([ue nous avons étudiées ici. Aussi nous vous rappelons une malade mélancolique, Nef. , (|ue vous avez vue il y a plus d'un an. Nous venons d'apprendre sa mort ; elle avait quitté le service il v a huit mois, une fois guérie de sa morphinomanie, et était restée constamnu'ut dans le même état mélancolique. Elle a succombé, paraît-il, ii des troubles hépati(jues et probablement ;i l'ictère infectieux. Nous n'avons sur ce point (jue des renseignements fort vagues et nous ne savons s'il
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y a un rapport entre sa névrose et les maladies du foie qui l'ont emportée.
Délire émotif généralisé.
Obskuvvtion 82. — Émotivité morbide à la suite de fatigues et de chagrins. — Aniccédenl'i, houlever.sement à propos de lu plus petile émotion, faiblesse, Ivnitement.
Cette femme de 39 ans nous présente avec un grand degré de simplicité une maladie très fréquente dont la nature est loin d'être clairement interprétée. Nous nous bornerons à vous présenter en quelques mots les principaux symptômes de son état, car nous aurons probablement l'occasion en examinant d'autres malades de revenir avec plus de précision sur leur interprétation. La maladie, c'est tout simplement Vcniotion. Ce n'est pas une émotion déterminée se reproduisant perpétuellement et qui, comme nous l'avons vu, n'est qu'un des aspects, une forme de l'idée fixe ou mieux des états psychologiques persistants, c'est une émotion quelconque se reproduisant à tout instant, pour n'importe quel motif et déterminant toujours le même bouleversement. Ces états ont été déjà souvent signalés par tous ceux qui se sont occupés de la neurasthénie comme Beard, AVeir-^Iltcliell, Féré et plus récemment Freud '. Nous sommes heureux de pouvoir vous renvoyer à l'intéressant travail de MM. Pitres et Régis sur la séniéiologie des obsessions et des idées fixes où vous trouverez une description très nette de cas semblables sous ce titre : Emotivité morbide, diffuse, ou panophobique '.
Cette femme est la fille d'un père alcoolique naturellement. Elle n a pas présenté de sérieux accidents nerveux jusqu'à ces dernières années. 11 v a trois ans elle a traversé une période difficile: excès de travail et surtout excès de misère. Elle était déjà très faible et très surmenée; coup sur coup elle a dû sup-
1. S. l'reucl, Obsessions et phobies. Bes'ue neurologique, 30 janvier 1895.
2. A. Pitres et G. Régis, Séinéiologie des obsessions et idées fixes. Rapport présenté au Congrès de Moscou. Bordeaux, 1897, p. 16.
Il-: LES m;i.iiu-s i;m()tiks
porter de grosses émotions : son iiuiri, iitleint de pleurésie grave, probablement tuberculeuse, a dû être transporté h l'hôpital. Peu de jours après, au moment de ses règles, elle a dû soigner son enfant atteint du croup, l/enfanl a failli mourir et un médecin qu'elle a cherché au milieu de la nuit a dû faire le trachéotomie. Tant qu'il veut du danger pour le mari et pour lenfant, elle se montra très énergique, travaillant nuit et jour pour suffire à tous les l)esoins. Depuis ([ue les deux malades se sont à peu près rétablis, la pauvre femme a paru s'abandonner à son tour et voici maintenant son état qui persiste sans modification depuis trois ans.
Si vous la prenez dans une période de calme, vous ne constatez aucun svmptôme pathologique, tous les organes fonctionnent normalement : il n'y a même aucun trouble nerveux apparent, aucune anesthésie, ni des sens spéciaux, ni de la peau, ni des muscles et, autant qu'on peut le vérifier, aucun trouble de la sensibilité viscérale. Elle se sent bien portante, quoique très fatiguée, ne souffre pas de la tète, n'a aucune altération ni de la mémoire, ni de la pensée. Mais pour que ce bel état persiste il faut, comme elle le dit elle-même, « qu'il ne lui arrive rien », c'est-à-dire que tout événement, quel qu'il soit, va déterminer un l)ouleversement. Qu'une personne entre ou sorte, qu'on lui })arle ou qu'on ne lui parle pas, que ses enfants toussent ou se mouchent, qu'une voiture passe, etc., aussitôt elle ressent toujours les mêmes phénomènes : elle se sent serrée h la gorge avec envie de pleurer, elle étouffe et a une respiration anxieuse comme dans un accès d'asthme. Elle a des ballonnements de l'estomac et du ventre, des tremblements, des palpitations, une sueur froide, etc. En même temps elle sent ses idées devenir vagues et comme lui échapper. Elle a peur de quelque chose sans trop savoir de quoi. L'accès en général dure peu, une demi-heure à peu près; elle pleure abondauinieiit ce (jui la soulage et va rester ;i peu près traïujuille jus([u'à la prochaine émotion qui surviendra, (juoi que Ion fasse, dans une heure ou deux.
Nous ne pouvonsdiseuter davantagececas qui vientde seprésenter il la consultation. Remarquons seulement qu'il n'y a pas autant de différence (ju'on veut bien le dire entre des émotions de ce genre et des attaques d obsession. Les auteurs qui décrivent ces émotivités morbides remar([U('nl ([u'elles sont souvent le point de départ des obsessions proprement dites; mais si vous avez compris l'hvpothèse cpie nous avons proposée ii plusieurs re-
prises sur la nature des émotions, vous comprenez que nous allons plus loin encore. Certainement, dirons-nous, il y a quehiues rapports entre ces accès d'émotivité et les idées fixes, puisque au fond les deux phénomènes sont de même nature. I/un et l'autre ne sont que des systèmes de phénomènes psychologiques et physiologiques qui se développent d'une manière exagérée, parce qu'ils ne trouvent pas dans la puissance actuelle de la pensée un contrepoids suffisant. La répétition des systèmes anciens, c'est pour le cerveau un fonctionnement moindre que la formation dessystèmes nouveaux. Quand le cerveau est épuisé, il se répète au lieu d'avancer. La r(dalion de l'accès émotif et de l'idée fixe est évidemment heaucoup plus nette dans les observations précédentes, quand l'émotion est systématisée; elle devient évidemment moins nette quand l'émotion paraît être quelconque et se reproduit d'une manière générale à propos de toutes les excitations. Mais même dans ce cas nous aurons souvent l'occasion de montrer par quelques détails les liens des deux phénomènes.
Cette émotivité est d'autant plus dangereuse qu'elle survient chez des sujets dont la santé pai'aît plus normale. Elle est alors l'indice d'une faiblesse cérébrale vraiment constitutionnelle. Chez cette femme il n'en est pas ainsi, vous voyez son aspect misérable, sa mauvaise mine et son état d'épuisement organique. Nous serions bien surpris si quelques semaines de repos, de meilleure alimentation, d'hydrothérapie ne faisaient pas disparaître les accès émotifs tout simplement en donnant au cerveau une plus grande force de résistance.
Observation .3.3. — État de panophobie à la suite d'une terreur systématique persistant subconsciemment, — Antécédents, terreurs à tous propos, sensibilité, délire pendant un état hypnotique, horreur du mari brutal, interprétation de la panophobie.
Voici un cas qui nous seml)le intéressant parce qu'il nous a été possible d'analyser un peu le trouble émotif de la malade, ce <pii n'est pas toujours facile dans des faits de ce genre. Il s'agit d'un cas très net <\e jxuiopJiohie chez une jeune femme de 22 ans, Mkc, qu'il a été possible d'étudier un peu mieux, grâce au somnambulisme provoqué.
Le père paraît avoir été très nerveux, il avait des crises
JiÉVKOSES ET IDÉES FIXES. JI. g