‹ Nérvoses et idées fixesChapitre 212 sur 326 · D DO · texte numérisé non relu

D DO

Sur les conseils d un médecin, il se maria, se remit à l'étude, mais rien ne put faire disparaître l'idée fixe. Au bout de bien des années, il constata seulement un changement dans la forme de la maladie. « A force de raisonner la chose, j'ai commencé à penser à mes propres organes sexuels et non plus à ceux de la femme. Mais cette préoccupation amena un autre désagrément, elle produisit bientôt une irritation physique et développa une hypersensibilité du pénis et du scrotum très désagréable. » Voici donc une nouvelle forme de la maladie: quand il pense h ses parties, il a à la fois des douleurs de tête et des sensations extrêmement pénibles dans les organes génitaux. Il essaye de tous les traitements, enveloppement de ses organes, lotions avec des solutions de cocaïne, etc., sans pouvoir se débarrasser de cette dysesthésie.

Enfin, mais une quinzaine d'années seulement après le début, voici une dernière forme. Il pense constamment que ses organes génitaux sont appendus à son corps comme un corps étranger et ne lui appartiennent pas. Il ne sait plus s'il a conscience des impressions faites sur eux et il présente d'ailleurs en ces points un certain degré d'anesthésie.

Nous n'insisterons pas sur l'idée fixe en elle-même. Il s'agit d'une obsession chez un individu psychasthénique qui n'a jamais présenté aucun phénomène hystérique. Nous remarquerons seulement que le mot hallucination est peut-être un peu fort, comme le malade le remarque lui-même. Il a plutôt la pensée que l'inuige des choses et rentre sur ce point dans la catégorie des douteurs et des obsédés vulgaires. Le point de l'observation qui nous intéresse le plus, ce sont les troubles de sensibilité qui se sont déve-

Ii;', OBSESSIONS ET IMIM I.SloNS

loppés au l)()ut de 15 ans smilcnicnt. Vous savez (jue bien souvent les modlficalions de la sensil:»ilité et également les niodifieations du mouvement sont des phénomènes primitifs qui amènent à leur suite toutes sortes d'interprétations délirantes. Une hystérique voudia déehirer son bras, l'appellera « vieux chicot », prétendra qu'il n\>st plus à elle, comme dans une observation du psychologue américain W. James, parce que ce bras est devenu insensible. Cela ne supprime pas les discussions psychologiijucs sur l'origine de cette insensibilité qui peut dépendre d'autres faits psvchologiques, mais il n'en est pas moins certain qu'elle précède le délire. 11 en est de même dans beaucoup de cas de mélancolie où les troubles de la cœnesthésie donnent naissance h des idées de ruine, de damnation, de mort. On peut dire dans ces cas que le trouble va de bas en haut, des phénomènes psychologiques élémentaires vers les phénomènes psychologiques supérieurs, mais nous ne pensons pas qu'il faille généraliser et appliquer sans discernement cette interprétation à tous les cas. Même dans les troubles hystériques, la marche des phénomènes peut être et est très souvent inverse et c'est précisément ce point que l'étude de la suggestion a bien mis en lumière. S'il y a des individus qui se croient malades parce qu'ils sont insensibles, il y en a d'autres qui deviennent insensibles parce qu'ils se croient malades, quelque soient d'ailleurs les intermédiaires psychologiques comme l'association des idées, l'émotion, ou physiologi([ues comme les troubles vaso-moteurs, l'eno-ourdissement de certains centres corticaux, intermédiaires qui fonctionnent entre les deux termes extrêmes. La marche des phénomènes va ici de haut en bas, des phénomènes psvchologiques supérieurs aux inférieurs. L'observation (jue M. Vg. nous a si obligeamment communi(juée ne vous monlre-t-elle pas un bel exemple de cette marche. L'esprit a été depuis les réflexions religieuses et morales sur l'adultère jusqu'à l'anesthésie des parties génitales. Il est vrai qu'il a mis -0 ans à faire le trajet, mais l'ordre des choses n'en est pas moins bien manifeste et bien curieux.

M. Vg. nous demande quelques conseils; sans vouloir le décourager, nous sommes obligés de lui dire (ju'il s'adresse ii nous un peu tard. Nous doutons fort, précisément en l'absence de phénomènes hystériques pendant une si grande partie de la maladie, que la suggestion hypnotique soit possible. 11 peut en tous cas prendre quehpics précautions. Nous voudrions le voir cesser tous

OBSESSIONS DE FORME PSYCIl VSTIIÉMQUE 105

ces soins exagérés et ridicules qu'il donne à ses organes. Il faut éviter tout ce qui attire l'attention sur eux; nous pensons en effet que l'attention excessive portée sur un organe ne produit pas uniquement comme on le croit trop souvent l'hyperesthésie mais par des mécanismes souvent indiqués, l'idée fixe en devenant snbconsciente entraîne avec elle certaines sensations et produit l'anesthésie, ou bien l'idée fixe en déterminant une émotion dissocie la synthèse du cerveau et de l'esprit et détermine encore des anesthésies. Moins il regardera ses organes, moins il dirigera son attention sur eux, plus il en retrouvera la sensibilité normale.

OiîsKRVATioN 49. — Perversion du sens génital héréditaire. — Amour pour les robes de femmes, même horreur des femmes chez le père el chez le fils.

On s'occupe beaucoup aujourd'hui des perversions du sens génital et vous connaissez les grandes études qui ont été faites en Allemagne et en France sur ce sujet. C'est pourquoi nous avons cru intéressant de vous signaler le cas de ce jeune homme qui présente quelques particularités curieuses ; c'est un garçon de 27 ans, Roe., que sa mère nous amène, car elle a sur son compte des inquiétudes bien légitimes. Ce garçon est un amoureux ; depuis l'âge de 10 ou 12 ans, il aime passionnément, il sacrifie tout pour obtenir l'objet de son amour exclusif. Mais l'objet de cet amour est bizarre et indique un trouble profond de ses facultés mentales. Il aime les robes de femme. Ce n'est pas la femme qu'il aime, il ne peut pas la souffrir et quoiqu'il ait fait une tentative dans ce sens, il est absolument impuissant avec elle. Ce qu'il veut, c'est de toucher, de froisser des robes et cet attouchement produit rapidement chez lui l'orgasme vénérien. Faute de robes, il se contente des dessins, des peintures qui se trouvent dans les journaux de mode, ou des affiches de ce genre qu'il arrache des murs. Il les met dans son lit, les tient dans ses bras en dormant et, en somme, éjacule quand il les touche. C'est une perversion, un fétichisme comme on l'a dit, qui se rencontre assez souvent. On a décrit bien des cas d'individus amoureux d'un bonnet, d'un soulier de femme, d'une boucle de cheveux. Ce fait est du même genre. Il était bon de vous le montrer.

Quant à l'origine de cette perversion, on peut l'expliquer en

KiO f)l5SFSSK)NS FT IMPULSIONS

disant que cet indivulu a vécu dans son enfance dans un atelier de couturières et qu'il a commencé par être masturbateur. Il faut ajoulcr bien entendu que c'est au plus haut point un dégénéré, (iiii a présenté bien des retards dans son enfance, qu'il n'a jamais eu le caractère d'un garçon, mais au contraire celui d'une petite fdle : sans vouloir jamais de camai-ades, il a toujours joué seul à la poupée. Pendant longtemps et aujourd'hui encore son plus grand bonheur est de s'habiller en femme. Il a eu de l'incontinence nocturne d'urinejusqu'à l'époque où les masturbations ont commencé. [Mais ce qui est plus curieux c'est l'origine plus lointaine et héréditaire de celte perversion. Le grand'père paternel est mort fou. Son oncle est un original obsédé. Quant i\ son père, c'est là le point singulier, il avait également une perversion génitale. La mère de ce garçon vient de nous faire une bien étrange confidence. Autrefois, ayant déjà des mœurs un peu légères, on l'a chargée de guérir un homme qui avait une aversion maladive pour les femmes. Elle eut beaucoup de peine à l'amener à pratiquer quelques rapports très incomplets et a remarqué déjà certains faits bizarres. Cet homme qui avait quelque affection pour elle la prenait en horreur après le coït et elle devait se retirer pour ne pas être blessée. Cet individu a été le père du garçon qui vient de vous être présenté. La mère, qui a élevé cet enfant avec soin, a été très effrayée en voyant se manifester chez lui les premiers signes d'une perversion génitale. Avec un dévouement qui ne serait pas toujours intelligible et qu'elle exprime avec une grande naïveté, elle a cherché de bonne heure à lutter contre cette maladie et à lui appliquer le meilleur remède. Elle a voulu amener son fils à avoir avec des femmes des relations normales et elle n'a jamais pu y parvenir, car il manifeste plus tôt que le père et avant le coït la même haine. Des faits de ce genre sont plus fréquents qu'on ne le croit, mais il est rare qu'ils aient été observés et surtout avoués avec autant de précision'.

1. Ce malade a été étudié cl présente îi la clinique de la Salpctrièrc en 1896. ?»ous venons de voir que M. A. l'iclion a publié dans le Journal de médecine de Bordeaux, 20 février 1898, sous ce titre : « Un cas d'obsession fétichiste de la robe » une observation qui par ses détails coïncide tellement avec la nôtre quelle nous semble avoir rapport au même individu. Il est probable que ce garçon aura été amené à Bordeaux pendant (ju'il faisait son service militaire. JNous sommes heureux de celte coïncidence qui a permis à M. A. Pichon de vérifier à deux ans de distance la persistance des mêmes phénomènes cl de compléter noire observation.

OBSESSIONS DE FOUME PSYCIIASTUÉNIOUE 107

Obsehvation 50. — Délire systématisé par confusion des rêves et des souvenirs. — Délire ambilieu.r, systématique, délire de persécution, conscience de la fausseté du délire, les souvenirs et les imaginations, ressemblances et différences de ces phénomènes voisins, état de la sensibilité, diminution de la synthèse dans les perceptions, origine des rêveries, hystérie, pronostic.

Les aliénistes ont souvent à observer les délires clans de mauvaises conditions, quand ceux-ci ont déjà duré pendant des années et se sont transformés et compliqués au point cjue leurs caractères psychologiques ne sont plus discernables. Les maladies mentales sont bien plus intéressantes quand on peut les saisir à leur début. Voici un garçon de 28 ans, Mx., qui serait bien intéressant, si nous avions le loisir de l'étudier longuement. Malheureusement il n'est guère libre de venir nous voir et son histoire est si longue et si embrouillée qu'il faudrait consacrer des heures à l'écouter. Nous sommes obligés de ne pas le laisser parler et de résumer pour lui. Ce garçon se présente de deux manières très différentes suivant la façon dont on l'examine. Voyons le premier aspect.

Ce pauvre diable qui est maître d'études dans une petite institution et cpii est fils unique de pauvres villageois, a l'esprit rempli de grandes pensées ambitieuses. Il est convaincu qu'il n'est pas le fils des personnes cjui lui ont donné leur nom. Il est le fils d'une dame de la ville voisine qui a été mis en nourrice chez ces braves villageois; pour des raisons très romanesques qu'il serait trop long de vous expliquer il n'a pas été rendu à ses parents...

Le malade : « Mais, Monsieur, ces raisons sont très simples. Cette dame qui avait épousé par amour un horticulteur, n'a pas voulu que Ion connût ses rapports avec le ban([uier. Elle voulait tout laisser à ma sœur et elle a volé un feuillet d'état civil... »

Nous sommes forcés de l'interrompre, il parlerait ainsi pendant une heure. Il se croit, en résumé, le fils naturel d'une grande dame et d'un banquier puissamment riche et il est à la recherche de trois choses : 1° il veut reprendre son véritable nom ; '2° il veut retrouver sa sœur, une autre fille de la susdite dame, et 3° il veut hériter de la fortune du banquier. Ne faites pas attention ii la confusion apparente de son langage, c'est que le roman est abominablement compliqué comme un feuilleton du « Petit Journal ». Quand on l'écoute avec attention, quand on prend des notes pour

lus OBSESSIONS ET IMPULSIONS

i(M(Miir les noms, on s'y rocoiinaît Iri-s bien. Tout cela est iulmirablcmenl cohérent. Ce garçon, ce qui est plus grave, agit souvent en rapport avec ses idées. 11 a écrit lettres sur lettres au préfet, aux maires et aux maîtres d'écoles du département, il a réclamé quantité d'actes de l'état civil pour arriver h prouver ses dires. Il a fait des recherches énormes pour arriver à trouver sa pauvre sœur qui, nous ne savons pourquoi

Lk m.\ladf, : « Mais c'est très simj)le, sa mère étant morte et le banquier ne voulant pas la reconnaître, car on ne lui avait pas rendu son fds qui était moi...

— Oui, mon ami, nous comprenons très bien ».

Il veut vous dire qu'à la suite de diverses péripérities de son roman, sa sœur doit être actrice à Paris et vous figurez-vous qu'il a été trouver Réjane en lui offrant de lui rendre un frère. Réjane l'a remercié et l'a adressé à une actrice répondant, paraît-il, à la description, dans un café-concert près de la gare Montparnasse. Il est difficile de mieux montrer la conviction qu'il a dans son délire. Mx. ne se présente-t-il pas tout à fait comme un aliéné atteint d'un délire systématique qui serait en partie un délire de persécution et en partie un délire de grandeur.

Eh bien, cependant on peut considérer ce garçon sous un tout autre aspect. Il suffît de l'interroger à une heure différente, le matin, par exemple, plutôt que l'après-midi, quand il a bien dormi, quand il a pris une douche ; ou tout simplement il faut le gronder un peu, le prier de faire effort, de réfléchir et il va vous parler tout à fait différemment. Il va se présenter, humblement, lui-même h la consultation, il va nous prier de le soigner, de lui donner des conseils sur une maladie dont il sent bien la gravité. « Voyons, mon ami, ne pensez plus à votre sœur, ni ;i votre héritage de 500,000 francs, pensez que vous avez demandé quelques heures de liberté pour venir consulter ;i la Salpêtrière. Tâchez d'en profiter et, pour que Ton puisse vous soigner, dites-nous de quoi vous soufirez.

Le malade : Oh ! Monsieur, je ne suis pas si bête, et j'ai bien remarqué ce qui me rend malade. Je voudrais vous demander un conseil. Comment doit-Dn s'y prendre pour distinguer ce qui est un souvenir et ce qui est un rêve? »

Voici la question (ju'il nous pose depuis huit jours. Elle est curieuse, c'est un joli problème de psychologie. 11 a raison : la distinction des deux choses n'est pas si simple. Les souvenirs et

les rêves s'opposent assez bien aux perceptions présentes, mais se distinguent assez mal l'un de Tautre. Ils sont tous deux constitués par des images associées ensemble et la distinction est délicate. On ne peut guère lui répondre qu'une chose, c'est que l'association des images dans les rêveries est plus libre, moins régulière que dans les souvenirs. Comme le disent les philosophes, nous pouvons modifier facilement ce que nous imaginons, nous ne pouvons pas aussi facilement changer l'ordre des événements qui ont été réels. Une maison imaginaire peut avoir le toit en bas et. les caves en l'air tandis que le souvenir d'une maison réelle nous force à placer les caves en bas et le toit en l'air. Il est évident que cette nuance disparaîtra facilement lorsque le rêve deviendra lui-même plus systématique, mieux ordonné et laissera moins de place à la liberté.

Pour reprendre notre pensée, ce qui sépare ces trois choses, l'imagination, le souvenir, la perception réelle d'un objet ou d'un événement c'est tout simplement le degré de complication et de coordination des différentes images dont la réunion systématique constitue la pensée de cet objet, de cet événement. Penser à un chien imaginaire, c'est avoir dans l'esprit un système d'images de la couleur, de la forme, de la voix du chien, images peu nombreuses, par conséquent peu précises et mal associées entre elles. Se souvenir dun chien réellement vu, c'est ajouter au système précédent des images plus précises d'une couleur déterminée associées d'une manière plus régulière. Voir un chien réel, c'est encore avoir dans l'esprit les mêmes phénomènes non pas précisément plus forts, mais beaucoup plus complexes, avec une systématisation bien mieux déterminée et qui s'impose plus énergiquement.

La confusion de ces trois phénomènes l'un avec 1 autre peut se faire très fréquemment et très facilement par deux mécanismes qui peuvent agir séparément mais qui peuvent aussi se réunir et agir simultanément. Que le phénomène supérieur diminue, qu'il soit moins complexe, moins précis et il se rapprochera du phénomène inférieur. Que le phénomène inférieur augmente de complexité et de cohérence et il se rapprochera du supérieur. Quand les perceptions sont faibles et insuflisantes pendant le sommeil ou le demi-sommeil, par exemple, les souvenirs semblent des réalités. Inversement, si le souvenir se complique et se précise il devient hallucination. Cette confusion des deux derniers termes a été

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l)ieii souvent (''tiidiéc ;i propos <le la suggestion et de 1 halluclnalion.

Le cas de notre malade attire notre attention sur un problème tout aussi imp(uiant: la confusion possible des deux premiers tei-mes, du rêve et du souvenir. Chez un homme qui aura des souvenirs incomplets, dont le lien d'association sera peu précis, les rêves et les souvenirs se eonlondront. Inversement, chez un homme qui aura des rêves très complets et très cohérents, la même confusion se fera encore.

De quelle manière le phénomène se produil-il dans le cas présent ? En écoutant ce malade poser sa question nous avons été tout de suite curieux de savoir de quelle manière s'efïectuaient chez lui les perceptions et les souvenirs. Les perceptions doivent être évidemment un peu altérées car, et c'est là un caractère sur lequel nous insisterons tout à l'heure, la sensibilité est un peu diminuée du côté gauche, 70 à l'a'sthésiomètre sur la face inférieure du poignet gauche, pour 35 à droite. La sensibilité au poids est de- à gauche pour - à droite. La vue et le champ visuel ne sont pas modifiés, la mémoire des faits réels semble un peu diminuée pour les événements récents mais d'une manière en réalité minime. En tous les cas, elle est fort pn-cise pour les événements anciens qui correspondent tout justement aux époques où devraient se placer les rêves. La confusion du rêve et du souvenir peut donc dépendre en partie, chez lui, de la diminution des perceptions et des souvenirs, mais elle dépend surtout de l'augmentation du rêve. Notre malade appartient à cette catégorie d'individus qui rêvent tout le temps, non seulement la nuit, mais même le jour en marchant et en travaillant, (|ui répètent et perfectionnent le même rêve pendant des semaines et des mois.

Il est tout nalui-el que son rêve ait ainsi grandi et pris de la force, qu'il soit devenu très complexe, très systématique et très réoulier. Il faudrait une o-rande puissance d'attention, une certaine force de comparaison et nous dirions presque de raisonnement pour opposer le rêve aux souvenirs de l'époque correspondante, noter les conlradictions cl distinguer des nuances (jui existent dans la précision et dans la suite des événements. Ce garçon n'en est pas toujours capable; il remarque très bien qu'avec un peu de fatigue survenant le soir, avant le sommeil, ht conhision augmente. Dès que son cerveau s'engourdit dans un demi-sommeil, il ne sait plus rien distinguer et il réglera sa conduite aussi bien par

Tun que par l'autre. Est-il mieux réveillé, le matin, après une douche et il va très bien faire la distinction et nous dire « mes parents de roman » et « mes parents de réalité ».

Au fond, c'est là, actuellement du moins, sa maladie; ce n'est pas un persécuté, il ne présente pas ces troubles primitifs du caractère qui existent depuis l'enfance chez les persécutés de Lasègue. Il n'y a pas non plus chez lui la conviction invincible du persécuté : notre homme n'est sur de rien et c'est pour se renseigner qu'il écrit au préfet et va trouver Réjane. Ce que l'on observe surtout chez lui, c'est la diminution de la perception présente et du souvenir réel, l'augmentation du rêve par suite de répétitions exagérées et enfin la diminution de la puissance d'attention et de comparaison. Dites si vous voulez qu'il v a un léger engourdissement cérébral qui permet cependant l'augmentation de l'imagination automatique.

Quel devient alors le diagnostic ? C'est un individu qui a toujours été un déséquilibré et ([ui a eu une existence des plus aventureuses. Il a essayé tous les métiers, il a cherché fortune en Amérique où il est à moitié mort de misère; il est revenu en France très épuisé, tourmenté encore par les fièvres paludéennes qu'il avait prises en Amérique. 11 a présenté à plusieurs reprises quelques accidents qui, quoique de courte durée, n'en sont pas moins caractéristiques. Il a eu tantôt le bras et la jambe gauche, tantôt les deux jambes presque paralysées pendant quelques jours et on a attribué ces phénomènes, tantôt à un rhumatisme, tantôt à une embolie. Pour nous c'est un individu qui a, toute sa vie, été prédisposé à l'hystérie et dont le cerveau mal équilibré n'a jamais eu une synthèse bien correcte.

Dans ces conditions ce garçon s'est laissé aller depuis longtemps il une rêverie qui, au début, ne manquait pas d'une certaine justesse. Il a été fort maltraité par ses parents et en particulier par sa mère qui, comme ses amis nous le confirment, l'a toujours traité fort durement. Dans ses maladies et ses souft'rances il a toujours regretté l'absence de ralTection maternelle. Au début, nous raconte un de ses amis, il disait seulenvent que sa grand'mère était sa vraie mère. Peu à peu il s'est inventé une autre mère, puis une sœur, puis une fortune, puis tout un roman. Aujourd'hui l'hystérie ne persiste guère, il n'a même pas de troubles intellectuels bien sérieux, il se trouve seulement en présence d'un rêve qu'il a laissé trop grandir et qu'il ne sait plus reconnaître. Xous espérons bien

le réveiller plus coinplèlcnient, dissocier ce système trop envahissant et le remettre en présence de la réalité; mais supposez que nous n'v parvenions pas, le rêve grandira toujours et il ne sera pas nécessaire qu'il y ait de l'engourdissement cérébral pour que la confusion s'opère; elle deviendra permanente et complète et vous aurez encore une fois un délire systématique secondaire consécutif à des phénomènes de l'hystérie.

Observation 51. — Délire de possession à la suite de pratiques spirites. — Conviction du délire, délire ■sijslémalir/ue secondaire, persécuté par un Esprit, tourments infligés par VKsprit, antécédents, pratiques spirites, médium dessinateur et médium impressif, hallucinations verbales kineslhésiques, envahissement des phénomènes subconscients, actes absurdes exigés par l'esprit, délire de possession, les phénomènes hystériques point de départ de l'aliénation.

Les idées fixes ont souvent un grand caractère qui avait même servi autrefois h les désigner : elles forment un délire conscient. Par l'association de ces deux termes presque contradictoires, on voulait dire que le malade, tout en étant incapable d'écarter ses idées obsédantes et absurdes, reconnaissait cependant leur caractère obsédant et leur absurdité. Il venait, comme vous l'avez vu souvent, se plaindre de penser malgré lui à une chose qu'il savait insignifiante ou ridicule; en un mot, il jugeait son délire. Le mot conscient n'est pas très bon pour exprimer ce caractère. Il vaut mieux, croyons-nous, réserver ce mot pour désigner le simple fait que le malade sent et perçoit lui-même les phénomènes psychologiques, qu'il les rattache à sa personnalité. Mais si le mot n'est pas juste, l'observation est cependant très exacte et dans beaucoup de cas le malade juge lui-même correctement la valeur de son idée.

Il n'en est pas toujours ainsi et souvent après un certain temps d'évolution, l'idée obsédante grandit, devient envahissante, s'assimile un si grand nombre des autres pensées du malade que celui-ci n'est plus capable de lui opposer des termes de comparaison, de lui résister. Il finit par l'adopter et par coordonner d'une manière plus ou moins heureuse cette pensée d'aboid étrangère avec les autres éléments de sa personnalité. C/est ainsi que se forment certains délires systématisés secondaires, des paranoias secondaires, comme disent les Allemands, (jui ont, bien entendu, une gravité beaucoup plus grande.

OBSESSIONS DE FORME PSYCII.VSTIIÉMOUE 173

Nous n'.ivons pas à nous occuper spécialement de ces formes d'aliénation, quoique nous ayons très souvent l'occasion de les étudier ici, mais il nous semble utile de vous en présenter certains exemples. Vous faire voir le rapport du délire systématique avec certains phénomènes névropathi([ues primitifs, c'est en somme vous montrer le terme d'aboutissement de certaines névroses.

A ce propos, l'observation de M. Ler. est intéressante à bien des titres et nous allons en parler ensemble après vous avoir d'abord montré rapidement le malade. Nous ne pouvons en effet discuter ces questions devant lui. 11 n'est plus conscient comme les malades précédents et ne tolérerait pas certaines études sur son délire. Voyons donc rapidement les idées qui le tourmentent actuellement; puis, après l'avoir renvoyé, nous vous parlerons de leur origine.

M. Ler. est âgé de 42 ans, c'est un homme intelligent, très travailleur, qui est connu comme un professeur distingué. « Voulez-vous nous dire, ^Monsieur, pourquoi vous êtes venu nous consulter et le service que vous désirez de nous.

Le malade : Ah ! Monsieur, je vous demande pardon d'être venu vous déranger, car j'ai bien peur que vous ne puissiez rien faire pour diminuer mes souffrances. Ce n'est pas une question de médecine. C'est mon docteur et ma femme qui ont insisté pour que je vienne vous trouver, mais il est bien clair qu'un médecin, fùt-il à la Salpêtrière, n'est pas capable de commander aux esprits du monde invisible.

— Qu'en savez-vous ? Dites-nous du moins la nature des tourments que vous avez pu éprouver.

Le malade : Non, Monsieur, j'aime mieux ne pas en parler. Vous n'y pouvez rien et il n'en résulterai pour moi que du désagrément. // se vengerait, il me punirait, il ne me punit déjà que trop.

— Comment, // vous fait souffrir ?

Le m.\lade : Mais oui. // m'empêche de manger, // m'empêche de boire. Il veut me ruiner. C'est indigne, car enfin si je suis un grand coupable, si j'ai eu tort de pénétrer les secrets du monde invisible, ce n'est pas une raison pour enlever toute ressource à ma femme et à mes enfants, et 11 se vante de nous réduire bientôt tous i) la misère.

— // s'en vante. // vous parle donc ?

Le malade : Certainement qu'// me parle et d une manière

17'. OllSF.SSlONS KT IMIM l.SlONS

assez désagréable. // est loiijoiirs près de moi et // cliuehote des ineiiae(>s. Il ne faiil pas en rire ear // les exécute trop souvent. // m'a déjà jeté à la Seine et 7/ finira par me tuer. Malheureusement les hommes sont impuissants pour me protéger. Il est inutile de s'adresser aux magistrats ou aux médecins el ou a eu tort de me mener ici. Je regrette de vous avoir parlé et je n'eu dirai pas davantage. »

Le malade est sorti (>t il faut nous contenter de ce qu'il a bien voulu nous dire et le compléter par les renseignements que nous donne sa femme et ce que nous a écrit son médecin. Après avoir entendu ce pauvre homme, quelle opinion avez-vous de lui au premier abord? Ne trouvez-vous pas que son attitude et son langage rappellent tout à fait ce que vous avez observé dans le délire de persécution. Il n'aime pas à parler, se défie de nous, ne laisse entendre son délire que par fragments. Il est constamment tourmenti' par un ennemi invisible qui lui parle ;» l'oreille, le tourmente et veut le tuer. Cet ennemi punit ainsi de grandes fautes, une hardiesse coupable qui la amené à pénétrer les secrets du monde invisible. N'est-ce pas tout à fait l'attitude et le langage d'un persécuté ?

Eh bien! maintenant, permettez-nous de vous raconter son histoire. Autant que nous pouvons le savoir, il n'y a pas d'antécédents héréditaires bien nets ; la mère était seulement très nerveuse. Dans sa jeunesse, Ler, n'a pas eu d'accidents sérieux, il était intelligent, travailleur, mais d'un caractère faible ; il se laissait diriger par tout le monde et se montrait très affectueux, quoi([u'extrèmement émotif De 20 à 30 ans, à la suite d'excès de travail et peut-être aussi d'un excès de boissons excitantes, il se tenait éveillé en buvant beaucoup de thé, de café et peut-être d'alcool, il devint nerveux et présenta surtout des troubles digestifs. 11 semble avoir présenté à cette époque des symptômes neurasthénicjues.

Vers 30 ans, nous ne savons pas l'épocjue au juste, il commença à s'intéresser beaucoup aux phénomènes du spiritisme, dont on parlait autour de lui. 11 assistait des séances en simple d'abord en curieux. Il lut tous les livres sur la matière et se préoccupa énormément de ces problèmes. Son caractère l'entraînait déjà à faire tout avec exagération: il s'était toujours laissé entraîner très facilement et adoptait sans grande critique tout ce qu'on voulait lui faire croire. Avec ces dispositions le spiritisme trouva en lui un adepte enthou-

OBSESSIONS DR FOIIME l'SYCIl VSTIIKNIOUP: 17:.

siaste. Il essaya lui aussi d'interroger les esprits et il n'y réussit que trop bien. Il devint ce qu'on appelle dans cette langue spéciale, un médium dessinateur et un médium à impressions. Sa main écrivait rarement de véritables lettres et des phrases, mais elle dessinait sur le papier des arabesques et bientôt des figures variées. Ler. prétend qu'il ne la dirigeait pas volontairement et qu'il ne savait pas ce que sa main allait tracer. Il avait le sentiment que sa main ne lui appartenait plus pendant ce travail, qu'elle était comme la main d'un autre. Et en effet, sa main devenait insensible pendant ces phénomènes. Le fait a déjà été signalé par M. William James à propos d'un médium écrivant' et nous l'avons observé bien souvent. C'est une anesthésie bien curieuse déterminée par le développement des phénomènes subconscients. Ceux-ci s'associent certains phénomènes psychologiques et les enlèvent pour ainsi dire à la conscience normale de l'individu. C'est ainsi que des idées fixes en devenant subconscientes déterminent des anesthésies. Quoi qu'il en soit, Ler. interprétait ce phénomène en disant que sa main ne lui appartenait plus, mais était devenue la propriété de l'esprit.

Il était également un médium impressif, c'est-à-dire que les esprits lui communiquaient des pensées d'une manière plus mystérieuse encore sans prendre l'intermédiaire de l'écriture. Il sentait naître en lui des idées qui n'étaient pas les siennes, qui lui étaient imposées d'ailleurs. Il nous explique très bien le phénomène en disant qu'il doit se passer quelque chose de semblable chez l'individu hypnotisé qui a reçu une suggestion. Sa comparaison est très juste; nous pourrions dire aussi qu'il éprouvait le même sentiment que nos obsédés qui se sentent imposer des idées. La manière dont ces idées pénètrent dans la conscience, tout en paraissant rester étrangères, n'est pas toujours facile à comprendre ; mais, dans ce cas, Ler. nous l'explitpie lui-même en nous disant qu'il pouvait dans certains cas reconnaître d'où elles venaient. C'étaient des paroles qu'on lui imposait et qui étaient prononcées, dit-il, dans son estomac et dans son ventre. Vous connaissez les études de M. Séglas sur ce phénomène et vous savez qu'on peut l'interpréter en disant qu il s'agit d'une parole automatique plus ou moins complète. Tantôt cette parole se borne à des images rcla-

1. William James, notes on automatic writing, Proceedings of tlie American suciely for psycliical Research, 1889, p. 549.

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tives aux sensations musculaires ([ui interviennent clans le langage réel, tantôt il s'agit de véritables mouvements du larynx, de la langue, des lèvres qui sont exécutés réellement ;\ l'insu du médium. C'est d'ailleurs ce ((iii avait lieu chez Lcr. qui parlait loiil l)as et quelquefois tout haut ;» son insu ; sa bouche exprimait ainsi des pensées (lu'il disait plus tard communiquées par une impression des esprits. L'un de nous a déjà décrit des phénomènes tout ;i fait identiques à propos d'un aliéné (|ui prétendait converser de loin avec des comtes et des marquis. 11 faisait tout haut les questions, puis il murmurait lui-même tout bas les réponses qu'il attribuait à « M. le comte' ».

Des cas de ce genre sont intéressants à étudier pour comprendre le mécanisme des idées fixes. Remarquez bien qu'ici l'idée imposée, l'impression suivant le langage spirite, semble bien être de la même nature que le dessin fait par la main droite. Si on avait examiné le médium pendant qu'il prétendait recevoir « l'impression » des Esprits, on aurait probablement constaté à ce moment de l'anesthésie sur les lèvres et sur la langue comme on en avait constaté sur la main droite pendant les dessins automatiques. Or, on admet que l'origine de ce dessin autonuitique se trouve dans des phénomènes subconscients, développés plus ou moins en dehors de la perception personnelle, développés, si l'on veut, dans des centres momentanément dissociés, fonctionnant à part du reste du cerveau. Il doit en être de même pour les impressions. L'intermédiaire par lequel ces phénomènes subconscients parviennent à la conscience est seul différent. Dans le premier cas l'intermédiaire est simplement constitué par la vue des dessins, dans le second l'intermédiaire est formé par les sensations du mouvement des lèvres et de la langue que le médium perçoit partiellement ou même par les sons (pi'il entend. En un mot, quoi qu'il en soit, notre malade présente à ce moment des troubles hystériques résultant de la dissociation cérébrale, troubles qui sont même stigmatisés par l'anesthésie.

Mais bientôt les phénomènes vont changer, TEsprlt est devenu envahissant, il fonctionne souvent ;i tort et à travers sans y être invité. Ler., qui n'avait des impressions que pendant les séances, en a maintenant toute la journée, même au milieu de son tiavail. Il trouve d'abord cela intéressant et note les impressions pour les

1. Pierre Jancl, JtilomatisDio psycliologir/ur, 1889, p. 132.

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communiquer à la société spirite dont il fait partie; puis il trouve cela exao'éré et insupportable et il veut prier l'esprit de se taire. Mais celui-ci n'entend pas de cette oreille et il déclare h son médium: « Vous m'avez permis d'entrer en vous, maintenant vous êtes à moi. » Nous voici dans une période de lutte : il n'est pas bon paraît-il, quand on est médium, de se disputer avec son Esprit, car celui-ci a trop de moyens de se venger. L'Esprit qui s'est incarné dans Ler. le tourmente de bien des façons, il l'empêche d'écrire ses lettres, il môle des dessins ridicules à ses dessins scientifiques et souvent il se moque de lui.

La transformation de la maladie semble s'être faite lentement, en plusieurs années. A 37 ans, quand Ler. s'est marié, il n'v avait aucun trouble bien apparent et il a même longtemps caché à sa femme ses préoccupations sur le spiritisme et les inquiétudes qu'il éprouvait. Mais bientôt il fut évident qu'il accomplissait une foule d'actions absurdes. Il prenait des soins excessifs de sa toilette, prenait deux bains par jour et changeait de chaussettes toutes les deux heures. Il se cachait pour accomplir ces actions qui étonnaient sa femme. Il se nourrissait aussi d'une manière de plus en plus singulière, ne mangeant que des potages et des œufs. Bientôt même il n'accepta plus qu'un seul potage par jour et il exigea qu'il fût fait d'une manière toute spéciale. Enfin, il finit par avouer la raison de ces singularités. C'est l'Esprit qui avait eu l'obligeance de prendre la direction de son hygiène, qui l'accusait de malpropreté, le forçait à ces lavages continuels. C'est l'Esprit qui le menaçait de congestion cérébrale s'il mangeait davantage. Le pauvre homme malgré son appétit préférait obéir. C'est qu'en effet, quand il désobéissait, l'esprit se vengeait, il lui déchirait ses vêtements, lui cassait ses meubles, mettait le désordre dans ses papiers. Bien entendu c'était Ler. ou du moins la main de Ler. qui commettait ces sottises, mais elle agissait alors de la même manière que pendant le dessin automatique.

En même temps les impressions étaient devenues beaucoup plus graves. Elles avaient subi une métamorphose qui est assez souvent signalée : les paroles n'étaient plus intérieures, ni formées par des images kinesthésiques, elles devenaient extérieures et étaient constituées par des images auditives. Maintenant Ler. entend des voix, tantôt à droite, tantôt h gauche, des voix d'hommes ou des voix de femmes qui critiquent perpétuellement tous ces actes. S'il s'habille, la voix lui dit: « Tu es sale ». S'il

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man£rc, la voix lait un sermon sur la sobric'tc' : « Tu as tort do niangor, cola onllaninic Tosloniao, tu os o(»uiiii:nul, inal|)i()prc, ivrouue. » Lo malade qui est fort instruit peut parler trois huigucs et Tesprit de même parle en trois langues dillerentes, seulement il se conforme à l'usage des pays que traverse le malade. Quand Ler. est en Angleterre, l'esprit parle anglais, quand il est en France, il parle français et en Suisse il parle allemand. Ce sont de vraies hallucinations auditives devenues très complexes.

Récemment l'esprit lui a fait commettre des actes que la famille trouve encore plus graves. Il lui a fait déchirer des billets de banque, et en jeter les morceaux dans la Seine; il lui a fait jeter des louis dans les bouches d'égout. Enfin, dernièrement on a retiré de l'eau ce pauvre homme, qui s'était jeté dans la Seine et il est rentré tout mouillé à la maison, dans un état pitoyable. Il n'est plus f\icile de distinguer ce qui est une action subconsciente et ce qui est une action personnelle. Ler., comme vous l'avez vu, délire complètement. Il invente des actions et des ordres de son espi'it. Tantôt il dit que l'esprit le jette dans l'eau, tantôt il dit qu'il se jette lui-même pour échapper à ses tourments. L'idée fixe s'est généralisée, elle a troublé toute la conscience et constitué un délire systématique.

S'agit-il encore de phénomènes hystériques? Nous n'osons plus o-uère l'aflirmer. Nous avons cru constater un petit détail intéressant : la main droite paraît être un peu moins sensible que la o-auche, la mesure à l'aesthésiomètre nous donne 45 h droite et 25

à «"auclie. La dlfl'érence est minime et nous n'osons y Insister. Il n'y a certainement aucun autre trouble de sensibilité, aucune modifiealion du eliaiiip visuel, aucun autre idiénomène hystérique. Les actes proprement automatiques ont même disparu, les folies qu'il accomplit maintenant sont des actes bien conscients en rapport avec les hallucinations auditives. Le diagnostic actuel serait plutôt celui qui a été récemment bien décrit par M. Séglas. On pourrait dire qu'il s'agit de la forme psrichoniotvice du délire de persécution. Nous n'en remarquons pas moins que le point de départ, il v a G ou 7 ans au plus, était constitué par des troubles qui étaient nettement hystéri([ues. L'un de nous a déjà insisté sur ces délires systématisé*; qui ne sont qu'une transformation de certains ])li('noiuènes hystéri([ues et l'observation que nous venons de vous présenter pourrait être justement rapprochée de celle d'un malade qu'il a décrit sous le nom de Bans. Chez

ce nialado aussi, un délire systématique sous forme de délire de persécution s'est développé à la suite des phénomènes automatiques de la crise d'hystérie*. Ces remarques ne nous paraissent pas sans intérêt pour comprendre l'évolution de certains délires systématiques. Elles sont aussi utiles sinon pour les guérir quand ils sont parvenus h ce degré extrême au moins pour les prévenir en luttant contre les phénomènes livstériques du début et en insistant encore une fois sur le danger que présentent les prati([ues du spiritisme pour les esprits déséquilibrés.

Nous voudrions passer en revue, à mesure que l'occasion s'en présente, cjuelques-unes des principales impulsions qui peuvent tourmenter les malades. Il nous semble en effet que la quantité des impulsions est plus limitée que celle des obsessions proprement dites. Le nombre des catégories d'actes que nous pouvons être poussés il commettre est assez restreint à côté de la variété plus grande des idées. Aussi les impulsions se réduiront à un petit groupe : frapper les autres, se frapper ou se tuer soi-même, manger ou boire, prendre ou voler, aimer. Ces actions donnent naissance aux grandes impulsions, ù 1 homicide et au suicide, à la dipsomanie, à la kleptomanie, aux impulsions erotiques. Nous espérons pouvoir vous montrer des exemples des principales d'entre elles.

Observation 52. — Onomatomanie, recherche angoissante du mot. — Antécédents et t'iunnent-:, recherche du nom et de l'adresse des personnes, angoisses, précautions, exagération d'une fonction cérébrale.

Voici un malade qui vient de se présenter à la consultation et que nous venons d'examiner rapidement. Xous vous le présentons cependant pour que vous ayez passé en revue autant que possible les types principaux des idées fixes: il présente en ellet une forme

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