‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 210 sur 326 · LES DKI.IRFS ÉMOTIFS · texte numérisé non relu

LES DKI.IRFS ÉMOTIFS

irasthme à rocciision tic la moindre riiiotion; la nirro était mif^raincuse. Mkc. eut (rahord la mt^iuc maladie que sa mère; de 12 à 15 ans elle a de vraies migraines avec vomissements, plus tard (die prés(>iile (iiicluiies petits phénomènes hystériques, sensation d'étoullcment et (juel([ues crises à forme syncopale. Mariée à 1!) ans, elle est enccjnte l'année suivante et la grossesse est des ])lus pénibles: des vomissements pres([ue continuels déterminent un oi-and afTaiblissement et une hémoi-ragic grave au moment de l'accouchemcnl achève d'épuiser cette jeune femme.

Depuis raccouchement, elle présente une perturbation mentale qui a été sans cesse en s'aggravant. KUe semble n'avoir qu'un seul trouble, toujours le même, c'est la peur. Elle a peur la nuit, regarde sous son lit, accumule des chaises contre la porte; elle a peur dans la journée dès ([ue f[uelqu'un s'approche d'elle. Vous pouvez d'ailleurs constal(M' son état facilement, car ces terreurs se produisent pour ainsi dire à heure dite. P]lle est bien tranquille sur sa chaise, la tète dans ses mains. Vous voyez qu'elle se bouche les yeux et les oreilles pour ne voir et n'entendre personne. On s'approche d'elle tout doucement et on la touche à l'épaule. Vous voyez le bond qu'elle vient de faire. Elle se couche par terre en cachant sa tète, (die tremble de tous ses membres. Quand on veut lui parler, elle nous dit : « Ecartez-vous un peu, je vous en prie, ne m'approchez pas, j'ai peur, trop peur ; mon creur bat à ni'étoulTer », et elle se roule jusque dans un petit coin sombre. Si nous la ramenons cependant avec beaucoup de douceur, elle s'excuse un peu: « Je sais bien (jue j'ai tort, je sais bien que personne ne veul me faire de mal, mais cela fait tant souffrir d'avoir si peur. Par pitié, laissez-moi m'en aller, cela me fait trop de mal ». On ne peut jamais en obtenir autre chose et elle a de pareils accès de peur absolument à propos de tout. Les malades, les infirmii'res l'effrayent autant que nous. Elle va se cacher sous son lit (juand (die entend ouvrir une porte ou quand elle entend souiller le vent. D'ailleurs il semble au premier abord ([u'il n'y ait pas de délire. Si vous causez seul avec elle, vous pouvez arriver à obtenir ([ucdques paroles. l'Ile reconnaît tout ii fait l'absurdité de sa conduite, promet de ne plus recommencer et consent il rester un peu debout, devant vous, en tremblant comme une feuille.

Quoi([ue l'examen d'une ])areille malade ne soit pas facile, nous avons rech(M'cht'' si elle pi-ésentait quebjues stigmates. Ils ne

scmhlont pas être très nets; les sens spéciaux, les sensibilités visct'ialcs paraissent intactes. Faut-il considérer comme une anesthésie la froideur du sens o-énital par laquelle elle explique son antipathie pour son mari? Tout à l'heure nous trouverons peut-être une antre explication. Il nous a semblé que la sensibilité à la douleur était plus émoussée du côté droit, mais on ne peut guère se fier à une observation aussi peu nette chez une personne si émotive qui répond si mal. Il est probable, surtout en tenant compte des antécédents, qu'il y a un peu d'hvstérie ; mais ces troubles douteux ne peuvent pas expliquer une semblable panoplîobie.

Pour nous rendre compte de ce symptôme qui nous intéressait, nous avons cherché si on ne pouvait pas modifier l'état mental de la malade et nous avons voulu l'endormir. Avons-nous réussi ? Pas précisément, car ce que nous avons obtenu, ce n'était pas du tout un état hvpnotique normal, fiicile à diriger. Ce fut tout simplement une crise de délire. La malade, qui avait paru dormir un instant, se mit à ciier et à raconter une foule de choses dont il n'était aucunement question jusqu'à présent. Jugez-en par ces notes recueillies pendant son délire. « Je lui ficherai le bol h la figure, le bol où il y a de l'acide... Il sera brûlé, ses yeux seront brûlés, toute sa sale figure, à Ernest, sera brûlée... Il me paiera cela... J étais économe, travailleuse et lui il buvait tout chez les marchands de vin... Je disais: il va venir, il sera content de trouver la table mise ; il était saoul, il me donnait des coups. Il donnait des coups de pieds dans mon ventre quand je portais la petite. Oh! qu'il m'en a fait; moi qui étais si douce, maintenant

je suis méchante! Il m'a mise à la porte en chemise, il m'a

rouée de coups il est toujours là, je vois sa figure qui me fait

peur je ne veux plus la voir. Oh! là, elle revient ». A ce

moment elle recommence à se rouler par terre et à se cacher sous la table comme elle faisait dans ses crises de panophobie, mais elle a toujours les veux fermés et elle continue à rêver tout haut: « J'irai dans le jardin avec iNIarguerite (c'est sa fille], je verrai l'homme qui m'attend sur le banc; il disait: vous êtes bien pâle, je n'osais pas dire que mon mari m'avait rouée de coups. II était riche, il donnait des sous à Marguerite, je voudrais y aller

avec cet homme-là, j'aime bien qu'il me parle celui-là Oh là,

la tête, les yeux, je préfère mourir plutôt que de le revoir »

Que dites-vous d'une pareille crise? Est-ce qu'elle n'est pas

m; LES DÉLIRES ÉMOTIFS

l)i(Mi liistriicllvc poiii- ('()in|)i(Muli»> lii jjrrtondiM- panophobio ? Diidiis-iioiis eiu'oïc (lu'il s';ioit d une ('iiiolKm pure, s;ms objet, siiiis pctiséc, toiil il (ail tlisliiu'tc tl(>s idées lixcs. Va\ considérant Tétat do leirour an coniplcl Ici (pi'il s'est manifesté j>endanl l'état sonnKuuhnlicpie cl iini([nenienl pendant eel élal, ne dirons-nous pas, au contraire, (jue nous avons allaire à l'idée lixc la plus complète qu'on puisse imaginer avec hallucinations, rêves compliqués sur le même objet et émotions en rapport avec les rêves. L'émotion de terreur n'était (pi'un des éléments, un petit système partiel détaché du svstème total. Qui sait d'ailleurs si une orande partie de ce svstème total ne se reproduisait pas au moment des terreurs, sans (jue la malade pût l'exprimer, ni s'(;n rendre compte. Elle fuvait vérital)l(!ment quelque image et avait bien l'attitude d'une hallucinée. Seulement elle ne prenait pas conscience de l'hallucination d'une manière suffisante. Le somnambulisme, comme cela arrive très souvent, a mis en lumière cette partie du rêve dont la malade tout éveillée ne se rendait pas compte. Ajoutez ([U(; ce rêve explique même des détails de sa conduite. A-t-elle donc tellement perdu le sens génital cette femme qui, sans doute, ne veut plus de son mari mais qui ne demande qu'à rejoindre le monsieur sur le banc. Ce serait se tromper singulièrement sur son état que de méconnaître cette partie de la maladie révélée par le rêve somnambulique.

Comment donc comprenons-nous maintenant cet état d'émotlvité qui semblait si vague et si généralisé. Pendant la grossesse, à un moment où elle se trouvait extrêmement aHaiblie, elle a été rouée de coups par son mari ivrogne. De là, un état psychologicjne très complet, renfermant des images visuelles et tactiles, des soiinVancrs, de violentes émotions, particulièrement de terreur, et probablement tons ces phénoniènc^s de dissociation que l'émotion amène avec elle quand elle détermine des anesthésies, des amnésies. Si cette personne avait eu un cerveau bien solide elle se serait débarrassée de ce système psycho-physiologique et elle aurait continué sa vie en construisant d'autres systèmes plus intéressants que celui-là. C'est ce qu'elle n'a fait (pi'en partie ;i cause de son airaiblissement cérébi'al. Sans doute elle a continné il penser et à acquérir des souvenirs puistprelle ne nous présente pas d'amnésie bien nette, mais celte pensée du présent est faible et incomplète. I^Ue s'exerce dans un champ de conscience très relicci, (juoKpril n v ail pas de V(''ritablcs aneslhi'sies.

DÉLIRE ÉMOTIF GÉiNÉRALISÉ 117

La plus petite occasion, dès qu'elle amène une ombre de frayeur ou dès qu'elle évoque une image quelconque qui peut ressembler au mari ou rappeler les yeux du mari, va, par les lois connues de l'association, réveiller tout ce système qui est latent, qui existe toujours à l'état de forte tendance. Tant que la malade est éveillée, elle ne s'abandonne pas complètement à l'cnsendjle des pensées évoquées, elle les arrête et les rectifie encore un peu et le svstème évoqué se borne à l'état émotif de terreur. Supprimez par le sommeil la rectification partielle et vous aurez comme dans une crise hystérique le développement complet du système psychologique qui a été construit pendant la grossesse. Vous voyez que ce cas est intéressant et nous montre sous un certain jour les rapports entre les obsessions et les crises de délire émotif.

Toutes les formes de l'émotivité pathologique sont loin d'être faciles à interpréter. Bornons-nous à constater leurs caractères et leurs différences. Voici une malade de 38 ans, Cs. que nous soignons ensemble depuis quelque temps sans arriver à des résultats bien satisfaisants et dont la maladie est singulièrement désespérante par sa monotonie.

Il ne semble pas qu'il y ait ici d'antécédents héréditaires bien nets, du moins on ne nous les avoue pas. C'est une femme qui a simplement été toujours très émotive et chez qui toute émotion ne tardait pas à se compliquer d'obsession, mais les premiers accidents furent ;i jieine remarqués.

On se souvient seulement qu'elle a présenté déjà à plusieurs reprises des phénomènes analogues à ceux que nous observons maintenant, quoique beaucoup plus courts. La première crise sérieuse eut lieu il y a sept ans, ii làge de 31 ans. Elle allaitait son enfant et une domestique maladroite vint lui dire que l'enfant était très malade et qu'il avait des convulsions. La voici bouleversée,

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se plaignant d'avoir la goi'ge serrée, la respiration gênée et de soulTrir fortement de la tète. Pendant qnatre mois elle ne parle fine de Tenfanl qnl, d'aillenrs, se porte très bien, se plaint toujours de son angoisse, ne peut voir ni son mari, ni ses enlants dont la vue augmente ses soulTranees. Mnlin les préoeeupations diminuent peu ii peu et quand elle est restée quehpie temps sans se tourmenter, la gène de la respiration et le mal de tète se sont effacés.

Elle resta bien portante pendant sept ans, puis tout a recommeneé il y a maintenant 18 mois. A propos d'un malaise quelconciueelle consulta son médecin qui crut nécessaire de demander l'analvsc; des urines. La voici toute émue f[ui s'inquièle de ce qu'il V a dans ses urines. « Peut-être, dit le médecin avec imprudence, y a-t-il un peu d'albumine. » Cs. sent immédiatement sa violente douleur à la tète qu'elle reconnaît être identique èi celle qu'elle éprouvait il y a 7 ans, sa gêne à la gorge et retombe dtins un violent état de délire émotif.

Examinons ce qui caractérise cet état qui est curieux par le petit nombre et la netteté des symptômes toujours les mêmes. 11 y a d'abord des douleurs physiques accusées par le malade; voyons lesquelles. La principale c'est une violente douleur dans la partie postérieure du crâne. Le point qu'elle désigne est assez restreint et peut être déterminé avec précision. Il est exactement sur la Hirne médiane, fortement en arrière de la lione bi-auriculaire, à peu près il G ccîntimètres au-dessus de la protubérance occipitale (externe. 11 nous paraît correspondre à l'angle supérieur de l'occipital ou lambda. A ce point, elle a, comme il arrive fréquemment, d'assez fortes irrégularités osseuses pei'cepliblcs au toucher ; elle les tàte sans cesse et est toute surprise d'avoir un crâne si bosselé. Il faudra peut être songer à ces remarques de la malade dans l'interprétation de cette localisation. N'a-t-elle pas pu localiser avec précision à ce point un(î douleur occipitale vague précisément à cause de ces irrégularités? Nous ferons cependant une autre observation à propos de cette localisation. Nous avons depuis longtemps noté avec soin la })lacc où les malades abouliques et émotifs localisent les douleurs (pi'ils ressenlenl dans la tête et nous avons trouvé deux localisations extrêmement fréquentes. Les malades désignent laiilôt le bregma, point de rencontre du frontal et des pariétaux, laiitôl la hiinbda, point de rencontre des pariétaux et de l'occipital ; en un mot, nous voyons

presque toujours ces malades particuliers abouliques, émotifs, obsédés rapporter leurs douleurs à l'endroit du cràue où se trouvaient les fontanelles. 11 nous semble même que, dans le délire émotif en particulier, la localisation ii la fontanelle postérieure est la plus fié([uenle. Quelquefois les douleurs se prolonoent entre ces deux points sur la ligne iuterpariétale, quebpiefois elles descendent d'un côté ou des deux côtés du bregma le long de la suture du frontal et des pariétaux, souvent elles s'étendent sur la partie occipitale du crâne, mais semblent partir en rayonnant du point lambda ; quand ces douleurs diminuent, leur siège semble se rétrécir et elles n'existent plus que dans les points primitifs, ;i la place des fontanelles.

De quoi dépendent ces localisations qui ont certainement une grande régularité ? Faut-il les considérer comme l'expression d'un trouble cérébral exactement localisé aux parties de l'écorce sousjacentcs, la partie postérieure du lobe frontal pour le bregma, la scissure occipitale pour le lambda ? Il est douteux que le trouble cérébral soit limité à ces parties, il est douteux qu'une altération fonctionnelle de l'écorce donne naissance à une localisation aussi précise de la douleur à l'extérieur du crâne. Ne peut-on pas se demander si les sutures crâniennes avec le périoste qui les caractérise ne sont pas pour quelque chose dans cette localisation. Nous signalons seulement le problème à propos de la localisation si précise de la douleur que Cs. ressent dans la partie postérieure de la tète pendant le délire émotif.

La seconde douleur dont elle se plaint est un sentiment de gène à la gorge. La gorge lui paraît sèche et serrée. Cependant malgré un examen minutieux on ne peut constater aucune altération de la sensibilité à ce niveau : le réflexe pharyngien est également resté normal. Nous serions plus disposés à croire à de petits spasmes ou même à des contractures plus ou moins transitoires des muscles de la base de la langue et du pharynx. De temps en temps, plus rarement, elle se plaint d'une gène dans la face du côté gauche et quoiqu'il n'y ait encore aucune altération perceptible à nos procédés de mesure de la sensibilité cutanée, nous croyons à des spasmes passagers des juasséters et des petits muscles de la face. Il y a d'ailleurs ([uelqucfois une certaine asvmétrie du visage et des û'rimaccs. Ce sont d'ailleurs des faits que Ton observe fréquemment dans les migraines.

Aucun trouble des yeux dont la sensibilité générale et spéciale

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ainsi que l<'s mouvcmoiils sont intacts. Aucun Itonhlc des oreilles. La respiration est (jnchjuelois un peu gênée, prohablenienl à cause (lu spasme tlu pharynx car en général les troubles ne descendent pas au-dessous du cou. Ce n'est (pie très rarement (pic l'émotion a déterminé cpielcpies troubles de la digestion et quelques vomissements. Cela est arrivé deux fois en 18 mois. Le plus souvent la malade a bon appétit, mange fortement, digère très bien, sans constipation ni diarrhée et a la langue sans aucun enduit saburral. Ajoutons rapidement ([ue nous n'avons jamais pu trouver aucun trouble ni de la sensibilité ni du mouvement sur le corps ou sur les membres.

Eh bien, ces petits troubles en apparence insignifiants qui consistent en un certain mal de tète localisé uniquement au point lambda, et en une certaine gêne h la gorge et au côté gauche de la face déterminent chez elle un bouleversement moral incroyable. Ce sont des cris, des gémissements presque continuels pendant le jour et pendant la nuit, une agitation perpétuelle, un bavardage incessant sur sa maladie qui ne guérira jamais, sur ses souffrances, sur les soins qu'elle réclame, etc., etc. 11 est impossible de l'amener à s'occuper de quelque chose ; ce n'est pas précisément un étal aboulique, elle peut faire les choses et les fait même fort bien quand elle consent à cesser ses jérémiades. C'est un état hypocondriaf[ue qui nous paraît en rapport avec une émotion permanente. Elle a, en cfTet, en ce moment, des peurs, des angoisses exactement, dit-elle, comme elle en a éprouvé quand le médecin l'a terrifiée en lui parlant d'albumine dans ses urines. L'état émotif, évidemment tout ii fait exagéré, nous paraît jouer un grand rctle sinon pour produire complètement, au moins pour entretenir et pour aggraver les troubles dont elle se plaint.

Ces troubles, en eflet, pris en eux-mêmes peuvent assez facilement être arrêtés d'une manière momentanée. Nous avons pris (pirbpie ascendant sur l'esprit de la malade. Nous la grondons sévèrement quand elb? a été réellement lr(qi insupportable. Nous répondons avec patience aux questions qui l'embarrassent le plus, sur l'hérédité, sur le danger de communiquer sa maladie à ses enfants, sur l'absence de lésion grave, sur la disparition (îomplète et certaine de l'albumine qui n'a probablement jamais été constatée réellement dans les mines, etc., et cela la rassure et la calme d'une façon remar([uable. I*,n même temps nous nous elïorçons, suivant une ancienne habitude ;i hupielie nous nous sommes

ton joins ronformés depuis bien des années, de délruire coniplctenicnt à cliaqiio séance tous les petits troubles du mouvement et de la sensibilité qu'elle peut présenter. Comme vous l'avez vu, nous n'avons pu en trouver qu'il la gorge, au cou, quelquefois à la face. Le massage de ces régions est très douloureux, ce qui confirme notre supposition qu'il y a là de petites contractures sous-jacentes. Ainsi si on presse la partie gauche dv la face où elle éprouve la sensation de gène, on détermine des douleurs qui n'apparaissent pas quand on presse à droite. Nous lui suggérons pendant l'état de veille, car cette malade n'a jamais été hypnotisable, de bien faire attention aux sensations qu'elle éprouve, quand nous touchons ces régions. Nous arrivons ainsi ;i faire disparaître complètement la gène de la gorge, du cou, de la face. Cs. constate qu elle n'éprouve plus dans ces endroits rien d'anormal et qu'elle v sent les moindres impressions avec délicatesse et sans douleur. Pendant ces opérations, pendant qu'on a calmé les préoccupations de la malade et que l'on a détruit ces petits spasmes localisés, le mal de tète sus-occipital diminue énormément. Il paraît s'efTacer, la tète devient plus libre et plus légère. Jusqu'à présent il ne s'agirait donc que d'un état émotif déterminé parties préoccupations hypocondriaques et de quelques symptômes sensitifs et moteurs analogues à ceux qui existent dans les migraines et qui se laissent assez facilement dissocier. Mais ce n'est pas là le point le plus saillant de la maladie. Quand nous avons quitté la malade elle passe une très bonne soirée, elle est gaie, se met à jouer, puis va se coucher de bonne humeur et dort fort bien, mais le matin elle est préoccupée de quelque chose : « J'ai bien dormi, je n'ai plus la gorge serrée, c'est à peine si j'ai encore un peu la tète fatiguée ; il suffirait, je le sens fort bien, de me reposer encore un jour pour que tout soit fini..., pourvu qu'il ne m'arrive pas d'i/npiessinn nouvelle. Mais j'ai si peur d'avoir une impression. » Ce qu'elle appelle impression c'est une émotion quelconque, surtout une émotion ;i propos de sa santé. On lui répond en la calmant, en lui disant qu'il n'y a pas lieu de se faire des émotions, (pi'elle doit être heureuse de se bien porter et ne pas songer à autre chose. Cependant elle reste agitée et elle va parler à dllférentes personiies, elle désire visiblement attirer la conversation sur les sujets qui l'èmotionnent. On a beau le lui défendre, elle cherche passionnément ce qui va lui faire du mal. Puis au bout de quelques heures elle re-

IJi LES DÉLIRES ÉMOTIFS

CDiniiuncc ;i ^émii". « Quel mallunir, voilii encore une dame (|ui a parlé clcvaul mol île neuraslhénie... Quel malheur ! j'allais si bien cl j'ai vu une boulcille de pharmacicMi, cela m'a donné une impression et je souffre horriblement en arrière dans la lète, dans la nforiie. .le ne oiiérirai iamais, etc. » Toute la même scène se déroule avec les mêmes petits symptômes somatiques, petits spasmes de la gorge, de la lace, h gauche, grandes douleurs au-dessus de l'occipital, bavardage hypocondriaque qui ne s'arrête jamais, quoiqu'elle prétcMule (jue parler la fatigue beaucoup. Il faudra recommencer la même séance avec le même succès facile suivi quebpies heures après de la même rechute. Tout devient prétexte à impressions, tantôt les personnes qui la soignent lui déplais(Mit, et par un mot, un geste, l'émotionnent ; tantôt elles lui plaisent et alors Cs. se bouleverse parce que sur le moindre signe elle croit que ces personnes vont partir. Un nuage, un chien qui passe, un enfant qui rit, tout ramène le même bouleversement émotif.

C'est dans ce cas que nous pouvons justement comparer l'état émotif ;i l'idée fixe. Non seulement cet état forme un système complexe psvcho-physiologique quand il existe, mais il forme une tendance quand il a en apparence disparu. La tendance n'est rien d'autre que cette loi d'après laquelle les différents éléments d'un svstème psycho-phvsiologlque s'éveillent les uns à la suite des autres, dès que l'un d'eux est évoqué. Cette loi d'association persiste en nous à propos de toutes nos tendances, même quand celles-ci ne se développent pas. Ce qui subsiste dans l'esprit de Cs. après notre traitement, c'est la tendance à reproduire à propos de n'importe quelle occasion le môme système. Cette tendance pousse le malade ;i parler des sujets qui lui font horreur, à provoquer ces impressions qu'ell(> redoute. 11 n'y a pas seulement chez elle état émotif, il y a impulsion à l'état émotif et c'est pourquoi ce cas nous donne l'exemple curieux des émotions systématiques continuellement persistantes soit sous forme d'émotion actuelle, soit sous forme de tendance.

A propos du traitement de cette singulière prédisposition nous devons vous signaler un fait intéressant : la seule chose <pii nous ait paru avoir une action réelle, en dehois ])ien entendu du traitement que nous appliquions nous-mêmes pour arrêter momentanément l'état émotif, c'est l'usage du bromure, lin général, comme vous le savez, nous n'aimons pas employer le bromure chez des malades de ce genre (pii nOiiL déjà (jue trop de ten-

daiices à rengouidissemcnt cérébral. Nous avons été obligés de constater, cependant, son action extrêmement favorable sur Cs. Au premier moment, nous avons cru à une influence suggestive, car la malade, en sa qualité d'hypoci>ndriaque, aime beaucoup les médicaments. Elle pouvait se désoler quand nous retirions le bromure et se rassurer quand nous lui rendions un médicament (ju'elle jugeait actif. Nous avons fait à ce propos Texpériencc suivante : le bromure lui a été donné à doses variées dans une quantité d'eau toujours à peu près égale, de manière qu'elle ne put pas se douter de la quantité réelle du médicament absorbé : sans doute elle doit distinguer un peu les degrés d'amertume de la solution, mais comme la solution est toujours étendue (elle la prend en trois fois, cha(|ue fois dans un grand verre d'eau), cette distinction doit être très peu précise. Kh bien, cependant les résultats ont toujours été concordants. Quand la dose de bromure n'est plus que de 1 ou 2 grammes par jour, la recherche des émotions, l'impressionnabilité et la gravité des rechutes sont très considérables. Quand la dose est portée à son insu à 6 et 7 grammes, la malade peut rester plusieurs jours et même une semaizie presque sans émotions, à la condition qu'on ait bien détruit le système de l'émotion précédente.

Nous espérons arriver ainsi à dissocier complètement, à détruire cette tendance h l'émotion hypocondriaque déterminée chez une débile par une maladroite consultation médicale. Mais quelle que soit la difficulté de ce traitement nous avons désiré vous faire noter cette influence de bromure qui, en diminuant l'excitabilité, semble diminuer l'émotivité. Cela justifierait cette pratique qu'avait autrefois Charcot de traiter par les bromures à hautes doses certains neurasthéniques, comme les épileptiques.

Obseuvatio.x 35. — Angoisses avec troubles digestifs. — Diverses formes de Vançfoisse, anlècèdcnls, besoin de direction, crainte d'être compromise, dissimulation, anorexie, délire et hallucinations terrifiantes, disparition apparente de l'idée fixe avec persistance des troubles émotifs, rapports de l'émotion et de l'idée /ire .

Nous ne pouvons insister sur cette malade sans nous exposer à des répétitions, car son état se ra[)proche énormément de celui de la malade précédente. C'est encore un état d'émotion devenu

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presque poriiiaucnt, ou se reproduisiint sous forme d'îiltaques d'angoisse à ]irojios de la moindre oeeasion. La dillérenee entre ces »leu\ malailes consisle surtout dans la localisation organique ou dans la manifestation pliysiolonitjn,' de rélal émotif. Chez la première, Cs., l'émotion ne déterminait (pie certains spasmes de la gorge ; chez ccdle-ei 1 fmotion détermine des tiouhlcs digestifs et surtout des troubles du diaphragme et de rahdonnMi. C'est une variété de ces attaqut>s d angoiss(^ qui ont été fré([uemment décrites par Mor(d, par \^'('il•-Milehell et lécemment par Freud'. Ces auteurs distinguent une dizisine de fornu's : atta([ues cardiaques, respiratoires, attaques de sueurs proluses, de trendjjements, de boulimie, de diarrhées, attacpu's vaso-motrices, attaques de paresthésies, de fraveurs nocturnes, de vertiges. 11 faudrait presque imaginer une forme spéciale pour chaque malade tellement l'expression extérieure de l'émotion varie. Mais nous croyons qu'il y a dans tous ces cas quelque unité et un état cérébral à peu près le même : persistance d'une émotion plus ou moins systématl([ue qui a été ou (jui sera plus tard plus ou moins analogue à l'itlée fixe, et dont il ne reste pour le moment qu'un système nntins précis et plus vague. Ces états sont encore mal connus et les relations de l'émotion systématique et de 1 idée fixe interprétée de diverses façons. Aussi une observation de ce genre at-elle toujours quelque intérêt et pose-t-elle une fois de plus le même problème.

Cette femme, Voe., âgée de 33 ans, nous semble avoir toujours été une débile, quoi([u'elle n'ait jamais présenté, dit-on, d'accidents sérieux. Ses parents ne nous présentent lien de bien caractéristi([ue, quoique la mère se souvienne d avoir été elle-même ])endant (pielques années dans un état analogue. \oe. a toujours été une émotive et surtout uue timide. Elle n'a jamais pu avoir auprès d'elle de domestiques, de peur d'avoir à leur parler, à leur commander. Elle était extrêmement malheureuse quand elle ne se sentait pas entourée de svmpathies; elle avait besoin de personnes autour d'elle capaljles de l'écouler, dr la diiiger doucement, de lui éviter les luttes et les problèmes de la vie. L ne des choses qui jious semblent avoir préparé la maladie actuelle, c'est qu'elle vivait depuis rpielques aum'-es dans un isolement relatif. Son uiari était toute la |()urM(-e parti à son travad, son fils était dans un collège;

1. S. l'reud, OJjst'Ssiuiis cl pliobics. llciuc iicuivlu^t<iuc, oU janvier 1895.

DÉLIRE EMOTIF GÉNÉRALISE 125

ooiniiie elle n'avait voulu se faire aucune relation, elle restait constaninient seule, ce qui provo([uait déjà une tristesse et une inquiétude presque permanentes.

11 V a deux ans, il lui est arrivé la plus sotte aventure que Ton puisse iniao^iner. Un jeune étudiant qui habitait dans la maison en face de la sienne fut arrêté par la police et accusé de tapage et de manifestations malséantes aux fenêtres. Ce jeune homme se défendit et invoqua le témoignage des voisins. Il monta avec l'agent chez M"'" Voe. et lui dit : « Puisque vous vous tenez constamment à votre fenêtre, vous pouvez témoigner qu'il ne se passe rien chez moi de répréhensible. w Au premier moment Voe. trouva la demande naturelle et répondit, comme cela était vrai d'ailleurs, qu'elle n'avait rien vu. Mais dès qu'il fut parti, elle fut effravée de se trouver mêlée à cette affaire ; elle imagina sur le champ qu'il en résulterait pour elle une foule d'ennuis, quelle serait assignée comme témoin et que son mari la croirait certainement complice du jeune homme. Elle résolut de ne pas inquiéter celui-ci de cette affaire et de garder pour elle tous les ennuis ; mais la voici, il ce propos, dans un état d'émotion, d'attente anxieuse qui devient de jour en jour plus pénible surtout parce qu'elle ne peut s'en ouvrir à personne. Elle se sent si triste, si émotionnée qu'elle refuse de manger; bientôt, la peur et l'angoisse grandissant, elle ne dort plus et ne veut plus rien avaler. Pendant six semaines, prétend-elle, elle n'a pas dormi et n'a touché à aucune nourriture.

Enfin son mari inquiet insiste tellement qu'elle finit par tout raconter dans une grande scène de désespoir. Mais une fois qu'elle a commencé à exprimer son angoisse elle ne peut plus s'arrêter et ce sont des cris, des tremblements et même des convulsions. A-t-elle eu de véritables crises d'hystérie? C'est possible, quoique les symptômes n'aient jamais été nets. Elle se roulait sur son lit en pleurant et en criant sans jamais perdre complètement connaissance. A ce moment elle exprimait constamment îles préoccupations parfaitement nettes, elle avait l'idée <[u'elle devait témoigner en justice et que cet individu la poursuivait constamment. Elle croyait le voii' partout et le reconnaissait dans tout homme s'avauçant dans la rue. Elle croyait l'entendre parler et voulait lui répondre. En un mot, au commencement il n'v a pas un état émotif vague : l'émotion, au contraire, est en rapport avec une idée terrifiante, idée assez précise pour s'exprimer par des bavardages intérieurs et pour déterminer des illusions sinon des hallucinations.

^■:^i i.Ks dkliuf.s émotifs

Toutes sortes (le liniltMiients et un séjour de cpielques mois ;i la ennipaj^ne chez des personnes (|ul lui étaient sympathiques et ([ui hi dist rayaient conslammenl amenèrent une loiie rémission. On hi crut i>uéiie.

Quand elle revint à Paris, dans son appartement, tout recommença sous une forme un peu din'ércnlc. Il n'y a plus d'idée fixe bien nette, elle sait que le procès est terminé et que le jeune homme est disparu. Elle ne pense plus à lui, quoiqu'elle ait encore peur des chapeaux melons semblables au sien. 11 ne reste plus au point de vue moral qu'une tristesse vague, un dégoût de sa maison, de son ménage, des craintes pour sa santé, une indifTérenee pour tout ce qui lui était cher jadis. La seule chose grave qui persiste c'est un trouble, en apparence purement physique ; des secousses ou des spasmes de l'abdomen. Son ventre est dans un état de trémulation continuelle, entrecoupée de quelques secousses plus fortes qui le projettent en avant. Ce sont des secousses et des spasmes du diaphragme qui accompagnent une respiration très singulière se faisant par saccades et par soupirs. Le gra})hi(pie si on avait pu le prendre aurait été analogue à ceux que l'un de nous vient de publier. Ces secousses de l'abdomen s'accompagnent de troubles digestifs, de vomissements, souvent très fréquents et de diarrhées. lui même temps on note un état «rénéral mauvais : la fiiifure est fatiguée, amaigrie, la langue saburrale.

Peut-on dire que ce soit là des phénomènes nettement hystéri(iues ? Rn partie peut-être. 11 y a eu au début des sortes d'atta- (jues ; il y ^ maintenant des spasmes du diaphragme et de l'abdomen. Nous n'avons pu trouver aucun stigmate sur les organes périphé'riques. 11 se peut ([u'il v ait quelques troubles de sensibilité viscérale. Mais tout cela ne nous paraît pas être l'essentiel. Ces symptômes, les vomissements eux-mêmes et les spasmes, nous semblent sous la dépendance de l'état d'émotion et d'angoisse c[ui se reproduit incessamment. En effet on peut assez facilement (aire disparaître les symptômes accessoires : le massage du ventre, f[uelques exhortations, (juelques suggestions à l'état de veille pour apprendre à la malade à respirer régulièrement, ;i se rendre compte de ses sensations viscérales, arrêtent bientôt tous les spasmes. Voe. ne vomit plus, digère correctement, n'a plus de mouvements de l'abdomen. En quelques heures même, la langue cesse d'être saburrale. Mais peu de temps après, pour le plus

DÉLIRE ÉMOTIF GÉNÉRALISÉ Ij;

léger prétexte, Yoc. va penser qu'on lui en veut, qu'on lui reproche qnelqne chose, qu'on la menace et tout va recommencer. En réalité il n'est pas tout ;i (ait juste de dire que l'émotion est vague ; ce n'est pas exactement la même émotion que celle de Cs., une hvpocondriaque exigeante, qui craint toujours ([u'on ne s'occupe pas assez de sa santé. C'est au contraire 1 émotion d'une femme timide, qui a besoin d'être aimée, qui a peur de déplaire, peur d'être accusée. Il y a encore maintenant une nuance et nous n'avons pas tort de parler d'émotion systématique, seulement il est vrai que le caractère systématique était beaucoup plus fort au début quand l'émotion était une crainte précise en rapport avec l'hallucination. 11 est prt)bable qu'en guérissant, l'émotion sera de plus en plus vague, banale, plus en rapport avec les circonstances extérieures. Il semble que chez ces malades, atteints de délire émotif, il y ait une sorte d'évolution dans un sens ou dans l'autre. Tantôt les émotions commencent par être précises et tout à fait identiques à des idées fixes, puis perdent peu à peu de leur précision, si bien que l'on croit avoir affaire à des phénomènes tout différents ; tantôt les émotions vont en se précisant de plus en plus et donnent naissance plus tard à des idées fixes, qui peuvent être analogues à celles du début, et qui peuvent même être différentes quand la faiblesse des malades les a exposés à toutes sortes de suggestions. Xous faisons remarquer que cette évolution n'est possible que parce qu'il y a au fond identité de nature entre les svstèmes psvchologiques qui constituent les idées et ceux qui constituent les émotions.

Messieurs,

Nous ne pouvons avoir la prétention, clans ces leçons cliniques à propos des malades qui viennent à la consultation, d'étudier les théories aujourd'hui si difficiles sur les obsessions et les impulsions. Cependant, quelle que soit la difficulté d'une interprétalion complète et quoique nous ne puissions entrer dans l'étude des maladies mentales, nous ne pouvons éviter de faire certaines remarques. En premier lieu, c'est un fait incontestable que parmi les malades qui se présentent à celte clinique des maladies nerveuses se rencontrent régulièrement un très crr;ind nombre d'obsédés; en outre il est évident que ces obsessions ont le rapport le plus étroit avec les névroses que nous étudions ; elles en dépendent ou bien elles les déterminent. Comme vous aurez fréquemment à tenir compte des idées fixes plus ou moins dissimulées qui donnent naissance à des accidents phvsiques, des spasmes, des paralvsies ou (les convulsions, il est bon que vous connaissiez les idées fixes pins claires ([iii resleiit dans le domaine psvchologicpie. Cchx vous permettra de mieux comprendre les auties. D'ailleurs il existe entre les idées fixes purement psychiques, si l'on peut ainsi dire, c'est-à-dire celles (jui ne se manifestent que par la parole ou les actions et hïs idées fixes concrètes en cpielque sorte, qui se manifestent par des troubles objectifs de la sensibilité ou du mouvement, un nombre considérable d'intermédiaires. C'est ])uur(jiioi, sans trop insister sur les dillicultés théoriques, nous vous pn-senlerons un certain nombre de ces malades obsédés pour vous montier la fréquence el le rôle de ce trouble iiilellectuel.

i. — Obsessions de forme hystérique.

Observation 36. — Obsession erotique avec hallucination se manifestant pendant le somnambulisme d'une manière beaucoup plus complète que pendant la veille.— Confusion mentale, Ivillucmations de lous les sens, développement d'un système psychologique, attaque délirante avec hallucination du coït, amnésie, désagrégation psychologique, antécédents, excitation amoureuse, rétrécissement du champ de la conscience, traitement, décomposition de l'idée fixe.

Cette observation d'une idée obsédante nous paraît sur certains points particulièrement simple et il nous semble commode de commencer par elle Tétude des idées fixes. Ne vous laissez pas trop égarer par l'aspect de cette jeune femme, Yz. âgée de 33 ans. Sa figure inerte et abrutie, son allure indécise, ses réponses monosyllabiques et vagues pourraient vous faire croire à un cas de stupeur ou de confusion. Non, cette jeune femme, quoiqu'elle ait l'esprit fort troublé, a encore plus d'intelligence qu'elle ne veut bien en montrer. Elle vient de nous remettre une longfue lettre où elle décrit avec lucidité sa maladie et ses tourments. Si elle oarde cette attitude, c'est un peu h cause de l'aboulie et de l'état de rêve que déterminent les obsessions continuelles; c'est ensuite, et surtout, parce que le sujet de ses obsessions est très délicat et qu'elle est tout à fait honteuse d'avoir à en parler. Nous allons donc maintenant, puisque vous l'avez vue, la faire sortir et étudier son état mental d'après les documents écrits qu'elle nous a remis.

Il s'agit en un mot d'une idée fixe erotique qui a pris le plus complet développement. Voici comment la pauvre fille la décrit : « La même vision me poursuit partout, surtout si je me trouve seule. Elle ne fait que diminuer un peu lorsqu'on me parle. Depuis la nuit du 22 avril que j'ai passée avec lui, je le vois toujours qui s'avance vers moi et je l'entends qui me parle. Si je regarde quelques instants une figure, cette figure devient la sienne ; j'entends distinctement le son de sa voix qui m'appelle ; je sens son bras qui me serre contre sa poitrine, je sens qu'il m'embrasse et je distingue jusqu'au frôlement de sa moustache

l:m OBSESSIONS ET IMPULSIONS

contre ma joue. Je voudrais bicMi no plus penser à lui, mais c'est impossible ; je serais contente d'oublier cet homme qui m'a fait tant souffrir, mais c'est trop diflicile ; il y a dix ans que je ne pense qu'à lui. »

Nous avons toujours été surpris d'une discussion qui s'est élevée il v a quelques années entre les aliénistes à propos du rôle des hallucinations dans les idées obsédantes. Plusieurs auteurs et en particulier M. Jules Falret soutenaient que l'hallucination proprement dite fait toujours défaut chez les obsédés. Peut-être par une coïncidence, peut-être aussi parce que dans ce service il y a beaucoup d'hystériques, nous avons au contraire très souvent observé l'hallucination dans ces idées fixes. C'est d'ailleurs un point qui a déjà été relevé par beaucoup d'observateurs. Ici vous avez affaire aux hallucinations les plus complètes que l'on puisse désirer et vous voyez que ces hallucinations accompa<Tncnt nettement une idée fixe. Vz. est obsédée depuis dix ans par la pensée de ce personnage qui a été son amant; cette pensée a pris graduellement une intensité de plus en plus grande et, depuis un an, elle s'accompagne d'hallucination portant absolument sur tous les sens : il n'y a pas seulement hallucination visuelle de la fiofure de cet individu, mais encore hallucination auditive de sa voix, hallucination tactile de son contact ; vous verrez tout à l'heure que dans certains cas cette dernière hallucination tactile peut devenir encore plus parfaite.

Profitons de ce cas si net pour faire quelques réflexions sur les caractères psychologiques des idées obsédantes, réflexions qui nous seront fort utiles pour interpréter les autres cas. Vous savez ce que, au moins dans la psychologie clinique qui nous suffit, on doit entendre par ces mots sans cesse répétés « une perception, une idée ». I/un de nous, dans ses petites conférences de psychiatrie qui ont été organisées dans le service, a déjà eu souvent l'occasion de vous l'expliquer. Toute perception et même toute idée est un système d'images associées les unes avec les autres, de telle manière que la présence de l'une suffise à évoquer simultanément et successiv(Mnent toutes les autres. Dans la vie normale, ces systèmes ne se développent jamais complètement, leur développement s'arrête dès l'évocation incomplète des premiers termes. Si vous pensez ;i un chien, vous avez rapidement dans l'idée une ou deux images partielles de forme et de couleur et puis c'est tout. Pourquoi cet arrêt ([ui est le fond de la pensée ? Il serait trop

long de l'étudier: le nombre des autres pensées simultanées dans le champ de conscience assez étendu doit jouer un grand rôle comme élément antagoniste. Rappelons-nous seulement que le plus souvent dans la pensée normale, les systèmes d'images qui constituent nos perceptions et nos idées restent fort incomplets.

Au contraire dans certains étals maladifs, cet arrêt du développement de ces systèmes d'images n'a pas lieu ou reste insuffisant. Cela dépend de bien des conditions que nous ne pouvons étudier maintenant, probablement du rétrécissement du champ de la conscience, de la diminution du nombre des éléments antao-onistes et réducteurs. Quoi qu'il en soit, dans ces états, le système se développe entièrement et l'idée devient complète. L'idée n'est complète que lorsque tous les éléments qu'elle renferme se développent complètement. Mais alors elle présente des caractères qui résultent de ce développement complet et dont les principaux sont : la précision des objets représentés avec tous leurs caractères, l'apparence de la réalité, la croyance complète à cette réalité extérieure, c'est-à-dire rhallucination. Vous avez vu souvent d'excellents exemples de ces développements complets d'une idée qui amènent la conviction de sa réalité extérieure et l'hallucination dans les suggestions que l'on peut faire à des hystériques hypnotisées. Il est bon de savoir que des phénomènes tout à fait analogues à ces hallucinations suggérées peuvent se produire naturellement et par le même mécanisme chez certains individus. C'est précisément ce que vous vovez chez cette malade: non seulement elle a l'idée fixe de son amant, mais elle présente au suprême degré ce que nous pouvons appeler maintenant une idée fixe complète, c'est-à-dire une idée fixe dont tous les éléments sont développés d'une façon parfaite jusqu'à déterminer des hallucinations de tous les sens.

D'ordinaire, cependant, quand une idée se développe complètement, elle ne se borne pas à donner naissance à des hallucinations, elle détermine un autre phénomène peut-être encore plus important : elle détermine des actions. En effet, le système d'images qui constitue 1 idée renferme des images motrices, c'est-à-dire des images dont l'évocation est accompagnée régulièrement par des mouvements de nos membres. Si l'idée obsédante de Vz. se développe complètement, ne doit-elle pas être également accompagnée de mouvements et d'actions ? Il eu est certainement ainsi et il est facile de le constater par une observation plus complète.

i;!-: OBSESSIONS f.t impulsions

En efiet cctlo mnlade iiesl pas toujours dans cet état morne et immobile où vous venez de la voir. Dans certains moments elle semble se laisser aller davantage à ses idées, elle délire plus ouvertement ; ces périodes se présentent surtout la nuit lorsqu'elle s'endort et enfin on peut les provocjuer en endormant la malade. Ces deux conditions, le début du sommeil normal ou le sommeil provoqué semblent rétrécir encore le champ de la conscience, supprimer davantage les éléments antagonistes et « réducteuis » comme disait Taine et favoriser un développement encore plus complet de l'idée fixe.

Elle est en effet facilement hypnotisable; c'est un point important pour le diagnostic. Quand on la laisse endormie quebjues instants, on assiste à une scène qui ne laisse pas d'être bizaire. Cette scène dont vous devinez la nature, nous ne pouvons pas pour des raisons (|ue vous comprendrez la provoquer devant vous, ni la décrire en détail. Un mot sufTît pour la résumer: l'idée se complète encore davantage, un sens de plus intervient, c'est le sens génital et la malade cette fois ne peut plus résister à la croyance. Elle prend décidément l'hallucination pour la réalité et manifeste sa croyance par des mouvements; c'est une scène de coït complète. Remarquons en passant que l'idée déjà développée pendant la veille prend un développement plus grand pendant le sommeil ou pendant les états seconds. C'est ce qui arrive fréquemment pour les suggestions hypnotiques. Elles s'exécutent en partie pendant la veille et quand leur exécution devient compliquée, elles déterminent souvent une sorte d'état second avec amnésie consécutive. Ce fait nous montre que ce genre d'idées fixes est en grande partie indépendant de l'ensemble de la pensée. C'est un système qui se développe à part, comme un parasite, disait si fortement Charcot, qui tend à produire des états de conscience seconds séparés par l'amnésie de la conscience personnelle. C'est même probablement à cause de ces séparations, de cet isolement plus ou moins complet que ces idées prennent un si grand développement. 11 ne nous reste plus qu'à rechercher dans la vie antérieure de la malade l'explication de cette tendance à la suggestion, au développement indépendant des idées.

Il s'agit bien entendu d'une personne fortement prédisposée par ses antécédents aux accidents de ce genre: le père était très alcoolique et dans la famille paternelle on compte nombre d'alcooliques et de nerveux; la mère au contraire paraît assez sensée. L'enfant eut

des convulsions à deux ans, mais se rétablit assez bien jusqu'à la puberté, à 12 ans. Ace moment les sermons religieux à Toccasionde la première communion eurent une influence déplorable ; l'un d'entre eux surtout lui fit croire qu'elle était vouée au diable et amena pendant des années d'épouvantables terreurs. Mauvaise santé physique, de la chlorose jusqu'à 20 ans, puis à la suite d'une série de petits accidents, des attaques et des délires franchement hystériques. Elle avait été effrayée par un cheval et avait vu mourir devant elle un chien frappé d'un coup de fusil. Déjà à cette époque, elle eut surtout après les crises convulsives de grandes hallucinations. Elle revoyait le chien blessé, il lui arrivait de sortir de sa chambre pour aller voir la place où ce chien était tomJ:)é et là elle poussait des cris de terreur en voyant le sang qui coulait. Voilà bien rhallucinatiou manifestant l'idée complète comme aujourd'hui.

Nommée institutrice dans un petit village, elle fit la rencontre d'un individu d'une conduite au moins singulière. Ce personnage fort riche protégeait, recommandait auprès de l'administration et aidait de toutes manières les institutrices. Il la dirigea peu à peu dans ses voies en lui faisant lire des livres erotiques, en l'excitant de toutes manières, et il réussit à faire naître en elle un amour insensé. En réalité en dix ans, il n"a obtenu que deux ou trois rendez-vous, mais vous voyez le résultat dans l'esprit de la pauvre fille. Vz. n'avait pas un esprit capable de résister longtemps à une suggestion de ce genre habilement combinée; vous avez déjà vu combien les émotions étaient chez elle vives et persistantes. Cette faiblesse nous semble tenir à une étroitesse de la pensée, à une petitesse du champ de conscience qui n'oppose pas assez d'images et de pensées antagonistes à l'idée suscitée par la suggestion. Celle-ci se développe trop complètement faute de résistance. D'ordinaire ce rétrécissement du chanq^ de la conscience se manifeste fort nettement par les anesthésies, comme si une partie seulement de l'écorce cérébrale fonctionnait d'une manière normale en donnant naissance à des sensations et des images unies les unes avec les autres dans une même conscience. Ici, nous n'avons pas à notre disposition ce signe ol)jectif : en dehors des périodes de délire complet et des instants d'ahurissement qui les suivent, nous n'avons pas noté d'anesthésies. Quand on attire l'attention de la malade sur une sensation déterminée, elle la possède toujours à ce moment. Mais cela ne prouve pas que le champ de

134 OnSESSION'S ET IMPULSIONS

conscience ne soit pus étroit: elle peut encore diriger son attention sur une sensation, puis sur une autre, mais elle ne peut avoir plusieurs sensations à la fois. Une série d'expériences sur les- (juellos nous ne pouvons insister ici nous montre cette disparition des sensations simultanées, nous permet de constater le trouble dans les mouvements simultanés, le rétrécissement du champ visuel quand Taltention doit fixer au centre du périmètre un objet complexe, en un mot la diminution de la synthèse mentale. Cette diminution préexistait sans doute et a permis la suggestibilité. Elle est singulièrement augmentée aujourd'hui par le développement même de l'idée fixe.

Aussi le ti'aitement nous paraît-il devoir être dirigé d'abord contre cette idée qui est à la fois le gros symptôme apparent et la cause de la stupeur, de l'exagération de cet affaiblissement cérébral. Traiter raffaiblissement de l'attention et de la volonté, chercher à augmenter les sensibilités chez une malade qui délire constamment de celte manière est une œuvre impraticable. Il sera bien plus facile de restaurer la synthèse mentale si on a d'abord diminué ce développement énorme d'une idée parasite. Chez cette malade l'hvpnotisme offre évidemment une ressource précieuse. On peut certainement décomposer et diminuer ces hallucinations. L'année dernière nous avions déjà vu cette malade et nous étions assez rapidement parvenus à obtenir la cessation de ces rêves pendant deux mois entiers. Seulement la malade est retournée dans son pays, d'un côté elle n'a plus été hypnotisée, ni dirigée, de l'autre elle a revu son monsieur. Tout a recommencé, il lui faudrait une direction perpétuelle qu'il est bien diHicile de lui fournir.

Le traitement que nous avons fait subir à cette malade Vz. et qui a eu rapidement de très bons résultats est assez curieux pour être noté en deux mois. Son élat de confusion mentale, ses crises qui simulent le coït ont évidemment comme cause prochaine l'hallucination perpétuelle de son amant. D'autre part, il n'est pas facile de supprimer cette hallucination, car la malade, tout en prétendant qu'elle en a horreur, y tient énormément. Elle la recherche et elle fait son possible pour la faire réapparaître lorsqu'elle a disparu. C'est un moyen pour elle de conserver comme un souvenir vivant de celui qu'elle a tant aimé. Nous nous sommes permis une modification peu sérieuse de cette image. Nous lui avons suggéré que ce personnage lui apparaîtrait dorénavant avec

une tète de porc. C'est, nous direz-vous, conserver et compliquer rhallucination, c'est cultiver la maladie.Voyez cependant le résultat, Vz., quand elle regarde de côté, fait un geste d'horreur et de dégoût : « C'est désolant, dit-elle, il a l'air d'une bête ». Elle est désespérée de voir son amant sous cet aspect peu flatteur. Elle détourne les regards et éloigne sa pensée d'un tel spectacle. Il en résulte deux choses: d'abord l'hallucinalion n'est plus erotique et elle provoque le dégoût plus que l'amour; ensuite l'hallucination est désagréable et la malade ne la recherche plus et consent à se laisser distraire. Depuis un mois l'image n'apparaît plus que très rarement, mais toujours avec la modification suggérée; Vz. n'a plus de crises, elle a repris son travail et ne présente plus aucune stupeur. Il ne reste alors qu'à lui faire oublier l'hallucination suggérée elle-même. Nous ne nous hâtons pas de le faire. Cette image est un préservatif et nous avons au contraire suggéré h la malade de voir apparaître la tète répugnante toutes les fois qu'elle penserait à M. X. L'amour ne résistera pas à un pareil régime et quand il sera bien disparu, l'hallucination sera oubliée tout naturellement. Pour le moment la malade se porte fort bien en venant nous voir seulement tous les quinze jours. Pourronsnous bientôt l'abandonner à elle-même ? C'est lii le problème délicat dans tous ces traitements psychologiques chez des individus à volonté affaiblie. Il y a déjà un progrès manifeste dans l'attention, et la puissance de travail; nous espérons que ce progrès s'accentuera à la suite d'exercices bien dirigés. La suggestibilité diminuera assez pour que la réapparition immédiate de l'obsession ne soit plus aussi redoutable.

Observation 37. — Obsession et phobie de l'accès épileptique. — Aniéccdenis, émotion causée par un accès épileptique, énwlion persistante^ suggestibilité.

Voici un cas très simple qui tout justement est sur la frontière entre les accidents purement mentaux «*t les attacjues hystériques. Il nous préparera à l'étude de ces dernières.

Cette petite jeune femme de 27 ans, Mol., est la fille d'une mère qui présente depuis fort longtemps de vrais accès comitiaux. L'enfant cependant n'a jamais rien eu de semlilable. Elle était faible, évidemment, nerveuse, impressionnable, mais rien de

plus; ayant eu bien souvent roccasion de soigner sa mère, elle était familiarisée avec les aecès du haut mal et semblait devoir ne pas s'en allectcr outre mesure. Il y a quati(> mois cependant, elle a vu dans lescalicr de sa maison tomber un épilcptique et a assislt' à 1 acers. Quelle (prcii soit la raison, ect accès, chez un élranoer, l'a infiniMicnt plus cflVavéf' (|ue les accès de sa mère. Elle a été bouleversée et saisie d horreur devant ICpilepsie. Immédiatement une réflexion s'est formée dans sa télé. (( C'est donc là ce mal terrible dont ma mère est frappée et ({ui, dit-on, est héréditaire. ^^oili^ ce qui va m'arriver si je deviens épilepti([ue à mon tour. )) Depuis ce moment cette préoccupation ne l'a plus quittée et jour et nuit elle raisonne h tort et h travers sur l'hérédité de l'épilepsie. Cette préoccupation est consciente, en ce sens que la malade se i-end parfaitement compte de la nature des idées qni la préoccupent, en ce sens également (ju elle comprend l'absurdité d'une semblable discussion. Malgré elle, la préoccupation revient et l'amène à réfléchir sur tous les signes possibles de la névrose qu'elle recherche et qu'elle huit par découvrir en ellemême.

Nous avons à considérer deux choses dans cette idée : ses conséquences et son origine. La première étude est facile et pratiquement la plus importante. Cette idée amène avec elle d'abord des svmptômes émotionnels, des peurs, des angoisses de toutes espèces, des troubles psychologiques : fatigue de la pensée, distraction, perte de mémoire. D'autre part surviennent des troubles physiques, serrement de la gorge et de la poitrine, probablement avec troubles momentanés de la sensibilité viscérale, suffocation, troubles digestifs, sueurs, tremblements, insomnie, etc. Enfin se développent des troubles physi(jues plus localisés, mais encore à notre avis en rapport avec l'idée fixe, des sortes de vertiges, qui ne sont pas bien entendu le vertige comitial ; la malade se demande si elle va tomber, elle cherche à tomber plutôt, à force de le craindre, elle éprouve des tiraillements dans les muscles, elle a des petites secousses des bras et surtout des grimaces horribles de la figure qui cherchent à imiter les contorsions de l'accès et qui dégénèrent ' en véritables tics de la face. Un degré déplus, et vous voyez ce qui va arriver ; ce ne sera pas l'accès épileptique, cela va être la crise d'hystérie. Le développement de l'attaque dans ces conditions serait intéressant parce qu'elle serait formée bien nettement par l'idée fixe d'une

nttaque, ce qui est assez rare ; mais les choses, espérons-le, n'arriveront pas jusque-là.

Quant au second problème, l'origine de l'idée fixe, il est beaucoup plus difficile à résoudre. Il v a là quelque chose de singulier. Pour([uoi cette personne qui voit sans cesse de très près des accès comitiaux, prend-elle justement cette idée à propos de l'unique accès qu'elle voit en dehors de la maison ? Remarquons à ce propos combien les théories de la suggestion sont encore insuffisantes. Il ne sert à rien de dire que la suggestion agit parce que les individus sont suggestibles. Vous voyez bien qu'ici la suggestion déterminée par la vue de l'accès n'a pas agi toujours mais une fois seulement. Ce sont les conditions psvchologiques de cette seule circonstance, où la suggestion est devenue puissante qu'il faudrait pouvoir déterminer. C'est, dira-t on, parce qu'elle a eu à ce moment une violente émotion. Sans doute, il v a de l'émotion dans toute idée fixe et même dans toute suggestion, mais en est-ce bien la cause initiale ? L'émotion ne résultet-elle pas elle-même d'une idée qui présente une force plus grande et se développe davantage. Il y a là sans doute un ensemble de circonstances que nous connaissons mal : aftaiblissement nerveux à ce moment, surprise, défaut d'attention qui ont donné à cette idée de l'accès épileptique un caractère spécial. Cette idée, déjà préparée depuis longtemps par les accès maternels, s'est émancipée en quelque sorte et elle se développe malgré la résistance des autres systèmes de pensées. Il est probable que si elle continuait son développement, elle se réaliserait sous forme de mouvements et formerait une attaque.

Cette idée fixe d épilepsie chez Mol., dont nous vous parlions il y a un mois, a pu être assez facilement enrayée. Un traitement tonique, l'hydrothérapie, quelques suggestions dans un état à demi hypnotique l'ont arrêtée presque complètement. C'est ce qui arrive souvent chez ces malades dont l'état mental est voisin de celui de l'hystérique. Elles se débarrassent de leurs idées aussi facilement qu'elles les prennent. 11 n'en est pas malheureusement ainsi dans tous les cas.

Obsiuvation 3S. — Impulsion au suicide, délire de l'interrogation, déterminés par des souvenirs subconscients. —

^{ulcccdenl.s, ;ill;iques hi/.slêri(fues, idée fixe de la mort, inlerrognlion cnnlinucllc, recherche d'un souvenir, somnanthulisnie pri)i'o(fuc, nu'naces de mort par un iunnnt jnlour, les phénomènes subconscients dans les idées fixes, traitement.

Nous retrouvons dans le cas suivant quelques-uns des caractères des précédents, quoiqu'il s'agisse d'idées fixes beaucoup moins graves et beaucoup moins complètes. Ce sont encore, chez cette jeune fille de 22 ans, Ke., des idées fixes que l'on peut dire de forme hystérique, c'est-à-dire à demi conscientes et à demi subconscientes'. On constate, en effet, pendant le sommeil hypnotique des idées fixes plus nettes, plus intelligibles, mieux rattachées à leurs causes que celles qui sont connues par la malade elle-même pendant la veille. C'est d'ailleurs en modifiant ces idées plus profondes pendant le sommeil hypnotique que l'on peut rapidement ffuérir l'accident.

FiG. 14. — Voùle palatine ogivale ul asymétrique de Ke.

Voici en deux mots cette histoire: père inconnu qui a abandonné son enfant ; mère très nerveuse sans hystérie proprement dite. Enfance maladive, rachitisme probable qui a laissé une déformation très considérable du thorax, poitrine en carène, voûte palatine ogivale, très haute et asymétricjue. Voici la courbe de cette voûte palatine relevée par le procédé du fil de plomb (fig. 14). Depuis l'âge de 10 ans, à la suite de moindre émotion, évanouissement et véritables attaques dhystéiie. Nous sommes donc bien sur le terrain de la névrose comme nous vous le disions.

1. ^ oir dans le premier volume de cet ouvrage le cliapilre v sur « les idées fixes de forme hystérique ».

Ces crises plus ou moins graves qui se reproduisaient surtout à l'époque des règles ont complètement cessé cette année, h l'âge de 21 ans, quand ont commencé d'autres accidents.

Cette jeune fdle, qui avait accepté depuis quelques temps un fiancé, déclare quelle ne Taime plus et veut absolument rompre cette promesse de mariage. En même temps elle devient de plus en plus sombre, refuse de manger et finit par avouer a sa mère qu'elle pense constamment à la mort. Cette idée, qui d'ailleurs ne l'efFrave pas, l'a frappée, dit-elle, pendant qu'elle travaillait, et depuis elle ne songe pas à autre chose sinon qu'il faut qu'elle meure. Elle répète en dedans le mot « mourir », elle croit que tous les mots ([u'elle entend ont cette signification, elle songe à se tuer, refuse de manger, etc. La mère la conduit h la consultation au début de novembre, il v a deux mois : un petit traitement phvsique et moral semble avoir un plein succès et l'idée de mort s'efface et paraît disparaître complètement.

Mais à la fin de novembre, la mère ramène cette jeune fille parce que son idée de mourir est réapparue et qu'il est survenu en outre un nouvel accident plus bizarre que le premier. La pauvre fille ne peut plus travailler ni parler raisonnablement, parce qu'elle a l'esprit absorbé par une recherche, une question. Un matin elle s'est réveillée avec le sentiment qu'elle avait rêvé et s'est mise à rechercher le souvenir de son rêve sans pouvoir le retrouver. Cet oubli l'a étonnée et elle s'est interrogée elle-même sur d'autres souvenirs. En particulier, elle a recherché ce qu'elle avait pu dire dans une conversation tenue avec une vieille femme il y a six semaines; en cherchant bien, elle croit se rappeler qu'elle a parlé avec cette vieille d'un « appareil pneumatique » et lui a demandé ce que c'était. Cela est tout à fait insignifiant et elle ne retrouve pas d autres souvenirs de cette conversation, cependant elle reste convaincue ([u'ellc a dit autre chose. ^lais quoi? Impossible de le retrouver : la voici qui s'interroge jour et nuit à en perdre la tête. On ne se figure pas les désordres physiques et moraux qu'amènent de pareilles recherches angoissantes : la malade, qui ne mange plus et ne dort plus, a la figure toute décomposée. Elle ne peut plus travailler et devient complètement abrutie.

Ce sont là deux idées fixes on elles-mêmes assez banales, l'une, lidée t)bsédante de la mort que l'on rencontre si souvent, se présentant sous forme de parole intérieure, l'autre, le délire d'in-

terrogation, le « griibclsuchl » ([iii a été souvent décrit à propos de la recherche d'un nom, d'un chiffre, etc. Ces deux délires se sont développés successivement chez une personne névropathe, évidcminnil tai'<'>e. Faul-il se borner ;i dire comme on l'a fait trop souvent ([ue ce sont des délires épisodiques chez une dégénérée? Non, il faut se demander ([uelle est l'origne de ces deux délires, quel est hnir mécanisme psychologique?

Cette recherche a été bien facilitée par l'examen de l'état de l'esprit pendant le somnambulisme. Cette jeune fille qui a eu des atta(|ues autrefois, qui a encore quelques légers stigmates d'hystérie (légère anesthésie du côté droit), a pu être hypnotisée non sans quelques difficultés. L'interrogation pendant le somnambulisme a révélé bien des choses qui expliquent le délire: ces choses étaient en partie cachées par la malade et en grande partie oubliées totalement par elle pendant l'état de veille.

Cette jeune fille, depuis ses fiançailles et en l'absence du fiancé, avait eu un amant et un amant fort jaloux qui la menaçait de mort, si elle songeait encore à son premier fiancé. De là des accidents divers, les uns très réels (une blennorragie), les autres imaginaires (crainte de grossesse, justifiée par l'arrêt des règles). Dans ce bouleversement de l'esprit une idée fixe s'enracina, la crainte de la mort, puis l'idée de la mort, puis le désir de la mort qui se développa peu à peu sans que la jeune fille put se rendre compte que le point de départ de cette idée était la menace de son amant.

Nous avons dans un premier traitement cherchi' à efl'acer cette idée par suggestion, sans nous préoccuper suffisamment du trouble qui existait au-dessous. Comme il arrive en pareil cas, une idée fixe secondaire vint remplacer Tldée fixe primitive. La jeune fille examina sa conduite, ses paroles, pour savoir si elle n'avait rien laissé deviner de ses mésaventures. Elle fut préoccupée d'une conversation avec une vieille femme, conversation qui avait roulé sur le premier fiancé et sur le mariage rompu. De cette conversation un seul souvenir vague, celui d'un mot bizarre, a a[)pareil pneumatique », subsistait consciemment, tandis que d'une façon subconsciente, se conservait le souvenir que la conversation avait été grave. De là des inquiétudes, des recherches angoissantes et une nouvelle Idée fixe.

Ce cas est vraiment instructif par sa précision en quelque sorte schématique. Il nous montre très bien le rôle de la subconscience

OBSESSIONS DE FORME HYSTÉRIQUE l'.l

dans 1rs icléos fixes. Ce n'est (}u un mot vide que le mot a folie de l'interrogation ». Il y a un mécanisme psychologique qui fait que la malade s'interroge, et c'est ce mécanisme (jue le médecin doit rechercher pour faire cesser l'interrogation. Sans doute, la raison de la recherche angoissante n est pas la même dans tous les cas, mais ici l'inquiétude, le désir de cacher quelque chose, la peur de lavoir révélé dans une conversation dangereuse justifient cette interrogation qui paraît si absurde; seulement ces raisons de l'interrogation sont justement méconnues et oubliées par le sujet. Elles existent à part dans un groupe de phénomènes psvchologiques cjui forme une autre conscience. C'est précisément parce que cette pensée du secret échappé n'est pas suflisamment consciente ([u'elle n'est pas arrêtée, ni réduite h ses justes proportions. C'est aussi parce que le sujet ne comprend pas la raison de sa recherche qu'il ne la limite pas, qu'il la laisse s'appliquer à tort et à travers à toutes les idées possibles.

Heureusement le somnambulisme, qui avait permis de retrouver et de comprendre ces idées, nous a également permis de les modifier. Le changement apporté aux idées subconscientes a, dans ces cas-là, une très grande influence. Il semble agir davantage que les suggestions dirigées contre les idées conscientes.

Actuellement la malade est entièrement guérie de l'accident

lui-même, elle ne se préoccupe plus de ces idées et n'y pense plus. Mais elle reste ce qu'elle était, un esprit faible qui a un étranoe besoin de direction morale'.

Observation 39. — Idée fixe de laideur par préoccupation amoureuse. — Atlitiidc, obsession depuis un un, inquiétudes d'amour, (railement.

Voici un exemple de la rapidité avec laquelle les idées fixes se développent dans certains esprits comme la conséquence quelquefois inattendue d'une préoccupation quelconque. Vous voyez l'attitude singulière de cette jeune fille, Lg., âgée de 17 ans. Elle a sur la figure un épais voile noir et en plus elle baisse la tète et

1. Il est intéressant de remarquer cependant que cette malade après ce nouveau traitement qui atteignait plus profondément l'idée fixe dans sa source n'a plus eu la moindre rechute depuis plus de deux ans.

tient SCS mains devant son visage. FJle a une peur affreuse que vous ne puissiez voir sa fiofure. Pourquoi? C'est parée qu'elle est 1res laide, horriblement laide, c'est un monstre; elle a surtout d'affreux poils qui lui ont poussé autour de la bouche et qui la rendent hideuse. Voilà ses belles déclarations depuis près d'un an. Elle ne veut vivre que dans l'obscurité et ne consent à sortir qu'avec toutes sortes de voiles pour cacher une figure si horriblement poilue. Il est à peine besoin de vous dire qu'il n'en est rien et que cette jeune fille qui a tout au plus un peu de duvet sur la lèvre supérieure est plutôt jolie. Nous ne pouvons vous en convaincre aujourd'hui en levant son voile, ce serait l'occasion d'une scène, de cris et peut-être même d'attaques de convulsions.

Cette idée obsédante qui se présente avec une sorte de certitude, car la malade n'admet point de discussions sur ce point, semble bien incompréhensible. Il s'agit, en réalité, d'une sorte d'idée fixe secondaire qui s'est développée en conséquence d'une préoccupation amoureuse.

La suite des réflexions est assez singulière, un peu enfantine; mais il en est très souvent ainsi dans ces séries d'idées fixes qui se développent par des associations peu logiques, un peu à la façon des rêves. Cette petite malade était l'année dernière fort amoureuse d'un jeune homme qui a une situation de fortune un peu supérieure à la sienne. Elle en conclut que ce mariage était impossible, qu'elle ne serait jamais aimée par lui et cherchant les raisons de cette absence d'amour elle inventa, nous ne savons trop à la suite de quel incident, cette idée qu'elle était trop laide. C'est une sorte de rêve qui s'est développé au milieu de quelques petites crises de nerfs et qui a envahi la veille. Bien que nous ne connaissions pas beaucoup la malade et que nous ne l'ayons pas hypnotisée, nous sommes convaincus que tout ne se borne pas à cette idée de laideur ; l'amour malheureux et des réflexions analogues à celles que nous venons de faire ont dû jouer le rôle principal. Il a suflii de peu de chose pour troubler cette jeune fille (|ui appartient à une famille prédisposée par l'hérédité à ces accidents. Le père est à Ville-l'lvrard atteint du délire de persécution et deux sœurs ont déjii dc'liré.

Vous pouvez aujourd'hui voir la figuio de cette petite malade, Lg., qui se présente sans voile et vous pouvez lui affirmer qu'elle a tout avantage à ne plus en mettre.

Quelques exhortations à l'état de veille, la menace de la considérer comme folle, ce qui rendrait son mariage encore plus difficile, avaient eu déjà un bon effet, mais nous devons avouer que la guérison complète, survenue en quelques semaines, n'est pas entièrement notre œuvre. Des fiançailles survenues fort heureusement avec le jeune homme qui ne l'a pas trouvée trop laide ont eu une influence plus heureuse que celle de toute médecine.

Observation iO. — Contractures hystériques alternant avec des obsessions. — Alternance de divers accidents, antécédents, contractures systématiques après des rêves, réveils en sursaut, attaques cataleptiques, obsessions avec hallucinations, équivalence de ces phénomènes.

Xous vous présentons très rapidement cette malade pour une excellente raison, c'est que malheureusement nous la connaissons peu ne l'ayant vue qu'une seule fois. Son cas nous paraît cependant intéressant par la réunion des phénomènes très nombreux qu'il représente et parce qu'il contribue à faire voir le lien qui existe à notre avis entre des phénomènes trop souvent considérés comme opposés. M""^ Bn., âgée de 37 ans, tout en étant toujours malade et tourmentée par sa maladie, semble avoir surtout depuis quelque temps le libre choix entre diverses catégories d'accidents, les uns incontestablement de nature hystérique, les autres consistant en véritables idées fixes conscientes. Il est intéressant de remarquer l'alternance de ces phénomènes, la substitution très facile de l'un à l'autre.

Le père était alcoolique et probablement dipsomane; la mère chétive, nerveuse, a présenté du délire puerpéral après la naissance de chaque enfant. Bn., toujours nerveuse, très colère dans l'enfance, a eu une fièvre typhoïde grave à 18 ans, ce qui n'a pas amélioré les choses; elle a présenté du délire puerpéral comme sa mère après une fausse couche. Enfin, depuis quelques années elle offre alternativement l'un ou l'autre des accidents suivants: I" il lui arrive fréquemment de se révinller le matin avec les membres contractures dans des positions bizarres comme si elle frappait des coups de poing, comme si elle tenait quelqu'un dans ses bras, comme si elle écartait un danger. Ces contractures, peu tenaces, disparaissent par des frictions mais seulement quelques heures

r,'. OBSESSIONS ET IMPULSIONS

iiprrs \o réveil. Ces accicloiits so répètent par séries pendant un mois ou deux; 2° elle a des réveils en sursaut avec un sentiincMit de terreur et elle ne peut plus arriver à dormir sans se réveiller au bout de peu de temps de la même manière. Quand au bout de quelques temps cet accident existe, l'autre a disparu ; 3" elle tombe au milieu de la journée dans des états d'immobilité avec raideur musculaire ; il existe un certain degré de catalepsie mais la malade ne peut bouger spontanément, (juoiqu'elle continur ;i voir] et à entendre, (lomme j)réeedemment cet accident semble remplacer et supprimer les autres; \° elle peut avoir au contraire de simples idées obsédantes, en particulier l'idée de la mort avec hallucinations de squelettes, d'enterrements, etc., ou bien, 5°, et c'est létat dans lequel elle est aujourd'hui depuis trois mois, elle a des impulsions à étrangler son enfant, impulsions qui la tourmentent horriblement. La malade sait par expérience, ayant déjà été traitée de cette manière, que l'on peut l'hvpnotiser et faire disparaître par ce moven les impulsions actueUes, mais elle s'attend à voir réapparaître à leur place lun des accidents précédents, soit h^s contractures, soit les crises catalepti([ues.

Ce sont ces substitutions qui nous intéressent énormément ; elles montrent l'équivalence de ces phénomènes qui sont d'ailleurs tous évidemment du même genre. L'un de nous a montré' ([ue ces contractures systématiques à la suite du sommeil ne sont que la conséquence et l'expression d'un rêve; il en est de même pour les réveils en sursaut et probablement pour les crises cataleptiques. Ce sont des idées fixes qui se présentent dune manière snbconsciente soit pendant le sommeil ou pendant l'attaque et à linsu de la malade, tandis (juau contraire les autres obsessions et impulsions sont conscientes et connues par le sujet.

N'est-il pas intéressant de constater que chez celte femme, évidemment hystérique, les deux formes d'idées fixes peuvent alterner et se remplacer l'une l'autre ?

1. ^ oir dans le premier volume de cet ouvrage Vlii.stoirc d'une idée fixe. p. 165.

Obsessions de forme psychasthénique.

Observation il. — Obsession causée par la mort d'un chat. — Désespoir, agitation, remords, la mort du c/iat, antécédents, obsession antérieure analogue, traitement.

Les idées fixes sont quelquefois bien bizarres et les accidents les plus graves sont parfois déterminés par des causes qui nous paraissent bien futiles. Cette pauvre dame, Lob., âgée de 55 ans, a perdu son chat, comme dans la chanson et c'est là ce qui la rend si misérable. Vous la voyez désespérée, ne mangeant pas, dormant à peine, pleurant continuellement, dans un état d'agitation inquiète qui la rend insupportable et bavardant sans cesse sur le même sujet. D'ailleurs vous n'avez cpi'h l'écouter, elle va vous expliquer ellemême son grand malheur.

La malade : a Quand je pense que pendant huit ans, je me suis privée de tout pour cette pauvre bête, que je ne suis jamais sortie, que je n'ai jamais vovagé pour ne pas la laisser seule, que je me suis privée de manger parce que, à table, les morceaux que j'avais dans mon assiette étaient ceux qu'elle préférait, que je n'osais pas bouger la nuit parce (|u'elle couchait avec moi et que je ne voulais pas la déranger. Non, non, jamais je ne me consolerai de sa mort, je ne puis pas vivre sans elle.

— Voyons, Madame, il faut se consoler des choses inévitables, votre chat avait IG ans, c est un bel âge pour les chats et il est tout naturel...

La maladu : Mais non, ce n'est pas naturel et je suis bourrelée de remords parce que j'ai causé sa mort.

— Ce n'est pas possible. Madame, puisque vous nous avez dit qu'il avait un cancer à la tète.

La maladi; : Oui, mais cette maladie est venue parce que je l'ai amenée à Paris dans ces affreux appartements. Quand je pense que cette pauvre bête n'a jamais pu mettre ses pauvres petites pattes dans un jardin, ([u'elle a vécu huit ans dans un appartement, quel supplice je lui ai imposé ! Quand je vois des jardins, je pleure en pensant qu'il v aurait été si bien et qu'il ne serait pas mort.

l'iil OnSKSSlONS F/r impi i.sions

Qiiaïul je vois tlos niaisoiis, jo pIcMirc vu pensant: c'est là dedans (|iril a été... Oh! ravonue de l'Opéra, en voilà une (jne je retiens avec ses grandes maisons sans jardin. Je suis coupable et je dois l'expier, je vais mourir bientôt, quand on me dit : « au revoir », je ris (Ml (UMlans en pensant ([iTil seiait bien plus juste d(; nie dire: « adieu. »

N'oubliez pas, Messieurs, ([ue voici 22 mois (pie cela dure ainsi. Jugez de la situation de son mari et de ses eniants, car elle a une famille dont elle ne veut plus s'occuper, du reste.

(^est une femme qui ne présente guère d'antécédents héréditaires ; elle était, en général, assez normale, quoique très émotive. Il y a une dizaine d'années elle a déjà présenté une esquisse de l'état actuel. A la suite de la mort de sa mère, elle s'est accusée de cette mort en se reprochant de l'avoir laissée soigner par tel médecin plutôt (pu; par tel autre, mais cela n'a duré que peu de mois et n'a pas eu la gravité de l'attaque actuelle. Nous nous demandons si l'âge de cette malade et la ménopause qui vient à peine de se terminer ne sont pas pour quelque chose dans cet état de suggestibilité. Il est évident que l'esprit est devenu depuis quelques années d'une faiblesse particulière et s'est laisse envahir d'une manière complète par quelques réflexions suscitées plus ou moins justement par les événements. Nous ne voyons pas ici les phénomènes d'amnésie, de subconscience, de somnambulisme (pii existaient dans la forme hystérique précédente. Nous pourrions, pour cette faiblesse particulière de l'esprit, employer le mot d'idée fixe de forme psvchasthénitjue.

Si vous vous êtes intéressés au cas de M""" Lob. (|ui pleurait son chat, nous pouvons vous dire (ju'elle s'est guérie peu à peu, en cpichpies mois, grâce à un procédé que nous avions indi([ué. On lui a donné un autre chat et, bien ([u'elle ait complètement refusé tout d aboi'd (]r lui accorder aucune adcclion, nous 1 avons forcée à le soigner. VA\e le fit d'abord sans aucune bonne volontc', sans affection. « .le remplis mes dev()irs envers lui, disait-elle, mais c'est tout. » Peu ,'i peu cependant elle s'est intéressée à ce nouvel enliinl d'iidoijlion (pii a f;iil oublier le pi'ccc'dcnt.

Observation 42. — Obsession causée par la crainte des pets.

— Désespoir, idée de suicide, bcsuin de solitude, besoin d'évacuer des gaz, peur d'élre entendu.

Nous vous demandons pardon si cette observation nous force h vous parler de choses peu convenables et si les souffrances de ce malheureux garçon, Ch., âgé de 31 ans, peuvent sembler risibles. Son idée fixe porte sur une chose si étrange que nous avons cru devoir vous le montrer.

« Vous nous disiez, mon pauvre garçon, que vous étiez tout à fait désespéré ?

Le malade : Si désespéré que bientôt je ne pourrais plus résister et que j'en finirais avec une existence qui devient impossible.

— Que vous est-il donc arrivé qui vous rende la vie si difficile? Le malade : C'est cjue ma mère s'est décidée à venir habiter

avec moi, il m'est impossible de m'y opposer et si elle vient, je suis perdu.

— Comment la présence de votre mère dans votre appartement peut-elle vous perdre ?

Le malade : Parce que j'ai absolument besoin d'être seul, loin de toutes personnes qui pourraient m'entendre. Je mange tout seul, car je ne puis entrer dans un restaurant ; je gagne ma vie difficilement, car je ne puis rester dans aucun atelier, dans aucun bureau, où il y ait près de moi d'autres employés ; j'ai pris un appartement au sixième, pour n'avoir point de voisins audessus de moi. Il y a des pièces de cet appartement dont je ne puis me servir, car elles sont au-dessus de chambres h coucher où l'on pourrait m'entendre; j'ai mis mon lit dans la cuisine, car il n est pas probable que d'autres personnes couchent au-dessous dans la cuisine, et après toutes ces précautions voilà ma mère qui va venir dans mon appartement et qui va entendre...

— ^lais entendre quoi ?

Le malade : Je ne sais comment vous le dire, j'ai une digestion difficile, qui ne se fait qu'avec une énorme production de gaz et je ne puis me soulager, si on m'entend. La contrainte me fait souffrir au dernier point, j'étouffe, j'ai des sueurs froides, je me sens m'en aller et je ne recommence à vivre que si j'ai pu trouver un endroit écarté d'où personne ne puissse m'entendre. »

l'.s oi?s[:ssioNs v.T nii'Ui>sioNs

IV'Ut-iiM iiii;iginci- [);ir(Mll(' iihsurditr : ce p;uivi'c liommc éprouve un besoin irrésistiMc d'évacuer des gaz el 11 ne peut le faire s'il cralut qu'on l'entende, de lit de véritables crises d'angoisse et des désespoirs dont vous venez de voir une manifestation. Et voilà plus de dix ans (ju'une idée fixe semblable occupe la tète de ce malheureux.

11 nous dit que du côté de sa mère plusieurs personnes ont eu la tète faible, et qu'il va eu des aliénés. Il fut lui-même assez bien portant dans sa jeunesse, mais il commença vers l'âge de 16 ans il ressentir des troubles digestifs dépendant probablement de la neurasthénie, pesanteur, gonflement de l'estomac, un certain degré de tympanisme du ventre. Il travaillait beaucoup à cette époque pour préparer ses examens et était très fatigué. Une femme de ménage a amené chez lui un enfant qui s'est oublié en sa présence. De là des réflexions lugubres sur ce bruit grossier qui n'inspirait pas à Rabelais tant de mélancolie : « Evidemment ses mauvaises difrestions allaient amener des accidents semblables, quel scandale si cela avait lieu en public..., etc. )) Il prit bientôt l'habitude de se préoccuper de ce sujet, ce qui amena l'idée et le besoin d'évacuer ces vents, ce qui détermina en même temps la terreur d'être entendu et le désir angoissant de la solitude. Vous voyez à quel point il est parvenu, au bout de dix ans. Faut-il inventer un nom grec pour désigner cette impulsion et cette phobie, ce nom nous paraît avoir été déjà imaginé à propos d'un artiste célèbre, nous renonçons à mieux dire. Nous nous bornons à faire remarquer que toute idée, même la plus baroque», peut se transformer en obsession et en phobie quand elle se produit dans des conditions psychologiques particulières.

OnsF.uvAïioN 'ilî. — Obsession, admiration du métier d'instituteur, déterminée par une ancienne émotion amoureuse.

Epuisciiic'itl, cou f lia ion mentnle, cmotivilc, obsession, l'idcc du métier des inslilulciirs, anlêcêdenls, vincjt ans riap,irai\int ;tnioiir pour un insliluleur, idée fixe secondaire el dérivée.

Voici encore une idée fixe dont l'objet est peu habituel, et assez bizarre, mais dont le développement présente un certain intérêt, car il nous permet de comprendre, au moins en partie, ce ([ui, dans ce cas particulier, a causé la puissance de l'idée fixe.

Cette femme de 44 ans, Ri., vous présente bien au premier abord l'aspect et les troubles physiques qui accompagnent les oiaves accès d'obsessions. Le teint jaune, les traits tirés, les yeux anxieux, elle se plaint de ne plus pouvoir, depuis six semaines, ni manger ni dormir. Elle souffre beaucoup à la tête, surtout à la région occipitale, elle pleure comme vous voyez et gémit tout le temps: « Ah ! quel malheur d'être retombée, je vais devenir folle, j'ai l'esprit hanté, je suis toute transformée, il n'y arien à faire.» En effet, h ses troubles physiques se joignent des troubles moraux : elle a cessé tout travail, reste continuellement à gémir, ou sagite à tort et à travers, elle n'a plus d'attention, plus de mémoire, elle est devenue extraordinairement et continuellement émotive. La moindre des choses provoque des palpitations de cœur, des bouffées de chaleur à la face, des suffocations. Elle a peur des souffrances qu'elle éprouve et de celles qu'elle se figure devoir éprouver encore, elle a peur de son idée fixe, quoiqu'elle v pense constamment ; elle la déteste et seffrave à la pensée qu'elle puisse revenir plus fort. « Oui, j'ai peur de rentrer chez moi, cette idée m'y poursuivra davantage, j'ai peur qu'elle ne vienne et me retourne encore. » Voici donc un ensemble de perturbations graves qui semblent les conséquences d'une obsession.

L'obsession, comme nous vous l'avons dit, est au premier al)ord singulière. Cette femme a une pensée d'admiration et d'envie pour le métier d'instituteur primaire; cela semble complexe et abstrait et peu capable de tourmenter l'esprit. Cependant cette personne en est venue au point où vous la voyez pour cette seule pensée.

L\ M.\LADE : (f Ce n'est pas de ma faute, je ne puis m'empccher de faire sans cesse des comparaisons entre ce métier-là et les autres. Les personnes qui travaillent autrement me semblent si malheureuses, les instituteurs sont heureux, ils ont un si beau métier et si agréable et si digne. ^lon pauvre mari est emplové aux halles, c'est désolant ; et que ce serait beau s'il était instituteur. Je suis dans une loge de concierge, je fais ma cuisine et je sens tout le temps une voix qui me dit : il vaudrait mieux être dans une école, ah ! si tu étais dans une école. Je ne peux plus faire ma cuisine après cela, je suis dégoûtée de tout. »

Ce qui nous surprend en écoutant cette femme, c'est la disproportion qu'il y a entre la nature de son idée et ses effets. Xous comprenons qu'une pensée puissante qui se rattache à des instincts profonds de 1 esprit humain puisse bouleverser l'esprit. La

lôO OBSroSSIONS ET IMPULSIONS

crainte (le la iiioil, raiiioiir, le regret d'un enfant perdu, la crainte de la ruine, etc., peuvent troubler la raison. Mais comment l'idée du métier de maître d'école peut-elle avoir sur l'esprit de cette brave femm(> un si g'rand pouvoir ? (l'est là le problème général des idées fixes, mais qui, dans ce cas, prend une précision particulière.

l''>h bien, dans ce cas précisément, nous pensons trouver une réponse partielle à la ([ueslion posée. « Depuis cpiand, Madame, cette idée vous tourmenle-t-elle ainsi ?

La malade : Depuis plus de vingt ans. Mais ce n'est pas toujours aussi fort, j'ai eu une première crise très forte de 20 à 23 ans. A ce moment, je me suis mariée avec un brave garçon que j'aimais beaucoup, j'ai eu deux enfants, cela m'était un peu sorti de l'idée. J'ai eu une autre crise très forte de 31 à 36 ans, puis cela va et vient et voici une dizaine de mois que j'ai de nouveau la tète perdue.

— Mais à l'âge de 20 ans, quand cela a commencé, qu'est-ce qui vous a fait penser à ce métier ?

La malade : J'y pensais tout naturellement : mon frère était instituteur et il amenait souvent chez nous des jeunes gens, ses

amis qui étaient instituteurs. Il y en avait même un mais

cela n'a pas d'importance, je n'ai jamais voulu en parler. »

Messieurs, c'est tout justement ce petit point dont elle ne veut pas parler, qui, à ses yeux, n'a pas d'importance nutis, qui pour nous, il tort ou à raison, en a une grande. Quand elle avait 20 ans, plusieurs jeunes instituteurs, amis de son frère, venaient souvent prendre leurs repas chez elle et l'un tl'eux a manifesté le désir de l'épouser et lui a fait une cour assidue. Pour une raison ou pour une autre, elle n'a pu se décider et a éconduit ce prétendant ; puis elle l'a regretté, comme cela arrive quelquefois, puis elle l'a aimé et a été très tourmentée pendant quelque temps, non par la p(Misée du métier d'instituteur en général, mais par la pensée d'un instituteur en particulier, ce qui est beaucoup moins extraordinaire. Ce n'est que plus tard que la pensée s'est modifiée et a pris la forme actuelle. Nous nous trouvons donc en présence d'un(> idée fixe secondaire dérivée de la première par association d'idées, comme nous l'avons montré si souvent, et qui emprunte sa force à la première, comme il arrive dans les émotions par dérivation dont parlait dernièrement M. Ribot'.

1. Th. Rihol, I.a psychologie des scntiiiicnts, ISUO, cliap. XII, les scnlimenls cl 1 association des idées.

OBSESSIONS DE FORME PSYCHASTHÉMQUE lot

La force de Ficlée dépend ici aussi d'une tendance naturelle et puissante, celle de raniour. Au point de vue psychologique, cette leninie, aVec son admiration de l école, est en réalité une amoureuse et son délire est une transformation de l'amour.

Il est probable que, si nous pouvions mieux pénétrer dans cet esprit, nous trouverions beaucoup de traces de cet ancien amour. Cette femme, qui a 4 i ans, qui aime beaucoup son mari et ses enfants, pense n'avoir gardé aucun souvenir de ce jeune instituteur, elle prétend qu'il n'a fait aucune impression sur elle. Nous la crovons sincère. Mais on nous a dit que pendant son sommeil elle a de temps en temps dit le nom de cette personne, qu'elle v rêve encore par moments. Le sommeil hvpnotique n'a donné que des résultats peu nets ; il faut une grande patience et un grand travail pour hvpnotiser ce genre de malades. Il est probable qu'il nous aurait montré de même un souvenir beaucoup plus vivace qu'on ne croit et qui entretient l'idée fixe.

Quant à la puissance, au développement exagéré et indépendant de ce regret amoureux, il dépend comme toujours d'une faiblesse de la volonté et de la synthèse mentale. La mère de cette malade était fort nerveuse, elle fut surtout très émotionnée par de grandes pertes d'argent pendant qu'elle portait cette enfant et eut h ce moment des crises nerveuses. Ri. fut une enfant intelligente, mais très émotive, se tourmentant pour un rien, c'est-à-dire que chez elle les idées prenaient facilement un grand développement, qu'elle était très suggestible. Elle présenta de 1 incontinence nocturne presque toutes les nuits jusqu'à l'âge de I i ou 15 ans. et devint à partir de cet âge plus impressionnable encore. Nous comprenons mieux que les préoccupations d'une demande en mariage, les hésitations, les regrets aient fait une impression vive sur un esprit semblable et laissé des traces qui se sont peu à peu transformées de la manière que vous avez vue.

Observation ii. — Onomatomanie dérivée de l'obsession du blasphème à la suite d'un chagrin. — Rôle des phénomènes suhconsrients dans l'obsession, nniècèdenls, désespoir causé par la morl d'un en fa ni, lies el répélilion du mol « non •>•>, obsession du blasphcmc, le mol conune moijen de défense, Irailemenl.

L'histoire de cette jeune femme, Bor., âgée de 28 ans, nous

i:,-: OBSESSIONS ET IMPULSIONS

amène encore à réiléchir sur le inènie problème (|iii a, à nos veux, quelque importance. C'est que, dans le mécanisme de l'obsession, ce qui se manifeste au dehors, ce qui est exprime par le sujet n'est pas tout, il V a au dedans des faits |)sycholo<Tiques que le malade cache aux autrcvs et que souvent il se cache à lui-même, dont il n'a qu'une demi-conscience. Derrière ceux-ci même, il y a des faits psychologi([ues, des souvenirs, des délires dont le malade ne se rend aucunement compte et qui sont pour lui plus ou moins subconscients. Le fait était évident quand il s'agissait des idées fixes de forme hystérique ; il est beaucoup moins net quand il s'agit des psychasthéniques étudiés maintenant. Aussi relevonsnous avec soin les indices qui peuvent nous faire soupçonner l'existence de faits subconscients analogues à ceux des hystériques. I/cxplicaiion de l'obsession consciente ne peut pas être fournie, ii notre avis, si on néglige ou si on ignore ces données essentielles du problème, qui sont les faits subconscients.

Ici, point d'antécédents héréditaires bien nets, l'état psychasthénique semble plutôt acquis par l'individu et on peut supposer qu'il a pour origine une grave fièvre typhoïde avec délire prolongé survenue entre 7 et 8 ans. L'enfant resta ensuite fatiguée, disent les parents, et si nous ne nous trompons, ce mot correspond à un état aboulique plus ou moins net. D'ailleurs, vers l'âge de 12 ans, apparurent les indécisions, les hésitations à propos de différents actes et surtout les regrets et les scrupules après les actes accomplis, ce qui s'accorde bien, comme nous l'avons déjà vu souvent, avec l'état aboulique. Ajoutez, si vous voulez, que la première communion avait déjii eu une influence suggestive sur cet esprit faible et semé des germes d'obsession religieuse.

Tous ces svmptômes diminuèrent ii l'Age de 15 ans, et l'on ne soupçonna plus dans son caractère rien d'anormal ; Bor. se maria èi 23 ans, eut un enfant l'année suivante sans accident et tout alla bien jusqu'à l'année dernière, quand il lui arriva un grand malheur. L'enfant, âgé de 3 ans, mourut à la suite de diarrhées et la mère resta désespérée.

Les premières manifestations pathologiques de ce désespoir furent une réapparition de sentiments religieux exagérés. Elle reprit tous ses devoirs religieux et voulut les imposer à son mari, l-'dle apportait dans ce soin des scrupules ton! ii fait excessifs : ainsi voulant (aii'e communier son mari qui conscMitait à tout pour la consoler, clic se désespéra parce ([u'il avait fumé une cigarette

et résolut de le faire confesser à nouveau, etc. Mais, tout cela n'est encore que du chagrin à peu près normal chez une femme religieuse. On s'aperçut bientôt de manifestations plus étranges ; elle recherchait la solitude et quand elle croyait qu'on ne l'observait pas se livrait à une singulière pantomime. Elle fermait les poings, frappait de tous côtés comme pour se défendre et répétait à demi voix : « Non, non, non ». Peu à peu elle en arriva ;t passer des journées entières à crier : « Non, non, non ». Dans ces derniers mois elle ajoutait souvent un mot de plus : a Non, non, ce n'est pas vrai ». Inutile d'ajouter que depuis cette singulière habitude, elle avait renoncé à toute autre occupation, ne travaillait plus, ne s'occupait plus de rien, devenait même de plus en plus indilférente pour son mari et pour son ménage. C'est là cet accroissement de l'aboulie qui accompagne si souvent les idées fixes et dont nous avons souvent indiqué les détails.

Quand on prie cette malade de s'expliquer, elle gémit sur son triste sort, car elle sent, dit-elle, qu'elle est poussée d'une manière irrésistible à faire ces actes et à dire ces paroles. Si vous vous en tenez là, vous allez parler d'une forme d'impulsion verbale, d'une certaine onomatomanie. Ce diagnostic vous placera en présence de phénomènes psychologiques tout à fait inexplicables. Il ne suffît pas de dire qu'un malade fait ce geste parce qu'elle a un tic, quelle dit « non » parce qu'elle a la manie de dire : « non », il faut encore comprendre le lien de ces faits, leur relation avec leur point de départ. Car, le point de départ est évidemment la mort de l'enfant et nous ne vovons pas du tout le rapport entre la mort de l'enfant et la manie de dire : « non ».

On obtiendra déjà une interprétation meilleure en interrogeant mieux la malade, en cherchant à lui faire avouer tout ce qu'elle sait sur sa maladie, ce qui est déjà quelque chose. Avec quelque patience et surtout en la prenant seule, en lui promettant que ses parents et son mari ne sauront rien, on obtient déjà une grave confidence.

Elle assure que depuis la mort de son enfant elle se sent poussée à blasphémer et ces blasphèmes sont très simples et toujours les mêmes ; ils consistent à associer le nom de Dieu avec tous les mots grossiers auxquels elle peut penser, « vache, putain, salope », en particuliei- avec le mot « cochon ». Elle ne peut entendre prononcer l'un de ces mots sans sursauter, car il lui fait penser à un de ses blasphèmes. Quand eUe dit son « non, non, ce n'est pas

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vrai », c'est pour rôpoiulre ii ces blasplirmos. Elle se défend ainsi contre ce besoin de blasphémer et cherche à ne pas se rendre coupable de ce (ju'elle considère comme un crime. Le « non, non )> est un de ses moyens de défense ih)nl les malades se servent contre leurs idées fixes et (jui réeemmeul ont été bien étudiées par les aliénistcs.

Ajoutez cpi'apri's ces impulsions au blasphème, elle a des remords comme si elle les avait proférés tout haut et volontairement. Ces remords sont fréquents chez les impulsifs, Timpulsion n'est chez eux qu'un acte commencé qui laisse souvent un souvenir analogue il celui d'un acte accompli, grâce aux doutes de mémoire qui caractérisent souvent ces malades. Sa négation proUîste également contre ce remords. Voilà déjà un progrès considérable dans l'interprétation; ce n'est plus une malade ayant la manie incompréhensible de dire: « non » ; c'est une femme religieuse et scrupuleuse tourmentée par l'impulsion aux blasphèmes.

Mais nous avouons que l'explication nous paraît encore incomplète, car il reste un hiatus entre la mort de l'enfant et le blasphème et nous sommes disposés à supposer une idée délirante dont la malade ne se rend pas compte pour combler cet hiatus. Parmi les mots que Bor. se sent poussée à dire quand elle pense à Dieu s'en trouve un qui lui fait particulièrement horreur, c'est le mot a assassin », c'est sur ce point qu'il faudrait insister pour comprendre le délire. Nous n'avons pas pu pousser bien loin l'étude de cette malade ; mais nous pouvons assez facilement faire une supposition très vraisemblable ; c'est qu'elle a rendu Dieu responsable de la mort de son enfant et qu'elle a bâti lii-dessus un rêve dont elle se rend mal compte aujourd'hui. Ce rêve plus ou moins inconnu détermine d'abord des pensées de blasphèmes qui, elles, sont conscientes et troublent au plus haut point la malade et il détermine en dernier lieu et très indirecment les grimaces et les négations qui étaient au premier abord le seul symptôme appaient. Il est curieux de remarquer encore une fois, d'après un exemple très simple qui met les phénomènes en évidence, (pic dmis ces troubles psychologiques des obsédés le symptôme le plus apparent, le plus facilement exprimé par la malade, est loin d'être toujours le plus inqjorlant.

11 est quelquefois bon d'expliquer au malade lui-même la véritable nature de son délire qui lui sendjle ensuite moins mystérieux

et qui a moins tle prise sur lui. (!c procédé semble avoir en partie réussi chez la malade Bor. poussée ;i blasphémer, dont nous vous parlions il v a un mois. Elle semble avoir compris que son blasphème n'est qu'une forme de son chagrin. Elle reconnaît que s'il en est ainsi, il n'est pas si terrible et elle a renoncé à protester par le mot : « non ». Elle a encore « l'idée du blasphème qui lui vient un peu en lètc », dit-elle, mais elle ne s'y arrête pas, ne s'en elFrave plus autant et ne fait plus aucune grimace. Nous pouvons espérer une amélioration sérieuse pendant quelque temps.

Observation 43. — Délire du scrupule. — Idée fixe ou f urine de l'a bon lie.

Certaines idées fixes nous semblent particulièrement difficiles à comprendre. Ce sont celles qui consistent moins en une image prédominante qu'en une disposition de l'esprit, une tendance générale qui semble avoir existé presque toujours chez les malades. 11 est probable que ces idées fixes seront plus tard considérées à part. On en fera soit des malformations de la pensée, soit des maladies générales de l'intelligence. Nous vous rappelons, par exemple, que nous n'avons pas considéré l'aboulie proprement dite comme une idée fixe, ainsi que le font plusieurs auteurs. Xous en avons fait une faiblesse, un arrêt général de la svnthèse mentale. Il en est de même pour certains cas de folie du doute. Ce ne sont pas toujours des idées fixes précises, mais ce délire est plutôt la manifestation d'un défaut général de croyance qui tient i: des phénomènes d'amnésie ou à des troubles de perception. Cela étant posé, vous comprenez le problème qui se pose à propos de certains malades, problème qui nous a surtout paru embarrassant à propos des cas de délire du scrupule.

Voici une femme de 35 ans, Leb., qui présente une affection en apparence bien simple, c'est le remords à propos de tout ce qu'elle peut faire. Ces remords sont plus aigus, bien entendu, à propos des choses religieuses et elle tourmente ses confesseurs d'une manière invraisemblable. Ce sont des angoisses terribles après les confessions et les communions. Mais ce qui nous a frappé, c'est que ce remords existe aussi bien après des actes en apparence plus insignifiants. Elle est venue parler de sa maladie ;i un médecin, esL-ce coupajjle ? N'a-t-elle pas volé en prenant un billet de chemin

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de icr .' N'est-ell(> pas impudique' vu enlevant sa chemise pour se coucher? etc., elc. Ce nest pas une espèce d'action qu'elle se reproche, c'est toute action qu'elle regrette après l'avoir faite. Ajoute/ (juau dire de la malade ces scrupules auraient commencé dès la jeunesse et (ju'au dire de la mère qui l'accompagne, il y en avait déjà dans rcnfance.

Vous voyez bien ici le prol)lèm<> dont nous parlions.' Rst-ce une vraie idée fixe, par exemple une idée de culj)abilité suggérée par quelque sermon religieux (jui se serait développée et généralisée ? N'est-ce pas plutôt une sorte de trouble primitif de la volonté et en somme une fcuinc de ral)oulie? II v aurait des éludes psychologiques fort cuiieuses «pie l'un de nous se propose de continuer sur l'étal de la volonté et de la mémoire chez ces scrupuleux.

Observation 46. — Obsession du remords. — Accasalion puérile, sufff/e.ilion, anlécèdenl.s, ahuuUe, hcsiialiun à propos des acle.s déjà accomplis.

Voici un cas dans lequel la question précédente se précise un peu et on nous voyons le scrupule, le remords prendre de très grandes proportions à propos d'un événement précis qui semble jouer le rôle de suggestion mais dans lequel se retrouve également la prédisposition caractérisée par un trouble spécial de la volonté. Cette jeune femme de 28 ans, Lel., est, si l'on peut ainsi dire, en pleine crise d'idée fixe. Elle ne mange plus, a sans cesse des nausées et des vomissements, ne dort qu'un peu en ])ienanl force hvpnotiques, s'agite et pleure sans cesse. Elle est désespérée parce ([u'ellc éprouve toutes sortes de remords et de hontes, dont rien ne peut la distraire, (^l'est un bavardage incessant dans lequel elle s'accuse, puis cherche à se disculper ; dans son désespoir, elle en arrive à songer au suicide et « regrette de n'avoir pas le courage d'en finir. »

Pourquoi donc une si grande perturbation physique et morale siii'venue depuis trois mois seulement chez une personne jusquel;i assez bieti portante? elle va nous l'expliquer elle-même.

La mai.adi: : u Tout mon malheur a été causé par cette femme (h' journe-c, cjui m'a accusée d'avoii- vole les lidc^aux ; je crois la voir encore, je pense sans cesse :i tous les rapports qu'elle doit faire encore.

OBSESSIONS DE FORME PSYCIIASTHÉNIQUE Uû

— Expliquez-vous mieux, de quels ritloaux s'iigit-il, h quel propos vous a-t-on fait ce reproche ?

La malade : J'étais depuis plusieurs années domestique chez une vieille demoiselle qui est morte il y a trois mois. Les héritiers en me renvovant m'ont dit d'emporter comme souvenir de la défunte une vieille pendule et un couvre-lit. J'ai pris le paquet sans penser à mal, j'en suis sûre, et en le défaisant chez moi j'ai vu qu'il contenait en plus deux petits rideaux de mousseline. Une femme de journée, qui a su cela, a dit que je les avais peut-être volés ; ce mot m'a bouleversée, je ne puis plus m'en débarrasser.

— Mais, voyons, ces rideaux avaient-ils quelque valeur ? Avezvous essavé de les rendre à leur propriétaire ?

La malade : Certainement, mais personne n'en veut ; ce sont des chlfTons qui ne valent rien.

— Alors que vous reprochez-vous?

La malade : Je sais bien que j'ai tort, qu'il n'y a là aucun vol, que je suis une folle. Mais je ne puis me débarrasser de ce souvenir, de cette accusation que je m'adresse sans cesse h moimême. ))

Ici vous voyez bien que l'idée fixe a un point de départ très net et qu'elle semble le développement automatique d'une suggestion déterminée. D'autre part la suggestion n'a eu ce pouvoir qu'en raison du terrain spécial sur lequel elle a été semée. Nous retrouvons d'abord la faiblesse mentale qui détermine la suggestibllité.

Une grand'mère maternelle a été enfermée douze ans dans un asile, un cousin est également mort dans un asile ; voici déjà la prédisposition héréditaire. La malade, sans avoir d'accidents nerveux bien précis, fut toujours faible, anémique, sans volonté.

Mais cette disposition à l'idée fixe prend chez elle, dès la jeunesse, un caractère spécial. Cette jeune fille a des hésitations avant d'accomplir un acte et surtout des regrets quand il a été accompli. C'est une forme de l'aboulie très intéressante que de ne jamais savoir prendre son parti de ce qui est fait et de s'épuiser en regrets superflus. Nous savons qu'il faut un efTort pour vivre dans le réel, dans le présent, pour s'adapter à une situation donnée telle que les circonstances l'ont faite. Les aboulicpies ne savent pas percevoir les choses comme elles sont à cause de la complexité de ces choses et de la faiblessse de leur synthèse mentale; ils ne savent pas accepter une situation. Ils restent tous incertains et indécis, mais l'indécision des uns porte surtout sur l'avenir et

158 OBSESSIONS HT IMl'lLSIONS

celle (les autres, sur le passé. C(Mix-là discutent sans cesse sur ce qu'ils ont fait, ne peuvent pas se décider à admettre que c'est fait. C'est cette forme de l'aboulie qui détermine le scrupule perpétuel et notre malade avant l'accident actuel était déjà une scrupuleuse. La suggestion a donc eu ce pouvoir, non seulement parce qu'elle a agi sur un esprit suggestible, mais parce qu'elle l'a poussé dans le sens où il inclinait auparavant, parce qu'elle a excité une tendance qui existait déjà. Vous voyez donc ici la réunion des deux causes qui constituent la folie du scrupule. Nous ne pouvons nous empêcher de croire que, dans cçs conditions, la maladie de cette jeune femme présente une certaine gravité et qu'il sera probablement difficile de diriger sa pensée dans un autre sens.

Observation i7. — Délire du doute après une émotion d'étonnement. — Obsessions diverses, hèsilalion dans les croyances, duiilc universel, conscrcalion des sensihililés, dèhul des crises de doute par des élonnemenls, observations antérieures du même (jenre, émotion sijstématique.

Cette dame, âgée de 34 ans, Toul., rentre dans la vaste catégorie des malades obsédés, tourmentés par des idées fixes de formes variées. Elle appartient au type (pic plusieurs auteurs désigneraient sous le nom de « dégénérés » et que nous appelons souvent des psvehaslli('iii(|ues. Appartenant à une famille où l'on compte des alcooliques et des aliénés, elle a déjà eu, plusieurs fois, toutes sortes d'obsessions. A diverses reprises elle a eu l'idée fixe qu'elle était mordue par un chien enragé, qu'elle était menacée d'être guillotinée, que les viandes servies sur sa table appartenaient à des animaux vivants, qu'elle était transformée en un animal, en un porc ou même en un meuble, etc. Nous ne voulons pas étudier ces obsessions que nous avons déjà rencontrées chez beaucoup de malades et sur lesquelles nous n'avons pas ici à faire de remarques particulières.

Nous voudrions seulement attirer votre attention sur un seul symptôme qui muis paraît particulièrement intéressant. Vous connaissez le problème (jue présente le délire du doute, cette sorte d'hésitation perpétuelle que ces malades ont à propos de leur perception, cette absence de croyance ferme à la réalité des choses. C'est un svmi)lôm(> psvclndogiciuc fort curieux dont l'analyse

peut certainement beaucoup contribuer à l'étude des grands phénomènes de la perception et de la croyance. Malheureusement il est loin d'être toujours facile à interpréter et nous ne devons pas négliger une occasion, non pas de l'étudier théoriquement mais de noter au passage un petit fait qui peut un jour avoir sa place dans une interprétation générale.

Toul. a eu déjà, surtout à deux reprises diflférentes, des grandes crises de délire du doute; elle est encore aujourd'hui dans une de ces périodes. Elle ne peut pas exprimer mieux son état qu'en disant : « Je dois rêver, voir des objets en rêve, je ne puis pas mempècher de croire que ce que je vois n'est pas vrai » et ce doute porte absolument sur tout, sur l'avenir qui se présente sans aucuue certitude, sur le passé, car elle n'ose aflîrmcr aucun souvenir, sur le présent qui est semblable à un rêve, sans réalité. Ce doute ne porte donc pas sur un phénomène psychologique plutôt que sur un autre, sur les images plutôt que sur les sensations, sur telles sensations plutôt que sur telles autres. Nous avons pris soin de nous assurer qu elle doute aussi bien des objets touchés que des objets vus, d'un son aussi bien que d'une odeur.

Dans ces conditions, ainsi que nous lavons déjà remarqué, ce doute ne semble pas être une iilée fixe bien nette, un système d'images se reproduisant automatiquement, tel qu'il existe par exemple chez le malade qui se demande perpétuellement et uniquement si Dieu existe, ou bien chez le malade de Legrand du Saulle qui est rempli d'angoisse parce qu'il ne peut pas décider si la buraliste du chemin de fer est laide ou jolie. C est ici un trouble général dans certaines fonctions psychologiques et cérébrales et il n'est certainement pas facile de dire nettement laquelle est altérée.

Remarquons en effet un point embarrassant de l étude de ces malades qui n'a pas été mis toujours suffisamment en lumière, c'est que les examens cliniques des fonctions psychologiques, ordinairement accessibles à l'étude, restent négatifs. Cette malade qui prétend avoir une incertitude énorme de tous les souvenirs possède cependant tous les souvenirs et n'est pas du tout une amnésique dans le sens ordinaire du mot. Cette personne qui voit les objets comme dans un rêve n'est pas du tout identique à une hystérique qui a des sensibilités engourdies et subconscientes. Elle n'a aucun trouble de sensibilité, du moins aucun trouble objectivement appréciable. Elle dit ne pas bien voir.

KiO OBSESSIONS KT IMl'LLSIONS

m;us coniiiKMit voulez-vous que nous acceptions son dire quand elle lit les plus petites lettres du tableau de Weeker ;i une distance de T) inèties, (piand elle a un champ visuel de 1)0"? Ni la mesure du sens tactile par r;esthésiomètre, du sens musculaire par Papprécialion des poids ne montrent la plus petite altération. Dire que son doute doit dépendre d'une diminution de la mémoire, d'un engourdissement de la sensibilité, c'est faire une spéculation philosophi(pie, c'est supposer les faits dans l'intérêt de la théorie. Celte spéculation, cette supposition est peut-être vraie ; des mesures plus précises la confirmeront peut-être un jour, mais nous n'avons pas le droit de la présenter aujourd'hui comme une observation clini([uc. C'est pour(pH)i nous avons préféré, en général, rattacher le doute de ces malades lii à des troubles de l'attention, de la synthèse mentale, non pas que nous tenions à cette théorie mais parce que ces troubles sont les seuls que nous ayons pu observer cliniquement chez les malades en coïncidence avec le doute. Ces diiïicultés justifient donc les plus petites remarques que nous puissions faire sur le d(''but de ce phénomène étrange et c'est pourquoi nous attirons votre attention sur un fait moral, un sentiment qui, chez elle, a été chaque fois le point de départ de la ciise de doute.

La crise actuelle a commencé il y a trois ans, brusquement, après une longue période de quinze ans pendant laquelle Toul. avait eu des obsessions variées, mais n'avait plus présenté une seule fois ce doute caractéristique. Que s'est-il donc passé il y a trois ans au moment où le doute a recommencé? La longue interruption précédente, la soudaineté du début, puis la persistance du pht-nomène pendant trois ans rendent ce phénomène digne d'être noté quelque insignifiant cpi'il puisse nous paraître. Cette dame, alors âgée de 30 ans, mère de grands enfants, avait dans sa maison un petit employé de 18 à 20 ans qu'elle considérait presque comme un enfant. Un jour cet individu la trouvant seule est venu dans des ternies particulièrement obscènes lui faire brusquement une proposition galante. Elle éprouva un sentiment tout [)articulier, ([u'tdle ne peut mieux 'définir (pu- par ces paroles sans cesse répétées : « Mais voyons, voyons, ce n'est pas possible, ce n'est pas cet enfant, ce n'est pas à moi qu'il a dit cela, c'est invraisemblable, il n'est pas possible que cela soit vrai. » Notez bien ({u'il n'v eut pas de colère, pas de peur, aucune de ces émotions violentes qui d'ordinaire dissocient l'état mental. Elle n'eut aucune indi-

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gnation et ne jugea même pas nécessaire d'en parler à son mari : d'ailleurs Taffaire neut aucune suite, le garçon comprit sans doute ([u'il avait dit une bêtise et fut certainement plus gêné et plus inquiet qu'elle-même. Ce quelle a éprouvé c'est de létonnement, et c'est après ce sentiment d'étonnement qu'a commencé le délire du doute, et rien d'autre. Eh bien ! il est curieux de remarquer que la première crise de doute survenue dans l'enfance à l'âge de douze ans et qui avait duré 4 ou 5 ans a eu une origine identique. Toul. devait faire sa première communion et avait été assez grondée et malmenée au catéchisme. C'est à peine si elle espérait, malgré ses efforts et sa sagesse, être admise avec ses compagnes. On fit une lecture des notes et le prêtre annonça qu'elle avait mérité un « parfaitement bien « et quelle allait être présentée la première. Elle prétend se souvenir parfaitement de ses impressions ; ce ne fut pas de la joie, ni du chagrin, ce fut encore de l'étonnement. « Ce n'est pas possible, j'ai du me tromper, j'ai dû rêver et mal entendre. »

Après ce moment, dans les deux cas, un mécanisme, nous ne savons lequel, semble être déclanché et dorénavant pour tous les phénomènes psychologiques, les souvenirs, les perceptions, elle va répéter: a Xon, ce n'est pas possible, ce ne peut pas être réel, je dois rêver. » Notez que la même remarque a déjà été faite par l'un de nous sur plusieurs de ces malades. L'un d'eux décrit une remarque absurde comme le point de départ d'un doute. En voyant entrer un homme il lui trouve une figure drôle, surprenante, et depuis il ne trouve plus que les figures soient réelles '.

Ce n'est là qu'une petite remarque portant sur une singulière coïncidence. Y a-t-il un rapport entre les deux phénomènes, le sentiment de létonnement et le délire du doute consécutif? On pourrait supposer d'abord cjue le trouble psychologique va, comme nous l'avons dit, de haut en bas et que c'est l'idée d'invraisemblance persistant comme une obsession qui rend tout douteux. On pourrait supposer que l'émotion de l'étonnement, émotion assez spéciale, persiste. Nous avons déjà étudié de ces émotions persistantes. On pourrait dire aussi qu'il v a un arrêt d une fonction mentale, celle qui consiste à rapprocher les images les unes des autres, à les réunir en un tout cohérent et intelligible. Nous n'avons pas la prétention d'entrer ici, à propos d'une petite remarque clinique, dans ces difficiles problèmes. Nous voulions

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